Editeur : l'Atalante

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lundi, 28 mars 2016

Les dames blanches, de Pierre Bordage.

Les dames blanches

L'ouvrage:
D'étranges bulles blanches apparaissent un peu partout sur Terre. Elles attirent des enfants de moins de quatre ans. Ils entrent en elles, et on ne les revoit plus. On se rend uite compte qu'il est impossible de les faire exploser ou de les ouvrir...

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Certains diront que ce qu'on finit par savoir quant à la présence des bulles est un thème ressassé. Cela ne m'a pas dérangée pour plusieurs raisons. D'abord, c'est préparé tout au long du roman. Ensuite, les romanciers ont beau répéter cette vérité concernant l'humanité, elle n'en prend pas de la graine, donc autant le lui assener jusqu'à ce qu'elle l'écoute. Enfin, là n'est pas le plus important dans ce roman. C'était nécessaire, car il fallait bien que l'auteur explique la présence des bulles, mais pour moi, ce n'est pas la raison principale pour laquelle il faut lire ce roman.

Pierre Bordage explore minutieusement les conséquences de l'apparition d'un phénomène que l'homme ne peut maîtriser, et qui, en plus, est perturbateur. Les bulles «enlèvent» des enfants, et anéantissent les nouvelles (et même les moins récentes, comme le téléphone fixe) technologies. L'homme réagit en tentant de se défendre, d'éradiquer ce phénomène en apparence destructeur. Cela se comprend. Comme l'ont montré d'autres romanciers, on a tendance à vouloir détruire ce qui semble être une menace. En outre, ici, si certains pensent qu'on s'y prend mal, ils ne parviennent pas à trouver comment communiquer avec les bulles (rebaptisées les dames blanches). S'il est logique de vouloir se défendre, si on comprend les premières réactions des hommes, la suite est assez effrayante. L'homme pervertit tout, et il ne dérogera pas à cette règle. Une idée ignoble s'impose afin d'anéantir les dames blanches, et malgré son peu d'efficacité, elle est maintenue justement parce que c'est la seule qui a quelque peu fonctionné. Seulement, elle entraîne des décisions et des lois iniques, des actes barbares... Il sera impossible à un lecteur averti de dire que l'auteur exagère. L'homme s'est déjà rendu coupable de choses de ce genre, comme le font d'ailleurs remarquer certains personnages. C'est en cela que le livre est magistralement pensé: tout ce qui est décrit est vraisemblable.

Certains personnages (Camille, Jason) connaissent une sorte de parcours initiatique. Ils se heurtent à des épreuves, à des souffrances qui les font réfléchir. Ils sont ouverts (surtout Camille), mais se fourvoient, puis reviennent sur leurs erreurs, les analysent. Je ne sais pas comment je réagirais si quelque chose de ce genre arrivait, mais en tant que lectrice extérieure, je suis passée par les mêmes phases que Camille. Il y a quand même eu un moment où j'ai pensé qu'il fallait laisser les bulles où elles étaient sans s'en occuper, et tenter de s'adapter. Certes, cela aurait peut-être été envisagé si les dames blanches n'attiraient pas certains enfants...

Heureusement, Camille et Basile (ceux qui essaient de comprendre) ne ressemblent pas à de doux dingues. Ils n'acceptent pas tout avec résignation. Ils cherchent à comprendre. L'auteur oppose (entre autres) Camille et Catel afin de montrer comment chacun réagit, comment chacun concilie son caractère, son ressenti, sa sensibilité, son adaptation à de terribles situations... Les réactions des uns et des autres sont un bon échantillon de la manière dont la population prendrait les choses.

Par une intrigue et des personnages solides, Pierre Bordage invite son lecteur à réfléchir, à tenter de faire au mieux, de communiquer, d'être plus à l'écoute, de prendre et de donner le bonheur le plus possible. D'autres l'ont fait, mais ce roman m'a davantage parlé que d'autres. D'abord parce que Pierre Bordage assortit cela d'exemples criants de vérité. Ensuite parce que je n'ai pu m'empêcher de comparer certaines réactions avec celles de personnes de mon entourage. L'auteur incite à se montrer plus fort moralement que les personnes bloquées et bornées, à ne pas se résigner à la méchanceté, mais à la combattre intelligemment, sans précipitation, sans se laisser dominer par ceux qui pensent avoir un ascendant. Il invite son lecteur à avoir confiance en lui-même, en ses sensations, à aller à l'essentiel. En tout cas, c'est ce que j'ai ressenti.

