Lecteur : Chatelet Julien

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mercredi, 14 mai 2014

Profanation, de Jussi Adler-Olsen.

Profanation

L'ouvrage:
Le département V hérite d'une affaire datant de 1987: deux adolescents sauvagement assassinés. À l'époque, une bande d'adolescents a été soupçonnée, puis blanchie. Neuf ans après les faits, quelqu'un a avoué. Il purge actuellement sa peine. Cependant, certains sont sûrs que les assassins courent toujours.

Critique:
Ayant adoré «Miséricorde», j'attendais peut-être trop de «Profanation». En effet, j'ai eu du mal à entrer dedans. L'auteur a accumulé certaines choses qui me déplaisent.

D'abord, le lecteur sait très vite qui est responsable de la mort des deux jeunes gens. Il n'y a donc pas vraiment de suspense de ce côté-là. On me dira que l'intérêt réside dans la psychologie des personnages et dans le fait qu'on se demande comment les «méchants» vont être attrapés. Certes, mais l'absence de ce suspense m'a gênée.

D'autre part, dans «Miséricorde», Jussi Adler-Olsen renouvelait le genre avec ses personnages atypiques et une enquête dont certains éléments la sortaient du lot. J'ai retrouvé avec plaisir Carl et Assad. Leurs méthodes quelques peu étranges sont toujours aussi rafraîchissantes. J'ai même apprécié l'introduction d'un élément perturbateur dans leur duo. Cependant, il m'a semblé que l'enquête reprenait des thèmes par trop abordés par divers auteurs de romans policiers: enfance maltraitée, sadisme à l'état pur, personnages abîmés... Les auteurs savent que ces thèmes feront toujours vibrer une corde chez les lecteurs, tant ils sont sensibles. De ce fait, ils sont tellement abordés qu'ils vont finir par être galvaudés. En outre, cela m'a déçue de Jussi Adler-Olsen, qui avait si bien su me surprendre.

Le romancier a voulu montrer que parmi les bourreaux, on pouvait comprendre pourquoi certains (un personnage en particulier) avait basculé. Ce personnage, malgré ses crimes, se démarque des autres, et si on ne l'excuse en aucun cas, on comprend ce qui l'a rendu ainsi. On aurait mal tourné à moins. Carl et Assad finiront, eux aussi, par éprouver de la compassion pour cet être maintes fois malmené, par des personnes sans scrupules ni coeur. C'est une réussite de l'auteur: il nous présente un personnage terrible, qui s'est rendu coupable d'atroces crimes, et parvient à éveiller la compassion à son propos.

L'auteur a su créer un rebondissement qui m'a déroutée. Je parle de l'épisode du Trivial Poursuite. Je pensais qu'il l'éluciderait par quelque chose de très compliqué qui serait tiré par les cheveux. En fait, c'est très simple et astucieux, puisque je ne l'avais pas deviné.

En revanche, les autres bourreaux (surtout un) sont d'une cruauté et d'un sadisme qui mettent extrêmement mal à l'aise.

En parallèle, le lecteur retrouvera celui qui était le coéquipier de Carl avant d'atterrir dans un lit d'hôpital. Il faut avoir lu «Miséricorde» pour bien comprendre ce pan de l'histoire.

J'ai trouvé dommage que l'auteur introduise un prologue qui se passe presque à la fin de l'aventure. Comme je l'ai dit plusieurs fois, je n'aime pas ce procédé artificiel qui, au lieu de me faire baver de convoitise, me fait soupirer d'ennui.

Malgré ma déception, je lirai le tome 3 s'il sort en audio, car les deux personnages récurrent me passionnent toujours!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
C'est Éric Herson-Macarel qui a lu le tome 1. Aimant beaucoup ses interprétations, j'ai été un peu déçue qu'il ne poursuive pas la série. Cependant, la maison d'éditions l'a remplacé par un comédien tout aussi talentueux. Julien Chatelet n'a eu aucun mal à entrer dans la peau des personnages récurrents. Comme d'habitude, son jeu est subtil. Je pense que certains passages de ce roman n'ont pas dû être faciles à lire avec la dose de jeu nécessaire, mais sans exagération. Entre l'étalage du sadisme de certains bourreaux (qu'il est dur de lire sans frémir, même avec de la préparation) et la complexité de l'autre (ce personnage est sûrement le plus difficile à interpréter), le comédien avait fort à faire.

