Écarlate

L'ouvrage:
États-Unis, dans le futur.
Hannah Payne est condamnée pour s'être fait avorter. En outre, elle a refusé de donner le nom de son amant. Pour cela, elle fera trente jours de prison, et sa couleur de peau sera génétiquement modifiée: elle sera rouge (la couleur du sang fraîchement versé) pendant seize ans.

Critique:
Ce roman m'a plu, mais je l'ai trouvé inégal. D'abord, j'ai aimé la manière dont Hillary Jordan utilise la science-fiction pour servir son propos. Ici, le rouge est la couleur de l'infamie. Il est impossible à un criminel de cacher ce qu'il est puisque sa couleur parle pour lui. En outre, il est très facile de savoir de quoi s'est rendue coupable telle ou telle personne.

Ensuite, j'ai beaucoup aimé la manière dont l'auteur montre les dangers du fanatisme. Hannah ne peut pas tout de suite rentrer chez elle, et va dans un centre où on fait culpabiliser les «pensionnaires», où on les tyrannise, tout cela au nom de Dieu. Tour à tour d'un doucereux sadisme et d'une implacable dureté, les dirigeants déploient des trésors d'énergie pour façonner leurs victimes. Jouant sur leur culpabilité, leur envie de bien faire, de trouver la paix et la rédemption, ils leur assènent des ordres qui sont autant de preuves de leur extrême fermeture d'esprit. Tout est finement analysé par l'auteur.

J'ai également apprécié le fait qu'Hannah voie très bien ce qui arrive à sa soeur et tente de la protéger, malgré tout, même si celle-ci n'a pas encore assez souffert pour admettre qu'il faudrait qu'elle prît ses jambes à son cou en faisant fi des conventions.
D'une manière générale, les épreuves font que notre héroïne se penche sur sa condition et les mentalités de ses semblables. Petit à petit, elle mûrit et comprend certaines choses. Bien sûr, c'était déjà en germe en elle puisqu'elle refusait d'accepter tout ce qu'on lui présentait comme vérités universelles.

C'est ensuite que j'ai trouvé le livre moins intéressant, à partir du moment où Hannah fraie avec ceux que j'appelle les «résistants». D'abord, je trouve ces résistants brossés à trop grands traits. Ils ne sont pas vraiment crédibles. Les simili histoires d'amour ne m'ont pas plu... pour moi, cela montre des personnages sans personnalités qui s'entichent des premiers venus. On me ressortira le vieux cliché qui veut que si la situation semble désespérée, on vit à cent à l'heure, quitte à se jeter dans les bras de tel ou telle. Justement, cela fait cliché. L'une de ces histoires est là pour qu'Hannah voie un personnage et une situation sous un autre angle, mais j'ai trouvé que c'était très mal amené, même si la leçon qu'en tire Hannah est bonne.
En outre, pourquoi sauver uniquement Hannah et certaines filles dans son cas? C'est expliqué, mais je n'ai pas été convaincue.
De plus, j'ai trouvé que les parties avec les résistants traînaient.

Enfin, Hannah m'a beaucoup agacée, à faire passer un personnage (qui n'a pas été vraiment bien dans l'histoire) avant un autre (qui, lui, a surtout pensé à elle). Je ne le lui pardonne pas, car elle est ainsi jusqu'au bout, et c'est, à mon avis, une chose assez importante.

Je suppose qu'une partie de ce roman est une allusion modernisée à «La lettre écarlate», de Nathaniel Hawthorn. Maintenant, cela me paraît évident, mais je n'y aurais pas pensé sans le titre français (j'ai lu ce livre en anglais), qui, je trouve, est bien choisi. Le titre original parle d'un aspect plus insidieux, et qui court tout au long du roman, alors que le titre français pointe un aspect plus flagrant.

Éditeur français: 10/18.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Heather Corrigan pour les éditions Highbridge Audio.

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