Lecteur : Castiau Bérénice

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi, 9 juillet 2020

Le secret de la dame en rouge, de Béatrice Bottet.

Le secret de la dame en rouge

L'ouvrage:
Paris, fin du dix-neuvième siècle. Le cadavre d'une femme est découvert. Chose étrange: son cerveau lui a été enlevé. La police ne trouve pas l'identité de la morte.

Dans la même période, madame Euryale, voyante qui lit l'avenir dans l'eau, fait ses débuts.

Critique:
Je connaissais très peu Béatrice Bottet. Quand j'étais enfant, j'aimais beaucoup un petit roman qu'elle avait écrit pour la revue Je Bouquine, «Les détectives de l'espace». Je suis tombée sur «Le secret de la dame en rouge» en cherchant, à la bibliothèque de la Ligue Braille, des romans lus par une lectrice que j'apprécie. Tentée par le résumé, et me souvenant de l'auteur de «Les détectives de l'espace», j'ai voulu essayer ce livre. Il m'a beaucoup plu. Le lecteur se retrouve très vite au coeur d'une aventure qui mêle suspense, humour, et personnages attachants. L'autrice prépare habilement le lecteur aux cartes qu'elle sortira de sa manche. Par exemple, elle raconte, en plusieurs fois, le passé de Florimond. Le lecteur rencontre même, au détour de certains chapitres, deux membres de sa famille. Puis, vient un moment crucial où Florimond a besoin d'aide. C'est alors qu'il fait appel à ses talentueuses soeurs. Je mets cela en avant parce que la romancière a fait en sorte que rien ne soit incongru.

J'ai trouvé un peu dommage que le lecteur sache tout de suite à quoi s'attendre quant à ce qui est arrivé au cerveau de la femme dont le corps est retrouvé au début, mais cela ne rend pas du tout l'énigme ennuyeuse. Le fait d'avoir une longueur d'avance à ce sujet m'a plutôt fait penser, à plusieurs reprises: «Mais regarde la réaction de tel personnage, Florimond! C'est un indice, ça! Tu devrais trouver!» De plus, cela a fait qu'au moins, j'étais sûre de ne pas m'attacher à des méchants, puisque je connaissais déjà leur méchanceté. Je pense que, même si je n'avais pas su, je ne me serais pas attachée à eux...

Violette et Florimond éveillent vite la compassion du lecteur. L'autrice fait en sorte que, même lorsqu'elle conte des événements qui leur sont néfastes, rien n'ait l'air niais. Les deux personnages ne larmoient pas, et ne s'apitoient pas sur leur sort: ils tentent de s'en tirer le mieux possible. Certains déboires de Florimond font même un peu rire. Par exemple, le fait que ce soit une de ses notes humoristiques qui l'ait précipité dans certains de ses ennuis...
J'ai apprécié ce que fait le commissaire après que Florimond a réussi à identifier la «femme sans cerveau». Je ne pensais pas qu'il ferait cela. Cela m'a plu parce que je trouve qu'ainsi, la romancière le rend sympathique au lecteur.

Le lecteur comprendra aisément les motivations de Violette. Quant à moi, je l'ai même trouvée trop gentille envers madame Bouteloup et Ernest. Je sais que j'exagère, car leurs relations sont complexes. L'écrivain a d'ailleurs eu raison de ne pas trop les simplifier. D'abord,ce qu'elle a fait est vraisemblable. Ensuite, c'est plus intéressant. D'ailleurs, si on y réfléchit bien, Ernest et madame Bouteloup semblent ressentir davantage de tendresse pour Violette que ses propres parents...

Un roman sans temps morts, avec lequel on passe un très bon moment.

J'ai découvert que ce roman avait une suite: «La dame en rouge règle ses comptes». J'espère qu'il sera enregistré par la même lectrice que «Le secret de la dame en rouge».

Éditeur: Scrineo.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bérénice Castiau pour la Ligue Braille.

