Lecteur : Chabanel Isabelle

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jeudi, 26 juillet 2012

J'apprends l'hébreu, de Denis Lachaud.

J'apprends l'hébreu

L'ouvrage:
À cause du travail du père (Paul), la famille de Frédéric se déplace beaucoup à travers le monde. À présent, elle va s'installer à Tel-Aviv.
Frédéric n'aime pas perdre ses repères. Son stress fait qu'il ne parvient à parler que très peu. Il enregistre des conversations et d'autres sons grâce à un dictaphone.
À Tel-Aviv, il découvre que l'hébreu se lit de droite à gauche. Il se dit que cette autre façon de s'exprimer peut éventuellement l'aider à trouver de nouveaux repères. Il décide de mettre du coeur dans son apprentissage de l'hébreu.

Critique:
Ayant vraiment aimé «Comme personne», j'attendais peut-être trop de ce roman. J'ai été déçue. Bien sûr, Frédéric m'a touchée. J'ai suivi ses errances avec intérêt. Captif d'une famille qui ne veut pas prendre la peine de le comprendre, d'un enchevêtrement de systèmes, il tente de se créer de nouveaux repères. Il doit sans cesse recommencer, comme s'il subissait un supplice de Sisyphe sans avoir commis aucune faute. Ses parents ne tentent pas de comprendre sa sensibilité exacerbée par le stress dû au déménagement. Paul ne cesse de s'illustrer par un comportement léger vis-à-vis de ses enfants. Même à la fin, il refuse de se remettre en question, déplorant l'état de son fils, et pensant qu'avec tout ce qu'il a fait pour lui, il est impensable qu'il ait pu tourner ainsi.
J'ai aimé la façon dont Frédéric parle des différentes langues, de leur structures, des raisons pourquoi il les aime ou pas.
À un moment, notre héros interviewe des inconnus et leur demande quel est leur territoire. J'ai aimé ces passages, car l'auteur propose des réponses très intéressantes.

Malgré mon attachement pour Frédéric, je n'ai pas vraiment aimé ce roman. La froideur des parents du héros, son frère caractériel (encore un résultat de l'éducation parentale), tout cela m'a déplu. Les parents semblent inconsistants. Ils s'appliquent à être complètement indifférents au mal-être de leurs enfants. Ils sont méprisables. Cela m'a agacée. L'auteur voulait sûrement susciter ce sentiment, mais la fadeur des parents s'est communiquée au reste, pour moi. J'ai regretté d'avoir perdu mon temps avec eux.

Ensuite, Denis Lachaud utilise un procédé qui m'a semblé inapproprié ici: le retour en arrière. Un récit linéaire aurait été suffisant. Les retours en arrière n'apportent rien. Par ailleurs, ils sont effectués à l'envers, c'est-à-dire que l'auteur nous raconte l'accouchement de Mathilde avant sa rencontre avec Paul. Peut-être cette structure brouillonne et inutile est-elle là pour accentuer l'impression de désordre, pour que le lecteur ressente un peu ce qu'éprouve Frédéric dont les repères sont constamment changés. Soit, mais cela m'a ennuyée.
D'autre part, la fin de la première partie est trop lente.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Chabanel pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 19 juin 2012

La classe de neige, d'Emmanuel Carrère.

La classe de neige

L'ouvrage:
Nicolas va en classe de neige. Il n'a pas vraiment envie, mais sa maîtresse a insisté. Son père l'y amène, et s'en va. quelques minutes après, on se rend compte que le garçonnet a oublié son sac dans la voiture de son père. Il va falloir se débrouiller pour qu'il ait des affaires.

Critique:
Dès le départ, l'auteur installe une atmosphère lourde, étouffante. L'oppression du lecteur ira croissant, à mesure qu'un étau impalpable, mêlé de peur et de tension se resserre. Cela vient de plusieurs choses. En effet, outre une intrigue implacable, Emmanuel Carrère sème le trouble de diverses manières.

