Lecteur : Bratschi Arlette

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lundi, 3 février 2014

Un café maison, de Keigo Higashino.

Un café maison

L'ouvrage:
Alors qu'il se trouvait seul chez lui, Yoshitaka Mashiba est empoisonné par l'absorption d'une tasse de café. Parmi les policiers chargés de l'affaire, il en est une qui soupçonne sa femme, Ayané. Pourtant, l'alibi de la jeune femme est inattaquable.

Critique:
Dans ce roman, Keigo Higashino a fait le même pari que dans «Le dévouement du suspect X», c'est-à-dire révéler une information importante au lecteur, puis montrer comment les policiers la découvrent. Si le roman sus-cité n'était pas gâché par cette révélation, je n'en dirais pas autant ici. Ne pas savoir une certaine chose aurait pimenté le roman de davantage de suspense. D'une manière générale, ce roman est bâti sur le même principe que celui sus-cité, mais il est plus lent, plus compliqué, et il y a moins de rebondissements.

L'auteur complique beaucoup les choses. Bien sûr, son but est de mettre au jour un processus machiavélique d'ingéniosité, mais les policiers passent tellement de temps à le démonter, et semblent tellement tourner en rond entre l'eau du robinet, l'eau en bouteille, et l'eau filtrée que j'ai trouvé que c'était beaucoup trop long. L'idée aurait gagné à être exploitée sur un plus petit nombre de pages. l'auteur a voulu créer certains rebondissements, notamment lorsqu'Ayané évoque l'eau en bouteille, mais il n'a fait qu'ajouter des complications sans intérêt. Tout ce qu'il explique est justifié, mais il en fait trop.
D'autre part, les lenteurs ne viennent pas seulement de cette histoire d'eau. Les pensées d'Hiromi, par exemple, m'ont souvent ennuyée. le but est de lui donner de l'épaisseur: ça n'a pas vraiment pris avec moi.

En outre, la psychologie des personnages ne m'a pas l'air très creusée. Certains sont absolument détestables, d'autres (notamment Hiromi) m'ont paru fades et peu dignes de compassion. Ayané est davantage fouillée que les autres.
J'ai trouvé facile (voire indigne d'un auteur que j'apprécie) de faire en sorte que l'un des policiers soit aveuglé par les sentiments qu'une personne éveille en lui. D'ailleurs, cette espèce de semi-coup de foudre est invraisemblable, et fait dangereusement pencher le livre vers les mauvais romans à l'eau de rose.

Plus tard, le romancier tente de créer un peu de suspense. C'est lorsque Yukawa pose des questions auxquelles le lecteur (à l'instar de Kaoru) ne doit rien comprendre, puis qu'il explique qu'il ne veut rien dévoiler pour ne pas donner d'a priori. Il en dévoile tant qu'il aurait tout aussi bien fait de la dire, son astuce impossible.

Enfin, si on pinaille, on peut penser que la fameuse astuce n'était pas infaillible, notamment parce que le café aurait pu être préparé en présence d'Hiromi, et qu'elle aussi aurait pu en mourir.
L'idée est intéressante, mais trop diluée.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.
Madame Bratschi n'a pas aimé ce roman. Cela ne se sent pas du tout à sa lecture. Elle a eu beaucoup de mérite à le lire en entier sans montrer son déplaisir.

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vendredi, 3 janvier 2014

Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger.

Bon rétablissement

L'ouvrage:
Une nuit, Jean-Pierre Fabre, soixante-sept ans, est repêché dans la Seine. À l'hôpital, on soigne ses fractures. Un policier vient le voir afin de tenter d'éclaircir ce qui s'est passé. En effet, Jean-Pierre a tout oublié de cette soirée qu'il finit dans le fleuve. Notre héros profite de ce répit forcé pour se pencher sur sa vie.

Critique:
C'est d'une plume vive, d'un style enlevé que Marie-Sabine Roger nous raconte l'hospitalisation de Jean-Pierre. On s'y croirait: la nourriture fort peu ragoûtante, les infirmières, les odeurs, les visites, les heures des repas, le traintrain quotidien. Elle s'attarde sur la façon gâtifiante dont certains parlent aux malades, et en montre toute la bêtise. Simple sans jamais être simpliste, l'auteur nous conte ce petit récit sans temps morts.

