Lecteur : Bean Joyce

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mercredi, 28 mai 2014

Des yeux dans la nuit, de Chevy Stevens.

Des yeux dans la nuit

L'ouvrage:
Nadine Lavoie est psychiatre. Elle travaille dans une clinique. Sa nouvelle patiente, Heather, a tenté de se suicider. À mesure de leurs discussions, la jeune femme évoque une communauté dans laquelle elle a vécu. Nadine s'aperçoit qu'elle connaît ces gens, ayant vécu parmi eux lorsqu'elle était adolescente. Évoquer cette communauté, et surtout son leader, met la psychiatre mal à l'aise. Elle va se plonger dans son passé afin de comprendre d'où lui vient cette gêne qui se transformera vite en mal être.

Critique:
J'ai trouvé sympathique que Nadine soit le personnage principal. Ceux qui ont lu les romans de Chevy Stevens dans l'ordre ne la connaissent qu'en tant que psychiatre. Ici, l'auteur lui donne davantage d'épaisseur: elle construit la personne autour du médecin.

Malheureusement, je n'ai pas autant aimé ce roman que les deux précédents. J'ai trouvé que tout était très lent à se mettre en place. Si dans les autres romans, on ne pouvait pas vraiment prévoir comment tourneraient les choses, ici, on sait très vite que les «énigmes» posées au départ ne trouveront une solution qu'à la fin. D'habitude, quelque chose est résolu, et cela pose une autre question, etc. Ici, j'ai trouvé qu'on se traînait vers la solution. En outre, j'avais deviné beaucoup de choses. Je savais ce que Nadine finirait par se rappeler à propos du «gourou» de la communauté, par exemple, et également ce qui était arrivé à Willow. Bien sûr, on ne peut pas tout trouver, mais après avoir reconstitué la plus grande partie du canevas, je me suis ennuyée à voir Nadine se traîner vers la solution.

J'ai aussi trouvé gros que Heather ait justement fait partie de cette communauté et qu'elle soit le déclencheur des souvenirs de Nadine. Bien sûr, il y avait un terrain favorable. La communauté s'attaquera en priorité à des êtres fragiles, manquant de confiance en eux. Il est donc normal qu'Heather ait atterri dans ses filets. Après, il est peut-être un peu plus discutable qu'elle se retrouve justement en thérapie avec Nadine.

J'ai aussi été gênée que l'héroïne ait à ce point occulté les choses. Là encore, cela peut s'expliquer: certains font cela pour survivre. De plus, la famille de Nadine était un terrain favorable.

Par contre, Chevy Stevens explore bien les relations compliquées entre Nadine et Lisa, sa fille. Il est malheureusement possible que toute avertie qu'elle soit, toute psychiatre qu'elle soit, l'héroïne ait manqué les signaux envoyés par sa fille. Ça peut paraître gros, mais ça ne l'est pas, car il est souvent difficile d'être objectif lorsqu'on est impliqué.

L'auteur expose également très bien la manière perverse dont des gens comme Aaron Quinn s'y prennent pour circonvenir ses proies. Il est facile d'avoir peur de Joseph, le frère d'Aaron, qui est une brute assoiffée de violence. Mais Aaron fait semblant d'apaiser, attire avec de belles paroles et de la fausse douceur, entraîne les gens fragiles à se perdre, à douter d'eux-mêmes, à s'en remettre totalement à lui en pensant qu'ils font ce qu'il faut. Chevy Stevens n'exagère absolument pas lorsqu'elle expose cette redoutable et terrifiante méthode de manipulation.

J'ai conscience d'être sévère avec ce roman. Je pense que c'est parce que je n'ai pas pu m'empêcher de le comparer aux deux autres thrillers de Chevy Stevens que j'ai adorés.

Éditeur français: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.

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vendredi, 30 décembre 2011

Abandoned, de Cody McFadyen.

