mercredi, 3 juillet 2019

Un mariage anglais, de Claire Fuller.

Un mariage anglais

L'ouvrage:
Alors qu'il est dans une librairie, Gilles Coleman, soixante-six ans, voit, par la fenête, Ingrid, sa femme, qu'on croit morte depuis dix ans. Il lui court après et fait une mauvaise chute. Il est transporté à l'hôpital, et sa fille, Nan, est avertie. Elle est persuadée que Gilles n'a pas vraiment vu Ingrid, il l'a imaginée. Flora, l'autre fille du couple, voudrait quand même creuser cela. Et si sa mère était revenue?

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Il y a pourtant une chose qui aurait pu me déranger au niveau de la structure: le passé et le présent alternent. En général, cela me gêne, mais ici, j'ai trouvé que c'était approprié.

Claire Fuller exhorte son lecteur à ne pas interpréter sans creuser. Par exemple, Flora révère son père, et il faut que Nan lui dise certaines choses de manière peu aimable pour qu'elle accepte de les entendre. Cela m'a perturbée parce que j'espère toujours tenir compte de tous les paramètres qui se présentent. Or, Flora ne semble pas être particulièrement stupide, cependant, elle s'est laissée aveugler par l'amour qu'elle a pour son père. Si Nan savait certaines choses, alors Flora pouvait les comprendre aussi. Je sais que je suis sévère envers elle, car on juge toujours par rapport à ce qu'on voit, et surtout ce qu'on veut bien voir.

À travers le vécu de la femme de Gilles, l'autrice fait un genre de mise en garde quant au fait de dépendre complètement de son conjoint, et de ne pas pouvoir s'assumer soi-même si les choses tournent mal.

J'ai apprécié Ingrid qui, à mon avis, fait ce qu'elle peut. Même si j'aurais fait d'autres choix, j'ai toujours compris les siens.
Je n'ai accordé aucune circonstance atténuante à Gilles. Pour moi, il n'a aucune excuse. Il n'est pas le seul que je blâme, mais c'est celui que j'incrimine le plus. Je suis quand même d'accord avec Ingrid lorsqu'elle dit qu'elle aurait pu arrêter la machine infernale.

Richard, le très récent petit ami de Flora, s'insère vite dans la famille, est rapidement complice avec Gilles et Nan. Cela agace Flora. Je l'ai trouvée sévère tout en la comprenant. J'imagine qu'à sa place, je me serais sentie exclue, et j'aurais peut-être réagi de la même manière.

Pour moi, le récit ne souffre d'aucun temps mort. J'aurais préféré que Nan et Flora trouvent les lettres d'Ingrid. On peut d'ailleurs se demander si Gilles n'en aurait pas trouvé certaines, et ait peur qu'il y en ait d'autres. Cela expliquerait qu'il tienne absolument à une certaine chose.
Sinon, je me demande comment il se fait qu'une de ces lettres se soit retrouvée dans la librairie. Gilles aurait-il fait des dons au magasin? C'est peut-être mentionné au détour d'une page, et ça ne s'est pas imprimé dans mon petit cerveau...

J'aurais aussi voulu savoir où se trouvait Ingrid. Morte ou enfuie? Je crois qu'il y a un indice à ce sujet dans l'épilogue, mais je n'ai pas su le saisir. Je pense qu'il faudrait que je relise le roman en cherchant les indices concernant le sac dont il est question dans l'épilogue. Cependant, même si cela signifie ce que je pense, cela ne donne pas assez de précisions sur les années passées.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rafaèle Moutier.

J'avais un a priori négatif quant à cette comédienne, parce que je la trouve affectée lorsqu'elle fait du doublage. J'avais donc une petite appréhension en demandant ce livre en service presse. Je suis contente d'avoir pris le risque, car j'ai apprécié son jeu. Son intonation est toujours adéquate, elle joue les sentiments et les émotions des personnages sans cabotiner, ce dont j'avais peur. Je lirai donc avec plaisir d'autres livres qu'elle enregistrera.

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jeudi, 21 juillet 2016

Le génie des coïncidences, de J W Ironmanger.

Le génie des coïncidences

L'ouvrage:
2011.
Thomas Post est professeur d'université. Il croit au hasard.
Azalea Foley croit que rien n'arrive sans raisons. Elle en veut pour preuve le nombre incroyable de coïncidences qui jalonnèrent sa vie. Après avoir lu un article de Thomas à ce sujet, elle va le voir afin de lui demander d'expliquer toutes ces coïncidences.

Critique:
Énigme, amour, aventure... ce livre m'a plu. Certaines choses peuvent paraître à la frontière du vraisemblable, et pourtant... En effet, certaines coïncidences qui arrivèrent dans la vie d'Azalea sont assez improbables. Dans un autre roman, j'aurais sûrement dit que l'auteur exagère. Ici, il le fait habilement passer, car il explique que la jeune fille elle-même a du mal à y croire. Il semble que la vie de notre héroïne soit une succession d'événements qui n'auraient pas pu arriver les uns sans les autres. La façon dont l'auteur les fait s'enchaîner, tout en ne perdant pas de vue qu'il s'interroge sur le hasard et les coïncidences, est très intéressante.