Si la bonne humeur domine (le style de l'auteur, certaines répliques de Jean-Pierre), le narrateur glisse quelques notes plus graves et ô combien réalistes. Il parle de lui-même, et explique pourquoi il a manqué certaines choses dans sa vie. Son hospitalisation fait qu'il découvre la situation de certaines personnes, ce qui le choque quant à ce que la société laisse faire. J'ai apprécié le fait qu'il tente de contribuer, même un peu, à amoindrir les maux qu'il découvre. En outre, son hospitalisation fait que notre héros va rencontrer des gens qui lui feront voir certaines choses sous un autre angle, le feront s'ouvrir aux autres, lui que sa vie ennuyeuse préservait (en quelque sorte) de ces réalités... Parfois, il accorde même un peu trop vite sa confiance, comme on le lui fait remarquer... Il a également des réflexions qui m'ont paru sensées sur la vie, la mort, les réactions de chacun à un événement donné...
J'adore la façon dont il décrit à maintes reprises l'exaspération que lui inspire «la boulotte». Je ressentais la même chose que lui. J'ai adoré la repartie de «la boulotte» concernant «faut que j'ale». Bien sûr, au-delà du rire, on se désole qu'elle parle mal, et ait l'air d'être parachutée dans la vie sans rien en connaître.

À un moment, la belle-soeur de Jean-Pierre vient le voir. Comme elle est croyante, il explique qu'elle ramène tout à Dieu. S'ensuivent les considérations de Jean-Pierre quant à cela. Je suis tout à fait d'accord avec lui.

Ce roman est une petite note d'optimisme: il n'est jamais trop tard pour se désengluer d'une petite vie dans laquelle on s'ennuie, jamais trop tard pour faire confiance à quelqu'un qui le mérite, pour se faire des amis, etc.

Éditeur: le Rouergue.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.
Ce livre fait partie de ceux pour lequel il ne faut pas prendre une intonation trop sobre. Arlette Bratschi le lit exactement comme il faut: avec verve et dynamisme sans jamais trop en faire. D'autre part, elle s'est permis quelque chose qui, à mon avis, est une bonne trouvaille. Lorsqu'Hervé, le frère de Jean-Pierre, vient le voir, il ne parvient pas à prendre congé, et dit plusieurs fois: «Bon ben...». La lectrice a pris le parti d'adopter exactement le même ton à chaque «bon ben...». Je trouve cela judicieux, car cela renforce le comique de la situation.

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vendredi, 4 janvier 2013

La maison du pendu, d'Elisabeth Ferrars.

La maison du pendu

L'ouvrage:
Cette nuit-là, les chiens de Charles n'ont cessé d'aboyer. Inquiets, ses voisins (Valérie et son frère, Edmond), vont voir de quoi il retourne. Ils trouvent Charles pendu dans le salon. La thèse du meurtre n'est pas écartée.

Critique:
Voilà un petit roman parfait pour se détendre. Il est du genre classique, mais a tout de même certaines qualités. Par exemple, il ne traîne pas. Les romans courts peuvent traîner. Ici, l'auteur a le bon sens de ne pas trop faire attendre son lecteur. Elle campe personnages et situations de chacun, procède à quelques interrogatoires, et commence à dévoiler certaines choses.

Il est également intéressant que la révélation ne soit pas uniquement en fin d'ouvrage. Certes, la dernière pièce se met en place au dernier chapitre, mais avant cela, il y a quelques rebondissements qui créeront de petites surprises. À l'instar du policier, le lecteur se doute de certains faits. J'ai ri, car j'ai suivi exactement le même raisonnement que la police...
Je n'avais pas deviné la solution de l'énigme. Je m'étais cantonnée à quelque chose de simpliste: une ficelle très utilisée. De ce fait, l'auteur a su me surprendre. En outre, cette fin n'est pas bâclée et s'accorde au reste de l'histoire.

J'ai été reconnaissante à la romancière de ne pas utiliser certains topoi du genre: par exemple, l'héroïne et un protagoniste quelconque ayant un coup de foudre aussi soudain que non-crédible. Elisabeth Ferrars se contente d'une ébauche qui va bien à l'histoire et au caractère des personnages.

Les protagonistes ne sont pas très détaillés, mais on parviendra facilement à les comprendre et à imaginer leurs motivations. Je suppose que je ne serai pas la seule à être exaspérée par Isabelle. ;-) Elle a certaines circonstances atténuantes, mais je ne les lui ai pas accordées.

Éditeur: Librairie des Champs-Élysées.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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jeudi, 1 novembre 2012

Touche pas à mon système, de Simon Brett.

Touche pas à mon système

L'ouvrage:
Graham Marshall est marié à Mary-Lee depuis quinze ans. Ils ont deux enfants. Le couple n'est pas vraiment fortuné. Mais Graham espère bien obtenir une promotion. Or, un autre est nommé chef du personnel à sa place. Graham se sent floué. De rage, il tue un clochard. C'est après ce meurtre qu'il se dit que ce n'est pas si difficile. Peut-être pourrait-il se débarrasser facilement de ceux qui le gênent...

