Lecteur : Croizat Juliette

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jeudi, 4 octobre 2018

La femme secrète, d'Anna Ekbert.

La femme secrète

L'ouvrage:
Louise Andersen tient un café sur l'île danoise de Bornholm. Elle vit avec Joachim, un écrivain. Un jour, un homme débarque dans le bar, et affirme à Louise qu'elle est sa femme, Hélène Soderberg, disparue trois ans plus tôt. L'ADN confirme cela. Seulement, Louise ne se souvient de rien.

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Avant de le lire, j'avais lu de très bons avis, et je m'attendais donc à un excellent thriller. Je n'ai pas été déçue.

Au début, je me demandais comment l'auteur pouvait expliquer l'amnésie d'Hélène. J'avais peur de quelque chose de bancal, mais non. Je ne sais pas si l'explication se tient scientifiquement, s'il a existé des cas de ce genre, mais j'ai trouvé que c'était plausible.
Au bout d'un moment, Hélène et Joachim se lancent dans une enquête. Chacun ignore que l'autre cherche. L'auteur alterne les deux intrigues. À chaque fin de chapitre, je voulais poursuivre l'enquête en cours, mais j'étais contente de retrouver l'autre. En général, je n'aime pas trop cette structure, parce que je trouve que les écrivains s'y prennent mal, et la rendent artificielle. Parfois, comme c'est le cas ici, je trouve cela fait très intelligemment. Cela donne du rythme à l'histoire, les chapitres s'enchaînent de manière fluide.

Anna Ekbert aborde un thème avec lequel il est difficile de ne pas faire n'importe quoi: la personne amnésique marchant dans ses propres pas pour comprendre ce qui est arrivé. Pour moi, elle s'en sort bien, notamment parce qu'Hélène découvre qu'elle n'était pas parfaite. À ce sujet, je partage l'avis de Joachim qui dit, en substance, que nous nous forgeons par rapport à notre environnement. Bien sûr, notre caractère entre en ligne de compte, mais il est évident que quelqu'un qui recevra des messages positifs aura davantage tendance à développer ses bons côtés.
D'une manière générale, j'ai apprécié l'analyse que l'auteur fait quant à tel personnage ou tel comportement. Qu'il s'agisse de quelqu'un qui se rend compte que l'essentiel n'est pas d'amasser de l'argent, ou de personnes exprimant leur folie et leur perversité, Anna Ekbert rend le tout crédible... ce qui, concernant certains exemples, fait froid dans le dos.

J'ai été déçue que la romancière utilise une ficelle que je juge mauvaise. Le chapitre 1 est un moment crucial, et à partir du chapitre 2, on revient deux semaines plus tôt. J'ai déjà dit (dans d'autres chroniques) que je n'aimais pas ce procédé artificiel qui est là pour faire saliver le lecteur, et qui me fait plutôt soupirer d'ennui. Ici, il est quelque peu pardonnable, car le moment crucial dont il est question au chapitre 1 ne se situe pas peu avant les derniers chapitres, il est bien antérieur. J'ai d'ailleurs apprécié que la romancière jalonne son récit de découvertes, sans s'embarrasser de fausses pistes.

Si on pinaille, on peut dire qu'il y a quelques incohérences. Par exemple, je n'ai pas vraiment compris comment Hélène avait réussi à se cacher dans un terrier d'animal. J'ai aussi eu de sérieux doutes quant à la vraisemblance d'une coupe de cheveux faite à la va-vite. Il me semble avoir vu d'autres aspérités de ce style, mais je n'en tiens pas trop rigueur à l'auteur, parce que les grands éléments sont cohérents.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Juliette Croizat pour les éditions Lizzie.

J'ai malheureusement eu peu d'occasions d'entendre cette comédienne, parce qu'elle n'a pas enregistré beaucoup de livres, et que peu d'entre eux m'ont tentée. J'apprécie d'abord sa voix claire et soignée. Ensuite, je trouve son jeu naturel. Elle force un peu pour jouer les rôles masculins, mais sa voix n'étant pas très aiguë, elle n'a pas trop le choix. De toute façon, pour moi, elle fait du travail de qualité. J'espère l'entendre davantage.
L'auteur a sûrement fait exprès pour faire une sorte de parallèle étrange: un personnage s'appelle Hélène et un autre se prénomme Ellen. Visuellement, on fait la différence, mais à l'oreille, ce n'est pas forcément facile. La lectrice a modifié très légèrement la prononciation pour «Ellen», prononçant «elloeun» (un peu comme se dit ce prénom à l'anglaise, et peut-être à la danoise) sans affectation.

