Lecteur : Blanc Thierry

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mardi, 30 juillet 2019

Les suppliciées du Rhône, de Coline Gatel.

Les suppliciées du Rhône

L'ouvrage:
Lyon, décembre 1897. Le cadavre d'une jeune fille vient d'être retrouvé. Pour découvrir qui a commis ce meurtre, le médecin criminologue Alexandre Lacassagne pratique une autopsie, et tente d'interpréter les indices qu'il trouve. Mais ce corps semble être le premier d'une série. Deux jeunes médecins ayant rejoint son équipe enquêteront, s'aidant de méthodes scientifiques qui commencent à apparaître: prises d'empreintes, profil psychologique du tueur, etc. Ces deux médecins (Félicien Perrier et Bernard Lécuyer) seront secondés par Irina, une journaliste.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Colime Gatel aborde les débuts de la police scientifique: c'est captivant. Par exemple, à un moment, elle montre Félicien vérifiant que ses propres empreintes digitales ne peuvent absolument pas être confondues avec d'autres. Ensuite, nos trois pionniers dressent un profil psychologique du tueur en série qui sévit en cette fin d'année 1897. Ils cherchent également des indices qui les mèneraient sur la piste du coupable.

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. Outre un thriller psychologique bien construit, la romancière plonge son lecteur dans une époque grâce à l'ambiance qu'elle instille parfaitement dans son livre. Que le lecteur côtoie les nones ou les fumeries d'opium, le décor et les faits sont toujours propres à l'immerger dans l'époque. Comme je suis pinailleuse, j'ai relevé une minuscule incohérence à ce sujet. À un moment, Irina dit: «Arrête ton char, Ben Hurr.» Or, si le livre date d'avant l'époque où se déroule «Les suppliciées du Rhône», il semblerait que l'expression soit apparue suite au film.

L'intrigue est bien menée, rien n'est bâclé. J'aurais souhaité qu'une chose tournât autrement, mais le fait que Coline Gatel ait fait différemment de ce que j'aurais préféré n'enlève rien à la solidité du récit. J'aurais aussi aimé en savoir plus sur ce qui arrive après, mais peut-être l'autrice a-t-elle prévu une suite. Dans ce cas, ce serait intéressant, mais il lui serait peut-être difficile de mettre en place un autre thriller psychologique, ou alors, ce qui arriverait serait forcément moins important pour nos héros...

Les trois personnages principaux sont sympathiques. Deux d'entre eux ont une part d'ombre. Il m'a été un peu difficile de faire avec celle qui montre une forme d'intolérance, mais je me dis que c'est une raison de plus pour qu'il y ait une suite dans laquelle le personnage, à force d'expérience, admettrait qu'il a tort. Bien sûr, à l'époque, ce qu'il rejette était rejeté (cela l'est encore aujourd'hui), mais ce n'est pas uniquement ce qui ne m'a pas plu chez lui.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Blanc.
J'avais déjà apprécié le jeu de ce comédien dans deux autres livres audio. Ici, je l'ai trouvé meilleur. Qu'il joue la colère, l'amusement, la contrition, son ton est adéquat. À un moment, un personnage rit de manière à glacer le sang d'un autre. Là encore, Thierry Blanc s'en est sorti sans cabotiner, ce qui, à mon avis, n'est pas facile. J'espère que ce comédien enregistrera beaucoup d'autres livres qui me tenteront.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée. Il est divisé en chapitres constitués de sous-chapitres. Certaines pistes regroupent plusieurs de ces sous-chapitres.

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mardi, 23 juillet 2019

La dernière chasse, de Jean-Christophe Grangé.

La dernière chasse

L'ouvrage:
Le policier Pierre Niémans a mis du temps à se remettre des événements contés dans «Les rivières pourpres». Aujourd'hui, sa coéquipière, Ivana Bogdanovic, et lui forment une unité qui est envoyée en renfort sur des enquêtes. Celle à laquelle ils vont prêter leur concours porte sur le meurtre de Jürgen von Geyersberg, un riche héritier.

Critique:
À mon avis, ce roman ne fait pas partie des meilleurs de Jean-Christophe Grangé. En tout cas, il ne fait pas partie de mes préférés de cet auteur. Je sais que certaines choses propres à ce romancier ne me plaisent pas (meurtres sanglants, personnages qui ont forcément vécu un traumatisme et sont fatalement marginaux), donc je savais, en commençant ce livre, que je trouverais ces thèmes. Ils ne m'ont pas plu, mais en plus, je me suis fait la réflexion que j'avais oublié à quel point Niémans était abîmé. Bien sûr, il y a longtemps que j'ai lu «Les rivières pourpres» (juin 1999), mais je ne me souviens pas qu'il y était question de sa peur des chiens. Il faudrait que je le relise. Maintenant que j'y réfléchis, j'ai le vague souvenir d'une scène où le personnage principal a peur d'un chien, provoquant l'étonnement indigné du propriétaire, car ledit chien est très gentil, et en plus, n'a pas une attitude menaçante envers le personnage. Mais cette scène vient-elle de «Les rivières pourpres»? Elle m'est venue en tête parce que je fouille mon cerveau à la recherche d'un indice venant de ce roman, mais rien ne dit qu'elle en est extraite.

