Lecteur : Daul Josselyne

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vendredi, 15 février 2013

Septenaigue, tome 1: Soeur des cygnes, de Juliet Marillier.

Soeur des cygnes

L'ouvrage:
Au domaine de Septenaigue, la jeune Sorcha mène une vie insouciante entre ses jeux avec ses six frères et la culture de plantes médicinales. Ce bonheur vole en éclat lorsque son père, lord Colum, annonce son remariage avec lady Oonagh.

Critique:
J'ai d'abord entendu que la romancière s'était inspirée du conte «Les cygnes sauvages». J'étais curieuse de savoir comment elle l'exploiterait, et surtout, comment elle parviendrait à en faire un roman. Pour moi, le pari est réussi. D'abord, le décor est bien planté, les personnages sont bien campés. On entre très vite dans l'univers de Septenaigue, et plus tard, d'un autre domaine. Juliet Marillier est parvenue à rester fidèle au conte d'Andersen, et à l'imbriquer parfaitement à son intrigue. Étant donné que tout cela s'étale sur une période bien plus longue (ou en tout cas, plus longuement décrite) que dans le conte, le lecteur ressentira d'autant mieux l'extrême pénibilité d'une telle tâche. Surtout que l'écrivain ajoute des embûches sur le parcours de son héroïne. En général, quand un personnage se sacrifie et souffre mille maux, j'ai du mal à le supporter, car cela n'est pas crédible. Ici, cela l'est, justement à cause de l'univers à la fois fantastique et merveilleux dans lequel l'auteur inscrit son roman.
Les contes prennent bien sûr une très grande place dans le roman. Sorcha s'en sert pour «guérir» ou atténuer certains maux. Elle s'immerge dans cet univers connu et rassurant, s'y raccroche lorsque la réalité lui semble trop odieuse. Elle tente également d'y faire entrer quelqu'un pour les mêmes raisons. Plus tard, le conte servira également de passerelle entre deux êtres qui ont du mal à communiquer.

Le roman est très épais (l'éditeur français l'a coupé en deux, mais cette coupe n'a absolument aucune raison d'être), et il ne souffre d'aucun temps mort. Il y a bien un moment où l'action semble statique, mais cela permet à l'auteur de décrire les sentiments des personnages de manière précise et fouillée. Il est donc facile au lecteur de comprendre leurs motivations, leurs façons d'agir.
À un moment, j'ai trouvé les frères de Sorcha très durs, mais c'est expliqué par plusieurs choses, notamment l'aversion ancestrale qui oppose les deux peuples.

Tous les personnages sont épais. On me dira que Richard et lady Oonagh sont simplement méchants. Soit, ils semble peu creusés, mais je sais que des personnes comme eux existent, malheureusement. De plus, d'autres personnages atténuent l'aspect un peu «entier» de Richard et de lady Oonagh. Je pense surtout à lady Anne qui n'aime pas Sorcha (pour des raisons facilement compréhensibles), mais qui tentent de comprendre certaines choses.
Il est un peu déstabilisant de se dire que tout est programmé par le peuple des fées. Sorcha s'insurge contre l'idée que sentiments et événements ne sont que le fait du peuple magique. Je n'aime pas non plus cette idée qui voudrait dire que l'on n'est pas maître de son destin. Bien sûr, le peuple magique sait très bien comment réagira Sorcha à telle ou telle chose, mais il est consternant de se dire que tout est pensé par les fées.

Afficher Attention, je dévoile certains aspects de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile certains aspects de l'intrigue.

À la fin, lorsque Finbar disparaît, j'ai imaginé qu'il allait tenter de trouver un moyen pour redevenir cygne. D'après ce que j'ai lu sur le site de l'auteur, il finit par revenir, ne pouvant être ni vraiment homme ni vraiment cygne à cause de l'enchantement qui n'a pas été totalement retiré. J'ai été très déçue de cette explication, car dans «Soeurs des cygnes», Finbar explique à Sorcha qu'il est malheureux d'avoir quitté sa compagne et ses enfants. J'imaginais donc une explication plus en rapport avec son coeur qu'avec une quelconque magie. Je trouve dommage qu'il n'ait apparemment pas pu se faire retransformer en cygne pour le rester, et pouvoir ainsi retrouver sa famille cygne.

Je ne sais pas si je lirai la suite, car elle n'est pas racontée du point de vue de Sorcha, et apparemment, il y a beaucoup de nouveaux personnages' L'auteur élimine les premiers en les éloignant ou en les tuant. J'aurais préféré continuer l'aventure avec ceux-là...

