Lecteur : Blanc Sibylle

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi, 29 avril 2010

Personne ne le saura, de Mathilda May.

Personne ne le saura

L'ouvrage:
Alice habite à Paris. Elle est seule. Elle n'a pas d'amis. Sa mère lui pourrit la vie. Elle se sent elle-même auprès de ses élèves, ceux à qui elle donne des cours de piano, le mercredi.

Morgane est insatisfaite. Mariée au maire de sa ville, en Bretagne, baignant dans le luxe, elle ne parvient pas à communiquer avec son entourage, alors, elle dissimule. Cette situation la ronge: elle se console en se noyant dans l'alcool qui l'apaise. Elle doit aussi prendre tout un tas de médicaments en tous genre censés l'aider à garder son équilibre.

Ces deux femmes n'ont, a priori, rien à voir l'une avec l'autre. Pourtant, une rencontre fortuite va leur démontrer le contraire.

Critique:
Je ne connaissais Mathilda May qu'en tant qu'actrice, et encore... je ne suis pas trop acteurs, plutôt comédiens de doublage.
Je n'avais pas un très bon a priori sur ce livre. Mes doutes ont été balayés.

Les personnages sont attachants.
Alice a la tristesse joyeuse. Hé oui! Elle est désabusée, blasée, n'attend rien de la vie, se trouve nulle, et exprime tout cela de manière vivante, dynamique, et avec verve. Elle touche le fond, mais quelque part en elle, quelque chose veut s'en tirer. Elle force l'admiration du lecteur par son caractère. Elle joue les aigries, mais ne l'est pas, car elle cherche désespérément à communiquer. C'est cristallisé dans la scène à la fois hilarante et émouvante (le lecteur compatit) où Alice rencontre l'aveugle qui lui demande de l'aider à traverser la rue.

J'aime moins Morgane, mais elle est sympathique et complexe. Elle est minée de l'intérieur, mais cherche également à se sortir de l'engrenage. Après qu'on lui redonne confiance en elle, elle finit par montrer sa volonté.

Quant à Carlos, il est également intéressant: un peu mystérieux, tentant de corriger ses erreurs ou d'en commettre moins. Il est juste un peu gros qu'il ressente aussi bien les gens, et également qu'il devine certaines choses malgré sa cécité. C'est un peu agaçant que les auteurs tentent toujours de montrer les aveugles avec des dons exceptionnels. Bon, ça vaut toujours mieux que de montrer des aveugles boulets. ;-)
Globalement, les personnages ont été blessés par la vie, mais tentent de se relever, ce qui est une belle leçon de courage.

L'intrigue est bien menée, il n'y a aucun temps mort. Il y a même certains passages où on croit surprendre l'auteur en flagrant délit d'indices erronés, alors qu'elle maîtrise très bien son intrigue.
Mathilda May parvient à entremêler savamment le rire et les larmes. Outre la scène que j'ai citée, une autre représente bien cela: celle où Morgane s'arrête dans un bar, et rencontre un alcoolique qui s'assume, et lui balance ses quatre vérités à la figure. Cette scène est à la fois drôle et triste.
L'auteur a un style frais, vigoureux, enlevé.

La fin va très bien avec le reste du roman. Étant donnés le ton et l'ambiance, elle n'aurait pu être autre. Je pense qu'une autre fin aurait gâché le roman. Certains indices ont préparé la résolution de l'énigme. Quant à la toute fin, elle est, elle aussi, annoncée, si on réfléchit bien.
Cependant, il y a quelques incohérences. Je les note ici, car j'aimerais savoir ce qu'en ont pensé ceux qui ont lu le roman. Donc, si vous ne l'avez pas lu, changez de paragraphe.
Au début du roman, Alice a trente-trois ans. Dix ans plus tard, elle a donc quarante-trois ans. Il est un peu étrange que son mari souhaite qu'elle soit enceinte à cet âge-là. Il est d'autant plus étrange qu'elle tombe enceinte de Carlos, et qu'ils n'évoquent pas d'éventuelles complications.
Il est également incohérent que Morgane ait des souvenirs d'enfance. Son inconscient les a peut-être fabriqués, mais c'est un peu gros.

Remarque annexe:
S'il est sympathique de trouver des clins d'oeil à de vieilles séries («Columbo», etc), il aurait peut-être été plus judicieux que Mathilda May mélange références à d'anciennes séries et à des séries plus récentes. Mais peut-être a-t-elle fait cela à dessein. Ou peut-être déteste-t-elle les séries actuelles. ;-)

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sibylle Blanc pour la Bibliothèque Braille Romande.
J'ai déjà dit que Sibylle Blanc était une lectrice talentueuse. Son interprétation de ce roman est remarquable. Elle est toujours très naturelle, et parvient à prendre la voix d'un adolescent qui parle le djeunse, d'un homme saoul, etc. En outre, elle est dynamique et pétillante. Sa façon de lire ne peut que conquérir les auditeurs! J'espère qu'elle enregistrera encore beaucoup de livres!