Pour information, la structure du livre a été respectée à 99%: le chapitre 59 est sur deux pistes.

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jeudi, 27 septembre 2018

Elizas, de Sara Shepard.

Elizas

L'ouvrage:
Eliza Fontaine (la narratrice) se réveille dans une chambre d'hôpital. Elle se souvient de sa soirée dans un grand hôtel de Palm Springs. Seulement, certains éléments lui ont échappé, car on lui apprend qu'on l'a repêchée au fond d'une piscine, elle qui ne sait pas nager. Ses parents sont sûrs qu'elle y a sauté, car elle a déjà fait des tentatives de suicide. Eliza, elle, est persuadée qu'on l'y a poussée. Mais qui? Avec qui parlait-elle avant cela? Que s'est-il passé?

Critique:
Avant de commencer un livre, j'aime bien le parcourir: voir combien il y a de chapitres, s'il est divisé en parties, etc. En faisant ainsi avec «Elizas», j'ai constaté qu'il avait la même structure qu'un roman que je n'ai pas du tout aimé (je ne l'ai pas fini, tant il m'a ennuyée): «Lies she told», de Cate Holahan. Les deux ouvrages racontent le présent de l'héroïne en alternance avec des chapitres du livre qu'elle écrit. Ayant été échaudée par «Lies she told», j'avais peur de retrouver une intrigue mal ficelée avec des rebondissements qui n'en seraient pas, et des personnages exaspérants. Heureusement pour moi, le roman de Sara Shepard ne m'a pas du tout inspiré ces pensées. Il ma beaucoup plu, même si, en bonne pinailleuse, j'ai quelques bémols à mettre.

Pendant une partie de l'histoire, on se demande si Eliza est paranoïaque et a des hallucinations ou s'il faut la croire. Lorsque je lis un écrit de ce genre, je me range toujours du côté du personnage principal, donc je ne me demandais pas si elle affabulait, je prenais tout ce qu'elle disait pour argent comptant. À vous de voir ce que vous ferez.
L'héroïne est attachante. Elle tente de digérer des événements difficiles, reconnaît certains de ses torts passés (surtout envers sa demi-soeur), ne sait pas en qui elle peut avoir confiance... Le passage où elle doit assister à l'émission de Docteur Roxane montre bien son désarroi.

Pour moi, l'intrigue ne traîne pas. Au début, j'avais peur que passer aux chapitres racontant le livre écrit par l'héroïne serait synonyme de lenteurs, mais cela n'a pas du tout été le cas. Que ce soit le présent d'Eliza ou les déboires de Dot (le personnage qu'elle a créé), je ne me suis pas ennuyée, et n'ai jamais été déçue de passer au chapitre suivant.

L'auteur fait le pari de dévoiler un élément important bien avant la fin. Comme vous vous en doutez, après cette révélation, rien n'est fini. Je me demande (même après avoir achevé le livre) pourquoi cette personne (celle qui se confesse) a fait ce qu'elle a fait. Elle s'explique, mais je n'ai pas été convaincue.

J'ai trouvé l'histoire d'amour un peu rapide. Heureusement, elle n'est pas assortie de la mièvrerie des romans à l'eau de rose, et les protagonistes vivent un ou deux événements intéressants ensemble avant qu'elle surgisse.

À la fin, on est censé avoir toutes les réponses. Cependant, des questions restent. Pourquoi a-t-on vu Eliza à des endroits où elle n'était pas? Pourquoi, le premier soir, l'héroïne a-t-elle eu si peur de la personne venue lui parler? Cette personne voulait lui dire ce qu'elle lui dit dans l'épilogue, donc pourquoi ne l'a-t-elle pas laissée parler, comme elle le fait dans l'épilogue? À la fin, la narratrice décide de croire ce qui vient de lui être dit, mais les possibilités qu'elle évoque quant à la réelle identité de la personne ne sont pas si faciles à rejeter. Seule une chose corroborerait les dires de cette personne: l'attitude d'une autre personne au moment de certains faits. En effet, l'autre personne ne dit pas ce qu'elle aurait pu dire si elle n'avait pas été celle que pense la narratrice. Donc, le lecteur se doit, lui aussi, de croire qu'Eliza n'a pas été mystifiée.

J'ai aimé les conseils qu'Albert donne à l'héroïne, ainsi que son avis quant à ce qu'il est préférable de faire concernant des souvenirs traumatisants.

