La mort pour la mort

Note: À mesure de ma découverte de l'oeuvre d'Alexandra Marinina, je parviens à classer ses livres chronologiquement. Je peux donc dire que «La mort pour la mort» se passe avant «Ne gênez pas le bourreau», qui se déroule avant «Le styliste».

L'ouvrage:
La famille Krasnikov est victime d'un chantage. On menace de révéler à leur fils qu'il est adopté. Ils prennent les devants, et racontent la vérité à leur fils. Mais le maître chanteur de les lâche pas. Ils finissent par alerter la police.
Anastasia Kamenskaya va finir par être mêlée à cette enquête qui va bien plus loin qu'une simple affaire de chantage.

Critique:
Ça a d'abord été un réel plaisir pour moi de retrouver Nastia. Son personnage me plaît toujours autant. Avec une simplicité désarmante, Nastia montre au lecteur ses forces, ses failles, ses qualités, ses défauts. Elle est incontestablement différente des policiers qui deviennent récurrents sous la plume d'autres écrivains. Comme certains, elle ne vit presque que pour son travail, cependant, elle ne semble pas blasée. C'est justement ce qui fait que sa pugnacité reste intacte. Et puis, elle ne se lamente pas sur son sort, comme d'autres. De plus, les particularités de Nastia la mettent à part. On dirait qu'elle ne fait rien comme tout le monde, et c'est ce qui me fait l'apprécier davantage.
J'ai également aimé retrouver Liocha et les collègues de Nastia.

L'amour que Liocha ressent pour Nastia est assez exceptionnel. L'auteur parvient toujours à montrer cela sans que rien n'ait l'air idiot ou mièvre. On voit toujours Liocha par rapport à Nastia, il semble qu'il ne soit préoccupé que d'elle, et pourtant, il ne m'est jamais venu à l'idée de le considérer comme un crétin.

Quant à l'enquête, je l'ai trouvée moins lente que dans «Ne gênez pas le bourreau». Alexandra Marinina manie très bien la manipulation psychologique, mais aussi le détournement d'indices, aussi bien auprès du lecteur que des personnages.
Ce que révèle l'enquête, en plus d'être sordide, montre encore une fois l'avidité et la stupidité de certains hommes qui ont un peu de pouvoir. L'intrigue est menée, implacable, vers une fin dont certains éléments sont attendus, et d'autres moins. J'avoue ne pas avoir aimé un événement que l'auteur aurait pu éviter, et qu'en plus, j'ai vu venir.
J'ai aimé passer d'une enquête banale à quelque chose de plus important en prenant plusieurs détours. À chaque fois, on a une piste, et on se rend compte qu'elle mène à quelque chose de tout à fait différent.

Le personnage de Vadim est intéressant. Sa psychologie interpellera le lecteur. D'autre part, il est complexe: il engendrera des sentiments assez forts, et contradictoires, au long du roman.

Je n'ai pas trop aimé le schéma que l'auteur nous présente avec Lina et Giulia. D'abord, parce que ce schéma est très cliché. Ça m'a déçu d'Alexandra Marinina. Ensuite parce que Lina est extrêmement agaçante: elle aime Giulia, mais sait que l'autre ne l'aime pas. Elle sait qu'elle traite Giulia comme une fille entretenue, qu'elle se rabaisse en faisant cela, et ça ne semble pas lui poser de problèmes. Ces deux personnages m'ont donc exaspérée.

Dans l'ensemble, j'ai, encore une fois, été ravie de m'immerger dans une intrigue ficelée par Alexandra Marinina. Ses polars semblent classiques, mais il ne faut pas sy tromper: ce sont des trésors de machiavélisme plongeant au coeur de l'âme humaine pour en montrer le moins ragoûtant. Une autre originalité de cette romancière est qu'elle dépeint la vie de son pays, et je suis toujours avide de connaissances détaillées sur d'autres cultures.

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Gérald Bloch pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Gérald Bloch a une voix très agréable, et sa lecture n'est ni monotone ni affectée. Je regrette cependant qu'il parle un peu trop doucement.

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