Chaque chapitre a pour titre le nom d'un personnage. J'ai trouvé un peu dommage que certains titres soient un peu mal amenés... Bien sûr, la personne à l'honneur est évoquée dans le chapitre à son prénom, mais certains le sont trop peu pour mériter un chapitre. L'auteur n'aurait peut-être pas dû s'imposer un prénom différent par chapitre.

Éditeur: l'Atalante.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Maurer pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice a très bien interprété ce roman. J'avais peur qu'elle soit trop sobre, car la BSR prône (trop à mon goût) la sobriété, ce qui m'a détournée de certains lecteurs qui, pour moi, le sont trop. Karine Maurer a mis de la vie et de la conviction dans son interprétation,sans tomber dans le surjeu. J'ai aimé passer ce moment avec sa voix et sa lecture.
Comme je pinaille toujours, je dirai que je trouve dommage qu'une prononciation à l'anglaise soit devenue presque automatique pour certains prénoms. En effet, je sais que beaucoup prononcent le prénom Jason Djésoeune. Certains trouvent ridicule une prononciation à la française. Pourtant, je pense qu'ici, c'est ce qu'il aurait fallu faire. Jason n'a pas été appelé ainsi à cause des séries télévisées, mais (comme beaucoup de personnages de ce roman) à cause de la référence mythologique. C'est la même chose pour Charon que la lectrice a prononcé comme le prénom anglophone Sharon. Or, ici, c'est la référence à celui qui fait traverser le Styx.

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jeudi, 11 avril 2013

Plaguers, de Jeanne-A Debats.

Plaguers

L'ouvrage:
La planète Terre est épuisée écologiquement.
Vers 2035, les premiers plaguers sont apparus. Ce sont généralement des adolescents atteints de la Plaie. C'est-à-dire qu'ils font apparaître des créatures animales ou végétales.
Quentin et Illya sont plaguers. Ils vont donc rejoindre une réserve. En effet, les plaguers ne peuvent rester «en liberté». Les «externes» les craignent, et beaucoup ont développé une haine féroce à leur égard.
Dans la réserve, nos héros côtoient des plaguers, des uns (deux plaguers qui se sont unis), des multiples (plusieurs plaguers qui se sont unis).

Critique:
Ce livre d'anticipation part sur une idée originale. D'autre part, les événements s'y enchaînent sans temps morts. L'auteur décrit bien la vie de cette «communauté». Finalement, on y retrouve, à plus petite échelle, le fonctionnement humain: on vit ensemble, on «travaille», on neutralise ceux dont on a peur qu'ils nuisent au bien commun. En effet, tout n'est pas tout rose, même si les plaguers sont, au premier abord, sympathiques, et que les uns ou les multiples le sont également. L'union les apaise, les rend plus aimables (en général), mais des sentiments bien humains persistent: voir la rivalité entre O-Gé et Lé-da.
En outre, lorsqu'on creuse, on voit bien que l'union n'engendre pas des êtres parfaits, exempts de vices. C'est plus complexe. Cela m'a fait penser à des romans de Serge Brussolo: les choses sont posées, cela doit se passer ainsi, mais ça ne se passe pas forcément comme on le pense. Il y a tout un tas d'imprévus.

Je n'ai pas aimé le principe de l'union. D'abord parce que je n'aime pas l'idée que se fondre en un autre être devienne un besoin irrésistible. L'être humain est profondément individualiste, même si certains sont altruiste, et cette fusion est assez difficile à comprendre de ce point de vue. Et puis, il est dérangeant de se dire que ces personnages perdront fatalement une partie de leur personnalité.
D'autre part, je n'aime pas l'idée qu'on n'échappe pas à son destin. Apparemment, pour le plaguer, le besoin de l'union est inéluctable, cela doit se passer ainsi. Cette idée m'a déplu. Pourtant, pour un plaguer, l'union est aussi naturelle que le fait de grandir.