La fin pourra paraître décevante à certains. Je l'ai trouvée intéressante. En effet, tout ne se passe pas comme on aurait pu le prévoir. Il n'y a pas une ligne tracée, on sort du prévisible. J'aurais sûrement approuvé une autre fin, mais elle aurait été trop attendue.

Éditeur: l'Atalante.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Josselyne Daul pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été ravie de retrouver Josselyne Daul dont la voix et la lecture sont très agréables. Son interprétation est naturelle. Elle joue le texte, mais ne tombe jamais dans le surjeu.

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jeudi, 22 septembre 2011

Ceux de Ker-Askol, d'Hervé Jaouen.

Ceux de Ker-Askol

L'ouvrage:
Le destin de Maï-Yann semble tout tracé: elle sera religieuse. Elle vit au couvent depuis son enfance. Pourtant, alors qu'elle est adolescente, elle se laisse séduire par le jardinier, Benito. Lorsque les religieuses se rendent compte qu'elle est enceinte, on décide de la marier.

Critique:
Ayant beaucoup aimé «Les ciels de la baie d'Audierne», j'avoue avoir été déçue par ce roman. Pourtant, je pense que l'auteur n'a pas démérité. Il nous dépeint une certaine société connaissant des conditions de vie données à une époque donnée. C'est pour cela qu'on côtoie des gens pleins d'une tendresse maladroite, ne pouvant l'exprimer, parfois, qu'avec fureur ou acrimonie. C'est le cas de Téménan, et parfois, de Martial. Mais cette espèce de façon de faire la girouette m'a agacée, m'empêchant de réellement apprécier les personnages. De plus, je n'ai pas aimé la fin. À la base, Martial et Léontine ont raison d'agir comme ils le font, mais leur attitude envers Téménan est assez désagréable... C'est ce qui m'a le plus agacée au long du livre, et qui a atteint son paroxysme à la fin: les personnages, ne parvenant pas à montrer ce qu'ils ressentent, le cachent sous des actes et des propos blessants. À la fin, je ne suis même pas sûre que Martial ait du mal à s'exprimer: il est plutôt égoïste.

Maï-Yann aussi m'a exaspérée. Au début, on s'attache à elle, et tout s'effondre quand elle apprend «avec qui» on l'a mariée parce qu'elle se transforme. Outre qu'elle commet des actes impardonnables, cette façon d'être ne va pas vraiment avec la Maï-Yann qu'on connaît depuis le début du roman.
Je sais bien que tout a été engendré par le non-dit, le sentiment d'avoir été dupée, de n'avoir été qu'un jouet entre les mains des religieuses. Mais je n'imaginais pas Maï-Yann si fragile de caractère! Je ne la pensais pas non plus à ce point guidée par ses bas instincts. ;-) Je n'étais donc pas préparée à sa métamorphose.
Si au moins l'un des personnages ne me plaît pas, il m'est difficile d'apprécier un roman. Ici, le pire est qu'on commence à s'attacher aux protagonistes, et qu'ensuite, on n'a qu'une envie: les frapper!

D'autre part, je n'aime pas les récits trop morcelés. C'est-à-dire quand le livre passe d'un moment à un autre avec des ellipses de plusieurs années. Ici, c'est le cas. Il y a beaucoup d'ellipses, et, comme à chaque fois que je tombe sur un livre construit ainsi, ça m'a donné une impression de bâclé. Ce n'est donc pas un défaut de ce livre, c'est une façon de faire que je n'apprécie pas. Malheureusement pour moi, dans ce roman, Hervé Jaouen a accumulé les procédés qui me déplaisent. D'où mon absence d'enthousiasme.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Josselyne Daul pour l'association Valentin Haüy.
Là encore, Josselyne Daul a su interpréter ce texte de manière vivante, en prenant part à ce qu'elle lisait.

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vendredi, 4 février 2011

Cycle de Chalion, tome 1: Le fléau de Chalion, de Lois McMaster Bujold.

Chalion, tome 1 : Le Fléau de Chalion

L'ouvrage:
Après avoir connu bien des déboires (il a été envoyé aux galères par un puissant qui le trouvait gênant), Cazaril retourne dans la ville de Valenda où il servit comme page du Provincar. Il compte se rendre chez la Provincara, et lui demander un travail. Il n'aspire qu'à la tranquillité, et ne souhaite surtout pas faire parler de lui. Mais après quelques jours, la Provincara décide de le nommer secrétaire personnel et précepteur de la Royesse Iselle, qui, pense-t-elle, ne pourrait rêver meilleur instructeur. Cela placera Cazaril en bien mauvaise posture, car il sera amené à côtoyer ceux qui ont voulu sa perte.

