Kolyma

L'ouvrage:
1956.
Léo fait maintenant partie d'une nouvelle brigade. Il tente de réparer les erreurs passées dans l'ombre. Il rejette la répression.
Il a changé, mais il devra faire face à ses actes passés. Outre une femme ivre de vengeance, il doit affronter Zoya, sa fille adoptive, qui ne lui pardonne pas la mort de ses parents.

Critique:
Certains disent que ce tome 2 est moins bon qu'«Enfant 44». Je l'ai trouvé différent, mais également bon.
D'abord, j'ai aimé que l'histoire soit étroitement mêlée à la vie de Léo. M'étant attachée à Raïssa et lui, je n'aurais pas aimé qu'il tentât de démêler une enquête n'ayant rien à voir avec sa vie privée. Je n'aurais pas du tout apprécié de ne voir Raïssa que sur quelques moments.
D'autre part, ce livre ne souffre pas de longueurs. Les personnages sont projetés dans un tourbillon d'aventures, de périls, de tourments... Au départ, je pensais que l'auteur allait faire traîner son récit, et ferait du remplissage avec ce qui se passe à Kolyma. Mais non. Tout cela fait qu'on ne peut pas prévoir où va nous emmener Tom Rob Smith.

La psychologie des personnages est très intéressante.
Je n'aime pas la femme qui veut se venger de Léo (et d'à peu près tout le monde). Malgré sa force et son pouvoir, c'est quelqu'un de faible. Elle a vécu quelque chose de terrible, et on comprend son désir, mais il s'étend. Elle ne veut pas vraiment se venger à cause de ce qu'elle a subi, mais veut juste faire le plus de mal possible à un maximum de gens. C'est, pour moi, un signe de veulerie, de faiblesse, de bêtise.

Je lui ai préféré Zoya. J'ai compris l'immense détresse de l'enfant, sa colère, son désespoir, son dégoût, sa haine, même son envie d'en finir. Comment la blâmer? Ensuite, lorsqu'elle prend une direction qui ne plaira pas au lecteur, il est, là encore, facile de la comprendre.
Léo et Raïssa sont égaux à ce qu'ils étaient dans «Enfant 44». Je pense que je n'aurais pas eu leur abnégation.

Le contexte historique est très bien expliqué. La Russie se relève du stalinisme, elle en garde des séquelles. On ne sait plus comment gouverner, on ajoute le mal à la souffrance, on ne veut pas reproduire, mais on ne fait pas mieux... Entre ceux qui veulent bien faire, ceux qui veulent tout changer, ceux qui ne pensent qu'à eux... Tout cela nous laisse dans un pays désemparé, blessé, dévasté. Un pays où certains ont tant souffert qu'ils ne trouvent plus la moindre compassion pour des personnes qui auraient un peu mieux agi envers eux. (Je pense surtout à la parodie de tribunal organisée dans le goulag de Kolyma.)

À la fin, plusieurs questions restent. Cela se résume en une phrase: vivement le tome 3!

Si vous n'avez pas lu le roman, passez au paragraphe suivant.
On ne saura jamais si Malich est le fils de Raïssa. Fraera affirme qu'elle a fait des recherches, mais elle n'apporte aucune preuve de ce qu'elle avance. Il lui tient tant à coeur de précipiter Léo et Raïssa dans le malheur qu'elle est capable de l'avoir inventé.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Valérie Choquard pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix classe et une très bonne diction. Elle met le ton approprié, parvenant à jouer sans être désagréable. Mon plaisir à entendre son interprétation a été terni par le fait qu'elle tente de faire un accent russe pour certains noms propres, roulant les «r», et prononçant le son «ch» à la russe. C'est très beau lorsqu'on entend du russe, mais en français, c'est écorche-oreille.

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