Lecteur : Barron Mia

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lundi, 15 janvier 2018

On Turpentine Lane, d'Elinor Lipman.

On Turpentine Lane

L'ouvrage:
Faith Frankel achète la maison du 10 Turpentine Lane. Elle en parle à son petit ami, Stuart, mais celui-ci, parti faire une sorte de voyage spirituel, ne semble pas s'en préoccuper. D'une manière générale, la vie de Faith ne l'intéresse pas.
Le père de la jeune femme s'installe dans un studio, poussé par son envie de peindre.
Beaucoup de choses changent dans la vie de notre héroïne...

Critique:
Voilà un livre léger qui m'a plu. On peut écrire du divertissant et faire quelque chose de drôle (sans lourdeur) et de construit. C'est, à mon avis, ce qu'a fait Elinor Lipman. Certaines choses sont prévisibles, mais bien préparées et amenées. Par exemple, le lecteur (à l'instar de Joël, le frère de Faith) sait très vite qui partagera la vie de la jeune femme. Il aurait même été dommage que cela n'arrive pas. D'ailleurs, j'ai aimé que cela se produise bien avant la fin du roman. Comme je pinaille, j'ai trouvé que le dernier événement du livre était peut-être un peu trop rapide, mais c'était quand même sympathique.

Certains personnages pourraient paraître caricaturaux, comme Stuart. Ce pauvre garçon confit dans son égoïsme, mais pas méchant, fait plutôt rire. Il lui a fallu marcher sur les routes pour apprendre qu'il n'était pas aisé de vivre sans un sou en poche. Il a aussi découvert qu'il était très difficile d'écrire un livre (il écrit ses souvenirs de voyage) sur un Iphone. Cette remarque a provoqué mon hilarité, parce que j'imaginais Stuart tentant de taper frénétiquement ses brillantes considérations à propos de telle ou telle chose sur son téléphone.

La mère de Faith ne peut pas s'empêcher de se mêler de tout, entraînant sa famille à sa suite. Quand c'est elle que le destin frappe, elle est égale à elle-même: femme d'action qui suivra davantage sa colère que l'abattement. Elle est un peu pénible, mais sa manière d'affronter les aléas de la vie (parfois un peu brutale) m'a plu. Sa décision finale déroute Faith, mais elle va bien à cette femme au caractère bien trempé.

Quant au père de la narratrice, il est le seul ont je ne parvenais pas à prévoir le prochain mouvement. Il a un comportement versatile qui devrait lui attirer des soupirs d'exaspération. Cela m'a plutôt fait rire tout en éveillant quelque peu ma compassion. C'est lui qui sème la zizanie, et il se retrouve le dindon de la farce. Bien sûr, j'ai désapprouvé sa conduite, mais je n'ai pu m'empêcher de le plaindre. En outre, à part sa «crise», il reste sympathique.

Cette comédie familiale se complique lorsque l'héroïne trouve d'étranges photos dans son grenier, ce qui la pousse à se demander si un crime n'aurait pas été commis par l'ancienne propriétaire de sa demeure. Malgré la gravité de cette découverte et de certains autres faits inhérents à la maison, Elinor Lipman ne se départit pas de sa plume alerte et caustique. Par exemple, la scène où Anna réintègre son ancien domicile est quelque peu effrayante, mais également cocasse, parce que la vieille femme accuse à tort et à travers, et n'a pas l'air si menaçant.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mia Barron pour les éditions Dreamscape.

Mia Barron est une comédienne dont j'apprécie le jeu. Ici, elle a pris un pari risqué: modifier sa voix pour beaucoup de personnages. Si cela m'a un peu agacée, j'ai trouvé qu'elle le faisait bien, et que certains changements de voix renforçaient le côté amusant des protagonistes. C'était le cas pour Stuart, Redgi et Anna.

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jeudi, 29 juin 2017

La passerelle, de Lorrie Moore.

La passerelle

L'ouvrage:
Tassie Keltjin, vingt ans, étudiante, trouve un travail de baby-sitter chez Edward et Sarah. Cela lui donne l'occasion d'observer le couple et leurs amis, représentants d'une certaine société.

Critique:
Ce roman m'a un peu surprise. Il est très lent. Au début, cela m'a un peu perturbée, mais quand j'ai compris que ce serait comme ça tout le temps, j'ai cessé de me demander pourquoi la narratrice s'arrêtait si souvent pour faire des remarques, et ai fait davantage attention aux fameuses remarques. Tassie pose un oeil à la fois amusé et étonné sur ce qui l'entoure. Elle semble plus avertie, plus mûre que certains. Elle n'est jamais ennuyeuse (j'avais commencé par le croire, à la lecture de ses espèces de digressions). Avisée, fine observatrice, la jeune fille livre ses pensées par rapport à ce qu'elle voit. Ses remarques sont souvent drôles. D'ailleurs, Lorrie Moore insère des situations cocasses, donnant lieu à d'étranges jeux de mots ou quiproquos. Par exemple, le frère de Tassie entend parfois un mot pour un autre, ou bien associe certains sons, et croit que tel mot veut dire ceci ou cela... Je me suis demandé comment certains jeux de mots avaient été traduits en français. Par exemple: «It's scold outside» ou «their knee grows»... il y en a beaucoup d'autres, dont certains que je n'ai sûrement pas compris.

