Lecteur : Cohen Odile

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lundi, 18 mai 2015

J'arrête de râler, de Christine Lewicki.

J'arrête de râler

L'ouvrage:
Après avoir constaté que sa vie était pourrie par ses râleries, Christine Lewicki a décidé de changer sa façon de réagir, afin de profiter de la vie et non d'en subir les désagréments. Elle fait partager son expérience et son cheminement.

Critique:
J'ai souhaité lire cet ouvrage parce que je voulais me rendre compte de la fréquence à laquelle je râlais. Ensuite, j'ai pensé que si l'auteur donnait une solution sympathique, pourquoi ne pas essayer de l'appliquer? Lorsqu'on lit un livre de ce genre, on voit forcément ce qu'il dit par rapport à soi. On a toujours un exemple tiré de sa vie à appliquer à ce que dit l'auteur. Là encore, cela a été le cas pour moi.

Je me suis aperçue que je mettais déjà en pratique certains conseils de l'auteur. J'ai déjà remarqué que râler ne m'apportait qu'une satisfaction temporaire. Certes, on exprime sa frustration, mais ensuite, que faire? L'auteur préconise de tenter de trouver un côté positif ou une solution aux tracasseries qu'on ne peut changer. Certains de ses conseils ne m'ont pas paru judicieux dans mon cas. Cependant, si on n'est pas trop bête, on adapte les conseils à son cas.
Certains m'ont paru un peu tirés par les cheveux. Par exemple: si on fait la queue, au lieu de ronchonner, on peut discuter avec la personne qui attend derrière soi. J'avoue ne pas être du genre à adresser comme ça la parole à un inconnu. Bien sûr, là encore, c'était un conseil dont le but était de dire: il faut trouver quelque chose de sympathique à faire pendant ce temps. En effet, la file d'attente n'ira pas plus vite parce qu'on va râler, et le temps passera plus vite et de manière plus agréable si on se trouve une occupation. Pourquoi ne pas commencer ou continuer un livre (audio, tant qu'on y est)?

D'une manière générale, Christine Lewicki invite le lecteur à s'ouvrir, à ne pas toujours se précipiter sur la solution de la râlerie qui n'est pas bénéfique, car (j'ai déjà pu le constater), elle engendre stress et mal être. Elle invite le lecteur à créer une autre habitude que celle de la râlerie. Il est vrai qu'il existe tout un tas de solutions simples à appliquer afin de ne pas râler. On peut remédier à certaines choses en «pensant différemment». (Je mets l'expression entre guillemets, car je ne peux la dissocier du roman «Les fourmis», de Bernard Werber. C'est en lisant ce roman, lorsque j'étais au collège, que j'ai compris ce concept.) L'auteur invite le lecteur à s'ouvrir aux autres, à mieux communiquer, à s'exprimer clairement, et à ne pas forcément attendre une satisfaction immédiate.

Bien sûr, elle n'oublie pas ceux qui, au moment de lire son ouvrage, passent justement par une phase difficile. À ceux-là, elle conseille de commencer le défi qu'elle propose quand leur vie sera «normale». Ce qu'elle propose consiste à tenter de passer vingt-et-un jours consécutifs sans râler, expliquant bien que le but est de voir si on vivait mieux sans râler. Je ne sais pas si je ferai ce défi, mais si je le fais, il me faudra trouver autre chose que le symbolique bracelet qu'on met au poignet et qu'on change de poignet (on repart de zéro) si on râle. En effet, je n'aime pas porter des bijoux, cela me gêne. À moi de trouver une solution de remplacement dans le cas où je déciderais de faire cela. Je pense qu'on peut aussi le faire dans sa tête, sans forcément avoir besoin d'un geste qui remettrait le compteur à zéro.
Au sujet des gestes symboliques, j'avoue ne pas vraiment voir l'utilité de celui qui consiste à écrire sa râlerie la plus fréquente, et à s'en débarrasser en la jetant à la poubelle. Je ne pense pas que ce genre de gestes fonctionnerait sur moi. Ce n'est pas parce que je vais me débarrasser du papier où c'est écrit que mon cerveau, lui, va s'en débarrasser. Je pense que si je décide d'en finir avec une râlerie (ou autre chose qui encombre ma tête), c'est le fait de penser plusieurs fois que j'en ai fini avec ça qui fera effet. Je sais qu'on préconise de matérialiser ce dont on veut se débarrasser moralement, mais je ne le comprends pas vraiment... Je sais que là, je pinaille. L'important est de comprendre ce qui fonctionne sur soi et de l'utiliser.

Il n'y a pas de solutions contre ceux qui ne font que râler et qui nous agacent. L'auteur explique que si, soi-même, on ne râle pas (ou beaucoup moins), on sera moins touché par celui qui râle. Tout dépend, je pense, de notre degré de proximité avec les râleurs. Je m'aperçois que lorsque je peux fuir ceux qui râlent, je le fais.

Même si j'ai donné des exemples, je suis loin d'avoir parlé de tous les conseils et de la façon de penser que Christine Lewicki tente de faire passer.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Odile Cohen.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.

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lundi, 4 juin 2012

La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt.

La liste de mes envies

L'ouvrage:
Jocelyne Guerbette a quarante-sept ans. Elle est mercière à Aras. Elle est mariée à Jocelyn.
Un jour, ses amies, les jumelles Danielle et Françoise, la convainquent de jouer à l'euromillion. C'est alors qu'elle gagne dix-huit millions d'euros. L'euphorie qui la prend laisse vite place à de la réflexion: elle va donc faire la liste de ses besoins, de ses envies, tout en examinant sa vie.

