Editeur : le Cherche Midi

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lundi, 14 novembre 2016

Le huitième livre de Vésale, de Jordi Llobregat.

Le huitième livre de Vésale

L'ouvrage:
Barcelone, 1888, quelques jours avant l'inauguration de l'exposition universelle.
Voilà sept ans que Daniel Atman a fui sa famille et sa ville natale après une nuit cauchemardesque où un drame arriva. Il est établi à Oxford. C'est alors qu'il reçoit un télégramme: son père est mort. Réticent à retourner sur les lieux du traumatisme, le jeune homme se rend pourtant à l'enterrement. À cette occasion, il découvre que son père enquêtait sur d'étranges meurtres de jeunes filles des quartiers pauvres. Il en vient à penser que les découvertes de son père ont dérangé certaines personnes, et qu'il a été assassiné. Aidé d'un journaliste qui est déjà sur la piste et d'un étudiant en médecine, Daniel mène l'enquête.

Critique:
Pendant les trois quarts du roman, j'ai été conquise. C'est d'abord l'ambiance qui m'a entraînée. Mêlant aventures (Comment oublier, par exemple, l'odyssée de certains dans les égouts, ou les quartiers pauvres, lieux de tous les dangers et de toutes les rencontres?), énigmes, personnages complexes et attachants, rappelant sans cesse le contexte historique (ce qui rend le tout plus réaliste), Jordi Llobregat prend le lecteur dans les filets de son récit. À mesure qu'on avance, on découvre le développement d'une idée incroyable, mais qui ajoute à cette ambiance mystérieuse. On imagine bien Vésale faisant ses recherches, ses travaux, tels certains médecins et magnétiseurs de son époque. C'est une pincée de Hoffmann dans un thriller. Mêlé au reste, cela donne un roman où une intrigue d'allure classique le dispute à un atypisme dû à l'ambiance et aux différents genres auxquels il emprunte.

Les trois personnages principaux sont sympathiques. Le journaliste est parfois agaçant, notamment à cause de certains de ses choix ou remarques. Cependant, on se met à sa place. D'autre part, il a de la ressource, et réserve des surprises.
L'étudiant en médecine est «prisonnier du contexte historique» et s'en tire le mieux possible.

C'est dans le dernier quart que les choses se son un peu gâtées pour moi. D'abord, on voit bien les grosses ficelles utilisées pour retarder une ou deux choses. Ensuite, des éléments m'ont paru un peu gros, entre autres l'identité du coupable. C'est expliqué avec force détails, mais je ne parviens pas à trouver cela possible. Puis, j'ai eu l'impression que les personnages perdaient de leur charisme à cause de réactions qui ne collaient pas vraiment. Par exemple, à la fin, certains ne se revoient pas, alors qu'ils étaient devenus très amis, et que ça aurait été logique, considérant leur caractère et leur attitude. D'ailleurs, l'auteur n'explique pas vraiment cela. Enfin, je ne comprends pas trop pourquoi deux personnages ne vont pas vers de totales retrouvailles. Je ne comprends pas leur réserve, leurs hésitations... Ils ont le temps, ils peuvent s'en donner pour apprendre à se retrouver. Là, on ne sait pas vraiment, mais étant donné ce qui est dit, on penche fortement pour une séparation définitive. Si l'auteur ne voulait pas qu'ils se retrouvent, il aurait dû fermer la porte à cette hypothèse.

Éditeur: le Cherche-midi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Chabanel pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup cette lectrice qui, malheureusement pour moi, a enregistré peu d'ouvrages qui me tentent. Elle n'est jamais monotone, sait trouver la dose de jeu nécessaire, et parvient même (parfois) à modifier très légèrement sa voix pour certains personnages, apportant un plus à son jeu, alors que d'autres le gâchent totalement en faisant cela.

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lundi, 20 juin 2016

Là où elle repose, de Kimberly McCreight.

Là où elle repose

Ce roman sort le 18 août 2016 aux éditions Le Cherche Midi.

L'ouvrage:
Petite ville de Ridgedale, 2015.
Le corps d'un nouveau-né est découvert dans un sac, près d'une crique. Molly Sanderson, reporter au journal de la ville, couvre l'affaire. Cela fait resurgir un événement douloureux arrivé deux ans plus tôt: l'enfant que portait Molly est mort dans son ventre.

