Smilla et l'amour de la neige

L'ouvrage:
Danemark.
Le garçonnet est tombé du toit. On conclut que c'est un accident. Smilla n'y croit pas. Selon les traces dans la neige, elle pense qu'il a été poussé. Elle le connaissait, l'accueillait chez elle lorsque sa mère était «défoncée». Smilla parle de ses soupçons à la police.

Critique:
Ce roman n'est pas vraiment à lire pour son enquête. Elle est, à mon sens, lente et banale. Les qualités de ce roman sont autres. Il y a d'abord son héroïne. Elle en est également la narratrice. L'auteur a créé une femme complexe qui tente de composer avec la vie, d'endormir ses désirs pour ne pas souffrir. En effet, elle a déjà beaucoup souffert moralement, et en garde des séquelles. Elle s'est entourée d'habitudes, de manies qui sont censées l'imperméabiliser, la préserver des chocs. L'ennui, c'est que ce petit garçon tombé dans la neige était parvenu à l'attendrir, et qu'elle ne pourra pas le laisser tomber. Cela va obliger cette femme résolue à éviter coûte que coûte de souffrir à se lancer dans une enquête qui s'avérera vite éprouvante et dangereuse.

Les relations ambiguës que Smilla entretient avec son père sont expliquées. La jeune femme est lucide quant à ce qu'elle ressent et à ce que ressent son père. Je ne sais pas comment j'aurais réagi à sa place, mais je la trouve forte: elle a fini par réussir (à peu près) à prendre le bon et à faire (à peu près) abstraction du mauvais... Cette relation et les raisons de son ambiguïté sont, pour moi, un point central du roman. C'est ce qui fait que l'héroïne est devenue ce qu'elle est.

Entre Danemark et Groenland, l'auteur évoque beaucoup le froid. Outre que cela me fascine (à l'instar de la narratrice), il m'a semblé qu'il en parlait très bien. Cela ajoute un plus à l'ambiance tour à tour feutrée et échevelée du roman.

Je suis peut-être un peu sévère quant à l'enquête, mais pour moi, elle n'est qu'un prétexte à montrer de forts personnages et des situations loufoques. Je pense surtout à l'incursion de Smilla dans un casino, au personnage haut en couleur que lui présente «le mécanicien», etc.
Certaines choses m'ont paru un peu convenues, par exemple, l'implication d'une certaine personne dans l'affaire. J'ai aussi trouvé que la fin était un peu abrupte. Cependant, ça n'a pas gâché ma lecture.

Éditeur: éditions du seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Simon Corthay pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La narratrice étant Smilla, j'ai trouvé un peu dommage que le livre ait été lu par un homme. Cependant, c'est un lecteur que j'aime beaucoup, donc ma déception n'a pas été très grande. Simon Corthay a une voix assez douce et basse. Sa façon de lire s'accorde bien à ce roman, son ton et sa voix vont bien avec cette ambiance enneigée.
À un moment, un personnage parle allemand. Simon Corthay lit ces paroles, puis en donne la traduction française. À chaque fois, il précise «note du lecteur». J'en déduis que les paroles de ce personnage n'ont pas été traduites dans la version papier du livre. J'avoue ne pas comprendre ce choix. J'imagine qu'en VO, ses propos ne sont pas traduits non plus. Je trouve cela dommage. En effet, tout le monde ne maîtrise pas l'allemand. Pour ma part, je tiens à remercier Simon Corthay qui a choisi de traduire en précisant que c'était son initiative. Je trouve toujours très sympathique, très humain, très intelligent, lorsqu'un lecteur décide de s'écarter un peu du livre dans l'intérêt du lecteur.

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