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vendredi, 24 janvier 2014

Docteur Sleep, de Stephen King.

Docteur Sleep

L'ouvrage:
Danny Torrance (Dan, maintenant qu'il est adulte), travaille dans un hospice pour personne âgées. Son don lui permet d'apaiser et d'accompagner les personnes qui vont mourir. Il souffre du même mal que son père (l'alcoolisme), mais le combat.
C'est alors qu'une enfant le contacte télépathiquement.

À l'ancien emplacement de l'Overlook, vit une communauté, le Noeud Vrai. Elle se nourrit de la va peur que dégagent les humains. Certains en dégagent davantage que d'autres...

Critique:
Il n'est pas nécessaire d'avoir lu «Shining» pour comprendre «Docteur Sleep», mais cela vaut bien mieux, car il en est la continuité directe. C'est normal, puisque nous en retrouvons le héros. En outre, après avoir lu «Docteur Sleep», on connaît les grandes lignes de «Shining». Il est, je pense, préférable de découvrir «Shining» en le lisant plutôt qu'au travers de sa suite.

Stephen King met un peu de temps à planter le décor, à présenter ses personnages. Habituellement, cela ne me gêne pas trop. Ici, cela m'a un peu agacée. D'abord, au début, comme on retrouve beaucoup d'éléments de «Shining», j'ai eu peur que cela en soit une sorte de rediffusion. Il est vrai qu'il est logique de retrouver, en même temps que Danny, ses rêves, ses hantises de corps dans une baignoire, etc.
Ensuite, certaines choses semblaient évidentes. Bien sûr, elles ne l'étaient que pour le lecteur (notamment tout ce qui entoure le don d'Abra), et il aurait été impossible que les personnages s'y fassent rapidement, mais cela aurait peut-être pu être résumé.
Si les errances de Dan avant qu'il trouve un travail stable et des amis sont nécessaires à la compréhension du personnage, je les ai trouvées un peu trop présentes. Idem pour tout ce qui est dit concernant ce qui arrive dans «Shining»: c'est logique que cela soit récapitulé, mais c'est peut-être un peu trop.
D'autre part, on se doute très vite que le Noeud Vrai aura quelque chose à voir avec Dan et Abra. La présentation de la communauté m'a semblé longue.

Une fois les choses lancées, j'ai aimé l'idée développée par l'auteur. D'abord, cette manière d'exploiter le fantastique m'a toujours fascinée. En effet, ici, l'auteur ne met pas trop de scènes macabres, il s'intéresse plutôt à ce qui peut arriver dans la tête. Bien sûr, certains mécanismes sont un peu gros, par exemple, on a les gentils d'un côté et les méchants de l'autre. Cependant, les méchants ont une psychologie assez intéressante. L'auteur développe surtout celle de Rose, la chef. Outre sa fâcheuse propension à détruire des êtres humains, la chère Rose ne semble pas vraiment évoluée. En effet, il lui suffit de tomber sur un peu de résistance pour commettre bourde sur bourde. Cela fait qu'elle est assez facile à mépriser. À noter que je n'avais pas imaginer comment chaque camp piégerait le camp adverse. J'ai aimé ne pas pouvoir prévoir cela et être surprise par les trouvailles de l'auteur.
J'ai apprécié de retrouver quelque chose déjà exploité (mais différemment) dans «La ligne verte». Je n'y avais même pas pensé, alors que c'est logique.

Les «gentils» ne sont pas parfaits. Par exemple, Abra manque parfois d'humilité. Ce n'est pas la seule chose qui la rend humaine, mais je préfère ne pas donner trop d'exemples. Cela fait qu'ils sont davantage appréciables que s'ils étaient des caricatures de «gentils».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'ai été ravie de retrouver Julien Chatelet qui, en plus d'interpréter les livres avec talent, est quelqu'un de très sympathique. Il n'a pas démérité, jouant avec naturel, ne modifiant pas trop sa voix, et le faisant toujours à bon escient. Je regrette seulement qu'il ait prononcé les noms propres contenant des «r» en faisant le «r» anglophone, car pour moi, cela n'est pas naturel.

