L'insomnie des étoiles

L'ouvrage:
Seconde guerre mondiale.
Maria est seule à la ferme. Son père est parti au front. Elle l'attend. Il lui écrit. Elle n'a pu lire que les deux premières lettres, après, elle a perdu ses lunettes, et un cheval les a piétinées. Elle garde donc religieusement ces missives, espérant les lire plus tard.
C'est alors que deux hommes débarquent à la ferme.

Critique:
J'ai lu ce livre parce que la quatrième de couverture m'intriguait. Pourtant, je commence à en avoir assez de ces auteurs qui exploitent la seconde guerre mondiale. Ici, je dois avouer que Marc Dugain s'en tire bien. Son intrigue est solide, et son livre est bien écrit. C'est la première chose que j'admire chez cet auteur: son style très agréable et d'une fluidité incroyable. Ensuite, cela va avec une grande capacité à raconter des histoires. On a l'impression d'un conteur. Je suis convaincue que ses livres sont faits pour être dits, et je suis d'autant plus ravie de les écouter. (Je parle de «ses livres», alors que je n'en ai chroniqué qu'un. Il se trouve que j'ai lu «La chambre des officiers» alors que je n'avais pas encore ouvert mon blog. Ensuite, j'ai commencé «Une exécution ordinaire», et j'ai tellement aimé la première partie... que je n'ai pas pu lire la seconde. Ceux qui ont lu le livre sauront pourquoi, je pense. J'ai bien compris ce que l'auteur tentait de faire avec ces deux parties, mais ça n'a pas pris avec moi, et je sais que ce rejet vient de moi, et non d'une faiblesse du livre. Je ne le chroniquerai pas, car j'ai pour principe de ne chroniquer que des livres achevés.)

L'histoire est assez banale. Et pourtant, on la suivra avec intérêt. Je pense que c'est, outre grâce au style, parce que l'auteur ne tente pas de trop en faire. Il nous conte les faits de manière claire, brute, sans verser dans le pathos. Et pourtant, il y aurait de quoi...

De plus, il a su créer un personnage magnétique: Maria. L'auteur sera d'abord forcé d'admirer la ténacité de cette jeune fille qui attend son père en dépit du froid, de la faim, du danger, de la solitude. Ensuite, il est impressionnant de voir qu'elle tient aux lettres de son père au point de s'abaisser, de s'humilier, tout en démontrant qu'elle ne s'abaisse en rien, et en parvenant à humilier son «assaillant».
J'ai eu du mal à croire à ce qui est diagnostiqué quant à elle... il est probable que sa raison ait été ébranlée par tout ce qu'elle a vécu, mais je ne pense pas que ce soit dû à ce que supposent les personnages. Il y en a même un qui garde un certain espoir... En effet, comment ne pas vouloir tout faire pour que Maria s'en sorte?

On ne pourra s'empêcher de s'attacher à Louyre. Certains diront qu'il n'est pas très crédible. Pourquoi y aurait-il un seul personnage aimable, attentionné, civilisé parmi tous les autres? Pourquoi, alors que ses hommes ne pensent qu'à en découdre sans faire de sentiments, est-il différent? Là où les autres ne réfléchissent pas, où ils tentent de tirer avantage de n'importe quelle opportunité sans voir qu'ils ont, en face d'eux, un être qui ressent, il se démarque. C'est un peu gros, certes, mais il faut bien des personnages sympathiques dans un roman. Et puis, là encore, l'auteur n'en fait pas trop. On sent juste que Louyre est avisé, et a des qualités morales.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierre Biner pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je connais peu ce lecteur, mais j'ai beaucoup aimé son interprétation de ce roman. J'ai ressenti une alchimie entre sa voix et ce texte. Il a trouvé le ton parfaitement adéquat pour le lire. Je pense que sa façon de lire apporte un plus à l'ouvrage.

Acheter « L'insomnie des étoiles » sur Amazon