Lecteur : Carlo Hélène (de)

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lundi, 12 juillet 2010

La double vie de Pénélope B, d'Anne-Solange Tardy.

lLa double vie de Pénélope B

L'ouvrage:
Pénélope Beauchêne vit à Rennes. Elle est satisfaite de sa vie, entre sa meilleure amie (Lilly), ses parents, et ses petites habitudes. Mais un événement fait qu'elle est si écoeurée, que de rage, elle annonce à ses parents et à Lilly qu'elle va s'établir à Paris pour travailler avec sa tante, Aurélie, dite Aure, en tant que graphiste. Ses parents sont ravis qu'elle se lance enfin, et prenne sa vie en main. Elle qui voulait être réconfortée et cajolée n'a d'autres solutions que de partir...

Après quelques jours de flottement, Pénélope décide d'avoir un blog. Elle en lit, pourquoi n'aurait-elle pas le sien?

Critique:
C'est un roman dans la veine des Helen Fielding, Saskia Mulder, Isabel Wolf, et Sophie Kinsella. Je n'aime pas trop ce genre, car les auteurs sont là pour nous faire rire ou pleurer, et emploient pour ce faire des moyens qu'on voit venir gros comme des maisons. Ça se veut une comédie, mais c'est insipide. Seuls, les deux tomes de «Le journal de Bridget Jones» m'ont réellement plu parmi ceux que j'ai tentés.
Ici, j'ai voulu donner une chance au genre, et à l'auteur qui est française.

Le livre se laisse lire, mais on devine beaucoup de choses. On sait que ce qui se passe au mariage est dû à un certain personnage; on sait qu'il y a un quiproquo entre Pénélope et Victor; on se doute de la façon dont ça va se terminer, on l'attend, d'ailleurs, car sinon, ce ne serait pas une comédie.
En outre, il est un peu gros que le blog de la Mouette ait tant de succès en si peu de temps. Certes, c'est expliqué par le fait qu'elle écrit des choses qui intéressent beaucoup de monde, mais comment tant de monde la découvre-t-il en l'espace d'une soirée? Ce qui fait les visites d'un blog, c'est le bouche à oreille, mais pas seulement. Cela dépend aussi du référencement du blog sur le net. Dans les moteurs de recherche, il est dû à la fréquentation du blog, mais pour qu'un blog soit connu, il faut qu'il fasse ses preuves, et les gens le découvrent petit à petit. Il faut aussi que son auteur le fasse connaître en le référençant sur des annuaires.

En outre, même si Pénélope explique comment elle se documente, et comment elle peut écrire ce qu'elle publie, cet aspect du roman est également tiré par les cheveux. Bien sûr, en se documentant, on peut écrire un article fouillé, mais cela prend plusieurs heures par articles si on veut faire ça bien.

Certaines situations sont peu crédibles. Pénélope souffre de l'abandon de Victor, mais la façon dont sa souffrance est montrée ne m'a pas convaincue. Ca fait grandiloquent, comme dans les séries où des adolescentes pleurent leur premier amour en se gavant de crème glacée.
Ce qui arrive, vers la fin, quand Pénélope ouvre la porte à Victor, serait un effet comique destiné à détendre l'atmosphère, car souvent, dans toute situation critique, un incident amusant survient. Oui, mais là encore, j'ai trouvé ça trop téléphoné.

Une situation m'a réellement amusée: ce qui se passe lorsque Pénélope arrive chez Aure. Là, je n'avais rien vu venir. J'aurais dû, en y repensant, mais comme je n'ai rien deviné, l'auteur a atteint son but.

Bref, si vous aimez ce genre, ce livre vous plaira. Mais si comme moi, vous adhérez peu, ce n'est pas ce livre qui vous fera changer d'avis. On va me dire: «Ben pourquoi tu l'as lu, puisque tu n'adhères pas vraiment au genre?» Comme je l'ai dit, deux romans du genre m'ont plu, et je voulais donner sa chance à cet auteur. En outre, j'ai bien révisé ma position sur les fresques familiales en lisant «Le silex et la rose», et ai constaté que toutes n'étaient pas du style de celles que je rejetais.

Éditeur: First.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène de Carlo pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 21 septembre 2009

La mariée mise à nu, de Nikki Gemmell.

La mariée mise à nu

L'ouvrage:
Une jeune femme disparaît. Tout donne à penser qu'elle s'est enfuie. Elle a laissé, dans son ordinateur, un manuscrit racontant une période de sa vie.