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jeudi, 14 février 2013

Les apparences, de Gillian Flynn.

Les apparences

L'ouvrage:
Ce jour-là, cela fait cinq ans que Nick et Amy Dunne sont mariés. En pleine journée, Nick est appelé sur son lieu de travail (son bar) parun voisin: la porte de la maison est ouverte, et il n'y a pas traces d'Amy. Il apparaît très vite que la jeune femme a disparu. Nick devient bientôt le principal suspect, même si une femme policier ne parvient pas à le croire coupable.

Critique:
Ne vous laissez pas tromper par la banalité du résumé: une femme disparaît, le mari est suspecté... Ceci n'est pas un roman policier classique et ennuyeux. Ce début n'est que le commencement d'une intrigue habilement tissée par Gillian Flynn. Elle est plus dense que celle de «Sur ma peau», et beaucoup moins lente que celle de «En des lieux sombres» (que je n'ai pas pu finir). L'analyse psychologique était très bonne dans «Sur ma peau», ici, elle l'est également. Outre des personnages principaux très bien exposés, ce roman est presque une étude sociologique. Les réactions des uns et des autres sont prévues en fonction de ce qui sera dit et fait. Dans le même ordre d'idées, il y a la préparation à l'émission de Sharon Shiver. Lire ce passage m'a rappelé les romans de Jodi Picoult où lors de certains procès, la moindre réplique, ainsi que le ton sur lequel elle doit être prononcée, est préparée.

Au début d'une relation, les couples font des efforts pour se montrer sous leur meilleur jour. Ensuite, quelques déconvenues arrivent. Lorsque les personnes ne «jouent» pas trop, ça va. Gillian Flynn reprend l'idée, et l'exploite très bien.
J'ai aimé découvrir les personnages par petites touches dans la première partie. Puis j'ai pensé que tout le livre serait ainsi, et que cela finirait par s'enliser. Mais non. L'auteur ne s'attarde pas trop, ne traîne pas. Elle souhaite que le lecteur se fasse une idée précise de Nick et d'Amy pour ensuite lui dire: attendez, vous n'avez pas pris ce paramètre en compte. Tout en la suivant quelque peu, je n'adhérais pas complètement, je flairais que quelque chose n'était pas clair. J'ai même deviné une chose peu de temps avant qu'elle la dise. Je pense que certains indices étaient laissés exprès pour que le lecteur soit mal à l'aise, car l'un des personnages paraît quelque peu joué, au début. Comme Gillian Flynn est adroite, cette révélation ne renverse pas totalement la situation quant à ce qu'on pense des personnages, ce qui aurait été peu crédible. Au départ, on constate que Nick et Amy n'échappent pas à des clichés. Si certains persistent quelque peu, il faut avancer, creuser l'intrigue pour se rendre compte que tout n'est pas si simple. Chaque histoire semble ordinaire, mais il y a toujours des circonstances qui la démarquent. C'est ici le cas. La romancière mêle habilement clichés et renouveau afin de créer un cocktail détonant.
Au final, l'un des deux sera plus sympathique que l'autre. Cependant, là encore, rien n'est simple, car ce personnage n'est pas net.

À un moment, j'ai pensé que l'auteur allait s'empêtrer dans son intrigue. En effet, certaines choses se compliquent, et l'un des personnages change d'idée, ce qui fait que tout est à revoir. Pourtant, la romancière ne laisse rien au hasard, prévoit les objections du lecteur. J'avais d'ailleurs pensé que l'autopsie d'un personnage, s'il y en avait eu une, révèlerait quelque chose, mais Gillian Flynn y a également pensé. Il y a bien de petits détails qui ne collent pas (elle les évoque aussi), mais le personnage qui tient à ce qu'on le croie, fait en sorte qu'on ne s'y attarde pas trop, et sa tactique est très bonne.
La crédibilité, le réalisme de tout cela amène le lecteur à se demander s'il connaît vraiment ceux qu'il croit connaître. En effet, dans le roman, chacun croit bien connaître les personnages principaux, alors que l'image que s'en font les uns est à l'opposée de celle qu'en ont les autres. Dans le roman, nous finissons par savoir quelle est la vraie personnalité de chacun, mais dans la réalité...

