Ne la quitte pas des yeux

L'ouvrage:
Ce samedi-là, la famille Harwood (David, Jan, et Ethan), se rend au nouveau parc d'attraction (Five Mountains), de leur ville, Promise Falls. Ethan, quatre ans, est très enthousiaste, malgré son appréhension des grands manèges. Après quelques péripéties, dont la disparition temporaire d'Ethan, Jan disparaît à son tour. Mais elle reste introuvable. David s'effraie d'autant plus que sa femme était dépressive depuis quelques semaines.

Critique:
Voilà un autre roman de Linwood Barclay qui mélange ficelles trop exploitées et découvertes intéressantes. Si certaines choses m'ont fait tiquer, mon avis est globalement positif.

Il y a malheureusement des lenteurs engendrées par le fait que le lecteur devine facilement ou sait certaines choses. Par exemple, on sait tout de suite que la disparition d'Ethan est une mise en scène, une diversion de la part de Jan qui compte s'évaporer dans la nature.
D'autre part, l'auteur retarde un peu une «révélation», essayant de faire en sorte que le lecteur se demande laquelle des deux femmes est morte. C'est un peu artificiel, et cela m'a d'autant plus agacée que je savais déjà laquelle était vivante.
L'auteur fait quelque chose que je n'aime pas parce que c'est artificiel, et que la ficelle est grosse: il commence par un moment où le suspense montera vite (afin d'accrocher le lecteur), puis il revient en arrière, et raconte ce qui s'est passé douze jours plus tôt. Bien sûr, le lecteur a besoin de ce récit, et il n'est pas très long, donc j'ai pardonné cela.
Enfin, l'auteur utilise malheureusement une ficelle surexploitée: la femme disparaît, et le mari est accusé. Bien sûr, il fait cela de manière plus fine, mieux amenée que dans la plupart des romans policiers où cette ficelle est exploitée, mais cela m'a quand même énervée.

Mon dernier reproche est quelque peu infondé, j'en ai conscience. J'ai trouvé David très lent du cerveau. Il imagine complot et conspiration, alors que le lecteur a envie de lui botter les fesses, et de lui dire que tout ce qu'il imagine est faux, parce que c'est Jan qui tire les ficelles. Soit, mais à la place de David, nous réagirions comme lui. Je soupçonnerais mes collègues de travail et de parfaits inconnus avant mon mari, cela va de soi. Mon exaspération venait de ce qu'à l'inverse de David, je n'étais pas impliquée émotionnellement, et que je voyais Jan agir par ailleurs.

À part ces petits défauts, l'auteur a su bâtir une intrigue solide et des personnages crédibles. Le lecteur ira de découvertes en découvertes, en devinera certaines, et sera étonné par d'autres. J'ai ri de moi-même parce que j'avais deviné beaucoup de choses peu avant que Linwood Barclay les révèle, et je n'avais pas du tout trouvé une chose extrêmement simple, qui coulait de source.

Certains auteurs de romans policiers concentrent le suspense à la fin. Ici, il n'en est rien. Entre rebondissements, fausses pistes habilement tracées, événements se télescopant de manière vertigineuse, le lecteur ne sera pas déçu.

J'ai apprécié David qui, à l'instar des personnages principaux de Linwood Barclay, est très sympathique. Il aime sa famille, est épris de justice, intègre, et n'hésite pas à montrer ses failles.

Il va de soi que je n'ai pas aimé Jan. J'ai compris ses motivations, sa façon de penser. J'ai même compris que sa faille soit Ethan. Il est logique qu'une mère se laisse attendrir par son enfant, qu'elle l'aime, même une femme comme Jan. Cependant, même à la fin, je n'ai éprouvé aucune compassion pour elle.

Les personnages les plus bouleversants sont les Rickler. J'ai été un peu surprise qu'à la fin, David n'ait pas proposé à Gretchen de garder le contact. Tout est très compliqué, mais David, ayant compris et accepté certaines choses, aurait peut-être dû pousser jusque-là.

Il y a une incohérence. À un moment, David fouille et retourne toute la maison dans l'espoir de trouver un indice quelconque sur sa femme. Il est élémentaire qu'une personne prévoyante comme elle l'était aurait emporté la moindre chose qui aurait permis qu'on la reconnaisse. Il est donc étrange que David n'ait pas ce raisonnement, et encore plus curieux qu'il finisse par trouver quelque chose. Ensuite, Jan l'explique en disant qu'elle n'avait plus besoin de ce qu'a trouvé David, et que donc, elle n'a pas vu l'utilité de l'emporter. À sa place, malgré un plan bien agencé, je n'aurais rien laissé au hasard, et j'aurais pris toute chose qui aurait pu indiquer quoi que ce soit sur moi, et d'autant plus ce que David a trouvé.

Remarque annexe:
Je me demande comment le traducteur français s'en est tiré quant à la blague qu'Ethan raconte à son père, et à laquelle celui-ci repense avec une ironie douloureuse à un moment assez tendu. Je pense que le plus simple est de la traduire littéralement, puis de faire une note expliquant le jeu de mots, car je ne trouve pas de traduction qui le rendrait.

Éditeur français: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jeffrey Cummings pour les éditions Brilliance audio.
Le lecteur met bien le ton, et parvient à faire des voix pas trop désagréables lorsqu'il s'agit de jouer les rôles féminins. Je le réentendrai avec plaisir.

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