Illya est sûrement le personnage le plus intéressant. Bien sûr, son autoritarisme, son assurance, ses caprices m'ont déplu, mais je me mettais à sa place. Elle se transforme malgré elle, et déteste cela. En outre, elle ne peut absolument rien y changer. J'ai compris que ce désir l'aveugle au point de faire une bêtise. D'autre part, elle refuse l'union, elle veut rester elle-même. Malheureusement, cela fait qu'elle rejette également les uns.

La fin ne m'a pas entièrement satisfaite parce que j'attendais autre chose. Pourtant, l'auteur n'a pas fait une fin totalement prévisible. Cependant, tout était trop balisé pour qu'elle puisse vraiment surprendre. Comme j'ai beaucoup aimé ce roman, je m'attendais à une fin qui, à l'instar du reste, sortirait des sentiers battus.
Cette fin n'a pourtant pas gâché ma lecture, car je ne sais pas trop comment les choses auraient pu tourner. Quant à mon aversion pour l'union, elle n'a pas non plus gâché ma lecture. L'idée me dérangeait, mais me forçait également à réfléchir, à accepter une autre façon de penser.

Éditeur: l'Atalante.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christian Lecoq pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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vendredi, 22 février 2013

Des milliards de tapis de cheveux, d'Andreas Eschbach.

Des milliards de tapis de cheveux

L'ouvrage:
Sur une petite planète, les tisseurs passent leur vie à tisser des tapis en cheveux, ceux de leurs épouses et de leurs filles. Ces tapis sont destinés au palais de l'empereur. Mais des rumeurs courent: le souverain aurait été tué. Les tisseurs et les autorités refusent d'en entendre parler, et se débarrassent des éléments gênants qui répandent la rumeur.

Critique:
Les idées développées dans ce roman sont excellentes, et savamment exploitées. Par exemple, l'auteur montre bien comment les tisseurs sont endoctrinés. Ils ont été conditionnés au culte de l'empereur depuis leur naissance, et douter de son existence remettrait leur vie en question. Leur monde s'écroulerait, leur existence serait réduite à néant: Certains ne pourraient s'adapter à l'immense changement qu'impliquerait la véracité de la «rumeur».
Les tisseurs ne sont pas les seuls personnages dont l'auteur montre, avec brio, les réactions. Diverses couches de sociétés variées sont analysées avec finesse et justesse.
Outre les réactions, l'auteur parvient facilement à immerger le lecteur dans son univers, créant des peuples et des coutumes fascinants.

D'autre part, lorsque le lecteur connaîtra les tenants et aboutissants de l'affaire, il sera à la fois surpris, désolé, et hilare. Comment ne pas s'interroger, après cette lecture, sur l'absurdité et la bêtise des hommes de pouvoir? Là encore, l'auteur frappe fort, et ce qu'il dit étant plausible, cela fait froid dans le dos...

Cependant, le roman est très morcelé, ce qui peut être déstabilisant pour le lecteur. On ne peut s'attacher à aucun personnage, car on les voit trop peu, même si on en retrouve quelques-uns au long du roman. À certains moments, j'avais le sentiment que je lisais un recueil de nouvelles qui se passaient toutes dans le même monde. Cela m'a gênée.

J'ai apprécié le style de l'auteur, à la fois délicat et direct.

Un livre remarquable par la pertinence de ses idées, mais dont la construction peut dérouter.

Éditeur: l'Atalante.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élisabeth Duclert pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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vendredi, 15 février 2013

Septenaigue, tome 1: Soeur des cygnes, de Juliet Marillier.

Soeur des cygnes

L'ouvrage:
Au domaine de Septenaigue, la jeune Sorcha mène une vie insouciante entre ses jeux avec ses six frères et la culture de plantes médicinales. Ce bonheur vole en éclat lorsque son père, lord Colum, annonce son remariage avec lady Oonagh.

