Lecteur : Barghon Sylvie

Fil des billets - Fil des commentaires

vendredi, 20 décembre 2013

L'enfant perdu, de John Hart.

L'enfant perdu

L'ouvrage:
Alyssa Mérimont a disparu à l'âge de douze ans. Cela fait un an. Deux semaines après sa disparition, son père, Spencer, rongé de remords (il devait aller la chercher, ce soir-là, et avait oublié) a quitté la ville. Catherine (la mère d'Alyssa et de son frère jumeau, Johnny) a complètement sombré dans la dépendance médicamenteuse. Par faiblesse, elle a laissé Duncan Holloway (l'homme le plus riche de la ville) l'assujettir.
Johnny, quant à lui, ne renonce pas. Il sait où chercher sa soeur et s'y emploie.

Critique:
Ce livre n'est pas un thriller comme les autres. L'auteur a pris la peine de donner beaucoup d'épaisseur et de profondeur à ses personnages, et de les entourer d'une ambiance savamment décrite.

John Hart décrit des personnages aux vies brisées qui tentent de s'en sortir malgré tout. Même lorsque les protagonistes se fourvoient ou agissent en dépit du bon sens, même quand le lecteur est exaspéré par leur conduite (je pense surtout à Catherine), il n'est pas possible de leur en vouloir tout à fait. Bien sûr, je n'ai pu m'empêcher de comparer la façon dont réagit Johnny et celle dont réagit Catherine... au désavantage de cette dernière. Pourtant, il est facile de comprendre qu'un être humain qui n'était pas vraiment préparé (on ne l'est jamais vraiment, mais certains le sont plus que d'autres) à ce genre de choses perde pieds.

D'autres personnages feront réfléchir, notamment un dont on se demande comment il a supporté le calvaire psychologique qu'il a vécu.

John Hart a l'art de décrire des situations qui, sous une autre plume, paraîtrait totalement incongrue. Je pense d'abord à Johnny qui ressemble à une espèce de super héros. Il est très bien campé par l'auteur qui rappelle sans cesse son état d'enfant, sa vulnérabilité, son enfance à jamais perdue. Mais je pense aussi à Lévy Freemantel. Jusqu'au bout, on ne saura jamais vraiment qui il est. On connaît son identité et son passé, mais qui est-il vraiment?... N'a-t-il pas été placé sur le chemin de nos héros exprès? D'autre part, à l'instar de Johnny et d'autres, il est une victime de la bêtise et de l'impuissance de la justice des hommes.

Bien sûr, il y a des «méchants» qui sont uniquement cela. Mais ils sont loin d'être caricaturaux. Ils représentent un pan de l'humanité.

L'intrigue est très bien menée. L'auteur n'a pas besoin de créer d'énormes rebondissements à chaque page pour tenir son lecteur en haleine. Il lui suffit d'enchaîner les faits, de dérouler son histoire de manière fluide et totalement inattendue pour le lecteur. Il y a une chose dont j'aurais dû me douter, car elle était évidente. J'étais tellement prise par les personnages et l'histoire que je ne l'ai absolument pas vue venir.
La solution va bien au roman. En effet, ce livre montre la vie dans toute sa beauté, sa noirceur, avec ses hasards, ses coïncidences (heureuses ou non), ses moments cruciaux, ses espoirs, sa saleté.
J'ai apprécié ce qu'implique la toute fin.

J'ai l'impression que ma chronique ne rend pas assez justice à ce roman que je ne suis pas près d'oublier. Cependant, j'ai tenté d'en dire le moins possible tout en donnant envie de le lire. J'espère avoir réussi.

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sylvie Barghon pour l'association Valentin Haüy.

Acheter « L'enfant perdu » sur Amazon

lundi, 24 décembre 2012

L'insoumise, de Jennifer Donnelly.

L'insoumise

Note: Attention, la quatrième de couverture en dit trop, et en plus, de manière incorrecte.

L'ouvrage:
Londres, 1888.
Alors qu'un tueur en série (que l'on surnommera Jack l'éventreur) sévit dans le quartier de White Chappel, Fiona Fennigan, dix-sept ans, économise pour ouvrir une épicerie. Elle rêve d'une vie simple où Joe Bristo et elle, mariés, tiendraient leur commerce.
Paddy, Le père de Fiona, prend la tête d'un syndicat d'ouvriers.

Critique:
Si cette saga est desservie par quelques topoi du genre, la romancière est parvenue à s'écarter des sentiers battus. Si on retrouve une héroïne belle, intrépide, et démunie, mais assez pugnace pour s'en tirer, elle sera sympathique au lecteur parce qu'elle n'a pas la suffisance de certaines héroïnes (je pense notamment à celles de Jacqueline Monsigny, voire de Juliette Benzoni). D'autre part, il lui arrive de se tromper. Les autres personnages ne sont pas trop clichés. Bien sûr, les méchants sont manichéens, mais ils sont crédibles car ce genre de personnes existent.
Parmi les personnages qu'on ne s'attendrait pas à trouver dans ce genre de romans, il y a Nick. Si ce qu'il subit de la part de sa famille est attendu, sa situation et les raisons de son éloignement ne se retrouvent pas souvent, surtout dans un roman se déroulant à cette époque.

Certaines situations sont également assez hors du commun pour créer de la nouveauté et des rebondissements. Par exemple, la situation dans laquelle se retrouve Fiona lors de l'arrestation de son ami est assez incongrue. Jennifer Donnelly l'a amenée avec à propos, et les personnages concernés ont finalement su en tirer profit.%%Je ne m'attendais absolument pas à ce que découvre Fiona vers la fin. Au début, j'ai trouvé ce rebondissement très gros, mais la romancière l'a expliqué de manière convaincante.

En outre, l'auteur décrit très bien l'existence d'une famille soudée dont les conditions de vie ne sont pas faciles. Le contexte historique est bien décrit. Il est intéressant que l'auteur ait articulé son histoire autour du mystère que fut Jack l'éventreur. En outre, la résolution qu'elle donne à l'énigme colle très bien à son histoire. Je trouve qu'elle a intelligemment tiré partie du contexte historique.

Malheureusement, elle n'a pas évité certaines ficelles qui m'ont profondément agacée. Par exemple, l'espèce de chassé-croisé entre deux personnages. On m'objectera que l'auteur a agi ainsi pour faire un peu durer l'attente du lecteur, et que de toute façon, tout cadre avec les sentiments des protagonistes. Soit, mais j'ai trouvé cela très long et indigne d'un roman dont l'auteur avait, jusque-là, fait son possible pour s'écarter des lieux communs.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sylvie Barghon pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice adopte un ton plutôt sobre. Je pense qu'elle a eu raison de ne pas trop chercher à interpréter, car il serait très facile de prendre un ton larmoyant pour lire ce genre de romans.

Acheter « L'insoumise » sur Amazon