Quelqu'un pour qui trembler

L'ouvrage:
Thomas est médecin. Voilà environ vingt ans qu'il a quitté la France pour se rendre utile dans les pays qui en ont le plus besoin. Un soir, il apprend que Céline, la jeune fille qu'il a quittée en même temps que son pays a eu une fille quelques mois après son départ. Thomas décide de retourner en France.

Critique:
Ce roman et «Et soudain tout change» sont ceux de Gilles Legardinier que je préfère. Je n'ai d'ailleurs aucun reproche à faire ici. À mon sens, c'est dans ces deux romans-là que les personnages sont les plus vrais, que les situations sont loufoques tout en restant vraisemblables. Il faut dire que Gilles Legardinier parvient à faire rire lors de moments critiques, par exemple, l'un des personnages fait une tentative de suicide. Malgré la gravité et l'urgence, se glissent quelques petites notes amusantes.

Comme dans ses autres romans, l'auteur montre des personnages qui s'entraident et qui comprennent (comme le souligne Thomas) que c'est souvent plus facile à plusieurs. Je me demande parfois (j'y ai surtout pensé en lisant ce roman) si le monde ne tournerait pas plus sainement si tout le monde se comportait comme les personnages de Gilles Legardinier. Bien sûr, on ne peut pas toujours tout faciliter à tous. Par exemple, ici, deux personnages ne peuvent être rapprochés principalement à cause du fait qu'ils n'entrent pas dans les bonnes catégories, selon l'administration. Cette situation m'a fait penser ce que je pense de plus en plus souvent: pour beaucoup de choses, il faudrait pouvoir faire du cas par cas.

L'entraide dont il est question est (comme souvent) assortie de plans semblant tous plus foireux les uns que les autres. Pou n'en citer que deux, je parlerai de l'entretien où Thomas se fait passer pour le père d'un enfant qu'il ne connaît que depuis quelques mois, et la scène de la bande de personnes âgées achetant de vieux jouets, certains s'en disputant même un. Il aurait été très facile de faire dégénérer le tout, de tourner ça en un immense n'importe quoi. Or, il n'en est rien. Toutes ces mises en scène m'ont fait rire, et je me suis surprise à espérer faire partie de tels plans un jour, ou bien qu'on en organise pour me faire plaisir.

Les personnages sont hauts en couleur. Entre Francis (l'ancien colonel affectionnant les sous-entendus grivois), Michaël (qui accepte d'affronter sa peur pour rendre service), Attila (le chien de garde qui ne pense qu'à jouer), Chantal (la coquette farfelue qui ne se montre jamais sans sa perruque), Jean-Michel (qui réserve quelques surprises), et les autres, Thomas et le lecteur n'ont pas le temps de s'ennuyer! D'autant que chacun a souvent la réplique qui fait mouche. Les chapitres s'enchaînent donc sans temps morts. Si certains auteurs devraient raccourcir leurs livres, Gilles Legardinier devrait rallonger ses comédies. Certains diront peut-être que tout se termine un peu trop bien. J'avoue préférer cela. D'abord parce que tout s'imbrique bien. Ensuite parce que parfois, dans la vie, les choses se terminent de manière heureuse aussi, et que ce genre de romans permet d'y croire. De plus, l'auteur montre des personnages qui prennent les choses en main (parfois de manière un peu saugrenue), qui n'attendent pas, en se lamentant, que les choses s'améliorent. En outre, chacun assume ses choix et ses erreurs... même si certains le font dans la douleur. ;-)

Comme souvent, il y a beaucoup de petites phrases sympathiques. Si je ne devais en retenir qu'une, ce serait: «N'aie jamais honte d'éviter un obstacle qui te détruirait.»

Au début du récit, Thomas revient d'Inde. Il a passé vingt ans dans des pays pauvres. Il compare donc forcément la vie dans ces pays avec celle qu'il voit en France. Il est par exemple très étonné de trouver trente-neuf marques de lessive différentes en supermarché. Gilles Legardinier pousse le raisonnement plus loin. Ce n'est pas uniquement les occidentaux égoïstes, capricieux et dépensiers contre les humbles habitants de pays pauvres. Il se rend vite compte que tout le monde peut être en manque de quelque chose de vital, peut souffrir à son échelle.

Remarques annexes:
Il faudra que j'essaie le coup de la phrase qu'on ne veut surtout pas entendre pour voir si cela réduit effectivement son effet à néant. Concept intéressant... ;-)
S'il n'y a pas de chat sur la couverture du livre, il y en a dans le roman, ce qui réjouira ceux qui aiment les animaux.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Fabien Briche. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Pour une fois, je ne connaissais pas ce comédien pour ses doublages. Je l'ai donc découvert ici. Il s'est parfaitement glissé dans la peau des personnages. Avec naturel, il s'est tiré de toutes les répliques (qu'elles soient amusantes ou un peu mièvres), de tous les «plans foireux», sans jamais trop en faire. En outre, il n'a pas exagéré sa voix pour les rôles féminins, ce qui est très bien. J'ai beaucoup ri lorsqu'il interprète Thomas dopé à l'hélium. Là encore, il n'a pas eu la partie facile, et s'en est très bien sorti. Son interprétation vivante et exempte de cabotinage est un plus pour le livre audio. En effet, je pense que les comédies de Gilles Legardinier sont faites pour être entendues, et que les versions audio doivent impérativement être enregistrées par des personnes qui savent jouer sans surjouer. J'espère que Fabien Briche enregistrera d'autres livres.

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