Abandoned

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Le grand jour est arrivé: Callie se marie. Tout est parfait. Mais pendant la fête, une voiture débarque à vive allure. On en expulse quelqu'un devant les convives, et le véhicule repart tout aussi vite. La femme, jetée tel un paquet, c'est Heather Hollister, disparue depuis huit ans. Elle est vivante.

Critique:
Encore une fois, Cody McFadyen décrit des actes affreux, commis par quelqu'un qui va jusqu'au bout du mal. Ce tome 4 m'a fait ressentir une autre sorte de peur. En effet, si les «malades» des autres tomes étaient effrayants, au moins, on pouvait se dire qu'ils étaient fous. Cela se voyait. Ici, le coupable semble tout à fait conscient de tout ce qu'il fait, et du mal que cela cause. Il n'est pas forcément fou, mais il n'a aucune conscience. Il a été élevé avec l'idée qu'il faut broyer avant de l'être, qu'il faut annihiler la volonté afin de triompher, que pour gagner sa vie, il faut semer terreur et chaos. On me dira que c'est une sorte de folie. Peut-être, mais elle est froide, réfléchie, très proche de la raison... Le coupable a un raisonnement fou, peut-être, mais il a l'air plus averti que malade.

L'auteur parsème le début de son récit de retours en arrière qui ne sont pas très gênants parce qu'ils ne durent pas, mais aussi parce qu'ils aident à comprendre la psychologie du coupable. On n'a pas seulement le profil que finit par établir l'équipe de Smoky, et c'est bien plus intéressant. On cerne mieux, et de manière moins artificielle, la personnalité du coupable et de son père. J'ai d'ailleurs trouvé le père fort moralement. Après ce qui lui est arrivé, il aurait pu être pire que ça...
Ces retours en arrière montrent aussi qu'ils sont liés au présent. Comme c'est logique, l'auteur ne fait pas patienter son lecteur trop longtemps avant de lui montrer le lien.

À côté de cela, il y a d'autres personnages qui semblent vraiment fous. Par exemple, Douglas. À un moment, Smoky lui dit qu'il est une caricature. Ce n'est pas faux. Tant d'égoïsme, de bêtise, de refus de se remettre en question en une seule personne, c'est fort! Malheureusement, des gens comme ça existent... Toutes les raisons qu'il donne pour qu'on excuse ses actes sont terrifiantes. Comment peut-il envisager d'être excusé! J'avoue qu'à l'instar de Smoky, j'ai été contente qu'il soit maltraité, en prison.

Certains personnages sont confrontés à des choses terribles, surtout Smoky, ce qui la pousse assez loin... À ce sujet, on comprend qu'ils franchissent une étape lorsqu'Allan explique qu'il y a cinq ans, il aurait fait un rapport sur la conduite agressive (quasi non-professionnelle) de Smoky envers Douglas, mais là, il s'en fiche, parce que son aversion pour Douglas prend le dessus. C'est là qu'il comprend qu'il est peut-être temps pour lui de prendre sa retraite, qu'il a peut-être vu trop d'horreurs, qu'il doit partir avant de ne plus pouvoir profiter de la vie.
À l'inverse, Smoky semble tenir plus que jamais à son travail. À travers ce qu'en dit Tommy et la façon d'être de la jeune femme, il semble que son travail prenne de plus en plus de place, qu'elle puisse de moins en moins s'en passer, comme d'une drogue. Outre que c'est un peu effrayant, je trouve réducteur pour une personne d'être à ce point prise par son travail. C'est bien plus agréable de faire un travail qu'on aime, mais je trouve dommage de n'être plus rien sans son travail. Smoky n'a pas tant de centres d'intérêt que ça. Elle est intelligente, mais on dirait qu'elle n'est vraiment à l'aise que dans son travail ou que parce qu'il lui prend presque tout son temps.

