Le projet Bleiberg

L'ouvrage:
Jeremy Novatcheck est un ancien trader. Son père l'a abandonné alors qu'il était enfant, sa mère en est presque devenue folle. Il y a peu, un terrible accident a changé la vie du jeune homme. Il est amer. Son mal-être s'exprime par de l'aigreur vis-à-vis du monde, des cuites à répétition, et la consommation d'énormes quantités de cigarettes.
C'est dans cet état d'esprit qu'il apprend la mort de son père. À partir de ce moment, c'est comme si une boîte de Pandore s'ouvrait devant lui, le forçant à remettre certaines choses en question, et à poursuivre une enquête commencée des années plus tôt.

Critique:
Ce livre m'a d'abord intriguée. Il ne me tentait pas plus que ça, au départ, mais quelques mois plus tard, j'ai entendu que c'était le public qui le plébiscitait. J'ai donc voulu le découvrir.
Je l'ai apprécié. Je ne crierai pas au chef d'oeuvre, mais c'est un roman sympathique. D'abord, l'auteur n'a pas écrit un énorme pavé, ce qui semble être à la mode, en ce moment. Cela a pour conséquence directe que le livre ne souffre d'aucune longueur.
Ensuite, le tour de force de l'auteur (du moins, à mes yeux), est de m'avoir fait apprécier un roman dont les thèmes sont le complot historique et l'espionnage. Habituellement, je déteste ces deux thèmes. Ici, l'auteur n'assomme pas son lecteur avec des rebondissements labyrinthiques. Il y a des coups de théâtre, mais ils ne sont pas expliqués de manière à déstabiliser le lecteur.

L'intrigue est bien menée, la tension constante laissant parfois place à quelques notes humoristiques.
L'auteur parsème son roman de petits mystères. J'avoue être assez fière d'en avoir élucidé un: j'ai tout de suite su qui était le patient 302.

Les personnages sont attachants. Ils sont un peu longs à se dévoiler, mais ils finissent par se révéler complexes.
On pourrait reprocher à l'auteur la folie et l'avidité de Bleiberg (et d'un autre personnage dont je tairai le nom), ce qui les rendrait quelque peu inconsistants. Malheureusement, des gens comme eux existent. Le pouvoir monte vite à la tête.
C'est sûrement Eitan le plus intéressant. Il rappelle que le bien et le mal ne sont pas toujours distincts. Ça a l'air un peu bateau, je le sais bien, mais je pense qu'il est bon de nuancer les choses, même si cela a déjà été fait ailleurs.

J'ai un petit reproche à faire: l'auteur surfe sur cette vague qui veut qu'on exploite la seconde guerre mondiale. En outre, le projet du professeur Bleiberg a un curieux parfum de déjà vu. Je suis incapable de dire où j'ai vu ou lu ce genre de choses (cela m'agace, d'ailleurs), mais je sais que l'idée n'est pas nouvelle.
Malgré le fait que pour moi, Le thème de la seconde guerre mondiale soit trop abordé dans les livres, j'ai trouvé qu'ici, l'auteur n'en faisait pas trop. Il est parvenu à raconter les choses de manière à ce que cela ne fasse pas remâché, sans surenchérir dans les détails horribles. Il fait ce qu'il faut.

J'ai un autre petit reproche: j'ai été déroutée par le changement incessant de voix. On passe de la première à la troisième personne sans prévenir, dans le même chapitre, dans la même scène... c'est assez agaçant, même pour une personne qui prône la polyphonie, comme moi.

J'ai aimé l'épilogue. D'abord, parce que l'auteur se plie à certains codes que j'apprécie. Ensuite, parce qu'il est à l'image du roman, et de la vie.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Curtil. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 18 mai.

Emmanuel Curtil, c'est une des voix de mon enfance. En effet, ce comédien fait beaucoup de doublage. Je l'ai d'abord découvert dans le dessin animé «Mes tendres années», puis dans la série «Sauvés par le gong», et ainsi de suite. Je pourrais en citer beaucoup! J'avoue être assez agacée lorsque tout le monde parle de lui comme étant la voix française de Matthiew Perry et de Jim Carrey, comme s'il n'avait fait que cela! Je sais bien que c'est surtout ces rôles qui l'ont révélé au grand public. Paradoxalement, c'est à ce moment que j'ai commencé à le perdre de vue... d'oreille, si j'ose dire.
J'ai donc été ravie de l'entendre lire un roman après l'avoir entendu dans tant de séries télévisées. Au début, j'ai eu du mal à le reconnaître, car il fait partie de ces gens dont la voix n'est pas exactement la même quand ils lisent, quand ils conversent, quand ils font du doublage, etc.

J'ai apprécié le jeu nuancé du comédien. D'abord, il prend un ton assez amer pour interpréter les passages où Jeremy est le narrateur, et il change de ton à mesure que le personnage évolue. J'ai trouvé cela très fort de sa part. D'une manière générale, son jeu est naturel. Par ailleurs, il ne tente pas de prendre d'horribles accents pour prononcer les noms étrangers, ni de forcer sa voix dans les aiguës lorsqu'une femme parle.

En général, je n'aime pas qu'un livre soit entrecoupé de musique. Ici, cela ne m'a pas gênée, car il n'y en a pas tant que ça, et parce qu'elle colle au roman.
À un moment, un personnage entend un morceau de conversation, et ne perçoit que des bribes de phrases. J'ai trouvé que le jeu du comédien et le montage étaient très bons lors de ce passage.

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