Pendant une grande partie du roman, l'énigme m'a paru plate. Niémans m'était moins sympathique que dans «Les rivières pourpres», Ivana m'indifférait (trop clichée pour moi), la famille du mort m'était antipathique, il me semblait que nos enquêteurs se traînaient... De plus, Niémans fait preuve de violence, ce qui, à mes yeux, n'est que du remplissage. Ça fait qu'il est rappelé à l'ordre, qu'il promet de ne pas recommencer, qu'on tergiverse un peu pour savoir ce qu'on va faire de lui... Enfin, je n'ai pas compris pourquoi Niémans n'avait pas deviné l'identité du tueur de Jürgen au moment où je l'ai trouvée. L'indice était quand même flagrant!

Les chapitres exposant les raisons de la mort de la victime étaient intéressants. Ils montrent (comme le font d'autres romans de cet auteur, mais aussi de Serge Brussolo) la folie et la perversité à grande échelle. J'imagine que malheureusement, ce genre d'horreurs est plausible...

Quant au thème de la chasse, il ne me plaît pas, mais l'écrivain a su l'exploiter au mieux pour servir son intrigue.

J'imagine qu'on retrouvera au moins Ivana dans un futur livre de Jean-Christophe Grangé, parce qu'on ne connaît pas les détails d'un élément de sa vie.

En relisant ma chronique de «Lontano» (roman de cet auteur que j'ai beaucoup aimé) je suis tombée sur une remarque que je voulais écrire concernant «La dernière chasse». Étant donné que mes exemples auraient été les mêmes que ceux utilisés pour ma chronique de «Lontano», je colle cette phrase ici. «Je trouve dommage que l'auteur use abusivement d'anglicismes. Il parle du «feeling» du personnage, celui-ci «check» sa boîte vocale, etc. Pour moi, c'est affecté.»

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Blanc.
Je dois avouer que j'aurais aimé retrouver José Heuzé, qui a enregistré «Les rivières pourpres», que je n'ai pas entendu depuis longtemps (il a enregistré quelques livres pour Audible, mais ils ne me tentent pas), et dont j'aime beaucoup le jeu. Cela ne veut pas dire que je n'ai pas apprécié l'interprétation de Thierry Blanc, comédien que j'avais découvert en lisant «La marque de Windfield». Cette prestation m'a donc plu. Il n'exagère pas lorsqu'un personnage est en colère. Même quand il modifie sa voix pour certains rôles, cela reste naturel. J'ai été déçue qu'il ne prononce pas Niémans comme l'a fait José Heuzé, principalement parce que je préfère la façon de le dire de ce dernier qui, à mon avis, est plus logique. Je ne vois pas pourquoi on aurait envie de le prononcer comme l'a fait Thierry Blanc. (Je ne sais pas comment l'écrire pour transcrire sa manière de le dire... Peut-être Niémannse. En tout cas, quand je l'écris comme ça, ma synthèse vocale le dit comme lui.) J'imagine que cela a été concerté avec l'éditeur, et justement, je trouve dommage que la personne qui s'est penchée là-dessus ait pensé judicieux de prononcer ce nom ainsi.

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jeudi, 31 janvier 2019

La marque de Windfield, de Ken Follett.

La marque de Windfield

L'ouvrage:
Angleterre, collège de Windfield, 1866. Dans les bois près de l'établissement, se trouve un trou d'eau. Ce jour-là, les collégiens n'ont pas le droit de s'y baigner, n'étant pas autorisés à quitter l'école. Micky Miranda, ayant trop chaud, décide de braver l'interdit. Il entraîne son camarade, Edward (appartenant à la riche famille de banquiers Pilaster). Là-bas, ils découvrent que trois autres adolescents (dont Hugh, cousin d'Edward) ont eu la même idée qu'eux. Edward s'amuse alors à jeter les habits de ses camarades dans l'eau, ce qui engendre une bagarre. Hugh parvient à récupérer ses affaires et à s'enfuir avant la fin des hostilités. Par la suite, il apprend que l'un de ses deux compagnons, Peter, s'est noyé. Cela lui semble suspect pour plusieurs raisons, mais à ce moment, il n'a pas le temps de creuser cette histoire, car le même jour, on lui annonce que son père, ruiné, s'est suicidé.

Critique:
Je sais que Ken Follett a touché à plusieurs genres. Par exemple, j'ai adoré les deux premiers tomes de «Les piliers de la terre» qui se passent dans l'Angleterre des années 1120 et plus puis 1320 et plus. Ici, l'époque et les gens sont totalement différents, et le livre m'a beaucoup plu, même si, en bonne pinailleuse, j'ai quelques petites remarques. Commençons par cela: j'ai trouvé dommage que les «méchants» ne soient pas un peu punis au long du livre, notamment deux personnages vraiment horribles dont j'aurais aimé qu'ils reçoivent certaines déconvenues bien avant la fin. On me dira que cela arrive lorsque l'une d'eux n'obtient pas ce qu'elle veut concernant Nora et que, de ce fait, les conséquences ne sont pas celles qu'elle espérait. Certes, mais de toute façon, n'aimant pas Nora, j'aurais préféré qu'elle ne fasse pas partie du paysage. J'ai quand même été contente qu'elle réussisse à damer le pion à la méchante. Quant à l'autre personnage immonde, il obtient toujours ce qu'il veut... du moins, sur une trop grande partie du roman. D'autre part, j'aurais aimé qu'un couple se forme bien plus tôt, et qu'on puisse profiter de scènes où les deux personnages sont heureux ensemble.