Critique:
Mon avis est mitigé quant à ce livre. L'histoire est très prévisible: une femme découvre (ou croit) que son mari la trompe (et il faut voir avec qui, c'est le cliché par excellence), elle se fâche, finit par prendre un amant, et c'est avec lui qu'elle découvre le summum du plaisir physique. L'histoire attendue nous montre des personnages peu épais auxquels on ne croit pas réellement. Il y a bien un rebondissement, entre le mari et l'amant, mais je n'ai pas été convaincue. Idem pour l'explication qu'elle finit par obtenir de son mari. L'histoire est donc poussive.
En outre, on ne sait pas vraiment pourquoi l'héroïne s'en va. Est-elle éternellement insatisfaite, comme elle le laisse supposer à un moment? Ce n'est peut-être pas si important, mais ce flou ne m'a pas plu.

D'un autre côté, Nikki Gemmell est la première à écrire un roman de ce genre, et à dire la vérité quant aux rapports sexuels. En tout cas, c'est la première que je lis. (On me dira que Cyrill Collard l'avait fait dans «Les nuits fauves», mais lui parle crûment, sans expliquer comment satisfaire une femme.) Par exemple, l'héroïne du roman (dont nous ignorons le prénom), explique que la plupart des femmes ne ressentent pas (ou peu) de plaisir à la pénétration. Elles en ressentent plus grâce aux caresses buccales. C'est un exemple, mais dans tout le livre, elle décortique les relations sexuelles, et ses remarques sont assez justes. Dans combien de romans avez-vous vu le couple s'aimer passionnément, et être comblé? Nikki Gemmell montre que ce n'est pas toujours aussi lisse. Dans ces mêmes romans où les rapports sexuels sont toujours parfaits (sauf avec quelqu'un qu'on n'aime pas ;-) ), on ne nous parle pas, par exemple, des petits inconvénients finaux, puisque l'auteur ne dit jamais que le couple a besoin de nettoyer. On se demande comment ils font! Nikki Gemmell, elle, en parle normalement. Bon, je me suis quand même demandée si elle n'exagérait pas un peu le plaisir de son héroïne lorsque Gabriel lui prodigue des caresses buccales à n'en plus finir.

Malgré une histoire assez inintéressante, il faut lire ce livre. Surtout les hommes: ils y trouveront des conseils pour satisfaire une femme. Bien sûr, il y a la solution plus simple (celle que j'applique): en discuter. Mais certains sont très frileux quant à cela. Donc, si vous voulez en apprendre plus, et n'osez pas en discuter avec les principales intéressées, au lieu de lire «Mars et Vénus sous la couette», lisez «La mariée mise à nu».

Dans la postface, Nikki Gemmell explique qu'elle voulait publier ce roman anonymement. Elle n'arrivait pas à s'exprimer librement avant d'avoir décidé de ne pas le signer. On la comprend. Il faut une bonne dose de courage pour oser affronter la critique (le public peut se montrer très puritain), avec un roman qui parle de manière si réaliste de sexe. Elle explique ensuite comment son identité a été découverte par des journalistes, et comment, finalement, le public n'a pas été si fermé qu'on aurait pu le penser.
Pour ma part, je dirais que ce qui effrayait l'auteur est justement ce qui rattrape le roman à mes yeux. ;-)

Éditeur: Au diable Vauvert.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène de Carlo pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 24 juillet 2006

Les promis, d'Eun-Ja Kang.

Les promis L'ouvrage:
Monsieur Yamamoto et monsieur Fugimori sont très amis. Ils ont même fait un pacte, lorsqu'ils étaient jeunes. Ils ont juré que leurs enfants, plus tard, se marieront. Monsieur Yamamoto a eu un garçon, Takahito. Dès qu'il a été en âge de comprendre, on lui a expliqué que la fille de monsieur Fugimori était sa promise. Plus tard, lorsque Yuki est née, les deux familles ont mis les deux enfants en contact le plus souvent possible.

Le petit Takahito tomba très vite amoureux de la jeune Yuki. La moindre séparation lui fendait le coeur.
La jeune Yuki considéra Takahito comme son frère, et son serviteur. Elle finit par s'atacher à lui...

Mais Yuki vivra des événements grave, qui la feront grandir et mûrir très vite. Sa nourrice, Hana, possède un collier interdit. Un jour, à cinq ans, Yuki découvre ce collier. Hana lui fait promettre de ne jamais en parler à ses parents. Yuki se tait, même lorsque sa mère, ayant découvert le collier, lui demande si elle était au courant.

