Lecteur : Clerc-Renaud Françoise

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi, 16 mars 2012

Le français mal-t-à propos, de Pierre Merle.

Le français mal-t-à propos

L'ouvrage:
Pierre Merle expose ici fautes d'usage, de grammaire, de ponctuation, tics de langage, liaisons mal-t-à propos, danger du langage SMS, etc. Il explique pourquoi, à son avis, un tel relâchement s'opère dans notre langue.

Critique:
J'aime beaucoup ce genre de livres. D'abord, parce que je fais moi-même la chasse aux fautes, et tente d'en faire le moins possible. Et puis, ça me fait plaisir que d'autres pointent du doigt ces injures à notre langue.

C'est non sans humour que l'auteur évoque toutes les sources de fautes, et les absurdités langagières qui viennent émailler discours et écrits.
J'avais repéré la plupart des fautes d'usage relevées par Pierre Merle. Je suis donc fière de les éviter. Mais il en est une que je devais sûrement faire: celle qui consiste à toujours utiliser le participe passé du verbe «convenir» avec l'auxiliaire «avoir». Je sais, pourtant, qu'on dit (par exemple): «Nous étions convenus de nous retrouver à midi.» Je crois que je ne faisais pas trop attention à cette faute d'usage. Dorénavant, je la surveillerai, comme les autres. ;-)
Je sais que je dois commettre d'autres fautes d'usage, même parmi celles que j'ai repérées... Il est par exemple très facile de dire: «Je viens en vélo.» Je le dis, parfois, alors que je sais que c'est une erreur, puisque la personne est sur le vélo, et non à l'intérieur. ;-)

J'ai bien ri lorsque l'auteur évoque les tics de langage. Je sais que malgré ma vigilance, j'en emploie certain, comme «en même temps»... Décortiqués par Pierre Merle, ces tics qui me semblaient déjà un peu affectés, sont franchement risibles!

Pierre Merle évoque les perles du baccalauréat de juin 2004, reprises dans certains journaux. Il en cite quelques-unes. Je me suis aperçue que ces perles, je les avais déjà relevées, lorsque j'étais moi-même au lycée (plusieurs années avan 2004). Du coup, je me demande si ces phrases ont réellement été écrites par des aspirants au baccalauréat, ou si elles furent inventées par de facétieux journalistes, et ressorties tous les tant de temps...

J'ai été surprise de lire ce que Pierre Merle dit de l'accord du participe passé. En effet, il ne cite qu'imparfaitement la règle quant aux verbes pronominaux. Il explique que les verbes pouvant être pronominaux ou pas (comme «couper» oo «se couper»), obéissent à la règle des participes passés conjugués avec l'auxiliaire «avoir». Or, ce n'est pas tout à fait vrai. Si on écrit: «Elle s'est coupé le doigt.», on écrira: «Elle s'est coupée.» Si le pronom réfléchi «s'» est C.O.D., le participe passé s'accorde. Si le pronom réfléchi est C.O.I., le participe passé ne s'accorde pas. On peut aussi dire que si le verbe est suivi d'un C.O.D., le participe passé ne s'accorde pas. Cette façon de retenir la règle est plus simple, mais elle est incomplète, car il n'y a pas de C.O.D. après «Elles se sont téléphoné.» ou «Ils se sont succédé à la tête de l'empire.», et pourtant, le participe passé ne s'accorde pas. C'est à cause du pronom réfléchi C.O.I.
Je n'aime pas trop cette règle, parce que j'ai toujours envie d'écrire: «Elles se sont téléphonées.», ou: «Ils se sont plus.», ou: «Elle s'est permise.», alors que c'est faux.
La règle d'accord du participe contient d'autres exceptions de ce genre, et est assez retorse.

Je milite, à l'instar de Pierre Merle, pour la cause du passé simple! ;-) Je n'irai pas jusqu'à le prôner dans les conversations courantes, mais j'aime beaucoup ce temps, et je peste systématiquement lorsque je lis un roman rédigé au présent.

Le passage sur le mode subjonctif m'a fait prendre conscience que, comme le dit l'auteur, on l'utilisait de manière assez flottante... Heureusement, l'auteur a parlé de cette faute qui me hérisse et qui m'agace tant elle est répandue: celle du «après que». Le verbe qui suit «après que» sera toujours à l'indicatif, jamais au subjonctif. Je ne comprends pas trop pourquoi cette erreur s'est tant répandue, étant donné que l'explication grammaticale de cette règle est logique, et que «après que» pourrait être remplacé par «dès que». Il ne viendrait à personne l'idée de mettre un verbe au mode subjonctif après «dès que»!

