Ainsi résonne l'écho infini des montagnes

L'ouvrage:
Automne 1952.
Abdullah (dix ans), et Pari (sa soeur de quatre ans), sont inséparables. Lorsque Sabur, leur père, vend Pari à une riche famille de Kaboul (les Wadati), Abdullah en a le coeur brisé. Il vivra pour retrouver sa petite soeur.

Critique:
Voilà un livre profond, puissant, qui emportera le lecteur dans un tourbillon d'émotions et de sentiments très bien décrits et analysés par leur auteur. Une comédie humaine bien pensée, écrite en un style à la fois sobre et vivant. Le romancier n'étale pas les souffrances de ses personnages sur des pages. Il exprime leurs sentiments sans en faire trop, sans tomber dans le niais ou le larmoiement. C'est d'autant plus fort que le lecteur s'imagine ce que l'auteur ne dit pas...

L'événement qui est le squelette de l'ouvrage (la séparation des deux enfants) plongera le lecteur dans un abîme de réflexions. En effet, si l'un des personnages est inconséquent, les autres ne sont pas manichéens: Sabur a des raisons de vendre sa fille. L'auteur les évoque peu: il préfère laisser au lecteur le soin de faire le parallèle entre cet événement et le conte que Sabur raconte à ses enfants (à dessein) la veille du jour de leur départ pour Kaboul. Ce parallèle est intéressant parce qu'on ne pourra pas s'empêcher de le faire tout au long du roman, jusqu'à la fin. En effet, dans le conte, l'enfant a une destinée heureuse, et le père voit ses souvenirs effacés afin qu'il puisse supporter la perte de son enfant. Ces éléments se retrouvent au long du roman, et il est intéressant de voir comment Khaled Hosseini les transpose dans un univers réaliste.

Le seul personnage détestable (à mon avis), est Nila Wadati. Dès la première scène où on la vit, on remarque son inconséquence, son égoïsme. Je n'ai pas été attendrie par ce qui aurait soi-disant fait d'elle ce qu'elle est. Si elle n'est pas manichéenne, elle est crédible, l'auteur ne l'a pas bâclée. Il existe beaucoup de personnes comme elle qui se persuadent qu'elles sont parfaites et qui n'acceptent jamais de se remettre en question. Elle est la seule (parmi les personnages principaux) à n'avoir jamais pensé qu'à elle-même.

Quant aux autres personnages, si on peut les blâmer, si on peut se dire qu'on aurait agi autrement, on comprend leurs motivations. Ils sont profondément humains. La légèreté de Nila est d'autant plus mise en valeur qu'elle se prétend toujours en souffrance, alors que les autres le sont, et tentent de vivre avec. Ils ne s'ingénient pas à briser les vies de leur entourage.

Outre l'événement central du roman, Khaled Hosseini évoque d'autres situations (comme celle de Talia ou de Rushi), afin de montrer la bêtise et l'inhumanité de l'homme en général.
Le comportement d'Idris vis-à-vis de Rushi m'a fait réfléchir. Il est peut-être le second personnage du roman le moins appréciable. Si son cousin est assez prétentieux, et semble avoir autant d'émotions qu'une table, Idris est, finalement, pire. L'auteur explique très bien ses agissements, son raisonnement. Pour moi, Idris il est inexcusable.

Je ne parlerai pas en détails des autres personnages pour ne pas trop en dire, mais chacun est riche, chacun apporte quelque chose.

Khaled Hosseini montre ensuite des humains face à leurs semblables à plus grande échelle. Comme dans ses précédents romans, il évoque la guerre qui eut lieu en Afghanistan, et les conséquences de cette guerre. Il le montre à travers certains de ses personnages.

Afficher Attention! Je dévoile certains pans importants de l'intrigue.Masquer Attention! Je dévoile certains pans importants de l'intrigue.

Tout comme dans «Mille soleils splendides» et «Les cerfs-volants de Kaboul», c'est le personnage le plus méritant, celui qui a le plus soufert qui est sacrifié. Ici, Abdullah n'a pas pu attendre que Pari le retrouve. Et ici, sa perte de mémoire n'a pas été bénéfique, à l'inverse de celle du père du conte.
J'ai trouvé sympathique que la seconde Pari n'ait pas été éclipsée par la frustration de son père qui n'a pas pu retrouver la première. Au contraire, cet amour l'a poussée vers sa tante. J'ai aimé que cela engendre des sentiments positifs.

Un roman que je ne suis pas près d'oublier, et dont l'écho lancinant résonnera longtemps dans mon coeur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mathieu Buscatto. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Je ne connaissais pas très bien la voix de ce comédien, l'ayant peu entendu en tant que comédien de doublage. Il a su s'adapter à l'écriture de l'auteur, c'est-à-dire qu'il a interprété le livre à la fois de manière sobre et vivante.
Il a pris le parti de prononcer les prénoms orientaux avec l'accent original. Cela fait qu'il roule très légèrement le «r» de Pari, par exemple. Je n'aurais pas été gênée qu'il le prononce comme un pari ou comme la ville. Là, sa prononciation n'était pas exagérée. En effet, beaucoup de lecteurs font un accent et (si j'ose dire) accentuent cet accent. Mathieu Buscatto n'est pas tombé dans ce travers, ce qui fait que sa prononciation de Pari passe très bien.


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