Bérénice Castiau fait partie des lecteurs bénévoles dont j'apprécie le jeu. Malheureusement, son nom n'apparaît pas souvent dans mes chroniques parce qu'elle n'a pas enregistré tant de livres que ça, et parce que parmi ces livres, très peu m'ont tentée. Ici, elle n'a pas démérité. Elle n'est jamais trop sobre, joue sans surjouer, ne prend pas une voix ridicule pour les rôles masculins...

Acheter « Le secret de la dame en rouge » sur Amazon

mercredi, 7 mai 2014

Il coule aussi dans tes veines, de Chevy Stevens.

Il coule aussi dans tes veines

L'ouvrage:
Sarah Gallagher a été adoptée. À présent, elle a trente-quatre ans, et elle souhaiterait retrouver ses parents biologiques. Elle se heurte à la froideur de celle qui serait sa mère naturelle, Julia Laroche. Après quelques recherches, elle comprend pourquoi Julia ne voulait rien lui dire... Peut-être Sarah n'aurait-elle pas dû tenter de savoir...

Critique:
L'idée de départ était risquée, car l'auteur aurait pu se perdre, faire du spectaculaire, de l'invraisemblable... Il n'en est rien. Elle parvient à créer une intrigue sans temps morts ni invraisemblances. La tension et le suspense sont très présents, les rebondissements ne sont pas incongrus.

Les éléments du récit font que l'héroïne analyse ses sentiments et ses réactions. Cette remise en question est très intéressante, car l'auteur pose certaines questions importantes. Par exemple, jusqu'à quel point peut-on hériter d'un caractère, d'une personnalité. Un dérapage est-il le début de la fin? Le lecteur s'interrogera, à l'instar de Sarah, surtout lorsqu'il s'agit des accès de colère d'Allie. Sont-ils simplement des caprices d'enfant gâtée?
Quant à la réponse aux diverses énigmes posées dans le livre, tout se tient. Bien sûr, on peut reprocher à l'auteur d'avoir utilisé une vieille ficelle (faire porter les soupçons sur des innocents), mais elle le fait habilement, et ne met pas de gros sabots, ce qui fait que le lecteur n'est pas très sûr, et ne fonce pas tête baissée dans un piège. C'est plutôt un questionnement quant aux motivations des uns et des autres.

Chevy Stevens analyse des relations familiales compliquées à cause d'événements, mais aussi de personnages au caractère très fort ou trop effacé. Elle cherche à montrer que tout est complexe. J'ai quand même trouvé cela un peu gros, notamment en ce qui concerne le père (adoptif) de Sarah. À vouloir éviter les clichés, on en crée d'autres. C'est bien dommage.

La romancière a repris certains thèmes de «Séquestrée» en les exploitant autrement. Par exemple, John adorait sa mère et craignait son père, comme celui qui a enlevé Annie O'Sullivan.
D'autre part, Annie et Sarah vont voir la même psychiatre. Les deux livres sont d'ailleurs construits de la même façon: l'héroïne raconte ce qui lui arrive pendant des séances chez la psychiatre.

Éditeur: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bérénice Castiau pour la Ligue Braille.
La lectrice a très bien interprété ce roman. Elle a pris le parti de jouer un peu, et est parvenue à le faire sans surjouer. J'ai été ravie de cette lecture. Je mettrai un petit bémol à cela: l'un des personnages s'appelle Julia. Au début, la lectrice le prononce normalement. Vers le milieu du roman, elle se met à le prononcer Djoulia. D'abord, je trouve regrettable de changer la prononciation d'un nom propre pendant la lecture. Il vaut mieux le prononcer toujours de la même manière. Ensuite, je trouve dommage de prononcer un nom propre qui existe en français à l'anglophone. Certes, ici, le personnage est américain, mais le texte est lu en français, il est donc plus naturel (du moins à mon avis) de prononcer le nom propre en français. Si le texte était en anglais, je trouverais incongru qu'un prénom existant en anglais soit prononcé à la française, même si le texte se passait en France.

Acheter « Il coule aussi dans tes veines » sur Amazon