Editeur : Viviane Hamy

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jeudi, 19 novembre 2020

Abigaël, de Magda Szabó.

Abigaël

L'ouvrage:
1943. Gina vit à Budapest avec son père (général) et sa gouvernante. Elle passe des après-midis festifs chez sa tante, son père et elle s'adorent, sa gouvernante l'éduque et lui fait découvrir les arts. Cette vie que chérit l'enfant prend brutalement fin lorsque son père décide qu'elle ira dans un pensionnat pour jeunes filles: Matula...

Critique:
Récemment, j'ai lu (en cherchant quelque chose concernant Magda Szabó) que «Le faon» critiquait le régime en place à l'époque où il a été écrit. N'ayant vu aucune critique du pouvoir dans ce roman, l'ayant apparemment lu au premier niveau, je me dis que j'ai dû rater beaucoup de choses dans les écrits de Magda Szabó. J'ai apprécié tous les livres d'elle que j'ai lus, mais je présente mes excuses à ceux qui verraient une hérésie dans mes chroniques, car je parle toujours du roman, sans creuser... Il en ira de même pour «Abigaël».

La quatrième de couverture en dit trop. Le récit m'ayant beaucoup plu, en savoir un peu trop ne m'a pas gênée, mais je conseille quand même de ne pas lire la quatrième de couverture jusqu'au bout.
«Abigaël» est d'abord l'histoire d'une jeune fille que la vie force à grandir trop vite. Entre ce qu'elle vit à Matula (surtout au début) et ce que son père se voit contraint de lui apprendre, les leçons sont rudes, mais portent leurs fruits. Elles ne mettent pas la jeune héroïne à terre: celle-ci apprend à composer avec.

J'ai été un peu étonnée de la violence d'un élément qui arrive dans les premiers chapitres, et se prolonge jusqu'à l'alerte aérienne. Je ne peux pas dire quel est cet élément, car je souhaite en dévoiler le moins possible. En y réfléchissant, je comprends qu'il ait pu être si excessif: l'effet de groupe, le sentiment que la trahison est immense, le besoin de s'unir contre cette trahison... De plus, ce genre de choses peut avoir facilement lieu entre des enfants, ceux-ci savent être très cruels.
Peut-être faut-il aussi y voir quelque chose qui critique un aspect du pouvoir de l'époque... Le livre se déroule pendant la guerre: peut-être l'autrice veut-elle montrer que la guerre est stupide, et n'engendre que souffrance... Mais ça, messieurs et mesdames tout le monde le savent très bien.

Au long de l'histoire, un mystère plane. Le lecteur trouve très vite qui est la clé de ce mystère. Je trouve un peu dommage que l'autrice fasse tant d'appels du pied pour qu'on le devine, mais au moins, je n'ai pas eu envie de relire le roman pour collecter les indices: je les rassemblais pendant ma première lecture. Gina n'est pas plus bête qu'une autre, et s'est obstinée à ne pas vouloir le deviner, à ne pas vouloir voir au-delà des apparences. Certes, si j'avais été impliquée comme elle, j'aurais peut-être été dupée.

Par petites touches, avec sobriété, Magda Szabó évoque la résistance. Sa façon de faire m'a plu.

À certains moments, de petits apartés de l'autrice donnent certaines indications quant à la vie de Gina après le pensionnat. Cela fait qu'on peut reconstituer certaines choses, notamment concernant le mystère, mais j'aurais aimé des chapitres supplémentaires avec davantage de précisions. Je reconnais qu'il n'y en a pas besoin, mais même si tout est dit, je trouve que certains éléments sont très rapides. Ça doit surtout tenir au fait que le livre m'a beaucoup plu, et que je souhaitais que le plaisir se prolongeât. ;-)

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Martine Moinat fait partie des lecteurs que je retrouve avec plaisir. J'aime beaucoup sa lecture, et en plus, elle m'a fait découvrir des livres vers lesquels je ne serais pas allée. Quand je pense à Magda Szabó, je l'associe toujours à Martine Moinat, car sur les six écrits (en comptant «Abigaël») de cette autrice que j'ai lus, quatre sont enregistrés par cette lectrice.
Ici, j'ai constaté que Martine Moinat ne faisait pas comme la plupart des gens, qui, à mon avis, se trompent, et prononçait «moeurs» sans dire le «s». Comme je l'ai déjà dit dans je ne sais plus quelle chronique, je n'ai jamais eu de cours sur la prononciation de ce mot, j'ai toujours entendu les gens dire «moeurse», et j'ai présumé que cela se prononçait comme ça. Et puis, un jour, j'ai réfléchi (enfin!) et je me suis dit qu'après tout, on ne disait pas «les soeurse» ou «les coeurse», donc pourquoi dire «moeurse»? Maintenant, je fais attention à la manière dont les gens (et surtout les comédiens et les lecteurs bénévoles) disent «moeurs», ainsi que «s'égailler», «gageur», et «dégingandé», mots sur lesquels certains se trompent. ;-) Comme j'aime beaucoup la lecture de Martine Moinat, je suis contente qu'elle prononce «moeurs» comme je pense que cela doit se prononcer.