J'aime bien la façon dont Pierre Merle démonte l'argument de certains professeurs: les classes sont trop pleines. En tant que professeur de français, j'ai déjà entendu cet argument énoncé de manière assurée par mes collègues. Si le paramètre du nombre est à prendre en compte, il est loin d'être le seul, ni même le principal facteur du fait que certains élèves ne savent plus conjuguer ou orthographier. Je préfère une classe de trente élèves travailleurs et attentifs, qui tenteront de comprendre et de se corriger, plutôt qu'une classe de vingt élèves qu'il faut sans cesse exhorter au calme, au travail, et au respect de l'autre!

Je suis d'accord avec l'auteur en ce qui concerne les mots anglais (et ceux en faux anglais): pourquoi les utiliser si le mot français existe? Cependant, je dois avouer que je n'aime pas le mot «courriel», qui, pourtant, est la meilleure façon de traduire «e-mail». Je préfère dire «message», «courrier électronique», ou même «mail».
Autre chose doit freiner certaines personnes: les mots que trouve l'académie française pour traduire certains mots ou expressions... Si, sur un forum, je trouve idiot de dire «topic», alors que «sujet» existe, je me souviens avoir entendu certaines transpositions assez improbables. Cela donne un bon argument à ceux qui prônent l'invasion par l'anglais. ;-)
D'autre part, je trouve très pénibles les personnes qui prononcent un mot anglais «mal-t-à propos», et sont absolument persuadés de bien le dire. Par exemple, dans beaucoup de cas, les deux «o» donnent le son «ou» en anglais. Voilà pourquoi certains disent «floude» pour «flood», et ne me croient pas quand je leur dis que ça se prononce «floeude». C'est comme ceux qui se croient très malins, et prononcent «dji» pour la lettre «j», alors que c'est «djay».

Je ne dirai rien quant au passage sur la féminisation, car j'avoue la préférer, mais je sais que personne n'est d'accord là-dessus. Je reconnais quand même l'ineptie de la double-féminisation que souligne Pierre Merle.

L'auteur de ce livre énonce vérités et arguments de manière posée, et souvent humoristique. Il n'est jamais aigri. Il met simplement les choses au point. J'aime bien sa conclusion, et l'ouvrage en général.

Éditeur: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Clerc-Renaud pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « Le français mal-t-à propos » sur Amazon

mardi, 10 janvier 2012

Les filles du pasteur Muller, de Marie Kuhlman.

Les filles du pasteur Muller

L'ouvrage:
Froeschwiller, petit village alsacien, années 1870.
Christian Muller est pasteur. Sa femme, Emily, et lui s'aiment tendrement. Leurs trois filles, Frédérique, Lisbeth, et Dorothée, évoluent dans un foyer heureux. Plusieurs événements vont les pousser à grandir plus vite, et à assumer certaines responsabilités.

Critique:
Si j'ai globalement apprécié ce roman, je l'ai trouvé inégal. Je me suis parfois ennuyée à partir du moment où la famille est face à la guerre. Il faut dire que je deviens difficile quant aux romans abordant ce sujet (quelle que soit la guerre évoquée).
Ici, j'ai bien conscience que la romancière s'est documentée, et je sais que son récit est intelligemment construit. Je pense que les lenteurs que j'ai trouvées ne sont dues qu'à ma subjectivité. En outre, le livre est bien écrit: le style est fluide.

Le point fort du roman est ses trois héroïnes. Elles sont très différentes les unes des autres, et très attachantes. Au départ, Frédérique peut paraître un peu agaçante, car elle semble n'avoir aucune utilité, aucune personnalité à part son espèce de confinement aux tâches ménagères et à la propension à faire la morale. Elle paraissait fade et sèche. Cependant, au cours du roman, elle évolue, se remet en question, Elle finit par trouver sa place.
La secrète Lisbeth m'a interpellée. Hypersensible, quelque peu désorientée (au début), fragile, mais forte aussi... Lisbeth m'a d'autant plus émue qu'elle est passionnée d'écriture.
Dorothée, le garçon manqué, m'a épatée, surtout au début. Elle ressent des choses contradictoires, se débat entre ce qui se fait, ce qu'elle souhaite être et veut faire, ceux qu'elle aime, celui qu'elle ne devrait pas aimer... Je n'aurais pas pensé que les choses tourneraient ainsi pour cette jeune fille solaire et pétulante.

Ces trois jeunes filles très attachantes vivront des événements qui feront que le caractère de chacune s'affirmera. Chacune mûrira, et prendra les décisions qui s'imposent. Chacune fera preuve d'un courage exemplaire. D'autre part, cette famille est un bel exemple de solidarité, de tolérance, d'amour. Les trois soeurs ont beau être très différentes, et se disputer, parfois, elles seront toujours sauvées et portées par l'amour qu'elles éprouvent les unes pour les autres. C'est aussi cet amour qui fera que leur père, malgré ses réticences et ses espoirs déçus, finira par les laisser être elles-mêmes.

