Lecteur : Colby Jim

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lundi, 11 juin 2012

Des amies de toujours, de Jennifer Weiner.

Des amies de toujours

L'ouvrage:
Ce soir-là, après un rendez-vous raté, Addie Downs est seule chez elle. C'est alors que Valérie Adler, son ancienne amie sonne à la porte. Les deux femmes sont brouillées depuis leur adolescence. Ce soir, Valérie demande à Addie de l'aider. Elle a fait une bêtise, et a besoin d'elle.

Critique:
Le livre contient de bonnes idées, mais aussi des défauts. Il est beaucoup trop lent. Beaucoup d'événements traînent. D'autre part, les retours en arrière ne sont pas vraiment bien placés. Ils arrivent trop tard et sont trop nombreux. Par exemple, Addie raconte l'arrivée de Valérie chez elle, puis l'auteur fait un retour en arrière expliquant comment est née l'amitié entre les deux jeunes filles. Cela devrait être une bonne idée. Cependant, je déteste ce principe ô combien artificiel qui consiste à nous montrer le présent, puis à nous faire languir en faisant un long retour en arrière. Bien sûr, le retour en arrière est pertinent: il explique la nature des relations entre les deux filles, montre les familles, leurs situations, leurs caractères... Soit, mais je pense que l'auteur aurait pu faire quelque chose de moins long, et aurait même dû placer cela avant. Je n'aurais pas eu cette sensation de frustration, et j'aurais davantage apprécié la mise en place des choses.
Le livre louvoie sans cesse entre présent et passé... si c'est pertinent dans certains romans, ici, cela engendre des lenteurs (l'auteur se répétant), et une impression de fouillis.

Lorsqu'on revient au présent, l'enthousiasme retombe vite, car là encore, Jennifer Weiner s'embourbe dans les lenteurs. Et puis, l'enchaînement des faits n'est pas très crédible. Si on peut, à la rigueur, comprendre qu'Addie retombe sous la coupe de Valérie, ce qu'elles font est assez bête. Elles le savent, le disent, mais le font quand même.
Et puis, Valérie agit de manière stupide en utilisant la carte de crédit. Même si elle semble assez écervelée, on a du mal à croire qu'elle a tout simplement oublié qu'il valait mieux ne pas le faire.

L'auteur introduit certaines notes humoristiques, comme le faux hold-up et certaines choses que fait Valérie.
D'autre part, elle explore le thème de l'amitié de manière assez pertinente, décryptant et expliquant celle (étrange et incongrue) qui lie Addie et Valérie.
L'auteur aborde également le thème du harcèlement moral. Ici, ce sont des adolescents entre eux...

C'est sûrement dans l'analyse des personnages que la romancière excelle. Avec sensibilité et justesse, elle décrit Addie, Valérie, et Jordan. Ce sont des personnages complexes.
J'ai été particulièrement touchée par Addie. Elle ne fait pas toujours les bons choix, est un peu timorée, se laisse dominer par Valérie, ne voit pas qu'elle n'est pas la seule à souffrir... Mais elle tente de s'en sortir et d'être quelqu'un de bien. Mention spéciale au passage où elle décrit comment elle se débarrasse de son addiction...

J'ai également apprécié Jordan. Certains diront qu'il pleurniche beaucoup sur la fin de son mariage. J'ai compris sa douleur, voire son aigreur teintée de notes d'humour noir. Sa femme m'a, par contre, beaucoup agacée!

Je n'ai pas pu apprécier Valérie pendant une grande partie du roman. Elle a des circonstances atténuantes, certes, mais elle m'a exaspérée. Elle a toujours l'air de jouer un rôle et de le jouer n'importe comment. Elle est constamment à la recherche de reconnaissance, et quand Addie cherche à l'aider, elle la remercie de la pire façon qui soit. Sa manière de se mettre en scène, de faire des remarques complètement inappropriées, et de réagir de façon inadéquate ne la rendent pas loufoque, mais insupportable!%%Je l'ai réellement appréciée à la fin du roman. Elle garde sa verve tout en perdant son côté puéril.

Éditeur français: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jim Colby et Nicole Poole pour les éditions Recorded Books.
J'aime beaucoup Jim Colby qui a une voix claire et agréable. J'aime moins la voix de Nicole Poole que je trouve un peu sourde et légèrement enrouée. Cependant, son intonation est toujours adéquate. Sa lecture est sensible, son jeu est fin.

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jeudi, 31 mai 2012

Songs of the humpback whale, de Jodi Picoult.

Songs of the humpback whale

L'ouvrage:
Californie.
Jane et Oliver Jones sont mariés depuis quinze ans. Ils ont une fille, Rebecca. Oliver est très pris par son travail dans la biologie marine, et plus particulièrement ses études sur les baleines. Jane a de plus en plus de mal à le supporter.
Un jour, une dispute dégénère. Jane, poussée par sa fille qui l'accompagne, s'en va. Elle décide d'aller voir son frère, Jolly, qui vit dans le Massachusetts, et auprès de qui elle sait qu'elle trouvera soutien et réconfort.

