L'analyste

L'ouvrage:
La veille de ses vacances, le psychanalyste Frédéric Starks (dit Ricky) reçoit une lettre: l'expéditeur se surnomme Rumplestiltskin, et lui explique qu'il a quinze jours pour deviner son identité. S'il n'y parvient pas, il devra se suicider. S'il ne le fait pas, Rumplestiltskin s'emploiera à détruire moralement un parent (proche ou éloigné) de Ricky.

Critique:
J'ai entendu beaucoup de bien de ce livre. Pour la lectrice aguerrie de romans policiers que je suis, ces louanges sont quelque peu exagérées. Pour commencer, l'épaisseur du roman fait qu'il y a des longueurs. Ensuite (et c'est là le plus dérangeant), il y a des incohérences. L'auteur a voulu montrer à quel point une personne pouvait être acculée si on manipulait l'opinion publique contre elle. Soit, mais il a employé des ficelles qui sont si énormes qu'il est étrange que tout le monde y ait cru. Par exemple, l'une des tentatives de destruction de Ricky est l'accusation de viol. Une prétendue ancienne patiente explique qu'elle a été violée plusieurs fois par Ricky, et qu'il lui expliquait que c'était pour le bon fonctionnement de l'analyse. Une kyrielle d'arguments me sont venus à cette lecture: une vraie patiente ne serait pas revenue après le premier viol. Une précaution élémentaire veut qu'on vérifie si la personne en question a vraiment été la patiente du praticien visé: or, ici, rien n'a été vérifié. (Bien sûr, car l'édifice de l'auteur se serait écroulé.
Ajoutons à cela que la femme prétendument agressée imite à la perfection la voix de Ricky. Je me suis demandé comment il se faisait que l'auteur ait osé aller aussi loin dans l'invraisemblance, et donc la moquerie vis-à-vis du lecteur.

Si dans certains polars, les policiers ont l'air de s'obstiner à faire ce qu'il ne faut pas, ils restent crédibles. Ici, la policière fatiguée donne l'impression que n'importe qui ferait mieux son travail qu'elle. De toute façon, j'en ai assez des livres où les policiers sont des benêts et où le héros s'en tire toujours mieux qu'eux.

Afficher Attention, je dévoile la fin.Masquer Attention, je dévoile la fin.

À la fin, Ricky pense avoir une prise sur ses éventuels agresseurs en leur faisant du chantage: si vous ne me remboursez pas, et qu'on me traque encore, je détruirai votre vie. C'est idiot: ils peuvent très bien le retrouver et le tuer sans autre forme de procès. Et là, il ne peut plus rien détruire du tout. Son chantage est donc bancal, et fait que la fin n'est pas très crédible.


Outre tout cela, il y a des incohérences mineures, certains tours de passe passe pas très crédibles.

La raison pour laquelle Rumplestiltskin met tout cela en route paraît commune lorsqu'on connaît des auteurs comme Brussolo, Grangé, etc. Pour moi, ça faisait un peu répétitif. L'auteur a choisi des ingrédients propres à immerger le lecteur, mais ça n'a pas pris avec moi, même si bien sûr, j'ai eu pitié de Claire, la seule véritable victime.

J'ai apprécié certaines conversations entre Ricky et Virgile: celles où elle essaie de l'embrouiller, lui montrant à quel point la vérité est insaisissable.
J'ai également apprécié la remise en question totale de Ricky. Il est forcé de se débrouiller seul, de ruser, c'est une chose. Mais il doit également réexaminer certains de ses actes, et reconnaît qu'il n'est pas irréprochable. Il sera facile de s'identifier à lui: un homme ordinaire, avec ses joies, ses peines, ses décisions...

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Charles pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix agréable. Sa lecture est fluide. Elle est sobre, mais ne tombe pas dans la monotonie. Je la réentendrai avec plaisir. Je tiens à la remercier d'avoir épelé Rumplestiltskin. Je connais le conte, mais j'hésite toujours quant à l'orthographe du nom du personnage.

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