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lundi, 29 août 2016

Fleur et sang, de François Vallejo.

Fleur et sang

L'ouvrage:
François Vallejo raconte, en parallèle, l'histoire d'Étienne Delatour, chirurgien vivant de nos jours, et d'Urbain Delatour, apothicaire à l'époque du roi Soleil. Les Delatour sont médecins de père en fils.

Critique:
J'ai apprécié ce livre. En général, je n'aime pas les romans alternant les intrigues, mais François Vallejo a su me captiver. Souvent, dans les ouvrages de ce genre, l'une des histoires est moins intéressante. Pour ma part, j'ai apprécié les deux.

Les chapitres racontant la vie d'Étienne sont à la troisième personne; ceux évoquant Urbain sont à la première personne, mais c'est le fils d'Urbain qui raconte. Ce personnage m'a semblé intéressant, car sage. Il pressent certaines choses, réfléchit, sait (malgré son amour pour son père) que ses actes ne sont pas toujours francs. En outre, il parvient à prendre son parti de l'obligation qu'il a de relayer son père.

Au départ, Urbain semble sympathique, alors qu'Étienne paraît étrange. Petit à petit, un glissement s'opère. Étienne reste étrange, mais on finit par le comprendre.
Au long du roman, l'auteur s'amuse à créer des parallèles entre les vies des deux hommes. Étienne vit des amours tumultueuses avec Irène de Saint Aubain qu'il appelle parfois par ses initiales, ISA. D'autre part, Urbain et sa famille ont affaire à la fille de leur seigneur, Isabelle. Il y a d'autres parallèles plus subtiles, mais le but est de ne pas trop en dévoiler. Il est intéressant de voir que deux hommes vivant totalement différemment par la force des choses vont se rejoindre. Des événements, malgré leur différence, présenteront une certaine similitude.
Irène et Isabelle se ressemblent aussi, bien qu'évoluant dans des contextes totalement différents.

À part le fils d'Urbain, je n'ai apprécié personne sans réserve. Étienne et Urbain ne sont pas absolument détestables, mais leur côté froid m'a gênée. Étienne est compliqué, tourmenté... Je n'ai pas vraiment compris ce qu'il trouvait à Irène... Je l'ai davantage apprécié vers la fin, car ce qu'il subit finit par percer sa carapace, et il semble devenir quelque peu humble. Quant à Urbain, je n'ai pas vraiment pu excuser ses actes, sûrement parce que le personnage ne me plaisait pas.

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 7 mars 2016

Rue Katalin, de Magda Szabó.

Rue Katalin

L'ouvrage:
Monsieur et madame Elekes vivent avec leur fille (Irén) et son mari (Balint). Ils sont sous le coup d'une grande douleur, ne pouvant oublier les événements qui les frappèrent pendant la guerre.

Critique:
J'ai aimé plusieurs romans de Magda Szabó. Celui-là est celui qui m'a le moins plu. Je pense que c'est dû à l'accumulation de procédés qui me déplaisent. D'abord, l'auteur commence par exposer la situation des protagonistes, puis elle raconte comment ils en sont arrivés là. Outre que je n'aime pas ce procédé, ici, il est source de lenteurs. La famille se roule dans son chagrin, comme si elle s'y complaisait. Chacun semble coincé dans sa douleur.

Ensuite, lorsque le récit des faits arrive, Magda Szabó s'arrange encore pour dire certaines choses dans le désordre. Elle fait également cela dans «Le faon». D'autres auteurs font ainsi. C'est au lecteur d'assembler les morceaux, à mesure de sa lecture. Si j'ai trouvé ce procédé utile parfois, il commence vraiment à m'agacer.

Au fur et à mesure de ma lecture, mon ressenti s'est complexifié. Les procédés cités ci-dessous m'agaçaient, mais je trouvais que les personnages avaient beaucoup de présence. Chacun exprime et engendre de très forts sentiments. Cela rappelle la tragédie.

Au départ, j'ai apprécié le sérieux et la ténacité d'Irén. Puis, à mesure que j'avançais dans le roman, je l'ai trouvée assez détestable. À l'inverse d'Iza (héroïne d'un autre roman de Magda Szabó), elle se sait détestable.

Si j'ai compris certains personnages et éprouvé de la compassion pour eux, au bout d'un moment, ils m'ont agacée, à se complaire dans la douleur, à tenter de l'accentuer plutôt que de l'atténuer. Certains ont une part de responsabilité dans ce malheur, et le poids de leur culpabilité les pousse à se flageller. Cependant, j'ai trouvé que c'était trop. Je n'ai d'ailleurs pas compris pourquoi certains tenaient absolument à faire ceci ou cela.

La manière dont Henriette est présente dans une partie du roman (après la guerre) ne m'a pas plu. En général, lorsque c'est bien expliqué, j'accepte ce genre de choses. Ici, j'ai encore trouvé que l'auteur en faisait trop.