Dans ce tome, Bonnie a treize ans, et elle se cherche. Au départ, elle a réussi à être positive. Après ce qu'elle avait vécu, ce n'était pas forcément aisé. Ici, elle flirte avec le côté sombre qu'elle a côtoyé. Bien sûr, elle fait cela pour tenter de comprendre, et même s'il était nécessaire que Smoky agisse comme elle l'a fait, on peut comprendre (sans excuser) ce qu'a ressenti la jeune adolescente. Même si c'est dérangeant, il est logique que Bonnie ait eu ce genre d'idées. L'auteur a su lui donner davantage d'épaisseur. Je ne sais pas s'il y aura un tome 5 (le tome 4 date de 2009), mais il serait intéressant de voir comment évoluerait Bonnie. Comme je pense qu'au final, elle ferait les bons choix, cela serait une note d'espoir.

L'interrogatoire final m'a paru un peu long. Surtout que Smoky pose certaines questions dont les réponses sont logiques. Par exemple: pourquoi les victimes sont gardées en vie jusqu'à un certain moment. Il ne faut pas être agent du FBI pour deviner la réponse.
En outre, là encore, le coupable est démasqué parce qu'il le veut bien. Il explique que c'est pour pouvoir tout contrôler, et que s'il s'était contenté de s'enfuir sans se manifester, le hasard aurait fait qu'on l'aurait trouvé. Je trouve cet argument très léger. Cela rend l'ensemble bancal, pour moi.

Pour ce qui suit, je suis obligée de dévoiler un pan de l'intrigue. Ce n'est pas une chose qui va gâcher la lecture, mais c'est à propos de Smoky. Si vous ne voulez pas savoir, passez au paragraphe suivant.
L'auteur tombe dans le politiquement correct, ce que je trouve assez indigne et même hypocrite de sa part. Il nous dévoile les pires déviances de ce monde, et... Smoky est enceinte. La doctoresse qu'elle va voir lui explique qu'à son âge, il y a plus de dangers que son enfant soit atteint du syndrome de Down, et qu'on va surveiller cela. Et quand Smoky s'alarme, elle lui dit que de toute façon, ce qui comptera, au final, c'est le bébé, qu'il ait ce syndrome ou pas. Elle illustre ce propos pompeux par une question idiote: Smoky aurait-elle moins aimé sa première fille si elle avait eu ce syndrome. Et Smoky, sotte, répond en minaudant: bien sûr que non. Je trouve cet argument malvenu. En effet, si Alexa avait eu le syndrome de Down, elle n'aurait pas été la Alexa qu'a connue Smoky. Ensuite, notre héroïne affirme que la doctoresse a raison, que ce qui compte, c'est qu'elle veut cet enfant, et voilà. Mis à part qu'elle fait pleurer dans les chaumières, je trouve cette affirmation très légère. Avant d'avoir un enfant, il faut sérieusement se demander si on est capable de l'aimer sans restrictions, et d'accepter un handicap. Sachant que tous les handicaps n'ont pas les mêmes «inconvénients», le parent doit se demander ce qu'il est prêt à accepter. Il faut aussi penser à l'enfant. Il aura besoin de davantage d'attention et de soins qu'un enfant sans handicap. Smoky qui travaille vingt heures par jour (j'exagère, mais si peu), serait-elle capable de ralentir, voire d'arrêter de travailler pour se consacrer à son enfant? Bien sûr, Tommy l'aiderait, mais cela ne suffirait pas. Il faut aussi penser à l'après. Que deviendra l'enfant, s'il ne peut pas s'assumer une fois que ses parents auront disparu?
Je peux paraître très dure, mais je pense qu'il faut se poser ce genre de questions. Smoky étant posée et pondérée, je m'étonne qu'elle ait réagi comme une midinette, sans même réfléchir aux conséquences que cela pourrait entraîner. Cela ne va pas à son personnage. Soit, c'est politiquement correct... et cela me déçoit. J'aurais compris cela de la part de Danielle Steel, mais pas de celle de Cody McFadyen.