J'ai relevé deux éléments un peu gros. D'abord, quelle était la chance pour que, dans un endroit public, Eliza croise une personne qui, justement, à ce moment-là, parlait d'elle au téléphone? Le second, c'est le tour de passe-passe concernant les boissons. Comment se fait-il que ce tour ait pu être réussi? Les circonstances sont trop hasardeuses: il faut que cela ait eu lieu en moins de deux secondes, sans bruits...

Je me demande si l'anecdote de la starlette dont le meurtre a été pris pour celui d'une de ses congénères est vraie. En tout cas, comme le souligne Eliza, elle s'imbrique bien dans ce roman.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Juliette Croizat.

J'ai été ravie de retrouver Juliette Croizat. Ici, elle parvient très bien à faire passer l'angoisse et le désarroi de l'héroïne, ainsi que toutes les autres émotions dues aux événements. Elle modifie quelque peu sa voix selon les personnages, mais ne le fait pas à outrance, ce qui fait qu'elle reste naturelle. J'ai apprécié qu'elle ne prenne pas un accent anglophone pour dire «Saint mother Maria» (le nom du premier hôpital où va Dot), ni même pour Palm Springs, Tranquillity, etc. Son interprétation est à la hauteur de mes attentes.

Le titre original est «The Elizas». Dans ce cas, pourquoi le titre français n'est-il pas «Les Eliza»? Surtout que si Eliza avec un «s» pour marquer le pluriel est juste en anglais, c'est une faute en français. Sur la couverture, le «s» est légèrement en-dessous du reste du titre, un peu de travers, comme s'il tombait. C'est sûrement pour montrer qu'il y a une différence, peut-être pour dire qu'il ne faut pas le mettre, mais alors, pourquoi y est-il? Pourquoi ne pas avoir traduit le titre original avec exactitude? Malgré mon désaccord quant à ce choix, je trouve que la lectrice a eu raison de le prononcer comme elle l'a fait. Ce n'est pas elle qui a fait la faute au départ, elle s'est contentée de prononcer le «s» mis à tort par l'éditeur français, afin que l'auditeur n'ait aucun doute.

Pour information, la structure du livre a été respectée.

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samedi, 2 juillet 2011

Quand reviendras-tu?, de Mary Higgins Clark.

Quand reviendras-tu?

L'ouvrage:
Le révérend O'Brian écoute une étrange femme en confession. Elle explique qu'un meurtre va être commis, qu'elle est complice, et ne peut plus arrêter la machine. Puis elle s'enfuit.

Zan Morland est décoratrice d'intérieurs. À présent, elle est en compétition pour la décoration d'une série d'appartements avec son ancien patron, Barclay Lange. Elle espère bien remporter le marché.
Zan souffre d'une blessure datant de bientôt deux ans: la disparition de Mathiew, son enfant de trois ans, enlevé dans le parc, tandis que sa baby-sitter, Tiffany, s'était assoupie. Alors que l'anniversaire du petit garçon approche, un rebondissement inattendu survient. Un touriste a photographié la scène de l'enlèvement de l'enfant. On voit une femme le sortant de sa poussette. Cette femme, c'est... Zan.

Critique:
Il y a longtemps que je fuis Mary Higgins Clark, trouvant ses romans insipides. Cependant, la présentation de «Quand reviendras-tu?» parlait de vol d'identité. Ayant apprécié (en grande partie) «Talk talk», j'ai voulu savoir comment Mary Higgins Clark aborderait ce sujet. Je me suis même laissée aller à penser qu'elle s'était peut-être renouvelée.

Il n'y a pas vraiment de renouveau. D'abord, le livre fourmille de lenteurs, surtout exprimées par des choses ressassées. Par exemple, Zan larmoie beaucoup quant à la disparition de son fils, et quant au fait qu'on l'accuse, au mieux d'être folle. En général, dans ce genre de situations, le lecteur ne pourra que compatir et partager la peine de l'héroïne. Cela a été mon cas, mais j'ai trouvé que l'auteur s'appesantissait beaucoup trop là-dessus. On voyait bien qu'elle faisait du remplissage.
D'autre part, le «méchant» répète plusieurs fois ses plans. Il les modifie en fonction de ce qui arrive, mais ses répétitions m'ont également fait trouver le livre poussif.