Sandy, dix-sept ans, est à la recherche de sa mère, Jenna, qu'elle n'a pas vue depuis deux jours. La jeune fille s'inquiète à cause de la vie chaotique de Jenna.

Critique:
Outre une énigme dont on ne devine pas forcément la solution (Qui a déposé ce bébé?), Kimberly McCreight s'attache à dépeindre les situations de chacun de la manière la plus détaillée possible. Louvoyant entre passé et présent, l'auteur expose la psychologie de femmes qui ont souffert, et en sont restées marquées. On comprend assez vite que la détresse de Jenna vient de son adolescence: entre ce que dit Sandy et les dates inscrites dans le journal intime que découvre le lecteur. Jenna éveillera forcément la compassion et l'admiration du lecteur, surtout lorsqu'elle trouvera la force d'accomplir un geste d'abnégation dont elle sait qu'il est nécessaire.

Quant à Molly, si j'ai compris sa psychologie et ses motivations, elle m'a agacée. À y bien réfléchir, je pense que cela vient de la lectrice qui lisait les passages narrés par Molly qui, pour moi, en faisait beaucoup trop. Molly a une attitude assez saine face à tout ce qu'elle vit. Même lorsqu'elle est ravagée par la tristesse ou la colère, son attitude reste logique. La preuve, c'est qu'elle-même s'effraie: elle sait donc où sont les limites.

On sait rapidement qu'il y a un problème avec Barbara. Fermée, engluée dans ses certitudes, incapable d'admettre qu'elle est un fléau pour ses proches, Barbara fait d'abord penser à ces personnes qu'on rencontre régulièrement au détour de la vie, et qui refusent d'admettre qu'elles ont besoin d'une sérieuse remise en question. À mesure du roman, on se rend compte que Barbara est peut-être plus atteinte que cela.

Kimberly McCreight démontre encore une fois qu'il ne faut pas se fier aux apparences. En effet, Jenna apparaît comme la droguée qui se donne à tous les hommes, alors que Barbara semble être la parfaite mère de famille.
D'autre part, à travers les commentaires postés après les articles de Molly, l'auteur montre la multiplicité des réactions: les avis peuvent être ouverts ou tranchés.

Bien sûr, la romancière tente de donner de faux indices afin que le lecteur soupçonne plutôt tel personnage de ceci ou cela. Cependant, ce n'est pas mal fait, et ce n'est pas insistant. En outre, il est également possible de soupçonner la bonne personne, ce que j'ai fait à un moment. Néanmoins, concernant cette personne, je pense que l'auteur en a trop fait. Il aurait peut-être fallu la montrer plus commune au long du roman.

Éditeur français: Le Cherche Midi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Harper Audio.
La distribution est la suivante:
Tavia Gilbert: Molly
Lauren Fortgang: Jenna
Rachel F. Hirsch: Sandy
Therese Plummer: Barbara

Comme je l'ai dit plus haut, je trouve que Tavia Gilbert en fait trop. Quand elle pleure, je ne ressens pas l'émotion du personnage, j'ai juste envie que ça s'arrête vite! Elle modifie trop sa voix pour les rôles masculins, c'est très désagréable, car cela ne fait pas naturel. D'une manière générale, je trouve sa lecture affectée. Je ne lirai pas les ouvrages qu'elle a enregistrés seule.

Les trois autres lectrices étaient, pour moi, dans le ton. Elles modifient aussi leurs voix pour les hommes, mais le font moins. Je pense qu'elles auraient peut-être pu le faire encore moins, mais cela m'a tout de même moins gênée que chez Tavia Gilbert.

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jeudi, 16 juin 2016

Ma fille, de Jane Shemilt.

Ma fille

L'ouvrage:
2009.
Ce soir-là, Naomi, quinze ans, a la permission de 23h30. Seulement, à 2h, elle n'est toujours pas rentrée.

Critique:
Ce livre m'a globalement déçue. D'abord, j'ai trouvé beaucoup de lenteurs. Lorsque celles-ci permettent de bien comprendre les personnages et leur décor, elles me sont agréables. Ici, cela m'a semblé être du remplissage. Par exemple, la narratrice (qui est la mère de Naomi) entrecoupe son récit de petites incursions dans son présent. Au début, elle raconte ce qui se passe un an après. On découvre qu'elle en est presque au même point que lorsque Naomi a disparu. Ces passages ne m'ont pas paru utiles. Plus tard, on avance, mais au début, non. D'une manière générale, l'intrigue avance très lentement. On découvre certaines choses par ci par là, mais cela m'a paru trop dilué. Il n'y a qu'à la fin que cela s'emballe vraiment.