Attention! Passez aux renseignements sur la version audio si vous n'avez pas lu le livre.
Il n'est pas très crédible qu'on ait pris la coupable pour un homme tout au long du livre. L'auteur essaie de s'en sortir en expliquant que sa voix devient plus grave quand elle joue les hommes, etc. Mais il est impossible de masculiniser une voix féminine. Une femme peut avoir une voix très grave, on pourra toujours deviner (même si on peut hésiter), qu'elle est une femme. Il aurait été facile pour l'auteur de rendre cela crédible. Élevée comme un garçon, se sentant homme, la femme aurait pu prendre des hormones ce qui aurait modifié sa voix es sa pilosité, etc.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.

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jeudi, 29 décembre 2011

The darker side, de Cody McFadyen.

The darker side

Note: À ma connaissance, ce roman n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Lisa Reed est morte. C'est la fille d'un homme important. C'est le FBI, et plus spécifiquement l'équipe de Smoky Barrett, qui devra enquêter. Lisa avait une spécificité: elle est né homme. À peine Smoky a-t-elle le temps de commencer l'enquête qu'une autre femme est retrouvée assassinée. Il semblerait que la même personne soit à l'origine des deux meurtres... et que ce ne soit pas les seuls à son actif.

Critique:
J'ai trouvé ce roman moins lugubre que les deux précédents, bien qu'il décrive un comportement contre nature, et expose de manière très fouillée la psychologie de quelqu'un de très malade. Il est intéressant de voir ce qui a créé cette psychologie, cette assurance de soi. C'est le fait d'être élevé avec des paramètres donnés, et aussi d'avoir un caractère faible. En effet, Cody McFadyen décrit ici une déviance: le fanatisme. Le meurtrier es! persuadé d'agir au nom et sous la protection de Dieu. Il a passé sa vie à penser servir Dieu, alors qu'en fait, il donnait des raisons à son cerveau malade d'agir, il se justifiait, se dédouanait pour les atrocités qu'il commettait.

Autre chose est terrifiant aussi bien dans ce tome que dans les deux précédents: les coupables sont démasqués parce qu'ils le veulent bien. Le FBI ne fait que suivre les pistes obligeamment fournies par les coupables eux-mêmes. Les agents sont, en quelque sorte, les pantins des coupables. Outre que c'est effrayant, cela les rend quelque peu ridicules.

J'ai aimé en apprendre davantage sur Smoky, voir sa vie évoluer, lire des scènes familiales entre elle et Bonnie. Ce contraste entre une enquête terrifiante et la vie de tous les jours, c'est le lot de ceux qui font ce métier. Il peut paraître étrange, et pourtant, non.
À un moment, Smoky découvre qu'elle n'a jamais vraiment eu à punir Bonnie, que l'enfant n'a jamais transgressé les règles. Il est assez effrayant et émouvant de voir pourquoi la fillette a fini par les transgresser, et la punition qu'est obligée de lui infliger Smoky a l'air un peu ridicule, même si elle est justifiée et méritée.
J'ai quand même été un peu déçue que l'histoire ne commence pas justement par une scène de la vie des personnages principaux, mais par l'enquête. Et pourtant, c'est plutôt un point positif, car cela brise la routine, les tomes 1 et 2 commençant par nous montrer la vie des personnages avant d'attaquer l'enquête.

Le roman est traversé de personnages qui attendriront d'abord parce qu'ils ont vécu des choses traumatisantes, et ensuite parce qu'ils ont été victimes, alors qu'ils ne méritaient que compassion... excepté pour Valérie. Certains me trouveront peut-être cruelle, mais je pense que Valérie a mérité son sort. Je n'ai pas pu m'apitoyer une seconde sur elle. J'ai aussi frémi lorsque Smoky explique que ce genre de choses arrive: un enfant élevé dans l'amour, à qui on enseigne des valeurs de vie peut être, sans raison apparente, perturbé...

Les personnages principaux sont égaux à eux-mêmes, sauf que la carapace de James se fissure quelque peu, ce que j'attendais depuis le début. Cela me l'a rendu un peu plus sympathique.

