Lecteur : Canosa Françoise

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jeudi, 6 mai 2010

Les heures souterraines, de Delphine de Vigan.

Les heures souterraines

L'ouvrage:
Mathilde est victime de harcèlement moral de la part de la personne au-dessus d'elle hiérarchiquement.
Aujourd'hui, le 20 mai, tout va peut-être changer, quelque chose va peut-être arriver... une voyante le lui a dit. Elle sait bien qu'il ne faut pas prendre cela au pied de la lettre, mais elle espère, car elle est épuisée nerveusement.

Thibaut est médecin urgentiste. Il est amoureux de Lila. Elle ne l'aime pas. Elle est contente de faire l'amour avec lui, mais c'est tout.
Aujourd'hui, le 20 mai, il doit prendre son courage à deux mains, et lui dire que c'est fini. Il ne peut pas continuer ainsi!

Critique:
Le principe du roman est intéressant: nous suivons Mathilde et Thibaut, deux inconnus l'un pour l'autre, deux personnes malmenées par la vie qui tentent de s'en sortir. Les deux personnages sont attachants, le lecteur les comprend, compatit à leur douleur, et parfois, a envie de les secouer, surtout Mathilde. On est quand même désolé et vaguement agacé, car Thibaut et Mathilde ont joué de malchance depuis longtemps. On dirait que tous deux sont nés sous une mauvaise étoile.

Thibaut souffre, mais il est fort. Il a la force et le courage de quitter Lila. Ensuite, il passe son temps à espérer qu'elle va l'appeler, ce qui est tout à fait logique: on n'oublie pas comme ça. Mais il a des réflexions qui le font avancer. C'est un personnage positif, qui prend la mesure de la difficulté, et ne se transforme pas en carpette ou en imbécile.

Quant à Mathilde, elle montre sa détresse, et si elle n'agit pas comme il le faudrait, le lecteur la comprend. Elle n'est pas une machine: c'est une personne qui tente de s'en sortir, et qui est droite et honnête. Le lecteur est tout de même agacé. D'accord, Mathilde est impliquée, et donc, il lui est difficile de prendre du recul, mais on aurait pu croire qu'elle se serait servie de ses erreurs passées pour agir plus intelligemment, ce 20 mai.

Si suivre les personnages est intéressant, certaines choses font que je ne recommande pas vraiment ce roman. D'abord, l'inertie de Mathilde, et le fait que jusqu'au bout, elle s'y prenne, disons-le, comme un manche. Cela doit arriver plus souvent qu'on ne le croit, mais le fait qu'elle n'apprenne pas de ses erreurs m'exaspère.
Ensuite, je m'attendais à ce que Mathilde et Thibaut se rencontrent un peu comme dans «Providence». Il est quand même intéressant que Delphine de Vigan ne les fasse pas se rencontrer de la façon dont elle le suggère au long du roman, ça aurait été trop gros. Si leur rencontre est intéressante, on attend la suite. Bien sûr, cette rencontre est plus réaliste que s'ils s'étaient parlés tout de suite, mais elle laisse le lecteur frustré.
Attention, la fin du paragraphe dévoile des éléments de la fin.
Enfin, la fin est très négative. Thibaut aurait voulu parler à Mathilde car elle le fascine, mais elle disparaît dans la foule. Mathilde finit par perdre le cadeau de son fils qui finit dans une poubelle. Et puis, elle n'avance pas, elle régresse même. Delphine de Vigan laisse tout en suspens, ce qui donne l'impression d'une fin bâclée. On me dira que c'est réaliste, on ne peut pas tout résoudre en une journée. C'est pour cela qu'on attend une suite, surtout après une fin si négative.

Petites remarques annexes:
L'homme d'affaire extrêmement pénible qui sait tout sur tout, et qui veut tout contrôler, même la maladie, est très bien représenté. Il m'a bien fait rire. Le pire, c'est que des gens comme ça existent.
Lorsque Mathilde reçoit un coup de fil de son ancien opérateur téléphonique, elle ne fait bien sûr pas exprès de se mettre à pleurer, mais je n'avais jamais pensé à ça pour faire fuir les représentants exaspérants qui veulent vendre ci ou ça. Au téléphone, les larmes doivent être facile à feindre. J'essaierai, la prochaine fois qu'on voudra me vendre un super abonnement que je ne veux pas, et qu'on ne me laissera pas en placer une!
On appréciera l'ironie, que Mathilde savoure elle-même, lorsqu'on apprend le métier de celui qui veut sortir avec elle.
La publicité du voyant que lit Thibaut est très réaliste! Je peux vous dire, pour en avoir reçu, que l'auteur n'exagère pas.
Au long du roman, j'ai noté quelques tournures maladroites.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Canosa pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 23 janvier 2006

Allons voir plus loin, veux-tu?, d'Anny Duperey.