Remarque annexe:
J'ai été déçue que les habitants du village finissent par rejeter l'une des leurs uniquement parce qu'elle avait choisi une orientation différente après la guerre. Malgré ce choix, elle reste elle-même...

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Clerc-Renaud pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « Les filles du pasteur Muller » sur Amazon

lundi, 22 août 2011

Telle une abeille, d'Isabelle Girard.

Telle une abeille

L'ouvrage:
Rio de Janeiro, 1972.
L'héroïne (qui, plus tard, se fera appeler Alessandra) a été abandonnée, à cinq ans, sur un trottoir. Sa mère l'a laissée en lui disant d'attendre: son père allait venir la chercher. C'est ainsi qu'elle est devenue une enfant des rues.

Critique:
L'auteur s'est basée sur un fait réel pour écrire ce roman. Je ne sais pas dans quelle mesure elle a puisé dans la réalité, mais j'ai trouvé certaines choses peu vraisemblables, ou disons clichées. D'un côté, on a envie d'applaudir cette enfant qui se débrouille comme elle peut, qui, à force de douceur et d'opiniâtreté, parvient à obtenir certaines choses de la vie. J'ai apprécié la lecture d'une histoire qui ne racontait pas la dérive d'une enfant livrée à elle-même à l'âge de cinq ans. Au moins, l'auteur ne nous raconte pas une longue descente aux enfers. En outre, le lecteur éprouvera forcément de la compassion et de l'admiration pour Alessandra, et sourira de ses remarques naïves.
On ne pourra s'empêcher de réagir en apprenant ce que sont devenus ses frères et soeurs qui n'ont pas vécu dans la rue. Je pense que l'auteur a voulu montrer que tout n'est pas toujours tracé par l'environnement dans lequel on évolue. C'est une idée intéressante.

Cependant, plusieurs choses m'ont gênée.
D'abord, il est étrange qu'il n'arrive jamais rien de très grave à l'héroïne. Je ne le souhaitais bien sûr pas, mais elle est dans la rue... Elle souffre de la faim, de la saleté, doit chercher ou dormir, mais elle n'a jamais affaire à des personnes mal intentionnées. Elle est plutôt rejetée par les bandes.

Ensuite, Alessandra semble parfaite. C'est d'autant plus flagrant lorsque l'auteur fait le parallèle entre elle et Gabriella. C'est la fille pauvre qui souhaite avoir de l'instruction, qui est vaillante, et c'est celle qui a de l'argent qui est fainéante, ne pense qu'à s'amuser. Il est vrai que quelqu'un qui a souffert saura quelle est la valeur des choses, alors que quelqu'un qui n'a pas à remuer le petit doigt sera plutôt nonchalant, et paresseux. Mais j'ai trouvé dommage que le contraste soit si grand entre les deux situations. Cela a décrédibilisé le tout à mes yeux.

Par ailleurs, je comprends le sentiment d'Alessandra quant aux enfants livrés à eux-mêmes. Mais je ne peux m'empêcher de penser, à l'instar de Diego, que ce n'est pas gérable financièrement. Notre héroïne raconte qu'elle bénéficie d'entraide, mais malgré cela, je trouve qu'elle brosse un monde trop idyllique pour être crédible. Elle joint les deux bouts grâce à l'entraide et à de petites sommes... cela semble un peu gros. Et pourtant, je suis idéaliste, et j'aimerais, moi aussi, sauver le plus de monde possible.

Les autres choses qui m'ont gênée sont mineures, mais elles ont contribué à me faire prendre de la distance quant à ce livre:
Il n'est pas très crédible que les plaies du ventre d'Alessandra n'aient pas été infectées.
Malgré la naïveté de l'héroïne quant au mariage (au début), il est peu crédible qu'elle accepte d'épouser un homme qu'elle connaît peu.
Peut-être que tout ce qui m'a gênée vient du fait que je n'ai pas su me remettre dans le contexte... ou peut-être certaines choses auraient-elles dû être amenées autrement...

Éditeur: éditions de Fallois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Clerc-Renaud pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « Telle une abeille » sur Amazon

lundi, 7 mars 2011

La vitesse de l'obscurité, d'Elizabeth Moon.

