Un bouquet de dentelle

L'ouvrage:
Emeline vit une enfance heureuse entre ses parents, son frère (Timothé), et sa grand-mère (Blanche). La famille n'est pas très riche, mais l'amour l'unit.
L'enfant adore également son parrain, Isidore (qu'elle appelle Dodore). Quant à la femme d'Isidore, Léocadie,elle fait peur à Emeline, car elle a toujours l'air revêche.

Un jour, Emeline découvre que les êtres humains ne sont pas éternels. La mort de sa Grand-mère était dans l'ordre des choses, même si ce deuil est terrible. Mais le père de la fillette meurt à son tour. La famille n'a d'autres solutions que de se disperser. Emeline ira vivre chez son parrain et Léocadie.

Critique:
Dans l'ensemble, on passe un bon moment avec ce livre. Pourtant, certaines choses sont un peu agaçantes.
La façon dont Emeline nous raconte ses malheurs fait penser aux romans larmoyants. Bien sûr, on la plaint et on compatit, mais j'ai trouvé qu'elle racontait ça d'une manière un peu grandiloquente. On a envie de lui dire d'agir au lieu de s'apitoyer sur son sort. Je sais que cette remarque n'est pas très justifiée, étant donné que les circonstances font qu'elle est soit trop jeune pour agir, soit prise entre le marteau et l'enclume. La seule fois où mon énervement à son égard a été justifié, c'est quand elle joue les saintes, et n'épouse pas l'homme qu'elle aime pour ne pas contrarier le père de ce dernier.
L'agacement vient aussi de ce qu'il lui arrive trop de malheurs pour que ce soit crédible. Je me suis plusieurs fois surprise à marmonner: "Mais c'est Cosette, Cendrillon, Sarah Crew, et Caliméro réunis, cette pauvre Emeline!"

On devine pas mal de choses avant qu'elles arrivent. Les coups de théâtre sont attendus. A peine sont-ils esquissés que nous savons ce qui va se passer.

J'ai trouvé la deuxième partie un peu bâclée. Le roman est construit comme "La maîtresse d'école", du même auteur: la première partie est narrée par Emeline, et la seconde par sa fille, Maxellende. Déjà, je n'aime pas trop cette construction, mais en plus, j'ai trouvé que Maxellende était ébauchée.

J'ai été déçue que monsieur Dorsel ne sache pas ce qui arrive vers la fin. Puisque les "méchants" ne sont pas toujours punis dans la réalité, j'aime qu'ils le soient dans les romans. On aurait d'ailleurs attendu cela de ce genre de livres.
La fin est bonne, surtout pour ce genre de romans. On est préparé à une telle fin, et elle ne déçoit pas, car quand on lit ces livres, on s'attend à ce que certains codes soient respectés, d'où mon étonnement et ma déception quant à monsieur Dorsel.

Je n'ai pas réussi à savoir à quelle période se situait exactement le roman, mais il doit chevaucher le dix-neuvième et le vingtième siècle. Cela permet à Marie-Paule Armand de montrer à son lecteur les différents métiers exercés par les ouvriers. Tout cela est passionnant. On se sent proche des roulotteuses, et plus tard, des femmes qui travaillent la dentelle.
On apprend aussi pourquoi les célèbres bêtises de Cambrai s'appellent bêtises.
De plus, il est intéressant de voir comment le personnage d'Emeline se construit. Après l'éducation qu'elle reçoit, elle côtoie des gens qui atténuent un peu ce qu'on lui a inculqué. Elle apprend à réfléchir, et à remettre en question certaines choses qu'on lui a apprises.

J'ai conscience d'être dure. J'attendais peut-être trop de ce roman, ayant aimé "Au bonheur du matin" et "Le cri du héron". Ce roman m'a semblé moins bien ficelé qu'"Au bonheur du matin". Dans ce dernier, les choses un peu attendues passaient mieux. L'héroïne était moins mièvre, m'a-t-il semblé. Pourtant, on passe un bon moment avec "Un bouquet de dentelle".

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nicole Baillon pour la Ligue braille.

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