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 9 mars 2015

Le vieux puits, de Magda Szabó.

Le vieux puits

L'ouvrage:
Magda Szabó raconte ses souvenirs d'enfance.

Critique:
On pourrait se demander quel est l'intérêt de lire encore des souvenirs d'enfance. Au départ, j'ai pris ce livre parce que j'ai aimé certains romans de Magda szabó. En le lisant, j'ai pu constater que son récit était différent des classiques.

Pour moi, ce qui domine dans cet ouvrage, c'est l'incommensurable amour que les parents de Magda lui portaient. Ils savaient décoder ses impertinences. Par exemple, un jour, lasse de prêter ses jouets à des cousins irrespectueux, elle a affirmé avec conviction à sa mère qu'elle souhaitait que ceux-ci meurent. Bien sûr, elle n'a pas parlé de son mal être quant au prêt de ses jouets. Sa mère n'a pas été choquée, n'a pas grondé, elle a simplement compris.
D'autres épisodes de ce genre témoignent de cet amour fort et bénéfique.

Cet amour était la cause de certaines entorses à la vérité. Ne désirant pas que leur fille (qui aimait les animaux) souffre, ils lui disaient que ceux qu'on mangeait étaient malheureux et préféraient profiter aux humains plutôt que de s'étioler dans une vie qu'ils n'aimaient pas. Je sais qu'en découvrant la supercherie, j'aurais été très en colère, parce que pour moi, un amour véritable est toujours sincère. Cependant, j'ai été indulgente envers les parents de Magda parce que, par ailleurs, j'appréciais tout ce qu'ils faisaient.
Dans le même ordre d'idées, il y a le jour où Magda a fait quelque chose de mal en croyant que c'était une très bonne action. Je comprends ses parents qui n'ont pas eu le coeur de la détromper.

Un autre aspect à la fois étonnant, cocasse, et enrichissant, de la vie de Magda est la façon dont ses parents lui racontent des histoires. Le récit est inventé aussi bien par eux que par elle. Chacun y ajoute quelque chose. J'ai beaucoup aimé cette manière originale de faire.

En un style vivant, fluide, avec verve, causticité, mais aussi gravité, la narratrice conte son amour pour ses parents, sa très grande imagination, sa meilleure amie, certaines injustices qu'elle commit, etc. Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour l'association Valentin Haüy.

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mercredi, 18 février 2015

La porte, de Magda Szabó.

La porte

L'ouvrage:
La narratrice est écrivain. Elle nous raconte la relation spéciale qu'elle entretint avec Emerence, sa femme de ménage.

Critique:
Ce livre est assez particulier, à l'instar d'Emerence. L'auteur décrit une amitié très complexe, car Emerence est elle-même complexe. On pourrait dire qu'elle vit avec ses tripes, avec son coeur, alors que les autres personnages (comme la narratrice), s'ils ont de nobles sentiments, y font toujours entrer une petite part de calcul. Cependant, je suis un peu plus nuancée. Emerence a une forte personnalité, et le lecteur ressentira inévitablement de la compassion et de l'admiration pour elle. Seulement, je n'ai pu m'empêcher de voir quelque chose d'un peu joué dans son extrémisme. J'ai compris qu'elle était entière, et j'ai été d'accord avec la narratrice qui se reproche d'avoir mal agi à certains moments cruciaux, mais j'ai également été agacée par l'explosive Emerence. Elle rejette peut-être l'artifice et semble aller à l'essentiel, mais accepterait-elle ce qu'elle demande aux autres d'accepter? Par ailleurs, sa manière de traiter le chien m'a perturbée. Elle clame qu'elle l'aime, et que lui, au moins, aime sans limites et sans artifices, mais cela ne l'empêche pas de le battre comme plâtre quand il a fait quelque chose de mal, selon elle. J'ai eu du mal à la voir presque sanctifiée alors qu'elle ne le méritait pas, à mon avis. C'était un fort caractère, elle pouvait être très généreuse et compréhensive, mais également capricieuse et têtue. Bien sûr, l'auteur l'expose ainsi, donc elle n'invite pas son lecteur à l'admirer sans retenue, mais la narratrice semble dire que malgré tout, Emerence était meilleure que tout le monde, et que ses considérations étaient bien plus humaines que celles de n'importe qui d'autre. C'est sûrement parce que la narratrice a vécu (plus que d'autres) quelque chose de fort avec Emerence, et qu'elle n'en est pas sortie indemne.

Ce livre m'a quelque peu mise mal à l'aise... Cela n'en fait pas un mauvais livre, bien au contraire. Il pousse à réfléchir sur ce qui compte vraiment, sur nos façons d'agir envers les autres, les préjugés que nous ne pouvons nous empêcher d'avoir... En effet, ne sachant pas ou ne comprenant pas certaines choses, la narratrice porte parfois un jugement erroné sur Emerence... mais Emerence aussi. En effet, les deux femmes ont des conceptions très différentes concernant beaucoup de choses, et malgré leur attachement l'une à l'autre, elles ont du mal à se comprendre.

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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