Critique:
Je vais paraître primaire, mais en général, j'aime qu'un livre ne raconte pas la fin avant le milieu! ;-) Cela ne semble déranger que moi, étant donné que c'est ce à quoi se livre l'auteur ici, et que son roman a eu du succès. Elle raconte la dispute et le départ, puis les chapitres contés par Rebecca évoquent la presque fin du roman. Ils sont racontés à l'envers. C'est-à-dire que Rebecca raconte ce qui s'est passé à un moment, et plus tard, elle raconte ce qui s'est passé avant, et ainsi de suite. À côté de cela, les chapitres racontés par les autres protagonistes sont chronologiques.
Cela a plusieurs effets négatifs qu'un récit chronologique aurait pu éviter. D'abord, cela engendre des lenteurs. Les livres de Jodi Picoult sont gros, alors, si on sait qu'on va y trouver des lenteurs, c'est encore plus pénible! Presque dès le début, on sait certaines choses, et il est très facile de reconstituer les événements. La suite a corroboré ce que je pensais. Si le plus intéressant est de voir les pensées et les sentiments des différents personnages, on les devine aisément en lisant la presque fin dans les chapitres contés par Rebecca. On n'a pas de très grandes surprises.
On découvre certaines choses passées, mais un récit chronologique n'aurait pas interdit des retours en arrière appropriés, comme le fait l'auteur dans d'autres romans, et comme elle le fait ici aussi, d'ailleurs, lorsque Jane, Oliver, et Jolly s'expriment.

L'histoire est, finalement, assez clichée. On retrouve la patte de Picoult qui nous montre avec talent les différents points de vue et ressentis des protagonistes. Malgré cela, l'histoire m'a déçue, car cela aurait pu être du Danielle Steel, même si c'est davantage creusé.

D'autre part, un épisode est raconté de trois points de vue différents. En général, cette façon de faire me plaît. Ici, cela m'a plutôt agacée. D'abord parce que je savais ce qui se passerait par la suite, mais aussi parce que ça n'apporte pas grand-chose. C'est un peu plus intéressant quand c'est raconté du point de vue de Sam, parce qu'on a son ressenti, mais il était assez facile à deviner.
Plusieurs épisodes sont racontés au moins deux fois de plusieurs points de vue, et ça m'a paru un peu lourd.

Jane m'a cassé les pieds. J'ai compati à ses souffrances, je l'ai trouvée admirable dans sa relation avec son père, dans sa préservation de Jolly, et même dans sa façon d'être avec Oliver. Mais je n'ai vraiment pas aimé ce qu'elle force Sam à faire. Pour moi, cela pourrit les relations entre presque tous les personnages. N'aurait-il pas été plus sain qu'elle en discute calmement avec les intéressés, et leur fasse un peu confiance? Bien sûr, c'est une mère, et elle a agi avec ses tripes, mais je n'ai pas aimé ce que ça a révélé d'elle.
D'une manière générale, chaque personnage a sa part d'ombre, et elle est un peu dérangeante chez certains d'entre eux.

Attention! Si vous n'avez pas lu le livre, passez au paragraphe suivant.
Je n'ai pas aimé la décision finale de Jane. Pas seulement parce que je pense que l'amour devrait triompher, et que je préfère Sam. Cette décision n'est pas réaliste. En effet, il est fort improbable qu'Oliver change. Il est comme ça depuis le début. Il raconte lui-même qu'il «se conduisait en mari». On dirait qu'il suivait un mode d'emploi. Au début de son mariage, il va (par exemple), rejoindre Jane sous la douche parce que ça se fait comme ça, quand on est ensemble. Il ne le dit pas ainsi, mais c'est ce qu'on ressent. Oliver est froid, il clame qu'il aime sa femme uniquement parce qu'il va la perdre. Il n'aime réellement que son travail. En plus, il a l'air faux. Même quand il va chercher Rebecca, il agit très bêtement, et ce n'est pas parce qu'il est un père ayant peur pour sa fille, c'est parce qu'il refuse de percevoir les choses comme elles sont, et est égoïste. Jane sait tout cela. Elle dit qu'elle aime encore Oliver, mais ça aussi, c'est peu probable. Après toute la frustration, toutes les déceptions qu'il a engendrées, ce n'est pas crédible, surtout pour une romantique comme Jane.
Avec cette solution, Jane ne sera pas vraiment heureuse. Il aurait été plus épanouissant pour elle de quitter Oliver. Rebecca elle-même sait que sa mère se sacrifie. À terme, elle aurait admis que ce qu'elle voulait n'était pas souhaitable. Cette séparation aurait été un mal (selon Rebecca) pour un bien.
On m'objectera que, comme le dit Sam, Jane n'aurait pas eu sa place dans le verger parce que cette vie est trop éloignée de la sienne. Une «adaptation» ne me semblait pas insurmontable, connaissant Jane.

Bref, j'ai fini le livre parce que c'était un roman de Jodi Picoult, et que j'ai beaucoup aimé certains de ses ouvrages. Mais à mon avis, il ne vaut pas le coup.

Remarques annexes:
J'ai aimé en apprendre davantage sur les baleines et les pommes, deux espèces qui s'adaptent de manière insoupçonnée.
J'ai apprécié Micah avec qui Oliver a tissé une relation peu banale en peu de temps.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Recorded Books. La distribution est:
Jim Colby: Sam
Liz Morton: Rebecca Jones
Jonathan Davis: Oliver Jones
Carol Monda: Jane Jones
Chris Sorensen: Jolly Lipton

Là encore, les comédiens ont fait un très bon travail.
Je n'apprécie pas trop la voix enrouée de Carol Monda, mais elle met bien le ton, donc c'est passé.
J'ai été contente de réentendre James Colby. À un moment, il m'a semblé avoir le nez bouché. ;-)
Je ne me souviens plus si Jonathan Davis adopte cette manière feutrée de lire habituellement, mais j'ai trouvé que cette interprétation allait parfaitement au personnage d'Oliver que j'imagine un peu coincé.
J'ai découvert Liz Morton et Chris Sorensen que j'ai appréciés.

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