Les anonymes

L'ouvrage:
L'inspecteur Robert Miller enquête sur des meurtres en série. Des femmes ont été assassinées. Sur chaque corps, le tueur a laissé une étiquette vierge. Il a accroché un ruban autour du cou de chaque victime, et a vaporisé du parfum à la lavande près des cadavres.

Critique:
Voilà un moment que j'hésite à lire cet auteur. Je me méfie des romans policiers dont le nombre de pages est si élevé. La pléthore d'avis positif m'a décidée pour «Les anonymes».

Il est vrai que lorsqu'on a lu le livre en entier, tout prend sens. On comprend pourquoi les mises en scène des meurtres étaient si peu crédibles, pourquoi tout était si balisé. Mais pendant la lecture, cette espèce de parodie de roman policier, utilisant toutes les ficelles éculées qui existent, est assez pénible à lire. Par exemple, le fait que, pendant longtemps, on voie en parallèle l'enquête de Miller et l'histoire de John Robey. C'est une très vieille ficelle, et elle engendre des longueurs. Il y en a beaucoup d'autres.
Tout est fait exprès, et le lecteur le sait. Du coup, je me suis ennuyée pendant une grande partie du livre. La meilleure trouvaille est sans doute celle de l'alibi. On sait parfaitement que John Robey tient à ce que son alibi soit détruit, mais on ne parvient pas à voir pourquoi. C'est comme ça pendant tout le roman.
Si j'ai apprécié la finesse de la raison pour laquelle l'alibi avait été donné, j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. Le lecteur comprend très vite que tout est balisé, et les multiples démonstrations de cela sont assez lentes, et finissent par devenir indigestes.
En outre, il semblerait que l'auteur ait fait du remplissage absolument partout! Par exemple, il y a des longueurs quand la police trouve la scène de crime du meurtre de Catherime Sheridan, il y en a quand Natacha Joyce fait des recherches sur son ancien compagnon, etc. Chaque événement décrit est alourdi de lenteurs. Je pense que le roman aurait eu plus de force et plus de pertinence si l'auteur l'avait réduit de moitié.

À cause des longueurs, j'ai eu énormément de mal à entrer dans le livre, mais autre chose m'a gênée: les personnages. Ils sont plats et froids. Si Miller est pugnace, et souhaite faire au mieux possible, il ne m'a pas convaincue.
Natacha m'était vaguement sympathique, mais (on le sait presque dès le départ), on ne la côtoiera pas longtemps.
Quant à John... bien sûr, il plaira au lecteur, parce qu'il finit par réfléchir, mais je n'ai pas réussi à adhérer à son personnage... peut-être parce que son histoire est diluée, et en plus, parce qu'on ne peut pas vraiment définir sa personnalité avant la fin.
Marilyn et Ariet sont sympathiques, mais un peu casse-pieds aussi. ;-)

Je ne sais pas à quel point l'auteur s'est documenté, et à quel point il a laissé parler son imagination, mais tout ce qu'il dit quant à la CIA est terriblement crédible! La manipulation, la course au pouvoir, l'assurance qu'ils sont les sauveurs du monde, la perversion d'une démarche qui aurait pu sembler bonne...
En effet, la CIA prend prétexte d'un besoin de «nettoyage» afin, disent-ils, de sauver des milliers de gens. Déjà, la théorie est assez présomptueuse: de quel droit la CIA interviendrait-elle pour faire ce qu'elle croit être juste? D'un autre côté, certaines personnes pensent juste de débarrasser le monde de gens malveillants... qui ne voudrait pas remonter le temps pour assassiner Hitler avant qu'il ne prenne le pouvoir? (C'est d'ailleurs le test que fait passer la CIA à ses élus.) Quant à moi, incorrigible optimiste, je me dis qu'il aurait fallu le rencontrer enfant, et tenter de faire de lui quelqu'un de bien. ;-) Enfin, on ne peut pas réécrire l'histoire.
Tout ceci est très intéressant, mais finalement, ce n'est pas si incroyable... je veux dire que je n'ai pas été si étonnée de découvrir tout cela. C'est choquant, c'est horrible, mais pas étonnant.

Outre la question posée par la théorie de la CIA, l'histoire personnelle de John soulève un autre débat, celui du meurtre par amour. Le lecteur est forcé de réfléchir, et est bien en peine de dire ce qui est bien, ce qui est juste, ce qui est acceptable.

Remarque annexe:
À un moment, quelqu'un dit à Miller que la protection des témoins n'est pas aussi blindée qu'on le dit. Bizarrement, je m'en doutais.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Charles Borg. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il est sorti hier, le mercredi 19, en audio.

Je sais que Charles Borg fait du doublage, mais je crois ne l'avoir pas entendu. En tant que lecteur, je l'ai trouvé très naturel. Il a une voix agréable, sa lecture est fluide, son ton est approprié... En outre, il ne tente pas de faire un accent anglophone pour les noms propres, ce qui rend son interprétation plus naturelle.
Je pense avoir deviné pourquoi certains lecteurs (dont lui) laissaient un blanc entre le mot «chapitre» et le numéro du chapitre. Je croyais que c'était une exigence du studio d'enregistrement, mais je pense, en fait, que le comédien n'a prononcé qu'une seule fois le mot «chapitre», ne disant ensuite que les numéros, et que le monteur a accolé le mot à chaque numéro en laissant un blanc.

En général, je n'aime pas trop qu'un livre soit émaillé de musique. Ici, j'ai trouvé que la musique allait bien au roman, et n'était pas trop envahissante.

Acheter « Les anonymes » en audio sur Amazon

Acheter « Les anonymes » sur Amazon