Le silence de Clara L'auteur:
Patrick Cauvin a su se faire un public en écrivant des livres intelligents, et attachants, comme "Haute-pierre", "Belles galères", "Présidente", ou "E=mc², mon amour".
Bien sûr, comme tous, il a aussi écrit des livres moins recherchés, comme "Huit jours en été" (trop téléphoné), et la suite de "E=mc², mon amour", "Pythagore, je t'adore" (qui, comme souvent les suites, n'est pas vraiment réussi, même si le lecteur est content de la fin).

L'ouvrage:
Clara est autiste. Elle a huit ans. Il lui arrive de piquer des crises, d'essayer de s'auto-mutiler, de hurler, de frapper... Elle ne parle pas. Elle ne s'intéresse qu'au cahier où elle gribouille des esquisses de dessins. Un jour, en feuilletant le cahier, son père, Ferdinand, tombe sur un texte daté de septembre 2102. Quelques jours plus tard, la doctoresse qui suit Clara trouve un autre texte, également datés de 2102. Les textes semble être un récit de voyage, qui, d'après les noms des lieux, se passerait en Alaska. Il est bientôt prouvé que Clara a écrit ces textes. Les médecins émettent l'hypothèse que l'esprit de Clara serait habité par l'esprit de quelqu'un d'autre. Ils s'appuient sur l'histoire d'un homme qui réussit à hypnotiser son enfant autiste, et qui découvrit que celui-ci était habité par l'esprit d'un ancêtre. Ferdinand a beaucoup de mal à accepter cette théorie. En outre, la différence flagrante réside dans le fait que Clara ne serait pas envahie par l'esprit d'un ancêtre, mais par celui d'un descendant...

Critique:
Ce livre me laisse un sentiment mitigé. D'un côté, on devine que Cauvin sait que ce genre de thème est un filon. Il sait qu'il va attirer le lecteur, qu'il va piquer sa curiosité. Il semble s'être mis au diapason des Marc Lévy et autres, qui essaient de faire du sensationnel pour impressionner et captiver le grand public. On se dit qu'il pense: "Je sais ce que vous voulez lire. Vous voulez du spectaculaire, du mystère, même si c'est un peu gros. Eh bien, voici une histoire sur mesure, tout à fait adaptée à ce que vous voulez." Mais, il semble qu'en filigrane, on puisse déceler un léger mépris de l'auteur à l'égard de cela. Peut-être est-ce une fausse impression. Peut-être ai-je eu ce sentiment à cause de "Haute-pierre", que j'ai vraiment aimé, mais dont la fin montre clairement que l'auteur a fait exprès de réunir tous les ingrédients qui attireront le lecteur. Je me suis même attendue à une fin à la "Haute-pierre", tout en la redoutant, car je n'aime pas qu'un auteur utilise les mêmes ficelles pour deux livres différents, surtout pour une fin. Heureusement, la fin (qui était très bien pour "Haute-pierre") n'est pas du tout la même dans "Le silence de Clara".

Bien sûr, Cauvin en rajoute un peu dans le grandiloquent: par exemple, le nom de famille de celui avec qui Ferdinand finit par trouver un lien est Calar, anagramme de Clara. En outre, l'auteur traîne un peu, en faisant parler le narrateur de son métier, par exemple. Le lecteur voit très bien que ces lourdeurs sont là pour faire durer le suspense. D'autre part, quand les médecins, ou d'autres personnages, doivent faire des révélations importantes, il y a des "J'étais sûr qu'elle allait dire quelque chose d'important.", ou des "Je savais que je n'oublierais jamais ce qu'elle allait dire." qui sont autant de façons pas vraiment fines de faire languir le lecteur. C'est un peu pénible, surtout que Cauvin ne perd pas une occasion d'en ajouter.

Pourtant, il mène bien son histoire. Il y a beaucoup de suspense, on ne devine rien jusqu'à ce que l'auteur le décide... enfin, j'ai quand même trouvé une chose, mais peut-être l'auteur voulait-il que le lecteur s'en doutât. Par ailleurs, l'histoire se complique quand même un peu. Ce n'est pas aussi simple que ce qu'on pense au départ. Ce n'est pas plus mal, ça permet d'autres révélations un peu spectaculaires, certes, mais qui ont tout de même leur effet.
Et puis, il ne faut pas négliger les petites notes humoristiques de Cauvin, notes que l'on retrouve surtout dans les dialogues, et qui sont assez plaisantes.

De plus, le lecteur est confronté aux difficultés que rencontrent les parents d'enfants autistes, ou atteints de ce genre de maladies. Lorna, la mère de Clara est partie au bout de cinq ans. Elle a laissé le fardeau à son mari. Le lecteur peut la blâmer, mais il peut aussi se demander comment il réagirait, lui. La décision de Lorna n'est peut-être pas la meilleure, (fuir, et tout laisser au père, qui, lui aussi, aurait le droit d'en avoir assez de s'occuper de l'enfant), mais y a-t-il une solution acceptable à un tel problème? Je ne parlerai pas de celle choisie par un autre personnage, poussé par la vie, par la peur, peut-être aussi par l'ignorance. Mais cette décision, si on la trouve immonde, n'a pas été prise à la légère. Et avant de blâmer, il faut essayer de faire preuve d'empathie.

La fin est assez bonne, mais quelque chose dans cette fin laisse la porte ouverte... à une suite, ou du moins à quelque chose. Je pense qu'une suite pataugerait, mais les paroles prononcées par l'un des personnages appellent quelque chose.
Je ne peux pas en dire plus, de peur de trop en dévoiler, mais j'aimerais bien en discuter avec quelqu'un qui a lu le livre.

Enfin, Cauvin se permet de bâtir son roman sur le fait que l'autisme est une maladie mal connue des scientifiques. Il explore certaines possibilités. Je ne sais pas si les expériences dont il parle (les cas des autistes hypnotisés) sont réelles ou ont été inventées par Cauvin. Je pencherais plutôt pour la seconde solution. Quoiqu'il en soit, puisqu'on ne sait pas, rien n'empêche de supposer.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Dominique Davin pour les éditions VDB.

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