Les rebondissements ne m'ont pas vraiment touchée. J'avais l'impression de regarder cette famille s'agiter à distance, alors qu'en général, j'entre dans le livre et je m'implique. J'ai trouvé les histoires d'amour (si on peut dire) trop convenues.
Je ne me suis pas attachée aux personnages, sauf à Theo et Ed qui m'ont paru plus consistants que les autres. Mon intérêt a d'ailleurs été relancé lorsqu'ils étaient dans les parages. Pour moi, c'étaient les seuls qui ressentaient vraiment quelque chose. J'ai d'ailleurs été touchée par ce qui arrive à Ed.
Je n'ai pas vraiment compris l'attitude de Naomi. Certes, ses motivations sont expliquées, mais j'ai trouvé cela léger. Mon sentiment a été renforcé par la fin. Je ne l'ai pas aimée parce que je n'ai pas compris pourquoi l'un des personnages se montrait si cruel, si catégorique. C'est disproportionné par rapport à ce qu'on sait. Ce n'est pas vraiment préparé au long du livre, et cela rend le tout encore moins crédible. J'ai la sensation que Jane Shemilt a souhaité faire quelque chose de spectaculaire. Pour moi, elle en a trop fait, et l'effet de surprise qu'elle a voulu créer m'a plutôt semblé un beau gâchis.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions le Cherche Midi.

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lundi, 2 mai 2016

Six femmes, de Tina Seskis.

Six femmes

L'ouvrage:
Hyde Park.
Ce soir-là, six anciennes amies d'université se retrouvent pour un pique nique, comme tous les ans. Voilà plusieurs années que ce pique nique a lieu alors que les amies s'éloignent les unes des autres. Ce soir-là, les discussions tournent rapidement aux règlements de comptes.

Critique:­­
Tina Seskis montre des femmes qui furent très soudées à l'université, et qui prennent inexorablement des directions différentes, mais ne peuvent se résoudre à briser les liens (de plus en plus fragiles) qui les unissent. C'est un sentiment compréhensible. Certains l'ont peut-être déjà connu.

L'auteur prend le temps de présenter ses personnages, leurs caractères, leurs vies, etc. J'ai bien aimé ce démarrage. Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais par la suite, mais j'ai été très surprise du tournant «énigmatique» (si j'ose dire) qu'a pris l'intrigue. J'ai aimé être surprise ainsi.

Ce tournant fait que tout ce que cachaient certains personnage va éclater au grand jour, rouvrant des blessures, appuyant bien là où ça fait mal, forçant certains à se remettre en question. La romancière a montré un éventail de réactions qui cadrent bien avec les caractères présentés.

Certains personnages sont plus difficiles à comprendre que d'autres. Pour moi, cela a été Natasha. Bien sûr, ses réactions sont sa manière de se protéger contre les coups de la vie. On ne peut pas toujours se protéger intelligemment. Mais je n'ai pas compris pourquoi ses amies en faisaient les frais, du moins, pourquoi les cinq. C'est d'ailleurs elle qui est à l'initiative de ce que je ne m'explique toujours pas, et qui décide du tournant du roman. Il faut quand même être très perturbé pour faire une chose pareille... C'est expliqué par les circonstances, mais j'espère que dans une telle situation, je n'agirais jamais ainsi!
Quant aux autres, si je ne les ai pas tous approuvés (certains sont de belles ordures), j'ai compris leurs façons d'agir.

Tout cela m'a plu, donc je suis passée sur la gêne que m'a occasionné la structure. C'est la même que celle de «Crime d'honneur», d'Elif Shafak. L'auteur louvoie entre les époques, donnant un indice par ci, une réponse par là. Cela fait un peu brouillon, un peu fouillis. Bien sûr, c'est fait exprès. Le but est que le lecteur se fasse une opinion en se basant sur certains paramètres, puis qu'il tente d'assembler le puzzle, ait le fin mot de l'histoire ensuite. Je n'aime pas cette façon de faire parce que cela provoque un suspense artificiel, mais aussi parce qu'on a toujours l'impression d'avoir manqué un épisode...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions le Cherche Midi.

