Loup y es-tu ?

L'ouvrage:
Un soir, en rentrant du travail, Manon, vingt-huit ans, trouve un petit garçon sur son pallier. Il a environ quatre ans. Elle n'a pas le temps de penser: son portable sonne. Un inconnu dont le numéro est masqué lui dit: «Sauvez-le!» et raccroche. Intriguée, Manon fait entrer l'enfant chez elle, et s'occupe de le doucher, et de le faire manger.
Certains indices lui disent qu'il serait peut-être... de sa famille.

Critique:
J'avais un petit a priori sur ce livre, car depuis quelque temps, je suis déçue par Janine Boissard. La première partie du roman m'a plu: le lecteur entre dans la vie de Manon, ses habitudes, ses amis, ses blessures. L'auteur décrit l'enfance de Manon sans mièvrerie, et le lecteur ressent tout de suite de la compassion et de l'admiration pour Agathe, ainsi que de la pitié et un léger agacement à l'égard de Manon et de sa mère.

Dès la deuxième partie, tout cela s'écroule. L'intrigue devient prévisible, malgré les découvertes qu'essaie d'introduire l'auteur. Janine Boissard a repris divers ingrédients déjà utilisés maintes fois, et a tenté d'en faire un produit original. Parfois, dans certains livres, cela marche, parce que l'auteur analyse les thèmes différemment, en introduisant des éléments imprévisibles, mais ici, ce n'est pas le cas. L'auteur n'apporte rien de nouveau, et n'arrive pas vraiment à convaincre, même si elle ajoute des ingrédients qui lui sont propres.
L'enquête de Juan traîne. D'ailleurs, à partir du moment où on prévoit tout, on ne voit que des longueurs.

L'histoire d'amour est totalement prévisible et pas vraiment réaliste. Tous les ingrédients mièvres y sont: coup de foudre, éveil des sens, et tous les autres topoi d'une histoire bateau propre aux romans de Danielle Steel et de Barbara Cartland.

La semi-rebellion de Manon vis-à-vis de Pasquale n'est pas très crédible. L'auteur veut la faire évoluer, veut montrer que ça y est, elle ose lutter pour quelque chose d'important, mais là aussi, ça tombe à plat parce que c'est amené avec de trop gros sabots, et Manon en fait trop, on dirait une tragédienne. Et puis, elle est idiote: au lieu de risquer de montrer la photo qu'elle laisse bêtement tomber, elle n'avait qu'à feindre un évanouissement, se laisser tomber dessus, et la ranger discrètement.

L'auteur introduit des notes d'humour qui lui sont propres, comme par exemple, les surnoms que chacun donne à Vic et à Armelle, mais j'ai trouvé que la plupart du temps, ces notes humoristiques tombaient à plat, car elles sont inappropriées ou trop lourdes.

Les personnages sont sympathiques, mais ils ne convainquent pas vraiment, à part peut-être Vic et Armelle, car ils ne sont pas creusés. J'ai aussi été agacée par le fait que tout le monde assure à Manon que non non, elle ne doit pas se sentir coupable d'avoir laissé tomber sa soeur, à vingt-et-un ans. Pourtant, c'est ce qu'elle a fait. Tout le monde veut la ménager parce qu'elle est une pauvre chose fragile, mais ça m'a plutôt donné envie de la secouer.
Si le personnage du père semble crédible, l'explication que donne l'auteur quant à sa façon d'être est tirée par les cheveux. C'est trop gros. Bien sûr, les événements qui traumatisent notre enfance guident notre personnalité, mais là, ça n'a pas pris.

Bref, je ne conseille pas ce livre.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Assimacopoulos pour la Bibliothèque Braille Romande.

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