Les petites morsures

L'ouvrage:
Samantha, dite Sam, a quinze ans. Elle va au lycée.
Son amie, Marie, sort avec des garçons, et tombe amoureuse toutes les semaines.
Son ami de silence, Max, va apprendre quelque chose qui le dévastera.
Marie-Cécile, une fille de sa classe, n'est pas très appréciée à cause de sa tendance à dire tout et n'importe quoi à la vitesse de l'éclair, et de sa nunucherie. Sam l'accepte, malgré son agacement.

Sam est amoureuse de monsieur D., le professeur de philosophie.
Elle doit aussi faire face au fantôme de son père qui est cause de frictions entre sa mère et elle.

Critique:
Voilà un roman qui alterne habilement légèreté et gravité. Par petites touches, Aurore Guitry nous dévoile la vie de son héroïne et de ses proches. Les réflexions de Sam montrent un personnage sympathique, réaliste, à la pensée incisive, portant un regard perçant sur le monde qui l'entoure. Elle nous raconte avec simplicité et pertinence les aventures de Marie, de Max, de Marie-Cécile, et... de Sam: ses amours, ses désirs, ses peurs, ses cauchemars qui reviennent, lancinants, insupportables, morceaux d'elle-même dont elle ne peut se débarrasser, qui l'entravent, l'empêchent d'avancer. Petit à petit, le lecteur comprend l'origine des cauchemars, et tout s'assemble. C'est Sam qui a dû, seule, prendre le courage, après des années de tentative de refoulement, de s'exprimer là-dessus à voix haute. C'est elle qui force sa mère à aller au fond d'elle-même. C'est elle qui crie leur douleur, et qui oblige sa mère à voir qu'elle étouffe sa fille sous un deuil et une culpabilité trop lourds à porter.

Outre le côté grave du roman, j'ai aimé les passages relatant l'adolescence de Sam. Je me suis retrouvée en elle: jeune fille incertaine, un peu gauche, n'ayant pas énormément d'amis, amoureuse transie de son professeur, ayant certaines réflexions caustiques et lucides sur son entourage. J'ai également compris son impossibilité à prendre du recul, et à voir que son amour pour monsieur D. était un béguin de lycéenne. En était-ce réellement un? Après tout, Sam ne s'en détache que très tard.

Max est intéressant, mais parfois, un peu dur à comprendre. Si Sam finit par se débarrasser de ce qui la ronge, Max n'y parvient pas. Il ne peut pardonner à ceux qui ont voulu son bien, et ne s'y sont peut-être pas pris de la bonne manière. Je l'ai trouvé très rude. À la fin, on ne sait pas trop dans quel sens, il évoluera.

Marie-Cécile m'a un peu agacée. Je partage l'opinion de Sam quant à elle. Sam reste amie avec elle par compassion, et peut-être aussi parce qu'elle n'a pas le courage de s'en débarrasser.

La mère de Sam est sympathique, malgré son impossibilité à prendre du recul avant que Sam la secoue. Par certains côtés, c'était elle l'enfant. Mais le lecteur comprendra cette femme blessée qui se doit de survivre pour sa fille, qui n'a pas la force d'être une véritable mère, mais qui tente de maintenir sa tête hors de l'eau.

L'intrigue est bien menée, sans lenteurs. L'auteur évite un écueil que je voyais venir gros comme une maison. Je le lui aurais peut-être pardonné, mais il aurait été trop invraisemblable, et trop attendu, si Aurore Guitry s'en était servi.
La fin paraîtra peut-être un peu grosse à certains: Sam a réussi à se libérer, et justement... (Je n'en dis pas plus.) Oui, c'est un peu cliché, mais après tout, pourquoi pas?

Éditeur: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jeannine Brenier pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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