Au début, le lecteur sera mal à l'aise, lorsqu'un camarade (Hodkan) proposera de prêter un pyjama à Nicolas. C'est un geste amical et banal. Cependant, le romancier l'assortit d'explications qui déstabilisent le lecteur. Tout au long du roman, Hodkan sera une source de questionnement et d'angoisse. On le sait instable, et dès qu'il agit gentiment, on a peur que cela cache quelque chose de mal. C'est cristallisé dans la scène vespérale où il explique à Nicolas ce qu'il a fait lors de son escapade. Et là encore, le lecteur ne saura jamais vraiment quelles étaient les intentions d'Hodkan, et ce qu'il a réellement fait, par la suite, cette nuit-là.
C'est également Hodkan qui, avant d'être puni, posera les questions qui font mal, Ridiculisant les adultes en les forçant à admettre qu'ils disent n'importe quoi pour rassurer les enfants.

Le non-dit est une autre source de tension. Certaines choses sont dites à demi-mots, d'autres sont sous-entendues. Nicolas est le réceptacle de cette tension. Garçonnet frêle, à fleur de peau, s'inventant des histoires effrayantes, voyant toujours le pire, il respire le mal-être. Il n'est vraiment heureux que quand il est malade.
Il imagine souvent d'horribles choses, c'est pourquoi on n'a pas besoin de lui dire ce qui est découvert à la fin. Il le savait avant, au moment où Hodkan lui a parlé, ce qui veut dire qu'au fond de lui, il savait. Un lecteur pervers (comme moi) se demandera comment il se faisait qu'il savait. Fut-il victime? Cela expliquerait son perpétuel mal-être.
Le concernant, j'ai oscillé entre compassion et exaspération. On a envie de le protéger, mais ses attitudes pleurnichardes, et surtout ce qu'il fait, ensuite, pour se rendre intéressant sont pénibles. Bien sûr, cela le rend complexe, et donc plus épais...

L'évocation de la fête foraine devrait être quelque chose de positif: c'est un endroit où on se divertit, où on s'amuse. L'auteur prend un malin plaisir à pervertir cela, et fait de la foire une source d'angoisse permanente au long du roman. Une chose s'y est passée, et Nicolas l'a amplifiée, lui donnant des proportions incroyables, cauchemardant même à son propos.

Quelques personnages lumineux tranchent dans cette atmosphère glauque, voire sordide. Il s'agit d'abord de Patrick. Solaire, rassurant, rieur, il semble toujours avoir une solution pour tirer Nicolas d'un mauvais pas... sauf à la fin, bien sûr, mais personne n'en a.
Il y a également la jeune fille rencontrée au chapitre 30. Sa beauté et son sourire sont comme une promesse de renouveau, un espoir. Mais Nicolas ne peut bénéficier de la compagnie de ces personnages positifs très longtemps.

Le livre est structuré de manière linéaire, excepté le chapitre 26. Au début, j'ai pesté après l'auteur, pensant qu'il révélait quelque chose sur la fin en mettant ce chapitre ici. Cependant, il n'en est rien. Il n'utilise pas cette ficelle que je déteste, et que trop d'auteurs emploient, dévoilant certaines choses tout en faisant languir le lecteur. À la fin, on se ren compte que ce chapitre obscurcit plutôt le tout. En tout cas, il m'a donné envie d'en savoir plus. Peut-être n'ai-je pas assez lu entre les lignes.

Je sais que ce livre a eu un prix. Malgré cela (pour moi, un prix est rarement synonyme de qualité, et me fait plutôt fuir), j'ai eu envie de le lire. Je n'arrive pas à dire si je l'ai aimé ou pas. L'auteur raconte une histoire d'apparence banale, et la maîtrise parfaitement. Cependant, je suis restée distante quant aux personnages. L'intrigue est bien construite, mais les personnages ne sont pas attachants.
Mention spéciale à la maîtresse, toujours désignée par ces deux mots. C'est un concentré de mièvrerie, de bêtises, d'anti-pédagogie... Quelle ironie, étant donné son métier. ;-)

Éditeur: POL.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Chabanel pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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