Lecteur : Atkine Féodor

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi, 18 mai 2017

Article 353 du code pénal, de Tanguy Viel.

Article 353 du code pénal

L'ouvrage:
Fin des années 90, Brest.
Martial Kermeur, cinquante ans, comparaît devant un juge. Il a jeté Antoine Laznec à la mer. Kermeur raconte donc pourquoi il en est arrivé là.

Critique:
Je connaissais Tanguy Viel, parce que j'ai essayé de lire un de ses romans, il y a quelques années, mais je ne l'ai pas fini. J'ai voulu lire «Article 353 du code pénal», parce que le résumé m'interpellait, et que j'aime beaucoup le comédien qui l'a enregistré.

Ce roman est poignant. Il raconte la vie d'un homme modeste, auquel on s'identifie rapidement. Dès le début, le lecteur sent qu'il lui accordera les circonstances atténuantes.
Kermeur raconte son histoire en faisant quelques digressions qui dévoilent des éléments qui ne laissent rien présager de bon pour sa famille. En général, ce genre de choses m'agace. Je me souviens avoir pesté après Thomas H Cook dans «Au lieu-dit Noir-Étang». Ici, cela ne m'a pas du tout gênée. D'abord, il n'y en a pas tant que ça (en tout cas, pas autant que dans «Au lieu-dit Noir-Étang»). Ensuite, elles s'insèrent naturellement dans ce récit oral. C'est un homme qui se confie. Bien souvent, une personne racontant quelque chose qui lui est arrivé fera ce genre de digressions. Enfin, Kermeur souligne lui-même qu'il a besoin de raconter son histoire comme elle vient. Ses digressions rendent le récit plus spontané. De plus, au moins l'une d'elles est comme une petite énigme. Je parle de la raison pour laquelle Erwan est où il est. J'avais imaginé autre chose, et je préfère la raison donnée par l'auteur.

Le juge illustre le fait qu'à partir du moment où on écoute un être humain nous raconter son histoire, on ne peut que s'impliquer émotionnellement. Je pense à son coup d'éclat, son énervement presque palpable lorsqu'il sort de sa neutralité pour demander: «Qu'est-ce qui vous a pris!» J'ai été étonnée par cette réaction qui rappelle que le juge, aussi neutre qu'il doive être, est avant tout un être humain. Ici, il jouera surtout le rôle d'un confesseur ou d'un psychologue, dans le bon sens des termes. Il écoute, aide le héros à se confier. Kermeur lui dit tout parce qu'il le doit, mais on sent qu'il arrive mieux à exprimer tout ce qu'il n'a pas osé s'avouer à l'époque.

Je ne m'attendais pas à la fin. Les cyniques la trouveront invraisemblable. Pour les terre-à-terre, je dirai que beaucoup d'affirmations de Kermeur sont vérifiables. J'ai aimé ce qu'implique cette fin, pas seulement à court terme.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Féodor Atkine.
Je pense que je n'aurais pas à ce point apprécié ce roman s'il n'avait pas été lu par ce comédien. C'est un roman qu'il vaut mieux écouter, car c'est un récit oral, le style est donc parlé. Mais encore faut-il qu'il soit bien interprété. Féodor Atkine le lit de manière naturelle, alliant émotions et retenue. Il ne tombe jamais dans le surjeu, entre parfaitement dans la peau du personnage, rendant à merveille le style adopté par l'auteur.
Je trouve dommage que l'audio ne soit pas évoqué dans l'entretien que Tanguy Viel accorde à Valérie Lévy-Soussan. En général, l'éditeur évoque la version audio avec l'écrivain. Pour «Faillir être flingué», c'était même le lecteur (Féodor Atkine) qui discutait avec Céline Minard.

Acheter « Article 353 du code pénal » en audio sur Amazon
Acheter « Article 353 du code pénal » sur Amazon

mercredi, 11 février 2015

Faillir être flingué, de Céline Minard.

Faillir être flingué

L'ouvrage:
Ils voyagent seuls ou en famille dans les plaines du Far West. Ils rencontrent des gens qui leur volent leurs biens, ou jouent et les perdent. Ils vont tous vers une ville en pleine expansion afin de s'y établir.

Critique:
Avant de lire ce roman, j'ai regardé ce qu'en disaient d'autres blogueurs. Parmi les avis négatifs, il était dit qu'il y avait trop de personnages, et qu'ils n'étaient pas assez creusés. Si je peux comprendre ce point de vue, je ne le partage pas. Il y a en effet, une galerie de personnages. Je ne m'y suis pas perdue parce que je leur accolais certaines caractéristiques: Elie, c'est celui qui a volé le cheval de Burn, etc. En outre, s'il y a un risque de «mélange», il est vite dissipé car les personnages ont des particularités. Sans affirmer qu'ils sont très creusés, je pense quand même qu'ils ne sont pas interchangeables. Il ne faut pas oublier que c'est un western, donc les conditions de vie font que la psychologie des personnages n'est pas le centre du roman.