Critique:
C'est un roman policier classique. L'auteur parvient à le démarquer par plusieurs procédés. D'abord, Simon Brett use d'une plume alerte. Il décrit son héros de telle sorte que le lecteur ne pourra que rire de ce raté. Il garde cette causticité dans la planification de certains meurtres. Il y a, par exemple, une scène cocasse où Graham agite une bouteille pleine de cherry auquel il a mélangé du désherbant en chantant et en riant.
Ensuite, la fin est une réussite. Un peu avant, je me suis demandé comment l'auteur ferait pour qu'elle soit acceptable. En effet, son récit use de ficelles classiques, j'avais peur que la fin soit banale. Elle est bonne. Après en avoir pris connaissance, le lecteur se remémorera la manière dont elle est préparée dans le roman, ce qui fait qu'elle n'est pas incongrue. Certes, je l'avais devinée un peu avant qu'elle ne se dessine, mais je l'ai appréciée, parce qu'elle n'est pas incohérente, ce qui n'était pas forcément aisé.

Le roman est tout de même inégal. Si la fin est cohérente, il y a des choses assez grosses, notamment concernant l'avant-dernier meurtre. Par ailleurs, une fois la découverte de la personnalité de Graham passée, les choses s'essoufflent quelque peu. l'auteur perd de sa verve, faisant, du même coup, perdre de son originalité à son livre qui devient uniquement une série de meurtres suivis d'enquêtes.

Les personnages finissent par s'émousser. Au départ, Graham fait rire tant il est pathétique. Sa femme et sa belle-mère (Liliane) aussi. Mais au bout d'un moment, Graham acquiert de l'assurance, devient suffisant, et profondément exaspérant. Quant à Liliane, ses jérémiades finissent par être lassantes.

Un livre sympathique mais inégal. À lire pour se détendre et ne pas trop réfléchir.

Éditeur: Librairie des Champs-Élysées.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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jeudi, 8 septembre 2011

Quand le diable ricane, de Pierre Salva.

Quand le diable ricane

L'ouvrage:
Sabine et Adrien sont mariés. Ils ne s'entendent plus. Adrien se montre tyrannique et irascible. Par désœuvrement, Sabine se met à le tromper avec Patrice, son jeune secrétaire. Voilà qu'elle finit par se prendre de passion pour son amant. Elle se met à penser que si son mari n'était pas là, elle pourrait vivre avec Patrice. Elle décide de tuer Adrien. Mais au dernier moment, elle renonce. C'est alors qu'on retrouve Adrien mort, là où Sabine projetait de l'assassiner.

Critique:
Ce livre paraîtra vieillot à certains, pourtant, il est terriblement actuel. La femme, le mari, l'amant, le meurtre, tous ces ingrédients sont de ceux dont sont faites les intrigues policières, et malheureusement, tout cela est très vraisemblable. L'auteur a choisi des thèmes qui feront que le lecteur y croira d'autant mieux.
On pourrait dire que ces thèmes sont éculés, mais leur réalisme les réactualise.

L'intrigue est parfois un peu lente, mais la machine est bien ficelée. Le moment vraiment lent est celui où Sabine puis le policier font des suppositions pour savoir qui est le coupable. C'est tout de même intéressant.
Ce roman me rappelle un peu «Sardines à la sauce diable», du même auteur. En effet, dans les deux cas, l'un des personnages est précipité dans une machination où la manipulation psychologique est reine. «Quand le diable ricane» est moins lent, et la machination se double d'un autre élément qui la rend plus complexe et plus intéressante.
La fin est une bonne trouvaille, même si on peut la deviner. En outre, ce genre de fins n'est pas nouveau: d'autres auteur ont déjà exploité cette ficelle. On pourrait dire que c'est une faiblesse du roman, mais cela ne m'a pas trop gênée, car c'était logique.

Les personnages ne sont pas très creusés, mais ils ne paraissent pas trop plats. Sabine est un peu gourde quant à son amour pour Patrice, mais ses réactions et ses espoirs sont compréhensibles: c'est une femme esseulée, dédaignée, tyrannisée... le lecteur comprendra qu'elle se laisse facilement aveugler, et ne voie pas plus loin.
Au cours du roman, Pierre Salva parvient à donner un peu d'épaisseur à certains personnages, comme Marcelle, Bruno, et Patrice.
Il y a un personnage que je n'appréciais pas vraiment depuis le début: mon impression s'est confirmée par la suite.

Éditeur: Librairie des Champs-Élysées.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

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