J'ai aimé la structure de l'ouvrage. Les points de vue de Nick et d'Amy alternent. Chaque partie est un tournant de l'histoire. Cette structure est parfaite. L'alternance des points de vue ne permet pas seulement de savoir ce que les personnages pensent à un moment donné, mais d'être toujours dans leur tête. Chaque partie s'arrête au moment exact où on croit que l'auteur va commencer à faire du remplissage. L'action est relancée par le début de la partie suivante.

Après une intrigue si bien menée, des personnages si bien analysés, il n'était pas aisé d'écrire une fin à la hauteur. J'ai été déçue par quelques aspects de cette fin, mais je crois que c'était inévitable. Je pense que certaines choses décevront forcément les uns ou les autres. Bien sûr, c'est une fin digne de l'intrigue, mais je n'ai pas aimé ce qu'elle implique. Ça fait mauvais film d'horreur. D'autre part, cela ne va pas sans de petites incohérences, à mon avis.

Afficher Attention, je parle explicitement de la fin.Masquer Attention, je parle explicitement de la fin.

L'auteur explique bien qu'Amy planifie tout: il est donc logique qu'elle ait gardé le sperme de Nick au cas où. Cependant, a-t-on le droit de récupérer du sperme dans une clinique, comme ça? Soit, elle est la femme de Nick, et l'échantillon aurait été détruit, mais je ne suis pas sûre qu'elle ait eu le droit de sortir le sperme aussi facilement. Ensuite, comment a-t-elle fait pour que le liquide soit inséminé en elle? Je ne pense pas qu'un médecin accepterait de le lui faire de manière clandestine. L'a-t-elle fait elle-même? Dans ce cas, comment? Je suppose que cela n'est pas à la portée de la première venue.

Par ailleurs, j'ai été déçue par la réaction de Nick au moment où Amy lui dit qu'il ne peut plus vivre sans elle. Quelqu'un do normalement constitué ne songerait qu'à fuir cette malade, ce monstre de narcissisme et de machiavélisme. Lui finit par penser qu'en effet, il ne pourrait pas aimer une femme normale parce qu'Amy est très intelligente et qu'il aime la pertinence de son esprit ainsi que son caractère extrémiste. C'est à croire que lui aussi a un petit problème mental. Cela me rappelle certains personnages de Brussolo qui pensent que le danger, au moins, ça les fait vivre à 100 à l'heure. Pour moi, cela dénote une certaine perversion assortie de masochisme. Du coup, la seule personne que j'ai vraiment plainte est l'enfant à naître.
Quant à l'acceptation finale de Nick, elle ne me convient pas. J'aurais aimé qu'il y ait un moyen de triompher d'Amy, rien que pour qu'elle ait le bec cloué une bonne fois, qu'elle ne soit pas la plus forte. Bien sûr, c'est aussi parce qu'il est souvent satisfaisant que le méchant soit puni, mais là, c'était surtout pour qu'Amy voie qu'elle n'avait pas tout prévu, qu'elle soit forcée de cesser de se croire supérieure à tous.

Remarque annexe:
«Brown house» (je suppose que c'est écrit ainsi dans la VO) est traduit par «maison brune», puis «maison marron».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet et Odile Cohen.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'ai peu entendu Julien Chatelet avant de lire «Les apparences». Sa lecture est fluide, son jeu est naturel, sa voix est nette. Il se glisse parfaitement dans la peau de Nick. Il ne modifie pas sa voix de manière exagérée pour les autres personnages.
Le rôle d'Odile Cohen était très délicat à jouer. Elle s'en est très bien sortie. Elle n'a pas modifié sa voix au moment de ce que j'appellerai le «changement», cependant, entre le début et le «changement», sa voix est un peu différente. Cela se joue à de subtiles intonations (moins souriantes, plus sourdes, plus froides), un timbre légèrement différent, une façon légèrement autre de parler... Bref, c'est un travail de force qu'elle a accompli avec brio. Je pense que cela n'a pas dû être facile à interpréter.