Le roman est assez épais (plus de 18h en audio) et pour moi, ne souffre d'aucune longueur. Bien sûr, je pestais lorsque l'auteur passait délibérément d'un moment où des choses importantes allaient être dites à d'autres personnages dont la vie était (à mes yeux) moins intéressante. Je sais que cela est fait exprès, que beaucoup d'auteurs font ainsi, mais certains s'arrangent pour que cela soit un peu moins flagrant. En fait, je pestais surtout quand j'arrivais aux chapitres montrant les «méchants» que je n'aimais pas.
«Allons donc, ils vont encore intriguer, manipuler, empêcher de bonnes choses d'arriver! grognais-je.»
De toute façon, j'ai fini par apprécier ces moments parce qu'ils faisaient avancer l'intrigue. Elle est d'ailleurs très réaliste, il n'y a pas d'incohérences. Chaque personnage est analysé, bien exposé. Quant aux péripéties, elles s'enchaînent avec fluidité et sont toujours crédibles. Entre chaque partie, il s'écoule plusieurs années. Je pensais que ces ellipses m'ennuieraient, mais cela n'a pas été le cas. Pourtant, je n'aime pas du tout les sauts si importants dans le temps. Par exemple, il se passe onze ans entre la fin d'une partie et le début de la suivante. L'auteur a fait en sorte que ces ellipses ne fassent pas ressembler son roman à du gruyère. ;-)
À un moment, je me suis demandé comment l'écrivain allait se débarrasser de certains personnages. J'imaginais que ceux-là finiraient par disparaître. J'avais peur qu'il fasse n'importe quoi, mais non. Pour l'un d'eux, il a trouvé les bonnes circonstances, et ce qui arrive n'est pas du tout incongru. Quant à l'autre, Ken Follett a méticuleusement préparé ce qui finit par advenir.

Après avoir bien craché sur les méchants, je ne peux pas trop dire qui ils sont, sinon, ceux qui n'ont pas lu le roman n'auront pas de surprises. Je vais donc citer quelques «gentils» (mais pas tous). Bien sûr, j'ai apprécié Hugh (le personnage principal) qui, malgré un tempéramment parfois un peu dur, tente toujours de faire au mieux, pense à ceux qui le méritent, et ne tend pas l'autre joue à ceux qui l'ont piétiné. J'ai très vite apprécié Maisie qui s'écarte de la personne vénale qu'elle pensait être. À mesure qu'elle évolue, elle se rend compte qu'elle a une conscience, des sentiments, et elle finit par refuser d'être la garce qu'elle imaginait avoir le droit d'être. L'auteur a fait en sorte que le revirement de Maisie soit crédible. Elle n'a pas du tout l'air d'une midinette au coeur en shamallow. D'ailleurs, elle fait de son mieux, mais accepte une situation qui l'avantage et qu'elle pouvait refuser. Bien sûr, si elle avait agi ainsi, le lecteur n'y aurait pas cru. Le personnage est donc à la fois vraisemblable et sympathique. C'est là toute la force de l'auteur et tout le charme de Maisie.
D'autres personnages m'ont plu, comme Rachel ou Solly... Quant à Emily, elle est un peu naïve au départ, mais fait preuve d'une grande force de caractère, et est attachante. J'ai aussi apprécié qu'un personnage finisse par reconnaître ses erreurs.

J'ai trouvé une petite incongruité: il est un peu étrange qu'une famille sud-américaine ait pour nom Miranda, ce qui fait davantage anglais qu'espagnol...

Un très bon moment de lecture!

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Thierry Blanc.
Je ne connaissais pas du tout ce comédien. J'ai beaucoup apprécié son interprétation. Trouvant toujours le ton adéquat à la fois pour les émotions des personnages et la narration, il évite habilement le surjeu et la monotonie. En outre, il joue les protagonistes féminins d'une manière très naturelle, sans pousser sa voix dans les aiguës. Comme je suis pénible sur un certain sujet, je ne peux m'empêcher de l'évoquer: je n'ai pas aimé qu'il prononce certains noms anglais en prenant un accent. Cependant, il n'en fait pas trop, donc c'est passé. De plus, il fait malheureusement partie de ceux qui croient qu'il faut prononcer «Migouel» pour Miguel afin d'adopter une consonance espagnole...
J'espère que Thierry Blanc enregistrera d'autres livres qui me tenteront.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée. Il est divisé en parties, elles-mêmes divisées en chapitres constitués de sous-chapitres. Certains de ces sous-chapitres sont coupés en deux pistes.

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