Il me semble que ce volume contient moins de lenteurs que les deux précédents. Je n'ai pas d'exemples, d'ailleurs. Il doit y en avoir quelques-unes, mais elles ne m'ont pas sauté... aux oreilles.
Idem pour les incohérences: je n'en ai pas relevé ici. J'aurais pu pinailler en disant qu'il est étrange qu'on ait pu s'introduire chez Valérie impunément, mais c'est en partie expliqué.
Si j'ai trouvé les profils simples à deviner dans les tomes précédents, ici, c'était plus creusé. N'importe qui ne pouvait pas forcément y penser.

J'ai aimé ce que fait Callie à la fin. Cela tord le cou aux clichés.
J'ai aussi apprécié ce qu'a fait Kirby à la toute fin. Comment la blâmer?
Je suis assez d'accord avec Smoky en ce qui concerne Dieu.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.
Joyce Bean est un peu moins maniérée quand elle fait les voix masculines, mais ce n'est pas encore ça... disons que c'est un peu plus supportable. Le reste de sa prestation est bon.

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mardi, 27 décembre 2011

La mort en face, de Cody McFadyen.

La mort en face

L'ouvrage:
Smoky est en vacances. Ce samedi-là, elle prend son courage à deux mains, et convie Callie et Elaina chez elle afin de vider la chambre d'Alexa, et d'enlever les vêtements de Matt de son armoire.
C'est alors qu'elle accomplit cet acte difficile, mais nécessaire, qu'Allan, l'un de ses équipiers, lui téléphone. Une famille a été assassinée. La seule personne qui reste dans la maison (la meurtrière ou une survivante épargnée?), est présentement en train de pointer un fusil vers sa tête. Elle se suicidera si elle ne peut pas parler à Smoky Barrett, et seulement à elle.

Critique:
Une fois encore, Cody McFadyen plonge son lecteur dans l'horreur absolue, la terreur à l'état pure. Il décrit des choses qui vont au-delà des mots, des actes qui sont au-dessus du pire. Et pourtant... tout ce qu'il dit est si réaliste! Malheureusement, ce qu'il nous conte sans complaisance est on ne peut plus vraisemblable. Il est évident que ce genre de choses existe. Lire Cody McFadyen, c'est ne plus pouvoir ignorer ces atrocités. Car même si on se doute que ces choses arrivent, l'auteur fait en sorte qu'on ne l'oublie pas, qu'on en soit marqué au fer rouge, et qu'on soit écoeuré jusqu'au plus profond de soi quant à la barbarie humaine.

Le mécanisme de la victime qui devient bourreau est malheureusement reconnu. D'ailleurs, après ce qu'a vécu le personnage, ici, comment ne pas devenir bourreau? Soit on s'écroule, soit on est mené par la vengeance, et on tient debout parce qu'on souhaite faire payer la ruine qu'est sa vie. C'est d'autant plus compliqué qu'on ne pourra éprouver que de très forts sentiments pour le bourreau qui fut victime. On souhaiterait avoir pu l'aider, alors qu'il était victime, on ne pourra qu'admirer sa force de caractère, etc. Mais on ne pourra lui accorder aucune circonstance atténuante ensuite. Surtout que, comme la plupart des vengeurs, il se venge sur les mauvaises personnes. Cela fait d'ailleurs perdre un peu de force au roman. J'imaginais qu'il aurait au moins ourdi un plan machiavélique pour faire payer ceux qui le méritaient. Bien sûr, certains ont vraiment payé, mais les autres... Il se trouve de bonnes raisons (qui montrent bien qu'il a basculé dans la démence), expliquant qu'il fait bien payer les bonnes personnes...
Bref, la psychologie du psychopathe est très bien étudiée.