Dans cette nature en mouvements, tour à tour hostile et prodigue, ces hommes et ses femmes vont se croiser, se voler ou s'aider... Céline Minard rend parfaitement cette ambiance propre aux westerns. Elle y ajoute sa patte. C'est-à-dire qu'elle utilise certains codes qu'elle détourne. Les femmes, par exemple, ne sont pas reléguées au second plan. Elles sont même très importantes.

La romancière insère également de l'humour dans le livre. C'est fait de manière intelligente. Par exemple, la scène que j'appelle «la scène du combat pour les bottes» aurait pu être très banale, voire ennuyeuse. Sous la plume de Céline Minard, elle devient amusante sans perdre sa dimension épique. Du reste, c'est Sally qui trouve le meilleur moyen de la conclure: pragmatique, évident... après cela, on a envie de demander aux deux hommes pourquoi ils en ont fait une telle affaire. Là encore, cela m'a fait rire.
Parmi les autres scènes amusantes, j'évoquerai celle du premier bain, mais aussi celle du pari stupide que firent deux hommes à propos d'une fille et d'un bain, justement. là encore, l'auteur accomplit un tour de force, créant le rire par sa manière d'amener les choses aussi bien que par les événements racontés.

Si elle a su installer ses personnages dans cette nature sauvage, Céline Minard a également su parler d'une ville en plein essor où certains métiers se créent, où certaines idées prennent corps.

Un livre sympathique, qui détend, des personnages pour qui j'ai éprouvé de l'empathie, une intrigue qui recèle quelques ressorts inattendus, un décor habilement dépeint.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Féodor Atkine. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
J'ai été ravie de retrouver Féodor Atkine dont j'aime beaucoup la voix et le jeu. Pour moi, il a parfaitement interprété ce roman, servant au mieux les intentions de l'auteur. Céline Minard (au vu de ce qu'elle dit dans l'entretien en fin d'ouvrage) semble être de mon avis. Le lecteur a quelque peu modifié sa voix pour certains personnages. Bien sûr, il l'a fait sans excès, c'est donc une initiative heureuse.
Sachant que Féodor Atkine préfère prononcer les noms propres étrangers avec l'accent de leur pays d'origine, j'avais un peu peur en prenant ce livre. Heureusement pour moi, il n'y a que Gifford et Jeffrey qui ont été prononcés avec le «r» anglophone. Je pense que j'aurais hurlé de désespoir si Brad avait été prononcé à l'anglophone, ainsi que Sally, Silas, et d'autres. Je comprends qu'il soit délicat de prononcer «Jeffrey». Il y a diverses possibilités. Deux d'entre elles sont les plus courantes: soit à l'anglophone (comme l'a fait Féodor Atkine), soit Djèfrè (celle que je préfère).

Comme je l'ai dit plus haut, il y a un entretien avec l'auteur en fin d'ouvrage. L'éditeur a fait ce que j'attends depuis un certain temps: c'est le lecteur qui a enregistré le livre (en l'occurrence Féodor Atkine) qui interroge Céline Minard. J'espère que cela se produira à nouveau.
Comme d'habitude, l'entretien est très plaisant à écouter. Pour moi, il l'a été d'autant plus que Féodor Atkine était de la partie, et donnais son avis sur le livre et les sujets abordés.

Acheter « Faillir être flingué » en audio sur Amazon
Acheter « Faillir être flingué » sur Amazon

mardi, 22 septembre 2009

Tout est sous contrôle, de Hugh Laurie.

Tout est sous contrôle

L'ouvrage:
Thomas Lang, trente-six ans, ancien militaire, n'accepte pas toutes les missions qu'on lui confie. Par exemple, lorsqu'on lui demande de tuer Alexander Woolf, il refuse. Mieux, il tente de prévenir l'homme qu'on en a après lui. Mais tout se complique lorsqu'il amoche sérieusement celui qu'il suppose être le tueur, et rencontre Sarah. Le voilà embarqué dans une aventure qu'il n'est pas près d'oublier.

Critique:
Il est triste de penser que si Hugh Laurie n'avait pas été très connu grâce à «docteur House», les lecteurs seraient passés à côté de ce thriller, sorti bien avant que le personnage de Gregory House soit créé, mais plébiscité grâce à lui.