La vitesse de l'obscurité

L'ouvrage:
Lou Arrendale est autiste. Il travaille pour une compagnie pharmaceutique, ainsi que d'autres personnes autistes. Le petit groupe dispose de certains avantages (comme une salle de gymnastique), qui leur sont indispensables. C'est alors qu'on commence à parler d'un nouveau traitement expérimental qui rendrait les autistes «normaux» en conservant leurs grandes capacités. Monsieur Crenshaw, l'un des supérieurs de Lou exige que les autistes travaillant pour la compagnie suivent le traitement, arguant qu'ainsi, ils n'auront plus besoin des avantages inhérents à leur handicap.

Critique:
Ce livre est un coup de coeur. D'abord parce que peu de livres traitent de l'autisme, peu d'auteurs tentent de sensibiliser les gens dits normaux à ce handicap. Ensuite parce qu'Elizabeth Moon accomplit cela d'une manière remarquable. Il est évident qu'elle a étudié le sujet. Elle parvient à nous montrer comment pense une personne autiste. Bien sûr, Lou est sympathique au lecteur, d'abord parce qu'il fait énormément d'efforts pour s'insérer dans la société. Ensuite, c'est quelqu'un de foncièrement bon et honnête.
Malgré son handicap, il fait ce qu'il peut pour s'adapter au monde dans lequel il évolue. Là encore, l'auteur montre bien que ce n'est pas possible dans chaque cas. Il y a divers degrés d'autisme. Ensuite, nous sommes dans un roman de science fiction, donc Lou et ses amis ont pu bénéficier d'aides et de thérapies afin de mieux s'adapter.

La question du traitement expérimental est abordée intelligemment. Outre la loi que souhaite contourner Crenshaw, outre l'atteinte à la liberté d'êtres humains, il y a le ressenti des intéressés. Les différents points de vue sont brillamment exposés, et tous se défendent. Ceux de Linda et de Cameron sont radicalement opposés, et le lecteur comprend les deux arguments. J'ai quand même été attristée par celui de Cameron: il veut être «normal» pour qu'on cesse de le considérer comme une bête curieuse. Je le comprends, mais je trouve lamentable que la société pousse à ce genre de choses.
J'ai également partagé tous les doutes et les questions dus au fait que le traitement est expérimental.

Au sujet du regard extérieur, l'auteur décrit bien l'attitude de certaines personnes. Il y a plusieurs cas de figure représentés par différents personnages.
Crenshaw est coincé dans son raisonnement, est égoïste et fat. Pour lui, les autistes ne sont que des objets.
Un autre personnage rend Lou responsable de tous ses malheurs au lieu de se remettre en question. Il n'admet pas qu'un handicapé puisse réussir là où il échoue. Ce refus de se remettre en question, cette propension à voir ce qu'ont les autres sans voir les difficultés qu'ils rencontrent est très répandue. J'y suis confrontée tous les jours.
Comment ne pas évoquer la scène du supermarché où une tête à claques se permet de se mêler des affaires de Lou, et de mettre son autisme en avant pour satisfaire une curiosité malsaine, mal placée, et malvenue.
D'une manière générale, les gens dits «normaux» ne portent pas un regard neutre sur une personne handicapée. Elizabeth Moon explique, dans ses remerciements, que les autistes sont difficilement acceptés dans notre société. Je n'en doute pas, et je pense qu'on peut étendre cela à tous les handicaps.

Si quelque chose m'a déçue à la fin, cela ne veut pas dire qu'elle soit mauvaise. Elle est nuancée, comme l'ensemble du roman. Cette fin rappelle que toute personne doit faire des sacrifices. La vie nous contraint parfois à abandonner des gens et des choses que nous aimons...

J'ai été un peu dérangée par le fait que le texte soit au présent de l'indicatif, mais comme il est majoritairement narré par Lou, je suppose que c'était une manière de se rapprocher de sa façon de s'exprimer.
C'était d'ailleurs une bonne trouvaille de la part de l'auteur (bonne et un peu risquée), que de faire de Lou le narrateur de la presque totalité de l'ouvrage. C'est le meilleur moyen d'avoir son point de vue, d'être dans ses pensées, et de tenter de mieux comprendre ce mystère qu'est l'autisme.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Clerc-Renaud pour l'association Valentin Haüy.
La lectrice a adopté un ton de voix et un débit différent lorsque des personnes autistes parlaient. Je ne sais pas si son ton était juste, mais j'ai apprécié qu'elle fasse cela en tenant compte des informations données par Lou quant à sa façon de s'exprimer. Elle a su mettre le ton, et interpréter ce roman de manière juste. Je regrette simplement qu'elle parle un peu doucement, comme si elle n'osait pas ou ne voulait pas parler plus fort... et je regrette aussi qu'elle ait pris un accent anglophone pour certains noms.

Acheter « La vitesse de l'obscurité » sur Amazon