La structure est un peu déroutante. Rien n'est raconté de manière chronologique (sauf le tout début et la toute fin), et parfois, on s'y perd un peu. Certains événements nous sont contés avant que certains personnages en aient connaissance. Cela a fait que lorsqu'ils finissaient par en parler, j'avais un moment d'hésitation, et je me demandais comment ils avaient appris ceci ou cela. Tout est expliqué, mais il y a une certaine gymnastique à faire. Je ne pense pas que cette structure était nécessaire. J'aurais aimé que ce soit un peu plus «ordonné».

Une partie du roman se passe en Ouganda dans les années 80-90. Cela m'a permis de découvrir un pan de l'histoire que je connaissais peu. En outre, l'auteur s'attarde sur les sentiments et émotions des personnages, que ce soit les enfants assujettis, ceux qu'on tente de protéger, ceux qui les protègent... À un moment, il compare notre société de consommation à ces enfants et ces hommes qui luttent pour survivre dans des conditions atroces, et dont le sort est méconnu.

J'ai trouvé la fin un peu rapide. Tout est expliqué, mais j'ai trouvé que c'était un peu abrupte...

Lorsque Thomas et Azalea décortiquent le hasard, les coïncidences, et la fatalité, j'ai pensé (comme beaucoup de lecteur le feront sûrement) à la manière dont j'interprète ce qui arrive dans ma vie. Parfois, on voit des signes dans certains événements, on fait des paris un peu idiots. Certains ont, comme Thomas et Azalea, des idées bien tranchées sur les raisons pour lesquelles les événements arrivent. Finalement, l'auteur montre à ses personnages qu'il y a peut-être une part «d'écrit» et une part de hasard. Par exemple, lorsqu'une personne doit faire un choix, rien n'est encore prédéfini, tout dépend de ce qu'elle choisira. Azalea dirait peut-être que le choix que fera la personne est déjà écrit. ;-) Lorsque des événements semblent inéluctables, peut-être les personnes impliquées peuvent-elles y changer quelque chose. Là encore, un fataliste dira que les actes de ces personnes, destinés à changer le cours des choses, étaient écrits... Je préfère penser qu'il y a plusieurs possibilités, et que selon la direction que prendra chacun, les choses tourneront d'une manière ou d'une autre.

Ce roman est à lire d'abord parce qu'il est bien écrit, bien pensé, et ne traîne pas, mais aussi parce qu'il fait réfléchir quant à ces mystères qu'on appelle les coïncidences.

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Gonzalès pour la Bibliothèque Braille Romande.

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jeudi, 2 juin 2016

Wakolda, de Lucia Puenzo.

Wakolda

L'ouvrage:
Argentine, années 60.
Alors qu'il fuit ceux qui le recherchent, Joseph rencontre une famille qui l'intéresse au plus haut point car l'un de ses membres (Lilith, âgée de douze ans), est naine. Quel plaisir ce serait pour Joseph de tenter certaines expériences sur elle! Il s'arrange alors pour s'attacher à la famille.

Critique:
Le nom de famille de Joseph n'est jamais écrit, mais outre que la quatrième de couverture le donne (ce qui, à mon avis, est une erreur, car c'est au lecteur de le trouver), tous les indices sont là. Lucia Puenzo a donc écrit un roman autour d'un personnage ayant existé, imaginant comment il évolue après la guerre. Pour moi, ce qu'elle décrit est très réaliste... et assez effrayant.

C'est ce personnage qui fait que l'ambiance du roman est oppressante. À partir de cela, la romancière tisse tout un réseau d'éléments qui rendent cette ambiance de plus en plus lourde. On sent le danger sourdre des pages, et on ne sait pas vraiment comment l'arrêter. Par exemple, la poupée, élément de jeu, censé inspirer de la joie, est pervertie. D'abord,il y a ce curieux échange fait au coeur de la nuit, échange dont Lilith et le lecteur pressentent qu'il sera néfaste. Ensuite, il y a l'utilisation que fera Joseph des poupées.

Au long du roman, je me suis demandé pourquoi Lilith, qui sentait confusément que Joseph était dangereux, acceptait certaines choses. Bien sûr, elle avait l'espoir de grandir... En outre, à la fin, elle agit d'une manière qui pourrait paraître incompréhensible. Pourtant, cela s'explique encore une fois par son espoir de grandir... Une phrase montrera que Lilith prendra la mesure de ce qu'elle a fait, mais bien plus tard.

Les personnages sont bien analysés. L'intrigue avance inexorablement vers un dénouement qu'on devine sombre, à l'image du reste. Pourtant, cette noirceur qui court au long du roman n'est pas perçue par ses protagonistes, hormis peut-être Lilith et Nora.
La fin m'a semblé un peu rapide. Pour moi, il reste des questions.