Critique:
J'ai d'abord entendu que la romancière s'était inspirée du conte «Les cygnes sauvages». J'étais curieuse de savoir comment elle l'exploiterait, et surtout, comment elle parviendrait à en faire un roman. Pour moi, le pari est réussi. D'abord, le décor est bien planté, les personnages sont bien campés. On entre très vite dans l'univers de Septenaigue, et plus tard, d'un autre domaine. Juliet Marillier est parvenue à rester fidèle au conte d'Andersen, et à l'imbriquer parfaitement à son intrigue. Étant donné que tout cela s'étale sur une période bien plus longue (ou en tout cas, plus longuement décrite) que dans le conte, le lecteur ressentira d'autant mieux l'extrême pénibilité d'une telle tâche. Surtout que l'écrivain ajoute des embûches sur le parcours de son héroïne. En général, quand un personnage se sacrifie et souffre mille maux, j'ai du mal à le supporter, car cela n'est pas crédible. Ici, cela l'est, justement à cause de l'univers à la fois fantastique et merveilleux dans lequel l'auteur inscrit son roman.
Les contes prennent bien sûr une très grande place dans le roman. Sorcha s'en sert pour «guérir» ou atténuer certains maux. Elle s'immerge dans cet univers connu et rassurant, s'y raccroche lorsque la réalité lui semble trop odieuse. Elle tente également d'y faire entrer quelqu'un pour les mêmes raisons. Plus tard, le conte servira également de passerelle entre deux êtres qui ont du mal à communiquer.

Le roman est très épais (l'éditeur français l'a coupé en deux, mais cette coupe n'a absolument aucune raison d'être), et il ne souffre d'aucun temps mort. Il y a bien un moment où l'action semble statique, mais cela permet à l'auteur de décrire les sentiments des personnages de manière précise et fouillée. Il est donc facile au lecteur de comprendre leurs motivations, leurs façons d'agir.
À un moment, j'ai trouvé les frères de Sorcha très durs, mais c'est expliqué par plusieurs choses, notamment l'aversion ancestrale qui oppose les deux peuples.

Tous les personnages sont épais. On me dira que Richard et lady Oonagh sont simplement méchants. Soit, ils semble peu creusés, mais je sais que des personnes comme eux existent, malheureusement. De plus, d'autres personnages atténuent l'aspect un peu «entier» de Richard et de lady Oonagh. Je pense surtout à lady Anne qui n'aime pas Sorcha (pour des raisons facilement compréhensibles), mais qui tentent de comprendre certaines choses.
Il est un peu déstabilisant de se dire que tout est programmé par le peuple des fées. Sorcha s'insurge contre l'idée que sentiments et événements ne sont que le fait du peuple magique. Je n'aime pas non plus cette idée qui voudrait dire que l'on n'est pas maître de son destin. Bien sûr, le peuple magique sait très bien comment réagira Sorcha à telle ou telle chose, mais il est consternant de se dire que tout est pensé par les fées.

Afficher Attention, je dévoile certains aspects de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile certains aspects de l'intrigue.

À la fin, lorsque Finbar disparaît, j'ai imaginé qu'il allait tenter de trouver un moyen pour redevenir cygne. D'après ce que j'ai lu sur le site de l'auteur, il finit par revenir, ne pouvant être ni vraiment homme ni vraiment cygne à cause de l'enchantement qui n'a pas été totalement retiré. J'ai été très déçue de cette explication, car dans «Soeurs des cygnes», Finbar explique à Sorcha qu'il est malheureux d'avoir quitté sa compagne et ses enfants. J'imaginais donc une explication plus en rapport avec son coeur qu'avec une quelconque magie. Je trouve dommage qu'il n'ait apparemment pas pu se faire retransformer en cygne pour le rester, et pouvoir ainsi retrouver sa famille cygne.

Je ne sais pas si je lirai la suite, car elle n'est pas racontée du point de vue de Sorcha, et apparemment, il y a beaucoup de nouveaux personnages' L'auteur élimine les premiers en les éloignant ou en les tuant. J'aurais préféré continuer l'aventure avec ceux-là...

La fin pourra paraître décevante à certains. Je l'ai trouvée intéressante. En effet, tout ne se passe pas comme on aurait pu le prévoir. Il n'y a pas une ligne tracée, on sort du prévisible. J'aurais sûrement approuvé une autre fin, mais elle aurait été trop attendue.

Éditeur: l'Atalante.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Josselyne Daul pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été ravie de retrouver Josselyne Daul dont la voix et la lecture sont très agréables. Son interprétation est naturelle. Elle joue le texte, mais ne tombe jamais dans le surjeu.

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