Malgré cela, j'ai été un peu déçue par la façon dont les agents dressent son profil, au début. En effet, leurs dires ne m'ont pas apporté de grandes révélations. Tout ce qu'ils disaient était évident pour moi. Du coup, je me suis demandé si l'auteur n'utilisait pas des sabots un peu gros... ou si c'était moi qui commençais à très bien comprendre les psychopathes, ce qui ferait froid dans le dos.

Il y a d'autres lenteurs (le profilage en étant une, à mes yeux). D'abord, Sarah explique qu'elle a tout écrit, et veut qu'on lise son journal. Entre ce moment et celui où Smoky le commence, il se passe des choses qui ne sont pas assez palpitantes pour m'avoir vraiment détournée du journal. On voit bien que c'est du remplissage, de façon à retarder la lecture des faits.
Ensuite, il est un peu étrange que Sarah raconte tout en détails, et à la troisième personne du singulier. Elle s'explique longuement à ce sujet, et si ses raisons sont valables, j'ai trouvé que là aussi, c'était une manière de retarder les choses. Surtout qu'il y a une partie dont James dévoile les grandes lignes avant que Smoky ne la lise, ce qui fait que le lecteur sait déjà ce qui va se passer chez Ned et Désirée. Je trouve cela maladroit.

Il y a aussi une très grosse ficelle que je trouve d'ailleurs indigne d'un auteur comme Cody McFadyen. On se doute qu'un auteur sans vraies ressources l'utilisera, mais lui... C'est celle qui consiste à retarder la révélation d'une trouvaille par de très gros procédés. Smoky a deviné une pièce du puzzle, le dit à son équipe, mais pas au lecteur. Elle le dit à d'autres, et toujours pas au lecteur, etc. Concernant l'une des révélations, j'ai bien ri, parce que quand j'ai fini par la savoir, j'ai dit: «Ah, c'est ça! Ça fait plusieurs chapitres que je l'ai trouvé!»

À côté de cela, il y a un pan du récit sur lequel j'aurais aimé que Sarah s'attarde: ce qui arrive à Karen Watson. Elle l'explique, mais j'aurais aimé plus de détails.

Pour moi, c'est une bonne chose que le livre ne commence pas directement avec le meurtre. On prend le temps de voir les personnages principaux auxquels on s'est attaché dans le tome 1. Et puis, on les voit dans leur quotidien, un peu comme le calme avant la tempête.

Le lecteur obtient certaines révélations au long du roman. C'est-à-dire que l'auteur ne le fait pas attendre jusqu'à la fin pour lui donner la solution de l'énigme. Il y a plusieurs faits, plusieurs énigmes, plusieurs choses d'importance qu'on apprend pendant le roman. C'est bien, cela rend le tout moins linéaire.

L'auteur laisse entrevoir certaines notes d'espoir.
Les agents, voyant des horreurs au quotidien, parviennent à trouver des moments de répit en plaisantant ou en se réunissant autour d'un dîner.
En outre, il laisse entrevoir une possibilité de changement quant au mécanisme. Peut-être qu'une personne ne sombrera pas dans les eaux noires... D'ailleurs, les personnages de Cody McFadyen sont tous extrêmes. Ils ont vécu des choses extrêmes, et en deviennent soit très bons (Bonnie, Teresa), soit exceptionnellement mauvais.
Il y a aussi des personnages qui sont, en eux-mêmes, des bouffées d'optimisme. Ici, c'est Kirby Mitchell. Elle a compris qu'il fallait tirer le meilleur parti de la vie, alors, elle vit à cent à l'heure, est fraîche, alerte, caustique... et toujours à l'affût du danger.

J'aime beaucoup Bonnie. Elle fait partie de ces rayons d'espoir. Comme le dit Smoky, elle est très sage. Ce qu'elle a vécu, mais aussi l'amour qu'elle a reçu et reçoit encore, tout cela fait qu'elle sait se construire, sait où est l'essentiel, Elle sait rendre l'amour qu'elle reçoit, mais aussi rendre la haine. Pour moi, c'est une enfant très avisée.