En outre, l'auteur utilise toujours les mêmes ficelles afin de retarder la révélation d'un indice.
D'abord, un personnage est agacé par un détail qui ne colle pas, mais qu'il n'arrive pas à faire émerger de son inconscient. Ici, c'est le révérend. J'ai d'ailleurs trouvé étrange qu'il ne tique pas quant à la voix, puisqu'il a tiqué concernant les mains.
Ensuite, un autre personnage pense détenir quelque chose, mais soit il se dit qu'il se fait des films, soit la personne à qui il veut en parler est exaspéré par lui, et l'envoie balader, même gentiment. Ici, cela arrive avec l'ancien alcoolique travaillant pour Kevin, puis lorsque Penny veut raconter quelque chose à Alvira, et que celle-ci demande à Willy d'aller sonner à la porte afin de lui fournir un prétexte pour qu'elle raccroche.
Tous ces indices éclatés, retardés, dilués, c'est assez agaçant, car on voit bien les gros sabots de la romancière.

Il y a, bien sûr, les fausses pistes. D'habitude, Mary Higgins Clark se donne la peine d'embrouiller le lecteur en envisageant plusieurs coupables, ou, si elle n'en présente qu'un, plusieurs autres sont possibles. Ici, elle pointe le coupable du doigt... en effet, il n'y a pas 36000 possibilités, et comme elle nous dit d'en soupçonner un, on va soupçonner l'autre. On pourra même imaginer son mobile.

Les personnages n'ont rien de spécial. J'avoue quand même m'être attachée à Mathiew, un peu à Zan, et un peu au révérend. Sans oublier Penny, qui, malgré le fait qu'on trouve des personnages de ce genre dans d'autres romans, et qu'ici, rien ne la démarque de ces protagonistes, ne manquera pas de faire rire et d'attendrir le lecteur. Et puis, Bernie et Penny, ça m'a fait rire. ;-)
J'ai eu un peu peur, au début, lorsque je suis tombée sur Alvira Meehan. Je ne l'aime pas. Elle m'exaspère. C'est une espèce d'épigone de miss Marple, et elle n'est pas du tout crédible. Heureusement pour moi, elle n'est pas le personnage central du roman, et est moins pénible que dans ceux que j'ai lus.

J'ai trouvé très gros que Glory parvienne à ce point à se faire passer pour Zan. (Rassurez-vous, je ne vous apprends rien, car on sait cela assez vite.) L'auteur explique certaines choses pour rendre le tout vraisemblable, mais je trouve que cela l'est peu.

La police ne se démarque pas vraiment. Comme dans beaucoup de romans, elle suit les indices qui crèvent les yeux, et ne cherche pas à en savoir plus.

Même si l'auteur renoue avec un topos de ses romans (l'histoire d'amour entre l'héroïne et un gentil jeune homme parfait), ici, c'est un peu moins téléphoné.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Juliette Croizat.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 6 juillet.

Je me souviens que mon appréciation de Juliette Croizat dans «Rapt de nuit» était plutôt tiède. Eh bien, après l'avoir entendue dans «Quand reviendras-tu?», je n'ai qu'une chose à dire: j'espère que ses lectures audio seront plus fréquentes! Sa lecture n'est plus du tout hachée, et ne semble plus forcée. Elle parvient à «pleurer» naturellement, ce qui n'est vraiment pas facile. Elle rend également très bien la colère, et là encore, je ne peux que l'applaudir, car je suis sûre qu'il est très facile de cabotiner quand on veut jouer un personnage furieux. Enfin, j'adore son interprétation de Mélissa, ainsi que celle de Penny. Rien que pour le jeu de la comédienne, je ne regrette pas de m'être laissée tenter, même si le livre m'a déçue.

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lundi, 31 août 2009

Rapt de nuit, de Patricia Macdonald.

Rapt de nuit

L'ouvrage:
La famille Degraf fait du camping, cet été-là. Jake, le fils aîné de seize ans, doit partager la tente de ses deux jeunes soeurs: Phoebe, treize ans, et Tess, neuf ans. Ce soir-là, Jake est plus préoccupé par la fête à laquelle il a été invité par d'autres adolescents. Il laisse donc ses petites soeurs seules. C'est alors qu'un homme, armé d'un couteau, déchire le sac de couchage du côté de Phoebe, et enlève l'enfant. Tess voudrait donner l'alerte, mais il la terrorise en lui assurant que si elle crie, il tuera Phoebe.