Critique:
Ce livre est très beau. Il y est question de tolérance. En effet, au collier d'Hana, pend une croix, symbole du christianisme. Les parents de Yuki étant boudhistes, ils ne peuvent tolérer la présence d'Hana dans leur maison. Deux religions ne peuvent cohabiter dans la même maison. En outre, un désastre se produit, alors que madame Fugimori vient de découvrir la croix. Elle est donc sûre que tout est lié. Cet exemple montre la stupidité des superstitions et de l'intolérance.

Yuki est un personnage très riche. Elle réfléchit, elle cherche à comprendre les choses. Elle ne comprend pas que ses parents aient chassé Hana à cause de sa religion. Elle est la seule de sa classe à accepter Ise, une jeune fille pauvre, et à la prendre pour ce qu'elle est, et non pas pour ce qu'elle représente socialement. Plus tard, lorsque'Ise sera obligée d'être geisha pour gagner sa vie, lorsqu'il sera honteux d'être vu avec elle, surtout pour une jeune fille de bonne famille, Yuki se proclamera son amie. Yuki ne supporte d'ailleurs pas que certains réprouvent les geisha le jour, et aillent passer des nuits dans leurs bras. Elle veut absolument faire ce que lui a conseillé un être cher avant de mourir: vivre sa vie.
Ce n'est pas le genre de caractère à se laisser enfermer dans le carcan des traditions, des croyances. Au lieu de croire bêtement et aveuglément ce qui semble établi, elle se pose des questions, secoue la gangue encrassé du "c'est comme ça". Elle me rappelle un peu Selma Raouf Bey, même si Yuki n'a jamais existé.

Takahito, lui, représente justement ce que Yuki rejette. Il fait certaines choses parce que son honneur est en jeu. Il agit aussi, parce qu'il croit qu'une attitude rétrograde et répressive est ce qui convient le mieux à son pays. Il aime Yuki comme un fou, mais il aime surtout l'image qu'il en a. On lui a seriné, depuis sa plus tendre enfance, qu'elle était sa promise, donc, il l'aime. Il aime ce qu'il voudrait qu'elle soit, jusqu'au bout.

Certaines situations sont très fortes en émotion (le départ d'Hana, le tremblement de terre...), certaines rappellent le drame (la situation entre Yuki, Ise et Takahito, et la fin).

A propos de la fin, je ne l'ai pas aimée. D'abord, c'est parce qu'elle est triste. Bien sûr, tous les livres ne peuvent pas avoir une fin heureuse, et parfois, je préfère une fin triste, qui cadre mieux avec l'esprit du livre, et qui est plus vraisemblable. Justement, dans ce cas, la fin est pessimiste, et ne cadre pas du tout avec le personnage de Yuki. La Yuki que nous connaissons depuis le début du roman ne resterait pas plantée bêtement, à attendre que la chose se passe, et en essayant de la contrer avec de simples paroles. La Yuki battante, qui osa défier ses parents, parce qu'elle voulait être heureuse, ne resterait pas clouée au sol, comme le dit la romancière, pour expliquer son absence de réaction.
Par ailleurs, cette fin montre qu'on ne peut pas sortir d'un chemin tracé. Yuki a voulu faire de sa vie autre chose que ce qui avait été prévu, et cela lui est refusé. Cela voudrait dire qu'on ne peut pas sortir de sa condition, qu'on ne peut pas changer les choses. Au-delà de la tristesse que m'a fait ressentir la fin pour Yuki, c'est ce pessimisme que je désapprouve.
Par contre, la fin colle parfaitement au personnage de Takahito. Ce qu'il fait est totalement dans sa nature conservatrice.

Donc, je conseille ce livre, qui pour moi, est un bon roman, mais j'ai été tellement déçue par la fin que je mets un petit bémol à mon enthousiasme.

Éditeur: Fayard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène de Carlo pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 27 février 2006

La vingtième épouse, d'Indu Sundaresan.

La vingtième épouse L'ouvrage:
En 1577, Ghias, fils du vizir de Perse, est condamné à s'exiler de son pays, avec sa famille, à la mort de son père. Sa femme, Asmat, ses trois enfants et lui, partent sur les routes, et sont recueillis par des caravaniers. Seulement, la petite troupe est attaquée et dépouillée. C'est à ce moment qu'Asmat accouche de son quatrième enfant. Cette petite fille, née dans le dénuement total, Asmat veut l'appeler Mehrunnisa, ce qui signifie Soleil des femmes.