Acheter « Personne ne le saura » sur Amazon

lundi, 22 mars 2010

Amitiés mortelles, de Ben Elton.

Amitiés mortelles

L'ouvrage:
Londres.
Edward Newson, jeune inspecteur de police, se voit confier une enquête délicate. Des personnes sont retrouvées tuées de manière extrêmement sadiques. Le tueur n'a pas le même modus operendi pour commettre ses meurtres. Les victimes ne semblent avoir aucune connaissance commune. Pourtant, un lien s'établit entre elles... un lien ténu, mais indiscutable.

Critique:
Plusieurs choses font que ce roman policier sort des sentiers battus.
D'abord, le lien qui unit les victimes: tous ces gens sont détestables depuis leur plus jeune âge. Le lecteur se demande plusieurs fois, au cours de la lecture du roman, s'il a vraiment envie que l'assassin soit attrapé. Surtout quand on voit les dégâts psychologiques qu'ont causé ses victimes à leurs victimes. Ça nous fait donc réfléchir sur la notion de justice, et rien n'est manichéen.

Ensuite, ce roman ne se contente pas d'une intrigue policière. C'est un portrait assez féroce d'une certaine société. Les anciens camarades de lycée de Newson et lui-même se retrouvent, et on voit que la plupart sont toujours aussi superficiels. Ils ne seront jamais du même monde que tel ou tel qu'ils méprisaient avant, et qu'ils continuent de mépriser, malgré le vernis des bonnes manières. Christine ne se repent pas vraiment d'avoir été une peste jusqu'au bout; Newson ne se repent pas d'avoir été un crétin; celui qui se repent, on peut, par la suite, douter de sa sincérité, étant donné ce qu'il expliquera à Newson. C'est assez choquant de constater que tous ces gens n'ont pas évolué, qu'ils restent englués dans leur bêtise, dans leur catégorisation de tout et de tous, dans leur égocentrisme. Même Newson, qui semble pourtant sensé, a des réactions assez discutables.

Ensuite, le roman montre bien quels dégâts peut faire l'amour lorsqu'il est donné à la mauvaise personne. Dès que Newson parle à Christine, il se transforme en abruti, fat, et piétine certaines valeurs. Tout ça pour quelqu'un qui en vaut si peu la peine. Bien sûr, cet «amour» qu'il éprouve pour Christine est artificiel, il le sait lui-même.
Natacha aussi fait des choses insensées par amour. Elle s'accroche à une relation qui ne lui convient pas, qui lui apporte, la plupart du temps, de la souffrance. pourtant, c'est quelqu'un d'intelligent, qui a de la jugeote pour tout, sauf pour cela. Les arguments qu'elle avance au cours de ses altercations à ce sujet avec Newson sont assez choquants, car elle reste confinée dans un raisonnement, sans vouloir accepter un autre point de vue. Là encore, on me dira qu'au fond, Natacha savait que cette relation était destructrice. Il est amusant de noter qu'en français, le diminutif qu'emploie le petit ami de Natacha pour s'adresser à elle résume à lui seul tout ce qu'il pense d'elle et comment il la voit, même s'il est épelé différemment des noms communs. Bien sûr, ce n'est pas fait exprès, puisqu'en anglais, ça ne veut pas dire la même chose.
Le personnage d'Helen est intéressant. Il fait passer le lecteur par tout un tas de sentiments: compassion, dégoût, admiration, sympathie, horreur...

Enfin, ce roman contient une assez bonne dose d'humour: comique de situation (par exemple, la scène de baise (il n'y a pas d'autres mots) le jour où Helen se rend chez Newson est à la fois écoeurante et amusante), comique de mots...

Seul hic: j'ai deviné assez rapidement qui était l'assassin.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sibylle Blanc pour la Bibliothèque Braille Romande.
Sibylle Blanc est une lectrice enjouée et dynamique. Elle a très bien su interpréter ce roman, surtout les moments amusants. Elle a quelque peu changé sa voix pour certains personnages, mais elle l'a fait de manière subtile et intelligente. Ça a apporté un plus au roman, car ce n'était pas du cabotinage. On sent qu'elle prend part à ce qu'elle lit, qu'elle y met tout son coeur avec habileté et talent, qu'elle joue à merveille. Bref, bravo!!!

Acheter « Amitiés mortelles » sur Amazon