Hugh Laurie exploite certaines vieilles ficelles du polar qu'il tord et détourne à sa guise pour le plus grand intérêt du lecteur, l'empêchant de tomber dans l'ennui.
Il y a d'abord sa narration hors du commun. En général, dans un roman policier, les passages narratifs sont là pour donner des explications ou, soyons honnêtes, pour faire du remplissage. On voit venir de très loin les passages destinés au remplissage. Ici, aucun remplissage, car les passages narratifs, quand ils ne font pas avancer l'intrigue, font rire le lecteur, ou le font réfléchir. Ce sont des passages humoristiques, ou graves, mais écrits de manière amusante, traversés d'éclairs de poésie, et de passages surréalistes. Par exemple, à un moment, Thomas nous apprend que n'ayant pas accès à sa montre, il peut se fier à sa vessie pour savoir combien de temps s'est écoulé. Puis il soupire que de nos jours, les vessies sont moins fiables que celles d'avant... Il nous fait également remarquer que lorsqu'on l'arrête, on lui prend sa montre... sûrement pour éviter qu'il se pende avec le bracelet. Le roman fourmille de phrases de ce style, ce qui est rafraîchissant et divertissant. Ça change des narrations «tranquilles».
Rien que cela fait de ce livre un roman qui sort de l'ordinaire.

Si ce livre est remarquable grâce à l'humour omniprésent, cela ne fait pas de son intrigue une histoire banale et sans surprises. Certains auteurs usent d'humour ou d'autres stratagèmes pour cacher une intrigue médiocre. Ici, ce n'est pas le cas. Rien que le début étonne le lecteur: ce personnage assez intègre pour refuser une grosse somme d'argent, et qui, en plus, va prévenir la victime... L'auteur ne s'arrête pas là. Tout au long du thriller, nous allons de rebondissement en rebondissement. Certains sont évidents... une fois qu'on les a lus! On se dit que bien sûr, cela n'a pu arriver que de telle manière, qu'on aurait pu y penser plus tôt... oui, mais on n'y a pas pensé. Et malgré le côté caustique des réflexions de l'auteur, nous découvrons des personnages pas si drôles, dont un devra vivre avec ce que son égoïsme l'a poussé à faire.
Outre les rebondissements, on ne devine pas comment l'histoire va se terminer. Elle n'est pas prévisible.

En général, dans les thrillers, on retrouve une dose massive de violence, de sang, de spectaculaire. Je suis convaincue que c'est encore du remplissage, et qu'on n'en a pas besoin. Dans ce roman, nous rencontrons certes de la violence, mais le personnage ne fait que raconter les faits. Hugh Laurie n'a pas ajouté des tonnes de sang et de brutalité inutiles. En outre, c'est atténué par l'humour dont fait preuve l'auteur pendant qu'il expose les faits.

L'histoire d'amour apparente que l'auteur montre bien du doigt, étale pour que le lecteur pense qu'elle est la seule du roman est téléphonée. Soit, mais Thomas en convient lui-même. Et c'est là que l'auteur tire une carte de sa manche, évitant par là même de tomber dans l'écueil qui m'agace généralement dans les livres, et qui est d'une banalité et d'un ennui consternants. J'aurais dû me douter que Hugh Laurie ne se contenterait pas de ce genre de cliché idiot.

Le personnage de Thomas est de ceux qu'on n'oublie pas. On suppose que l'auteur y a mis beaucoup de lui-même. La lecture de ce roman montre à quel point Hugh Laurie laisse son empreinte dans la série «Docteur House». On dirait que House a été créé à l'image de son interprète. Il va plus loin que le narrateur du roman dans le cynisme et l'humour grinçant, mais on ne peut s'empêcher de rapprocher les deux personnages, et de constater que les deux ont cette ressemblance inimitable.

Ce livre audio m'a été offert par les éditions Audiolib. Il a été enregistré par Féodor Atkine.
Un livre enregistré par Féodor Atkine, c'est, pour moi, un événement! Je le connais surtout en tant que comédien de doublage (il est, entre autres, la voix française de Hugh Laurie dans «Docteur House»), mais je sais qu'il a d'autres cordes à son arc. Son interprétation ne m'a pas déçue. Il aurait été étonnant qu'il surjouât, mît un ton inapproprié. De ce côté, mes attentes ont été comblées: il a parfaitement su transcrire le style de l'auteur. J'espère que malgré son emploi du temps chargé (voir ce qui est écrit au dos du livre audio, et sur la présentation qu'en fait le site de l'éditeur), il enregistrera d'autres romans. ... J'ai malheureusement été très désagréablement surprise de l'entendre prononcer tous les noms anglophones avec un accent anglais! Même «Sarah»! J'étais sûre qu'il ne le ferait pas, puisque lorsqu'il fait du doublage, il ne les prononce pas ainsi. A mon sens, ce n'est pas naturel du tout, c'est même snob. Or, un livre enregistré se veut le plus naturel possible. L'interprétation de Féodor Atkine est justement très naturelle, et il gâche tout avec sa prononciation des noms anglophones. Cette prononciation est-elle une exigence de l'éditeur audio, ou Féodor Atkine a-t-il pensé que les lecteurs préfèreraient que ce soit ainsi? Peut-être, en effet, que je suis la seule à trouver cela horrible et anti-naturel.

Acheter « Tout est sous contrôle » en audio sur Amazon

Acheter « Tout est sous contrôle » sur Amazon