Critique:
Ce livre est très long (20h44 en audio), mais je ne me suis pas ennuyée. Je n'aurais jamais cru dire cela: mais il n'y a aucune longueur, à mon avis. L'auteur prend le temps de planter le décor, de nous présenter ses personnages, donne le temps au lecteur d'en prendre toute la mesure. L'intrigue n'est jamais poussive. Bien sûr, il y a des événements que le lecteur prévoit, mais cela ne gâche pas sa lecture.

L'auteur a su créer un univers dans lequel j'ai vite été plongée. Elle a su allier la nouveauté au connu afin de ne pas trop dépayser son lecteur. La structure de la hiérarchie de Chalion et des pays avoisinants ressemble à la monarchie. La nouveauté vient surtout des équivalences nominales des rangs.
La religion des habitants de Chalion ressemble à une religion polythéiste, mais les dieux ont d'autres noms, et n'ont pas tout à fait le même rôle que dans notre monde.

Pour moi, trop de romans de fantasy se focalisent sur la guerre: un peuple ou un homme doit combattre un autre peuple ou un méchant sorcier qui veut détruire la planète. Ici, c'est plus subtile. Il en va de même pour les enjeux politiques: il y en a, mais le lecteur n'est pas assommé. On retrouve cette habileté en ce qui concerne la magie. Elle est présente, et joue un rôle essentiel, mais l'auteur sait, mieux que d'autres, l'incorporer à sa trame et à ses personnages. Dans certains romans, lorsque la magie se manifeste, c'est la débâcle! Les caractères changent, les personnages se tapent dessus à coups de sort, on découvre que le vieil oncle Truc, que l'on croyait inoffensif, voire simplet, est un magicien... je n'aime pas du tout cette façon d'amener les choses avec de gros sabots. Lois McMaster Bujold évite cet écueil avec brio.

N'oublions pas que Lois McMaster Bujold parsème son livre de notes d'humour qui sont les bienvenues. Elles pourront paraître un peu mièvres à certains, mais elles m'ont plu, notamment la première partie du chapitre 29.

Un lecteur tatillon lui reprochera peut-être le manichéisme de certains de ses personnages. Il est vrai que Cazaril semble être parfait. Cela m'a un peu agacée (surtout lorsqu'il utilise le charme de mort sachant ce qui en découlera), mais c'est compensé par sa personnalité générale, toute en pondération, en réflexion, en humilité. Humilité qui ne devient pas de la bêtise, comme chez certains.

J'ai apprécié le personnage d'Iselle, surtout parce que j'ai commencé par la détester! Au début, elle m'agaçait prodigieusement! Elle pensait tout savoir mieux que tout le monde, affichait une belle assurance... ses buts étaient honorables, mais je la trouvais suffisante. Au long du livre, elle apprend de ses erreurs et de son maître à penser. Elle finit par ne plus agir de manière impulsive, et se révèle fine stratège.
J'ai apprécié Betriz aussi, même si elle est un peu éclipsée par Iselle.
L'auteur a particulièrement bien campé le personnage d'Ista. Je ne peux pas trop en dévoiler, mais elle est plus complexe que ce que l'auteur nous fait habilement croire au départ.
Quant à Orico et Thédèse, ils font partie des personnages complexes. Ils sont manipulés, et n'étant pas armés, ne savent pas réagir comme il le faudrait. Orico a l'air d'un abruti, et Thédèse est trop crédule, trop impulsif.

Remarque annexe::
En cherchant des informations sur la saga, j'ai découvert que les tomes 2 et 3 n'avaient pas grand-chose à voir avec le premier. Cela me donne moins envie de poursuivre la série, car je me suis attachée aux personnages. Néanmoins, je lirai les autres tomes, une fois que je me serai habituée à l'idée qu'ils ne sont pas vraiment la continuité du premier.

Éditeur: Bragelonne.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Josselyne Daul pour l'association Valentin Haüy.
Je tiens à adresser mes félicitations à cette lectrice qui a très bien interprété ce roman, mettant toujours le ton approprié, rendant le texte vivant, mais n'en faisant jamais trop.

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