Allons voir plus loin, veux-tu ? L'ouvrage:
Christine a été mariée, et a eu un fils. Au bout de quelques années, elle s'est aperçue que l'amour entre elle et son mari n'existait plus. Après son divorce, elle va souvent se ressourcer dans la maison de campagne léguée par sa mère, maison qu'elle connaît et aime depuis son adolescence. Malgré cela, l'idée saugrenue lui vient de la vendre. Et puis, Christine s'ennuie, elle s'énerve facilement... Elle se montre même extrêmement grossière envers une guichetière qui lui avait parlé un peu vivement, mais qui était dans son droit. C'est alors qu'arrive ce voyage de groupe en Hongrie qu'elle doit superviser.

Paul est né au mauvais endroit. Sa famille est rustre. Son grand frère s'en accomode très bien en devenant aussi bête et aussi méchant que ses parents. Mais Paul est un être sensible, qui aspire au calme, à l'amour, au savoir. Il ne peut pas se sortir de ce piège. Au village, sa famille est rejetée. On les appelle les sauvages, et on les met tous dans le même sac. Paul est donc tout seul.

Solange a une vie sans histoires... Mais son mari la quitte. Depuis, elle vit esseulée, ce qui fait qu'elle a une sensibilité à fleur de peau. Elle s'énerve pour un rien, éclate en larmes et se confond en remerciements lorsque quelqu'un lui témoigne un minimum de gentillesse...

Luc a été un peu étouffé par sa famille. Ayant besoin d'air, il a épousé une femme que ses parents n'aimaient pas. Cela lui faisait un prétexte pour ne plus les voir. Sa femme est hystérique, voire folle. Elle a des sautes d'humeur, est imprévisible, pique des crises effroyables pour des broutilles. Luc fait de son mieux pour l'aider.

Les destins de Christine, Paul, Solange et Luc vont se croiser...

Critique:
Je n'ai pas trop accroché à ce livre d'Anny Duperey... Certains personnages n'ont pas réussi à m'attendrir. Christine m'a souvent énervée au cours du roman. Il y a un moment où quelque chose me la rend sympathique: c'est sa réaction après ce qui arrive à son voisin.

Luc aussi m'agace un peu. Il engage sa vie avec cette femme, comme un gamin capricieux, parce que ses parents l'étouffent. Bien sûr, c'est une réaction qu'on peut comprendre, mais elle m'a exaspérée.

Comme je n'aime pas l'invraisemblance, le coup de foudre entre deux des personnages n'a pas arrangé les choses pour moi. C'est une note positive dans le roman, pourtant, car cela aide ces deux personnages à s'apercevoir de beaucoup de choses, à avoir une vie meilleure. D'ailleurs, à la longue, je me suis habituée à cette histoire d'amour qui apporte du positif. Mais ce coup de foudre ne m'a pas plu.

Il y a un épisode qui traîne, à mon avis, c'est l'épisode où Solange retrouve Viviane. C'est un tournant de sa vie, donc un épisode important, presque un parcours initiatique, mais c'est un peu long. Sinon, le personnage de Solange ne m'a pas agacée. Elle est naïve et sympathique. Son amitié avec deux autres personnages, puis l'opportunité d'un emploi la rendent plus sûre d'elle, ce qui est positif. Avant cela, on a l'impression qu'elle cherche sa place. On voit bien qu'elle se sent délaissée, rejetée. Après cette amitié et cet emploi, elle se sent à sa place et épanouie. C'est une bonne chose. Et l'épisode de sa formation à ce nouvel emploi est assez amusant.

Le personnage de Paul est mon personnage préféré. C'est le plus en détresse. Ce qui lui arrive est logique. N'ayant pas d'échappatoire, que pouvait-il faire? En plus, il n'est pas un personnage passif, qui baisse les bras, qui se laisse aller, alors qu'il le pourrait. Il se bat pour obtenir ce qu'il veut. Mais que peut-il faire, alors qu'il est brimé et rabroué depuis sa naissance? Que pouvait-il faire avec toute cette malchance?

Comme je le disais, j'ai eu du mal à finir ce livre. Certains épisodes traînent, et certains personnages créés par Anny Duperey m'ont agacée. Mais je le conseille quand même, car je pense que c'est un bon livre. Je pense que les détails qui m'ont énervée ne doivent pas vous rebuter. Malgré mon agacement, j'ai fini le livre, et au final, j'en garde un sentiment tout de même positif.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Canosa pour la Bibliothèque Braille Romande.

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