Lecteur : Corbaz Jocelyne

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lundi, 29 avril 2013

Le jugement de Seth, de Rachel Maeder.

Le jugement de Seth

L'ouvrage:
Genève.
Adrien Meyer est retrouvé assassiné dans les archives de l'université où il travaillait en tant que chercheur en égyptologie. L'arme: un rayonnage coulissant. La police piétine. Michaël Capler, archiviste et ami de la victime, fait bientôt un suspect idéal. Sentant l'étau se refermer, le jeune homme décide de mener sa propre enquête.

Critique:
Ce livre est parfait pour se détendre. Il est des plus classiques. Le suspect va tenter de se disculper en menant son enquête, et bien sûr, il sera meilleur que la police. Cette ficelle est un peu lassante. Ici, elle est quelque peu renouvelée, car une partie de l'équipe policière finit (d'abord de mauvaise grâce) par unir ses efforts à ceux de Michaël.
La structure est également classique: quelques interrogatoires, accusations infondées, des rebondissements pas vraiment surprenants... Une petite originalité est apportée parce que Michaël n'est pas le seul suspect.
Le schéma fait qu'on est amené à soupçonner tout le monde. Là encore, l'auteur parvient à rendre cela moins lourd. D'abord, elle tue l'un des coupables potentiels. Quant au véritable coupable, je n'avais pas deviné son nom, mais il ne m'a pas vraiment surprise.
J'ai trouvé de petites incohérences. On ne s'explique pas vraiment pourquoi Jeanne n'a pas été tuée lors de son agression...
Il est un peu gros que Michaël aille chez quelqu'un qu'il suspecte seul, sans protection. Il sait quel danger il court, mais il y va quand même.
Il est presque invraisemblable que la police n'ait pas vérifié les e-mails personnels d'Adrien.
J'ai apprécié le fait que les chapitres débutent par le jour et le lieu de l'action, cela situe tout de suite les choses, même si ce n'est pas nécessaire.

J'ai trouvé un peu dommage que toute l'équipe policière soit détestable. Jeanne l'est peut-être un peu moins, car elle évolue au cours du roman. Mais ses collègues masculins sont bornés. L'un d'eux est même violent et homophobe. C'est un peu cliché. Je me doute que des policiers de ce genre existent, mais j'ai trouvé dommage qu'aucun ne soit vraiment sympathique.
Keller m'a fait rire avec ses colères injustes qui lui font user d'un langage imagé. Cependant, il est plus ridicule que sympathique.

Michaël est plus intéressant, car certaines choses chez lui peuvent exaspérer. Par exemple, en tant que célibataire, il est désordonné et un peu bohême. Cela agace et prête à sourire. On me dira que c'est cliché, mais je ne trouve pas.
J'ai bien aimé le comique de répétition: Jeanne surprend deux fois Michaël en caleçon lorsqu'elle se rend chez lui pour l'interroger.

Apparemment, ce livre est le premier d'une série mettant en scène Michaël Capler. Je ne sais pas encore si je lirai les autres.

Éditeur: Plaisir de lire.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jocelyne Corbaz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 19 décembre 2011

José, de Richard Andrieux.

José

L'ouvrage:
José a neuf ans. Il n'aime pas trop le monde dans lequel il vit. Il n'a pas envie d'avoir d'amis. Il préfère s'en inventer. Il s'enferme dans un monde où il rebaptise les objets. Son lit, c'est Voyage; le plafond de sa chambre, c'est Nuage; etc. Tous sont ses amis. Sa mère s'inquiète, et l'amène chez une psychologue.

Critique:
Je sens que cette chronique va m'attirer des inimitiés...%%D'abord, l'auteur décrit bien l'enfermement de José. Par la suite, la souffrance du petit garçon est très bien explorée et analysée. Cependant, j'avoue avoir été agacée par beaucoup de choses. En premier lieu, José lui-même. Je sais que parfois, sans trop savoir pourquoi, des enfants s'enferment dans un autre monde, comme il le fait. Sans vouloir qu'il y ait obligatoirement une explication rationnelle, j'ai trouvé un peu facile que José soit ainsi sans qu'on sache pourquoi. Sa mère l'élève seule, et n'est pas forcément à la hauteur, mais elle agit mieux que certains. L'enfant est peut-être hypersensible, peut-être s'attache-t-il à des objets pour ne pas souffrir... Ou peut-être n'est-il pas assez mûr... Bref, on peut trouver des explications satisfaisantes, néanmoins, José ne m'a pas touchée. Au début, son arrogance (même si elle recouvrait autre chose), m'a déplu. Sa façon de s'inventer des obstacles, alors qu'il avait la chance d'être aimé... Il me faisait un peu l'effet de ces gens qui ont tout, et qui se paient le luxe de faire une dépression. Ensuite, lorsqu'il souffrait réellement, j'ai compris sa détresse, mais ayant déjà été refroidie par lui au début, je n'ai pas été vraiment émue.
En outre, à un moment, il maltraite un animal. Je sais que c'était dû à son mal-être, à la souffrance qu'il cherchait à exprimer, à faire sortir, mais je fais un blocage vis-à-vis de ceux qui s'en prennent aux animaux.