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 6 mai 2015

Les adieux pour débutants, d'Anne Tyler.

Les adieux pour débutants

L'ouvrage:
Aaron a perdu sa femme, Dorothy. Il tente de faire son deuil.

Critique:
Je n'aurais pas tenté ce roman s'il n'avait pas été enregistré par une lectrice que j'apprécie beaucoup. En effet, je m'attendais à quelque chose de désespéré. J'aurais d'ailleurs compris que cela soit ainsi. Mais il n'en est rien. Anne Tyler décrit un homme qui souffre, mais à qui la vie fait reprendre le dessus. Il a des moments de désespoir (ce qui est bien normal), mais il n'y a pas de larmoiements. Aaron fait son deuil en se remémorant sa vie avec Dorothy. Il ne tombe pas dans le travers qui consisterait à magnifier la femme qu'il a perdue.
Ensuite, se passe une chose qu'on peut interpréter de plusieurs façons. L'important est que cette chose contribue au processus de deuil et d'acceptation.

Comme toujours dans ce genre de situations, on rencontre des gens bien intentionnés, mais pas très adroits. Par exemple, Anne-Marie, qui explique à Aaron que son amie, Louise, a perdu son mari, elle aussi. Alors, pourquoi Aaron n'essaierait-il pas de la fréquenter?

Outre l'absence de lamentations, ce livre n'est pas exempt d'humour. Les scènes se déroulant dans la maison d'édition sont souvent amusantes. Le type d'ouvrages édités par cette maison d'édition (des ouvrages pour débutants dans n'importe quel domaine) prête également à sourire. D'autant que le titre en est un rappel à la fois grave et humoristique.

Je ne sais pas trop quoi penser de ce que nous apprenons au dernier chapitre. Il y a une chose que je n'avais pas devinée et qui, pourtant, était évidente. Ensuite, ne connaissant pas la situation vécue par Aaron, il m'est impossible de juger ce qu'il fait, mais je suis restée un peu dubitative. Cependant, cela n'a en rien gâché ma lecture.

Un roman qui, simplement, sans fioritures, explore les conséquences de la perte d'un être cher.

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 10 décembre 2014

La blancheur qu'on croyait éternelle, de Virginie Carton.

La blancheur qu'on croyait éternelle

L'ouvrage:
Mathilde et Lucien vivent, chacun de son côté, un peu à contrecourant. Ils ne se connaissent pas, ou si peu...

Critique:
Voilà l'une des rares fois où je ne suis pas dérangée d'avoir une idée précise quant à la façon dont cela va se terminer. C'est voulu. Savoir comment cela se terminera n'est pas si grave, parce qu'il est très agréable de côtoyer les personnages de Virginie Carton.

Lucien et Mathilde sont un peu atypiques. À l'heure où ma génération ne jure que par téléphones portables et réseaux sociaux, j'ai trouvé reposant de tomber sur des personnages d'environ mon âge que ces choses ne touchent pas ou peu. Sans être aussi réfractaire que Mathilde, je suis souvent agacée par ces gens qui ne peuvent faire un pas sans leur téléphone portable, et font transiter leur vie par Facebook.
Il m'a plu de voir ces personnages évoluer, et ne pas tenter d'être autre chose qu'eux-mêmes. Ils ont plutôt des profils d'anti-héros. J'ai trouvé cela reposant. Dans la vie de tous les jours, je préfère les gens ainsi. Certes, à la longue, certains de leurs côtés doivent être agaçants, mais personne n'est parfait.

Bien sûr, on pourra trouver Mathilde un peu cruche, parfois. Elle ne trouve pas vraiment sa place, ne parvient pas à dire à sa mère qu'elle l'étouffe, ne sait pas toujours dire non, ne parvient pas à oublier un homme qui l'a quittée voilà dix ans... Bref, même si Mathilde m'a été sympathique car dépourvue d'artifices, l'auteur a peut-être un peu forcé le trait.
Lucien, même s'il est parfois trop gentil, n'éveillera pas cette compassion un peu amusée qui me prenait lors des chapitres évoquant Mathilde.

Autour de nos héros, gravitent des personnages plus ou moins sympathiques. Ma préférence va à ceux que côtoie Lucien qui sont ses voisins. Ils sont amusants dans leur désinvolture et leur attitude d'éternels adolescents. Quant à Mathilde, il m'a semblé que dans son entourage, personne ne valait la peine, car personne ne l'appréciait telle qu'elle est.

Le livre est parsemé d'allusions (explicites ou pas) à des chansons dont la liste se trouve en fin d'ouvrage. Cela m'a rappelé le film «On connaît la chanson».

Des personnages sensibles aspirant à un bonheur simple, un style fluide, vivant et agréable, quelques pincées d'humour. Voilà pourquoi il faut lire ce petit roman.

Éditeur: Stock.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Vanmeenen pour la Ligue Braille.

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