Cette naissance sera un bon présage pour Ghias et Asmat. En effet, c'est après cette naissance qu'ils rencontrent Massoud, un marchand qui propose de les emmener en Hindoustan, et de présenter Ghias à l'empereur Akbar.
Quelque temps après que le marchand les a pris sous son aile, Ghias décide d'abandonner Mehrunnisa. Asmat ne peut plus la nourrir, ils n'ont plus d'argent... L'enfant risque de mourir d'inanition. Ghias pense que quelqu'un la trouvera, et s'en occupera bien. En effet, c'est Massoud qui la trouve. Et c'est cet homme infiniment bon qui la rend à ses parents, et trouve le moyen de pallier leur manque d'argent, en faisant passer cela pour une dette de sa part.

En Hindoustan, la famille commence une nouvelle vie. A huit ans, Mehrunnisa rencontrera le prince Salim, fils de l'empereur Akbar. A ce moment, elle décide qu'elle l'épousera.

Critique:
La romancière précise que cette histoire est largement inspirée des faits. C'est donc une biographie très romancée. Indu Sundaresan a souhaité écrire sur Mehrunnisa, car elle a été intriguée de voir que cette femme, vingtième épouse du prince Salim, devenu l'empereur Jahangir, a semblé avoir tant d'importance pour lui. Elle a donc voulu écrire la vie de Mehrunnisa avant son mariage avec l'empereur Jahangir.

Elle nous montre une petite fille, puis une femme volontaire, au caractère bien trempé, mais qui se soumettra tout de même, lorsque ses parents, après la demande (l'ordre donc), de l'empereur Akbar, lui feront épouser le soldat Ali Quli. Mehrunnisa ne se laissera jamais abattre, malgré des périodes de grande peine, dues aux désillusions de ce mariage sans amour. Indu Sundaresan a choisi de faire naître l'amour entre Mehrunnisa et le prince Salim avant ce mariage. Mehrunnisa et Salim vivront donc une grande frustration, avant de pouvoir connaître quinze ans de bonheur.
Jahangir adorera Mehrunnisa, qui sera sa dernière épouse, et la seule qu'il aura épousée par amour, et pas pour des raisons politiques. Il lui donnera le titre de Nur Jahan: la Lumière du monde; il fera battre des pièces de monnaie à son nom, etc.

Le livre nous dépeint une cour pleine de complots. Cela montre, si besoin est, que le pouvoir pervertit les âmes. Des enfants complotent contre leurs parents, et cela semble être monnaie courante. Indu Sundaresan précise que tous les complots qu'elle a relatés ont bel et bien existé. Le prince Salim, tel qu'elle nous le dépeint, peut être compréhensible, semblant assez influençable, et étant aveuglé par son désir de pouvoir. Mais lorsqu'Akbar évoque l'enfance de Salim, lorsqu'il évoque l'indéfectible amour qui existait entre eux, on ne peut s'empêcher de déplorer ce que peut faire un homme obsédé par le pouvoir.
D'ailleurs, le père de Mehrunnisa, si droit, est lui-même "contaminé" par cela. Il accepte des pots de vin, et détourne même de l'argent. Pourtant, c'est un homme honnête... Il finit, bien sûr, par se repentir, mais c'est une preuve de plus du danger de la proximité du pouvoir.

J'ai beaucoup aimé ce roman. Les complots peuvent sembler répétitifs, mais apparemment, cela se passait bien ainsi.
On a peur que le livre se traîne jusqu'à la fin, jusqu'au mariage de Mehrunnisa et de Jahangir, mais en fait, la romancière sait nous passionner avec un récit qui ne traîne pas, et des personnages intéressants.

J'ai également apprécié la sincérité de la romancière, qui, en épilogue, explique ses motivations, ses recherches, et dit qu'à certains moments, elle a utilisé son imagination. Cela change de tous ces auteurs qui essaient de faire passer pour vraies des histoires sorties de leur imagination, même s'ils se sont documentés sur le sujet. En outre, Indu Sundaresan, au début de chaque chapitre, cite des passages de livres dans lesquels elle a puisé des renseignements pour son ouvrage. C'est également une preuve d'honnêteté: si on veut, on peut chercher ces livres, et les lire ou les feuilleter, afin de vérifier ce que dit Indu Sundaresan.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène de Carlo pour la Bibliothèque Braille Romande.

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