Lecteur : Chartier Delphine

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jeudi, 4 août 2016

Avant et après la chute, de Richard Bausch.

Avant et après la chute

L'ouvrage:
Natacha Barrett et Michael Faulk se rencontrent alors que chacun est à un tournant de sa vie. Ils font vite des projets. C'est alors que Natacha part retrouver (pour un bref séjour) son amie Constance en Jamaïque...

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Il commence presque de manière anodine. On rencontre ce couple qui se découvre. Chacun exprime ses failles, on les comprend, on s'identifie à eux. À ce moment, je me suis demandé où irait l'auteur, mais je ne ressentais aucune impatience. J'aimais découvrir la vie des personnages.

Le séjour à la Jamaïque est un tournant, une épreuve. C'est à cette occasion que la petite histoire se fondra dans la grande. L'héroïne utilisera d'ailleurs l'événement historique qui bouleversa le monde pour expliquer sa façon d'être après son retour. C'est alors que, paradoxalement, c'est l'histoire de Natacha qui devient la plus importante aux yeux du lecteur. La jeune femme s'enfonce dans le malentendu et le non-dit. Ils deviennent ses sables mouvants, ils creusent progressivement un abîme entre son entourage et elle. Elle inspirera à la fois compassion et agacement. Pourquoi ne parle-t-elle pas? Certes, c'est ce qu'on attendrait. Cependant, plus rien n'est normal, plus rien n'est attendu dans sa vie. Son attitude peut paraître incompréhensible, car ce comportement érode la jeune femme. Cependant, parler lui est impossible. En outre, malgré ce qu'elle tente de se faire croire, elle est lucide quant à son comportement passé et présent. Certains diront peut-être (comme elle le fait, à un moment) qu'elle a sa part de responsabilité. Je dirais qu'elle a un peu joué avec le feu, mais que si elle avait eu quelqu'un de normal en face, le reste ne serait pas arrivé.

Richard Bausch montre les effets du mutisme de Natacha sur son entourage. Michael et Constance sont sûrement les plus touchés. Ils voudraient l'aider, mais ne la comprennent pas. Ils croient posséder la vérité, mais Constance n'a qu'une pièce du puzzle, et Michael bâtit ses spéculations sur ses peurs et sa frustration. Le plus ironique est que ce que chacun croit (surtout ce qu'imagine Constance) pourrait être plausible pour qui ne sait pas.
L'impossibilité de communiquer de Natacha a donc des conséquences dévastatrices, et c'est ces conséquences que l'auteur étudie méticuleusement.

La fin est appropriée. L'auteur ne pouvait pas s'avancer davantage à ce stade. Il nous laisse imaginer certaines choses tout en nous orientant à peine vers la direction que Natacha et Michael souhaiteraient prendre. Y parviendront-ils?

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Delphine Chartier pour l'association Valentin Haüy.

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vendredi, 24 décembre 2010

Le voisin, de Tatiana de Rosnay.

Le voisin

L'ouvrage:
Colombe Barou est mariée à Stéphane. Ils ont des jumeaux: Oscar et Balthazar. Colombe est mère au foyer depuis douze ans, et également nègre pour les éditions de l'Étain.

La famille Barou déménage. Ils trouvent un appartement qui leur convient. Seulement, Colombe se retrouve vite en butte aux attaques sournoises de l'un de ses voisins qui a décidé de lui voler son sommeil.

Critique:
Voilà un roman bien pensé. Si certains aspects de l'intrigue sont prévisibles, le lecteur restera toujours dans l'attente, sur le qui vive, souhaitant la prochaine étape. La tension est au rendez-vous.
On a tous eu ou entendu parler de problèmes de voisinage. Donc, même si l'histoire de Colombe n'est pas la vôtre (heureusement pour vous), chacun pourra, plus ou moins, reconnaître diverses situations.

Comme le souligne l'importun voisin, ce calvaire va faire que la gentille et douce Colombe va remettre beaucoup de choses de sa vie en question. La force du roman est que cette remise en question n'arrive pas comme un cheveu sur la soupe. Elle est préparée par de petites réflexions, et le récit de la vie passée et présente de notre héroïne.
Parfois, on pourra trouver certaines situations un peu grosses, mais à la fin du roman, tout s'imbrique, tout s'explique de manière limpide, et il n'y a plus rien à redire.
On pourra trouver qu'il est étrange que Colombe ne soit pas crue de ses proches, et qu'elle finisse par en faire une affaire personnelle. Mais en creusant, il est normal qu'elle ne soit pas crue d'êtres si égoïstes et assurés que Stéphane et Claire. Quant au fait que cela devienne une obsession, et qu'elle ne réagisse pas toujours aussi froidement qu'elle le devrait, c'est tout à fait logique.

L'auteur utilise des ficelles assez intéressantes afin d'épaissir le mystère autour du voisin bruyant.
D'abord, tout le monde le tient en haute estime. Encore une fois, elle joue sur les apparences trompeuses. Il est d'ailleurs assez effrayant que tant de gens se laissent prendre aux manières aimables du fou.
Ensuite, on ne le voit vraiment que très tard, il est d'abord un bruit, de la musique, quelqu'un dont on parle, quelqu'un de qui on découvre des pans de vie, une voix... ce n'est qu'ensuite que le lecteur, à l'instar de Colombe, le rencontre. Cela renforce la peur qu'on en a.

Les personnages sont bien campés.
Colombe est attachante. Sa psychologie, sa personnalité sont bien étudiés. Elle est creusée, consistante...
Si le lecteur a longtemps une sensation de flou quant au voisin, il est, lui aussi, un personnage approfondi.
Que dire de Stéphane? Il ne cherche à comprendre sa femme sur aucun plan. Il méprise ce qu'elle fait, ne se met pas à sa place, la traite comme quantité négligeable sans vraiment se préoccuper de ses sentiments, et pense à mal lorsqu'elle tente de briser la routine. On me dira qu'il est trop facile de le détester, et que cela en fait un personnage trop manichéen. Ce n'est pas le cas, car Tatiana de Rosnay dévoile la personnalité détestable de Stéphane au fur et à mesure de l'avancée du roman.
C'est la même chose pour Claire, on la découvre totalement au cours du roman. Ces découvertes à mesure de la lecture donnent un aspect plus vraisemblable à l'ouvrage. En effet, dans la vie, on ne connaît pas bien quelqu'un en quelques heures. Il faut le voir évoluer dans diverses situations.

Remarques annexes:
Tout comme Colombe, je n'aime pas le terme «nègre». Je lui préfère «écrivain fantôme», traduction littérale de «ghostwritter» qui signifie «nègre» en anglais.
Si dans «Moka», Tatiana de Rosnay aborde avec justesse le thème de la traduction, ici, le thème de l'écriture est abordé tout aussi finement et pertinemment.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Delphine Chartier pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice adopte un ton très sobre, une voix feutrée. Cela va bien à l'atmosphère du livre. Elle sait, bien sûr, élever la voix quand il le faut.

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