Le cadavre de Phoebe sera rettrouvé, la description que Tess fournit de son agresseur permet d'arrêter et d'inculper Lazarus Abott. Celui-ci est exécuté peu après, ayant été reconnu coupable, surtout grâce à l'identification formelle qu'a faite Tess.
Vingt ans après cet effroyable été, la mère de Lazarus, qui a toujours clamé l'innocence de son fils, obtient que des analyses ADN soient réalisées. C'est ainsi que tout bascule: Lazarus Abott n'est pas le violeur et l'assassin de Phoebe.

Critique:
C'est un roman de Patricia Macdonald, donc, ça ne vole qu'un tout petit peu plus haut que Mary Higgins Clark. Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que je peux lire un Macdonald, je m'en réjouis, espérant sans doute qu'elle s'améliorera... Ici, elle est égale à elle-même.
On retrouve des trames récurrentes: la jeune femme célibataire qui rencontre l'homme qui l'aimera et la comprendra. C'est même lui qui contribuera à son sauvetage. Bon, ici, il n'y contribuera pas beaucoup, mais il terrassera le «méchant»...

A un moment, j'ai cru que l'auteur allait nous sortir un vrai rebondissement de sa manche. C'était quand Tess apprend que l'ADN qu'elle a fait analyser correspondrait à celle de l'assassin. J'ai pensé: «Tiens, on connaît déjà le coupable, et elle va réussir à maintenir le suspense autrement. Très bien!» Hélas, ce n'était qu'une ficelle éculée: l'auteur nous jette un coupable en pâture pour en sortir un autre ensuite. D'ailleurs, elle traîne un peu avec son histoire d'ADN: c'est lui, c'est pas lui, c'est presque lui... Bien sûr, elle rend tout cela vraisemblable lorsque Ben explique à Tess que certains marqueurs correspondent parce que... (je n'en dévoile pas trop), mais tout de même, on dirait qu'elle s'embrouille un peu.

D'autre part, il y a beaucoup de longueurs. Outre le «j'accuse Machin pour ensuite vous sortir Truc, puis Bidule», il y a le «je m'étale sur des pages et des pages à propos de ce que ressent Tess dans telle situation», et le «mon héroïne est un peu longue à la comprenette sur certains points». Sur ce dernier point, c'est Ernie qui souffle une théorie à Tess, théorie que le lecteur a devinée depuis belle lurette; c'est Nelson qui, sans le vouloir, souffle à Tess un prétexte pour sa visite, prétexte que le lecteur la pressait d'invoquer en pensée...
En outre, on aimerait bien avoir l'explication du phénomène qui fait qu'une voiture dont la portière est bloquée s'ouvrira alors qu'elle est remplie d'eau à ras bord. Je ne dis pas que l'auteur a inventé cela, mais que le commun des lecteurs ne connaît pas forcément ce principe physique qui semble si évident pour Patricia Macdonald.

Les personnages ne sont pas très épais. Jake est peut-être un peu plus creusé, mais il est assez prompt à l'énervement, comme un sale gamin.
Les «méchants» sont très méchants, le «très très méchant» a, bien sûr, été abusé dans son enfance. Je ne dis pas que c'est banal, mais il faut faire attention à ce que cela ne devienne pas caricatural, et ici, cela le devient.
Enfin, il y a une incohérence. Il est dit qu'Ernie ne peut pas appeler Dawn «grand-mère», ce qui se comprend, étant donné le passé du petit garçon. Et à un moment, à la fin, il le fait. On me dira que non, l'auteur n'est pas incohérente, qu'elle a fait évoluer Ernie, que blablabla. Si c'est ça, ce n'est pas une bonne chose, car le lecteur comprenait tout à fait que Dawn ne remplace pas sa grand-mère, même s'ils s'aiment profondément.

Bref, finalement, je ne regrette plus de n'avoir pu lire «J'ai épousé un inconnu». Je bavais devant depuis sa sortie audio, mais je ne pourrai jamais lire la version sortie dans le commerce. Eh bien, ce n'est pas si grave, en fin de compte.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Juliette Croizat pour les éditions Audiolib.
Au début, la lectrice a l'air de trop «lire» et de ne pas assez «jouer». Petit à petit, son interprétation devient plus fluide. Cependant, j'ai été agacée par sa propension à faire une pause après un prénom. Je ne m'explique pas cette étrangeté. Je dois lui accorder les circonstances atténuantes, car elle prononce les noms anglophones sans faire l'accent... sauf Mary-Ann, allez savoir pourquoi, et Phoebe, sûrement à cause de toutes ces séries (dont «Charmed» et «Friends» que je n'aime pas) où ils le prononcent à l'anglaise.

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