Je ne me fais toujours pas à Elaina. Je ne l'aime pas. Je n'arrive pas à la trouver vraie. On dirait qu'elle n'est pas vraiment altruiste. Elle aide les gens par égoïsme ou pour en mettre plein la vue. Je sais que ma perception est fausse, mais je n'arrive pas à la voir autrement. Je la trouve à la fois inconsistante et exaspérante.

Attention! Passez aux informations sur la version audio si vous n'avez pas lu le livre:
Là encore, l'auteur crée une incohérence. On ne sait pas comment «l'étranger» entre dans les maisons des gens. L'auteur n'effleure pas du tout cet aspect de la question. Je sais qu'une serrure, ça se crochette, mais il est gros que les personnes visées n'aient rien remarqué (surtout, rien entendu) avant qu'il ne soit trop tard. C'est d'autant plus gros lorsqu'il s'agit de Cathy Jones qui, après l'agression, a acheté une alarme dernier cri, alors que vu son métier, c'est avant qu'elle aurait dû le faire.

D'autre part, j'aime bien l'idée comme quoi il faut chercher ce qu'on ne voit pas. C'est comme ça qu'ils découvrent que Gibbs est «l'étranger». Seulement, pourquoi Gibbs aurait-il dû être dans le carnet d'adresses de Cabrera? Pourquoi aurait-il forcément dû être l'avocat de Cabrera? Je ne pense pas que Cabrera le cite comme étant son avocat. Le raisonnement est sûrement le suivant: il n'y a aucune adresse d'avocat, donc l'adresse de l'avocat de Cabrera n'y est pas; le seul avocat que nous avons croisé, dans notre affaire, c'est Gibbs, donc Gibbs est le coupable. Si c'est ça, c'est un peu gros.

Éditeur français: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.
Si Joyce Bean a une voix agréable, j'ai détesté l'horrible modification qu'elle lui apporte pour faire les personnages masculins! On dirait un robot enroué. À chaque fois qu'elle faisait un homme, j'avais envie de lui dire de se racler la gorge, et de couper l'appareil qui rendait sa voix synthétique. Outre que c'est affreux, ça gâche le roman. Il y a des moments où je l'ai reposé, tant ces singeries m'agaçaient! Le pire, c'est que la lectrice pense sûrement bien faire. La lectrice qui a enregistré le tome 1 a fait cela bien mieux. Malheureusement, c'est Joyce Bean qui lit les tomes 3 et 4.

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lundi, 27 avril 2009

L'affaire Lexie, de Karen Robards.

L'affaire Lexie

L'ouvrage:
Un soir, Sarah Mason se rend au petit magasin du coin pour acheter de la nourriture pour chien. C'est alors que le magasin est attaqué par deux individus armés. Une femme est tuée, et Sarah arrive à s'enfuir, sauvant une enfant d'environ neuf ans qui se trouvait là. C'est juste en dehors du magasin que Sarah se fait tirer dessus.

Plus tard, lorsqu'elle raconte sa version des faits à Jake, son meilleur ami, qui est également détective privé, celui-ci est perplexe, car on n'a trouvé aucune trace de l'enfant. Sarah semble être la seule à l'avoir vue. Jake ne peut s'empêcher de penser que son amie affabule, qu'elle a cru voir une enfant, d'autant plus que sept ans plus tôt, Lexie, la fille de Sarah, a disparu, alors qu'elle avait cinq ans, et qu'on ne l'a pas retrouvée.

La nuit suivante, Sarah reçoit un appel à son domicile: Lexie, affolée, lui dit qu'elle veut rentrer à la maison. C'est la voix de Lexie telle que la connaissait la jeune femme avant qu'elle disparaisse! Sauf qu'aujourd'hui, Lexie devrait avoir douze ans, et sa voix aurait forcément changé.

Critique:
Le résumé donne à penser à un bon thriller au suspense haletant, et aux multiples rebondissements. En fait, c'est un polar gentillet.