L'année que nous raconte Tassie est loin d'être amusante, malgré les drôleries distillées par la narratrice et l'auteur. La situation d'Edward et Sarah place le racisme au coeur de certaines conversations. J'ai été aussi choquée que Tassie de certaines remarques. Pour ne donner qu'un exemple: celle de la femme qui voudrait que Mary-Emma soit l'amie de sa fille, parce que cette dernière n'a pas encore d'amis noirs.

Au long du roman, je n'ai pas réussi à apprécier Sarah et Edward. De petites choses s'accumulent à leur encontre, la plus évidente étant qu'ils ne semblent pas vraiment aimer Mary-Emma. Cela se confirme (si besoin était) au chapitre 5. Après ce qui s'y passe, j'ai pensé que Tassie ferait une certaine chose. Pourtant, j'ai vite dû reconnaître que cela n'aurait pas été réaliste. Lorrie Moore aurait sûrement su l'amener si elle l'avait voulu, mais cela aurait peut-être ôté un peu de vraisemblance à ce roman.

Si certains personnages donnent l'impression de ne pas évoluer, d'être égoïstes, de ne pas apprendre de leurs erreurs, Tassie n'est pas de ceux-là. Cette année avec ses joies, ses satisfactions, et ses blessures, lui enseignent la vie.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman riche, abouti, et très bien pensé, mais j'en dévoilerais trop.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mia Barron pour les éditions BBC Audiobooks America.
j'aime beaucoup Mia Barron dont le jeu est naturel et vivant. Si elle modifie un peu sa voix pour les personnages masculins, elle n'en fait pas trop.

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jeudi, 8 septembre 2016

Le pactole, de Cynthia d'Aprix Sweeney.

Le pactole

L'ouvrage:
Après que Leo Plumb a eu un accident alors qu'il était sous l'emprise de la drogue, il est allé en cure de désintoxication. Sa mère a décidé de réparer les dégâts (la cure et les dédommagements à la passagère de Leo) en piochant dans l'héritage que celui-ci et ses frère et soeurs doivent toucher dès les quarante ans de Melody, la plus jeune. Cela n'est pas du goût de Jack, Beatrice (dite Bea) et Melody) Ils estiment que Leo leur doit cet argent.

Critique:
Ce roman m'a plu. Certains diront que Cynthia d'Aprix Sweeney crée des situations convenues. Peut-être mais à mes yeux, elles sont terriblement réalistes. Je parle surtout du comportement des Plumb. Sachant qu'ils vont toucher une grosse somme, ils comptent dessus, et ont fait certaines opérations en tenant cette somme pour acquise. D'un côté, ils ont l'air assez désagréables: réclamant leur argent à cor et à cris, se comportant comme des enfants gâtés. On a envie de leur dire de relativiser. D'un autre côté, on peut comprendre leur colère et leur frustration. Après tout, pourquoi se verraient-ils spoliés de leur fortune, uniquement parce que leur mère (qui n'en a jamais vraiment été une) agit par égoïsme et ne fait pas grand cas d'eux.

Au long du livre, le lecteur apprend à connaître les Plumb. Quant à eux, ils doivent s'adapter à la situation. Chacun le fait à sa manière. Cela fait que finalement, des choses m'ont déplu chez eux, et d'autres m'ont plu. J'ai aimé cela, car ces personnages ne sont pas manichéens. Par exemple, Jack est très agaçant à toujours faire sciemment des choses qui le précipitent au bord du gouffre, mais ce qu'il veut faire pour sa soeur, à la fin, est honorable. Melody est casse-pied, à se lamenter sur son sort (notamment lors de la scène où elle est au restaurant avec son mari et ses filles), mais elle est attendrissante lorsqu'elle exprime sa peur pour sa fille.

Pendant que les adultes se débattent avec leurs soucis, Louisa et Nora, les jumelles de Melody, se posent des questions. J'ai beaucoup aimé ces personnages qui ont un peu peur d'être elles-mêmes.

Parmi les personnages principaux, il n'y a que Leo que je n'ai pas vraiment apprécié. Il a sûrement autant de circonstances atténuantes que ses frère et soeurs, mais il est le seul dont «l'adaptation» ne m'en semble pas une véritable. ;-)

Un roman qui, simplement et avec justesse, expose des personnages, leur vie, leurs sentiments.

Éditeur français: Fleuve Éditions
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Mia Barron pour les éditions Harper Audio.

Lecture commune avec Miguel / Auprès des livres, vous pouvez lire sa chronique sur son blog.

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