Un employé modèle

L'ouvrage:
Joe Middleton est technicien de surface au commissariat de Christchurch, ville néo-zélandaise. Il suit avec intérêt l'enquête sur un meurtrier en série qu'on a baptisé le boucher. En effet, il doit être sûr que la police n'approche pas de la vérité, à savoir qu'il est le boucher. En outre, un autre problème se pose à lui. Il a un copycat. Il veut le retrouver pour lui faire passer l'envie de mettre son crime sur le dos du boucher.

Critique:
L'idée de départ est originale, mais le pari est risqué. En effet, l'auteur prend le risque de ne pas créer assez de suspense, pas assez de rebondissements. C'est malheureusement ce que j'ai ressenti. Il y a bien sûr de bonnes trouvailles. Par exemple, Joe explique bien au lecteur qu'il n'a rien de tordu, a eu une enfance normale, n'a rien vécu de traumatisant... et les événements nous prouvent le contraire. J'ai trouvé cela finement joué de la part de l'auteur. Le lecteur suit Joe, et si, au début, il est intéressant d'analyser sa psychologie à travers ses dires et ce qu'on apprend de sa vie, cela devient vite lassant. Le lecteur voit rapidement que malgré ce que dit le narrateur, sa mère est sûrement (du moins en partie) la cause de son déséquilibre. Si les scènes entre Joe et sa mère sont éloquentes, elles finissent par être trop nombreuses. Parfois, certains éléments de ces scènes sont cocasses telle l'anecdote de la douche. Cette anecdote est d'ailleurs assez bien placée, car son comique rend d'autant plus surprenante la révélation que Joe fait ensuite. On ne s'attend pas du tout à cela, pris qu'on est par la drôlerie de la situation.

Les rebondissements créés ne m'ont pas vraiment surprise. Tel personnage croit que, tel autre agit ainsi, il se passe ceci ou cela. Rien n'est vraiment surprenant. En outre, il y a des moments où le tout traîne.

Et puis, certaines choses sont très grosses. Par exemple, pour pouvoir s'introduire au commissariat, Joe se fait passer pour un attardé mental. Il est un peu étrange qu'on l'ait cru uniquement parce qu'il jouait bien les crétins, et qu'aucune enquête sur lui n'ait été faite, ne serait-ce que pour savoir s'il dépendait d'un organisme, s'il avait une preuve écrite de son handicap.
D'autre part, l'histoire d'amour arrive comme un cheveu sur la soupe!
Enfin, il est un peu gros que Joe parvienne à entrer ainsi chez tous ces gens, notamment chez un policier. Il explique qu'il sait crocheter les serrures, certes, mais de nos jours, il existe des systèmes un peu plus sophistiqués (des alarmes, par exemple) qu'on se serait attendu à trouver chez davantage de gens.
L'opération chirurgicale par quelqu'un qui n'a pas fini ses études d'infirmière n'est pas très crédible non plus.

J'ai aussi trouvé qu'il y avait trop de descriptions de meurtres. Pour moi, c'est du remplissage qui, en plus, est macabre.

Il est très difficile de plaindre Joe, malgré ce qu'il a subi. Le personnage n'est pas vraiment ambigu, c'est un psychopathe, et on a qu'une envie: qu'il se fasse prendre. Il est d'ailleurs agaçant que les flics soient tous très lents à la détente, que personne ne le soupçonne. J'aurais compris qu'il ait été soupçonné et qu'on ait minutieusement organisé un coup monté pour le piéger, par exemple.

Éditeur: Sonatine.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard pour l'association Valentin Haüy.
Le lecteur ne donne que son prénom en début d'enregistrement.
Il a une voix feutrée, son intonation est sobre. Cependant, il n'est pas monotone. Son ton est adapté au personnage, je pense. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

Acheter « Un employé modèle » sur Amazon