Critique:
J'ai beaucoup entendu parler de ce livre. J'avais envie de le lire, mais une part de crainte entrait dans cette envie. D'abord parce que nombre de livres dont on parle beaucoup me déplaisent quand je finis par les découvrir. Ensuite parce qu'à travers des entretiens avec l'auteur (dans «La grande librairie», par exemple), j'ai cru comprendre qu'il voulait montrer que l'argent ne faisait pas le bonheur. Assertion avec laquelle je suis d'accord jusqu'à un certain point. J'avais donc un peu peur de tomber sur un livre où il serait dit de manière catégorique que l'argent n'apportait que désolation. Heureusement, Grégoire Delacourt n'est pas tombé dans ce travers qui aurait été, à mon avis, très désagréable, car d'une hypocrisie et d'une mauvaise foi évidentes.
J'avais également peur que le livre tombe dans une espèce d'excès inverse en ne montrant que des gens qui auraient tout gaspillé, l'argent leur étant monté à la tête. Cela aurait été réaliste, mais il m'aurait déplu de ne rencontrer que des personnages de ce genre. Là encore, ce qui est dans le livre est plus fin que ce qui m'effrayait.

Avec sensibilité, et quelques touches d'humour, le romancier décrit une femme qui sait. Oui, c'est ce qui résumerait Jocelyne pour moi: elle sait. Elle sait réfléchir, apprécier ce qu'elle a, faire la part des choses, elle connaît l'importance de certaines valeurs. Elle sait tirer les leçons de son vécu, se remettre en question, rêver. Elle est humble. J'ai aimé suivre ses raisonnements, son histoire, sa sagesse, sa manière de décrire l'amour sous diverses formes. Par exemple, malgré les bas que connut son couple, il a apparemment su ne pas s'engluer dans la routine. Jocelyne évoque également ses parents, ses enfants (très différents l'un de l'autre), et à qui elle voue un amour à la foi profond et lucide.

J'ai apprécié, entre autres, ce que l'héroïne dit à propos du progrès technologique. Elle constate que tous ces moyens de communication peuvent tuer la communication. (Je simplifie, mais en gros, c'est ça. C'est bien sûr assorti d'exemples et d'explications.) Elle a elle-même un blog, ce qui veut dire qu'elle ne rejette pas tout en bloc, mais elle déplore que certaines personnes utilisent ces moyens de communiquer à mauvais escient ou à tort et à travers. Dans l'entretien qui suit le roman, Grégoire Delacourt explique qu'il a transcrit ici sa propre pensée. Il n'aime pas les blogs (surtout ceux qui racontent la vie de leurs auteurs), pensant qu'il y en a davantage que de gens qui les lisent. Je comprends que lire le quotidien d'une personne qu'on ne connaît pas puisse être dénué d'intérêt, d'autant que les blogs sont légion sur la toile. Ensuite, je pense que ce qu'il désapprouve surtout, c'est la manière dont les blogs (entre autres) sont utilisés par certains, parce que cela peut mener à l'excès.

À travers l'histoire de Jocelyne, l'auteur invite son lecteur à se pencher sur sa vie, à aller à l'essentiel, à ne pas tomber dans l'excès, à ne pas désirer à tort et à travers. En effet, dans notre société, beaucoup de gens sont envieux, beaucoup souhaitent avoir ceci et cela, et n'en ont pas réellement besoin. Cela me rappelle «Interface» qui est une critique de la société de consommation.

En peu de pages, Grégoire Delacourt a su camper des personnages intéressants et complexes. Il a peut-être exagéré le personnage de Jocelyn, surtout à la fin, mais si on y réfléchit bien, on peut se dire que c'est un parcours initiatique pour lui.
J'aime beaucoup les jumelles dont le brin de fantaisie est une bouffée de fraîcheur.

La rencontre avec la psychologue m'a à la fois amusée et effarée. Apparemment, il faut en passer par là quand on gagne une grosse somme. Je comprends la démarche, et puisque cela existe, ça veut bien dire que certains gagnants se sont montrés inconséquents...

La fin me convient, car elle est en demi-teinte. J'aurais méprisé une fin trop rose (même si une partie inexorablement fleur bleue de ma personne l'aurait approuvée), et un dénouement trop noir m'aurait paru peu crédible. Les deux «excès» auraient été en contradiction totale avec la personnalité de l'héroïne. Avec cette idée de départ, il n'était pas forcément facile de faire une fin réussie. Celle-ci l'est parce qu'elle est en accord avec le roman, et même avec Jocelyne.

L'entretien qui suit le roman est très intéressant. Grégoire Delacourt y évoque son parcours, son amour des mots, ses livres. Là encore, on n'entend pas la personne qui l'interroge. C'est dommage, mais c'est moins artificiel que dans certains entretiens précédemment accordés aux éditions Audiolib parce que chaque réponse est séparé par quelques notes de musique.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Odile Cohen.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Je connais surtout Odile Cohen en tant que comédienne de doublage, notamment pour le rôle d'Olivia dans «Fringe». Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais peur que sa voix ne colle pas avec l'idée que je me faisais de Jocelyne. Je savais que Jocelyne était une femme humble, dont l'ambition était le bonheur, et j'avais peur que la voix raffinée d'Odile Cohen ne puisse rendre cela. C'était compter sans le talent de la comédienne. Elle a su entrer dans la peau de Jocelyne, sachant adopter le ton adéquat à chaque situation. Il ne doit pas être très facile d'interpréter ce texte à voix haute, car il serait aisé de tomber dans le mièvre ou le pathos. Or, ce n'est pas du tout ainsi que je vois Jocelyne. Elle ne s'apitoie pas sur elle-même. Odile Cohen a su l'incarner telle que l'a voulue l'auteur, à mon avis.

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