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jeudi, 17 septembre 2015

Amelia, de Kimberly McCreight.

Amelia

L'ouvrage:
24 octobre. Kate Baron est appelée par le lycée de sa fille, Amelia, quinze ans. L'adolescente vient d'être exclue pour plagiat. Kate doit aller la chercher tout de suite. En arrivant au lycée, la jeune femme apprend qu'Amelia vient de se suicider en sautant du toit.

Un mois plus tard, Kate reçoit un texto anonyme: «Amelia n'a pas sauté.» Désemparée, elle décide de demander que l'enquête soit rouverte. En outre, elle va tenter de reconstituer les derniers mois de la vie de sa fille en lisant ses textos, ses mails, sa page Facebook.

Critique:
Kimberly McCreight part d'un thème qui, malheureusement, a trop souvent cours dans la réalité: le harcèlement moral entre adolescents. Pour moi, elle n'exagère pas, les choses peuvent aller aussi loin, d'autant que les nombreux moyens de communication (téléphones portables, réseaux sociaux) facilitent cela. L'auteur montre également l'inconséquence de personnes qui font un caprice, s'en prennent à celle qui les dérangent, et trouvent une certaine jouissance à la pousser à bout. Bien sûr, ici, on découvre que c'est plus complexe, mais ce genre de choses existe, tout comme les «clubs» (ici, les Magpies) dont les membres s'arrogent le droit de vie et de mort (du moins, socialement) sur la population du lycée.

Amelia est une adolescente ordinaire. Kate l'élève seule et a un travail très prenant, ce qui fait que parfois, la jeune fille ressent un manque, mais elle comprend très bien pourquoi c'est ainsi. En outre, Kate instaure des moments privilégiés avec sa fille. Celle-ci est équilibrée, ne cherche noise à personne, et sait qu'elle peut parler de ses problèmes à sa mère. Pourtant, elle ne le fait pas. Avec subtilité, l'auteur expose pourquoi l'adolescente n'y parvient pas. Tour à tour flattée et humiliée, elle se débat dans des sentiments compliqués, et sait que si elle avait la force d'agir, elle ne serait pas la seule à en souffrir. Il faut beaucoup de courage pour braver avec indifférence l'opinion d'un microcosme composés d'adolescents qui jouent beaucoup (même inconsciemment) sur le paraître, et sont prompts à juger. Même si Amelia n'est pas superficielle, elle ne peut être indifférente à ce «jeu» de pouvoir, d'influences, de paraître, etc.

Ensuite, la romancière décrit parfaitement la douleur de cette mère qui comprend qu'elle ignorait des choses importantes concernant sa fille, qui culpabilise, et surtout, qui doit vivre avec le fait qu'elle ne la reverra jamais. Ses réactions sont compréhensibles. Parfois, certains s'offusquent et trouvent qu'elle dépasse les limites. Ce sont seulement des égoïstes qui ne veulent pas faire preuve d'empathie. En effet, l'auteur aborde également les réactions des gens. Si certaines sont logique, au vu de ce que finit par savoir le lecteur, d'autres sont déplacées...

Le roman est parsemé d'énigmes. En effet, le harcèlement n'est qu'une pièce du puzzle, il fait partie d'un grand tout... Les solutions de ces énigmes se tiennent, elles forment une intrigue bien construite, bien menée. Pourtant, il y a une faiblesse. Outre le club de celles qui harcèlent pour s'amuser, quelqu'un tient un blog où sont déversés tous les ragots les plus fielleux sur les lycéens. On finit par savoir qui tient ce blog. La raison que donne cette personne quant à cela me paraît absolument irrecevable. Elle ne peut pas être sérieuse en invoquant cette raison! Cela dénote plutôt un esprit pervers, pernicieux, nuisible. En outre, j'ai l'impression que cette personne n'a pas la «punition» qu'elle mérite. Bien sûr, elle doit vivre avec ça, mais il faut vraiment être très bête (et elle ne l'est apparemment pas) pour avoir pensé que faire cela aurait un quelconque côté positif! Laisser cette personne vivre avec sa conscience (En a-t-elle vraiment une?) n'est absolument pas suffisant. C'est donc une faiblesse de scénario.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Khristine Hvam pour les éditions Harper Audio.

Éditeur français: Le Cherche Midi

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