Le murmure de l'ogre

L'ouvrage:
Nice, mars 1922.
L'inspecteur Louis Forestier est confronté à une série de meurtres qui le déroutent: des femmes, puis des enfants. Le tout de manière spectaculaire. Il est convaincu qu'il doit comprendre la psychologie du tueur pour l'attraper. C'est pourquoi il fait appel à son ami, Frédéric Berthellon, psychiatre.

Critique:
L'auteur situe son roman en 1922. Ainsi, il tente de renouveler le genre. Par exemple, il complique la tâche de ses enquêteurs (si j'ose dire), car il ne sera pas question d'analyse ADN. En outre, c'est l'occasion pour le lecteur de «découvrir» d'autres techniques, par exemple, comment savoir si des taches retrouvées sont du sang animal ou humain... D'autre part, si Frédéric est ouvert, et semble bien connaître son métier, les recherches sur les maladies mentales sont encore hésitantes, et on en sait peu.

J'ai trouvé le début par trop classique. Pour moi, rien ne démarque cette enquête de celles qui fleurissent sous la plume d'autres auteurs de thrillers. C'est nouveau pour nos deux héros, mais pas pour le lecteur. Certains auteurs se démarquent en créant des originalités: caractères des personnages, pièce impossible à assembler avec les autres, style différent, événements incongrus. Ici, rien de tout cela. Il semble que Valentin Musso ait pris des ingrédients qui ont déjà fonctionné, et les ait mélangés sans y apporter sa touche personnelle.

J'ai trouvé le roman très lent. L'auteur accumule les ficelles classiques: le traumatisme du tueur, le fait que la famille du policier soit menacée, le tueur tatouant des lettres sur ses victimes et gardant des «souvenirs» de chacune, l'histoire d'amour arrivant «grâce» à l'enquête... Il y a bien quelques rebondissements, mais ils sont tardifs, et pas si surprenants.
La structure est intéressante (dès la deuxième partie, l'auteur alterne l'enquête et les pensées du tueur), mais elle est à double-tranchant, car si elle nous fait découvrir le fonctionnement du tueur, au bout d'un moment, on en a fait le tour, et ces passages deviennent prévisibles.

Au milieu de la deuxième partie, les choses commencent à prendre un tour quelque peu inattendu. Ce qu'on découvre n'est pas exceptionnel, mais cela relance l'intrigue. Par ailleurs, une découverte fait que Frédéric analyse un autre pan de la psychologie du tueur, étayant sa théorie par l'exemple d'autres cas similaires. Cela s'écarte des sentiers battus. De plus, à force de connaître le tueur, on se rend compte que la situation est plus complexe qu'il n'y paraît au départ.

J'ai apprécié Frédéric qui veut faire humainement son travail. Il ne considère pas ses patients seulement comme des personnes dangereuses. Il veut les traiter au mieux. Il arrive qu'il se trompe, mais cela le rend plus crédible. En outre, il n'a pas cette suffisance insupportable de certains, il se remet en question.
J'ai également apprécié le fait que l'auteur nous montre (dans l'entourage du tueur), un personnage pas si manichéen qu'il n'y paraît, qui finit par reconnaître ses torts, même s'il est trop tard.
J'ai également apprécié la façon dont le lecteur apprend une certaine chose dans les derniers chapitres. C'est bien amené, et c'est un rebondissement auquel je n'avais pas pensé. Enfin, c'est une autre pièce du puzzle quant à la psychologie du tueur, cela le rend plus humain, plus fragile. Sans oublier les réflexions non-dénuées d'ironie qu'est forcé de se faire Louis après cette découverte.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Allouf. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.
Julien Allouf a une lecture naturelle et fluide. Il joue sans surjouer. Par exemple, lorsque Frédéric expose ses premières théories, il marche sur des oeufs, car les policiers se méfient quelque peu de lui. Julien Allouf rend très bien les hésitations du psychiatre. C'est un exemple, mais tout au long du roman, le comédien montre son talent, adoptant à l'envi un ton bourru, précautionneux, caustique, joyeux, froid, etc, tout en restant parfaitement naturel. Il ne modifie pas trop sa voix pour les différents personnages, et c'est mieux ainsi. Les passages les plus délicats sont sûrement ceux où le lecteur côtoie le tueur. Là encore, le comédien s'en tire très bien, jouant intelligemment, et aidant le lecteur, par ce jeu subtil, à mieux entrer dans la tête du tueur.

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