Je n'ai pas trop su quoi penser d'Hélène, la mère de José. Elle s'est vite retrouvée submergée. Je l'ai plainte, mais elle m'a un peu agacée. Pourtant, je ne sais pas du tout comment je m'y serais prise face à un enfant aussi déconcertant. Peut-être aurait-elle dû être plus ferme, mais elle était seule, et pas assez forte pour maîtriser ce qui lui arrivait.

À un moment, le psychologue de l'hôpital veut à toute force faire réagir José. Pour le faire sortir de son mutisme, il va jusqu'à commettre une faute qui pourrait causer des dommages irréparables. C'est intéressant, car cela a suscité deux réflexions totalement contradictoires de ma part. D'abord, je l'ai traité d'imbécile, ai pensé qu'il n'était pas professionnel, et qu'en plus, il allait peut-être causer plus de mal que de bien. Et puis, j'ai pensé qu'au moins, il ne voyait pas l'enfant comme un cas. Au moins, il s'était compromis en espérant obtenir un résultat positif. Cela lui donne une dimension plus humaine: il n'est pas froid, il ne tente pas d'appliquer de belles théories.

Ce roman aborde le thème de la souffrance de différentes manières, dont certaines m'ont paru un peu difficiles à comprendre. En outre, le personnage principal m'ayant déplu, je n'ai peut-être pas su appréhender les thèmes avec toute l'objectivité qu'il aurait fallu.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jocelyne Corbaz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 7 février 2011

Du rêve pour les oufs, de Faïza Guène.

Du rêve pour les oufs

L'ouvrage:
Ahlème vit avec son père et son frère. Son père est algérien, la famille vit en France. Ahlème tente de trouver des petits boulots, alors que son père sombre doucement dans la folie, et que son frère fait sa crise d'adolescence.

Critique:
Voilà un livre bien pensé, au style vigoureux. Ce livre ne donne pas de leçons, il explique. Il dit la détresse d'un homme qui, comme tant d'autres, avait mis tous ses espoirs dans une France qu'il voyait comme la terre d'accueil, le pays sauveur. Pour ne pas sombrer tout à fait, le père d'Ahlème enferme sa déconvenue et son désespoir. Il les efface, et avec eux une partie de lui-même. Il s'en sort comme il peut. Ce personnage m'a touchée.

Foued, quant à lui, représente un peu la génération de ceux qui ne sont ni d'ici ni d'ailleurs, et qui se cherchent. Il voit ce que le rêve a fait de son père, et ne veut pas être déçu. Mais ses actes ne sont pas uniquement dus à cela. Il ne voit que la facilité, la rébellion. Il ne veut pas non plus être comme Ahlème qui trime pour porter la famille à bout de bras. Foued ne veut pas de tout cela, il veut du concret. Le lecteur comprend qu'il se laisse aller à la facilité tout en le blâmant de faire souffrir sa soeur, et quelque part, son père. Si celui-ci ne se rend pas compte de tout, il sent bien que quelque chose ne va pas, surtout quand Foued se moque de sa moustache. Cette scène montre bien à quel point Foued se fiche de l'autorité, d'autant plus qu'il a perdu certains repères.

Le roman ne tombe pas dans les clichés et la mièvrerie. L'auteur se contente d'exposer certains faits. Elle parle bien sûr de l'intolérance, du racisme, des différentes façons dont chacun les gère. La scène la plus grotesque est celle où le mari de la voisine d'Ahlème cherche «gibon» dans le dictionnaire. Une fois qu'il l'a trouvé, il se contente d'un commentaire sobre, un brin humoristique. Mais sa frénésie et sa sobriété même montrent qu'il en souffre. Il est habitué, mais il y a des choses auxquelles on ne peut jamais s'habituer tout à fait.

Outre la gravité de certains passages, l'auteur arrose son livre d'humour, ce qui aide à mieux faire passer les rêves brisés. L'humour est notamment représenté par Linda, l'amie d'Ahlème, qui connaît toujours les derniers ragots en date, et les expose bruyamment. D'une manière générale, les passages où l'héroïne est avec ses amies sont un signe de détente.

L'héroïne pourrait sembler être la fille parfaite sur qui les malheurs s'accumulent. Malheureusement, son histoire est assez banale. Elle est sympathique au lecteur qui admire sa ténacité, qui comprend ses colères, ses rêves, ses chagrins, ses abandons.

Bref, un livre juste qui expose sans hargne, qui explique sans acrimonie. Je vous le recommande vivement.
Le titre est très bien trouvé, car approprié à l'histoire et aux personnages décrits.

Éditeur: Hachette littérature.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jocelyne Corbaz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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