D'abord, on devine beaucoup de choses. Un lecteur aguerri saura tout de suite comment il est possible que la Lexie de cinq ans téléphone à sa mère. Je me suis d'ailleurs dit que Jake était légèrement stupide de ne pas y avoir pensé.On devine également pourquoi Lexie a été enlevée.
Au début, on devine également pourquoi on ne retrouve pas la fillette que Sarah a sauvée. Heureusement, Karen Robards ne se sert pas longtemps de cette ficelle.
Il y a certains éléments que je n'ai pas trouvés, mais ce sont des éléments secondaires. Le suspense est un peu relancé grâce à ces éléments, mais ils ne parviennent pas à faire de ce livre une réussite.

Quelques rebondissements relancent l'attention du lecteur pendant quelque temps... Par exemple, le mot codé écrit sur la voiture de Sarah. (D'ailleurs, ici, Karen Robards a inventé un rebondissement dont elle n'a pu donner l'explication par la suite. On ne sait pas comment les ravisseurs de Lexie ont pu apprendre cela. On se doute que l'enfant esseulée et désespérée a pu craquer, mais justement, ça, elle l'aurait gardé pour elle... L'explication de cela n'est pas donnée, ou alors, je l'ai manquée.)
La découverte de certains faits par l'intermédiaire d'un personnage auquel on ne pensait absolument pas est une bonne trouvaille quoiqu'un peu facile.La résolution de l'énigme est également une bonne trouvaille, car le lecteur ne soupçonne pas quelque chose de ce genre.

Le livre souffre de beaucoup de longueurs. L'une d'elles s'explique: les hésitations de Sarah quant à son histoire d'amour. On comprend qu'elle se sente coupable de ressentir des émotions positives alors qu'elle ne sait pas où est sa fille, et ce qui lui est arrivé. Elle l'explique d'ailleurs très bien. Mais le reste est assez poussif.

Attention, si vous n'avez pas lu le livre, reprenez au paragraphe suivant, car je vais dévoiler une partie de la fin.
Karen Robards se montre assez légère et désinvolte avec un aspect du problème. A la fin, Sarah a peur de revoir Lexie alors que sept ans ont passé, elle se demande si elle va la reconnaître, etc. C'est normal. Seulement, elle n'évoque à aucun moment le traumatisme qu'a subi l'enfant. Ce qu'a vécu Lexie est tout de même assez affreux pour que sa mère, qui prétend l'aimer, se demande comment elle va faire pour le lui faire oublier, pour qu'elle envisage d'en parler avec elle, de lui faire rencontrer un psychologue, etc. Non seulement, Lexie était très jeune lorsque cela a commencé, mais en plus, la durée des sévices a été extrêmement longue: plus longue que la période faste de la vie de l'enfant. Les retrouvailles de la mère et de la fille sont un peu bâclées. On dirait que l'auteur les a ajoutées avec indifférence et à la va-vite.

Note 1: J'ai lu ce livre en anglais, et je trouve que le titre français est trop froid. Il me semble qu'une traduction exacte du titre original («Vanished» par «Disparue») aurait été plus appropriée, et aurait été une meilleure accroche.

Note 2: Une question me torture: comment le traducteur français a-t-il traduit le prénom du chien? Douceur? C'est la seule traduction à laquelle j'aboutis après avoir trituré mon cerveau.

Éditeur français: J'ai Lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Joyce Bean pour les éditions Brilliance audio.
La lectrice met le ton approprié, et ne parle pas trop vite, ce qui est une très bonne chose pour moi, car je reprends à peine la lecture en anglais. Cependant, je trouve qu'elle n'aurait pas dû prendre une voix si horrible pour faire les hommes. Pourquoi certaines lectrices mettent-elles un point d'honneur à prendre des voix détestables pour jouer (ce qui fait que ça devient du «surjeu», car ce n'est absolument pas naturel) les rôles masculins?!!!

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