Le nom de famille du couple est Dunne. J'aurais compris que les comédiens le prononcent comme une dune de sable. Cependant, ils ont voulu (Ou leur a-t-on demandé?) le prononcer à l'anglophone. Ils ont donc dit «dioune». Seulement, en anglais, Dunne se prononce «doeune», comme dans le mot «done» («fini»). Je trouve dommage que les comédiens aient été mal renseignés sur la prononciation, car outre que c'est désagréable d'entendre une prononciation erronée, c'est un peu ridicule. À force de trop vouloir dire «à l'anglophone» pour ne surtout pas dire «à la française» (ce qui, pour moi, est trop souvent le cas dans les livres audio), on peut se fourvoyer.
Quant au prénom Amy, ils l'ont bien sûr prononcé à l'anglophone. Cela ne m'a pas dérangée, mais je n'aurais pas été choquée qu'ils disent «amie» ou «Emmy» (comme ils disent, d'ailleurs parfois).

La musique n'est pas trop présente. En outre, elle colle bien au roman.

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mercredi, 9 novembre 2011

La trilogie berlinoise, tome 1: L'été de cristal, de Philippe Kerr.

L'été de cristal

L'ouvrage:
Berlin, 1936.
Alors que le nazisme prend de l'essor, Bernie Gunther, détective privé, est engagé par Hermann Six, riche et influent. La fille de Six, Grette, a été assassinée, il y a peu. Son mari, Paul, et elle, ont d'abord été tués à coups de fusil, puis brûlés. Les bijoux de Grette ont été volés. Or, Six veut les récupérer. Paul, qui en aurait été l'héritier s'il n'était pas mort en même temps que sa femme, les aurait légués au Reich, ce que refuse Six.

Critique:
J'ai lu que ce roman était très prisé, ainsi que sa suite. J'avoue que je me demande pourquoi. Pour moi, rien ne le démarque vraiment d'un polar classique, sauf son contexte politique... et encore.

La structure est classique. Quelqu'un enquête après un meurtre et un vol. Parfois, certains auteurs font du classique, mais le renouvellent en y introduisant une originalité. Ici, je n'en ai pas trouvé. Il y a de petits rebondissements, mais ils étaient prévisibles. L'affaire se complique, mais cela aussi était attendu.
Et puis, pendant un moment, il semble que la route de Bernie soit semée de cadavres et de bagarres. C'est trop spectaculaire.

Quant aux personnages, ils ne m'ont pas paru particulièrement creusés. Bernie est sympathique, certains de ses accolytes le sont également. Mais cette sympathie est quelque peu convenue: c'est le personnage principal, alors il est gentil. Et bien sûr, il comprend que la montée du nazisme est une chose dangereuse.
L'histoire d'amour n'a rien d'exceptionnel. Elle est un peu clichée.

Il y a une piste intéressante: l'auteur se sert du climat politique, du contexte pour construire son intrigue. Certaines choses ne seraient pas allées aussi loin si les circonstances n'avaient pas été telles.
ces circonstances sont utilisées lorsque Bernie tente de retrouver le collier, et se rend chez un bijoutier. Ce qui nous est raconté montre une exploitation habile du contexte.
Philippe Kerr force un peu le trait, et essaie de plonger son lecteur dans la vie quotidienne d'hommes comme Goering, par exemple. C'est intéressant, mais ici, cela m'a semblé artificiel. On voit Goering, il a l'air illuminé et suffisant, mais j'ai la sensation que cela n'apporte pas grand-chose.

L'auteur parsème son roman de petites notes humoristiques, des répliques, des situations... Par exemple, Bernie admire Ilse, et en fait trop. Il s'en rend compte et se moque un peu de lui-même.

Les deux derniers chapitres sont intéressants, car ils décrivent une certaine réalité de manière plus approfondie. Comme cela paraît décroché du reste, cela exprime bien que la vie n'est justement pas quelque chose de figé. Après l'enquête, elle ne s'arrête pas.
Bien sûr, le thème de la seconde guerre mondiale m'agace un peu, parce que beaucoup d'auteurs exploitent cette ficelle, et pas toujours à bon escient. Cependant, ici, cela passe.

Je ne pense pas que je lirai la suite, étant donné mon avis tiède sur le tome 1.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Le lecteur a une voix agréable et dynamique. Il met le ton approprié. Je le réentendrai avec plaisir.
La musique n'est pas trop présente, ce qui me convient.

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