Editeur : Sonatine

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jeudi, 2 janvier 2020

Sauvez-moi, de Jacques Expert.

Sauvez-moi

L'ouvrage:
Mars 1990. Nicolas Thomas a passé trente ans en prison pour avoir assassiné plusieurs jeunes femmes. Il vient d'être libéré. Au même moment, le 36 Quai des Orfêvres est sur une affaire de viols dont certaines victimes ont été tuées.

Critique:
J'étais assez en colère après avoir lu «Hortense», et je ne voulais pas tenter un autre roman de Jacques Expert. Mais le résumé de celui-là m'a tentée, alors j'ai décidé d'essayer. Ce roman m'a plu. Comme je suis pénible, j'ai quelques reproches, mais je sais que certains ne sont pas vraiment justifiés. Par exemple, je suis déçue que les choses aient tourné ainsi pour tels personnages... presque pour tous, en fait. Certes, mais malheureusement, tout cela est extrêmement réaliste. Tout ce qui arrive dans ce livre, si affreux soit-ce, pourrait arriver dans la vie. J'aurais voulu que cela se passe autrement, mais le fait que tel personnage souffre et que tel autre ne souffre pas n'est pas une incohérence, ce n'est pas invraisemblable.

Mon deuxième reproche est davantage recevable. Je vais le formuler sans dévoiler des éléments clés, donc certains le trouveront peut-être sibyllin. Un personnage avoue quelque chose. Par la suite, le lecteur a la preuve que ce personnage a menti. Je me suis demandé pourquoi il avait menti, car cela ne pouvait lui apporter que des désagréments. Je me suis répondu à moi-même que le personnage avait besoin de prétendre cela afin d'être estimé par sa famille. Quant à l'auteur, il n'aurait pas dû préciser que le personnage avait dit des choses qui faisaient qu'on ne pouvait mettre son aveu en doute, puisqu'après, il nous apprend que l'aveu est un mensonge...

Outre cela, l'intrigue est bien menée. Rapidement, on sait à quoi s'en tenir concernant une chose importante. Et pourtant, on ne s'ennuie pas du tout. L'histoire se poursuit, et même si on sait, on se demande comment va se passer ceci et puis cela, etc. On est toujours tenu en haleine, du moins, cela a été mon cas. De plus, mise à part la petite incohérence concernant l'aveu d'un personnage, je n'ai rien trouvé qui ne cadre pas avec l'intrigue. Bien sûr, un lecteur tatillon se demandera pourquoi certains personnages n'ont pas mis leur histoire par écrit, mais cela n'aurait rien changé, et le fait qu'ils ne l'aient pas fait n'est pas une incohérence.

Malheureusement, je ne peux pas trop dire ce que je pense des personnages en les nommant, car cela révélerait des éléments clés, mais je peux dire qu'il y en a un que je n'ai pas senti dès le départ. Je suis contente d'avoir tout de suite eu raison. J'ai d'ailleurs été étonnée que personne ne doute jamais de ce personnage. Cependant, cela se comprend. Il m'était facile de dire cela, n'aimant pas du tout le protagoniste en question.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Florian Wormser pour les éditions Lizzie.

J'avais apprécié Florian Wormser dans «Dans la neige». Ici, il n'a pas démérité. Il a une voix qui ne se prête pas du tout à des effets pour les rôles féminins, et heureusement, il n'en fait pas du tout. Bien sûr, il monte un peu sa voix pour ces rôles, mais n'exagère absolument pas. Parfois, un personnage ayant l'accent marseillais parle. Le comédien a pris cet accent de manière très naturelle.

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jeudi, 8 novembre 2018

Une femme entre nous, de Greer Hendricks et Sarah Pekkanen.

Une femme entre nous

L'ouvrage:
Richard Thompson, riche homme d'affaires, vient de quitter Vanessa en lui laissant très peu de biens. Celle-ci habite maintenant chez sa tante Charlotte, et travaille dans un magasin de vêtements. Richard doit se remarier. Vanessa veut absolument empêcher cela.

Critique:
J'ai souhaité lire ce roman parce que c'est un thriller psychologique, et parce qu'il est enregistré par Camille Lamache. Je me suis un peu méfiée en découvrant que Sarah Pekkanen était l'une des autrices, parce que j'ai commencé un livre d'elle que je n'ai pas pu terminer, le trouvant mièvre. Le résumé m'a interpellée. En gros, il dit au lecteur de ne pas ramener l'intrigue à quelque chose de vu et revu, et promet de bons rebondissements. Au début de ma lecture, je voyais surtout la banalité niée par le résumé. Un personnage me déplaisait, un autre m'agaçait, un autre attirait ma compassion, mais il me semblait savoir où allaient Greer Hendricks et Sarah Pekkanen. Cela ne m'a pas déplu. Le livre m'intéressait, malgré le fait que selon moi, il ne respectait pas les promesses clamées par le résumé. Et puis, les choses se sont corsées. Il y a, en effet, quelques rebondissements bien trouvés et bien amenés. Je n'en avais pressenti qu'un, très peu de temps avant que Vanessa n'y pense. L'un d'eux m'a beaucoup surprise, je ne m'y attendais absolument pas: cela m'a semblé très finement joué par les romancières. Bien sûr, le livre ne croule pas sous les rebondissements (cela gâcherait le tout), mais n'allez pas croire que les passages qui en sont exempts traînent. Ce n'est pas le cas. J'ai aimé que les écrivains prennent le temps d'explorer et d'exposer la psychologie des personnages, de revenir sur certaines choses, etc.

Les autrices ont pris un thème que nous connaissons bien, et l'ont étoffé, créant une intrigue qui pourrait sembler peu probable, mais qu'elles parviennent parfaitement à rendre vraisemblable. Elles prennent le soin de donner des explications, de bien pointer du doigt (sans que cela semble appuyé) ce que le lecteur ne doit pas oublier afin qu'il y repense à la lumière d'autres éléments. Pour moi, elles se sont très bien débrouillées. Je n'ai pas trouvé d'incohérences, et je pense que dans un récit de ce genre, il est difficile de ne pas en faire.

Je ne peux pas trop dire ce que je pense des personnages en les nommant, parce que mon avis orienterait ceux qui me lisent et n'ont pas encore lu ce roman dans certaines directions, et il ne le faut pas. En fait, j'aimerais dire beaucoup de choses, mais elles donneraient trop d'indications. Sachez donc que ce livre m'a beaucoup plu, et que je le recommande.

Service presse de la plateforme d'écoute Audible.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Camille Lamache pour les éditions Lizzie.

Comme je m'y attendais, Camille Lamache n'a pas démérité. Lorsque les chapitres sont racontés par Vanessa, il me semble qu'elle prend une voix légèrement plus rauque, davantage en accord (notamment grâce à la fêlure et à la pointe de désabusement qui transparaissent) avec ce que nous découvrons de Vanessa que celle qu'elle prend pour les chapitres à la troisième personne du singulier, qui montrent quelqu'un à un stade très différent.
D'autre part, la comédienne a toujours le ton approprié, qu'il s'agisse de pleurer, de menacer, d'être en colère... Elle n'exagère pas les graves pour les rôles masculins.

Pour information, la structure du livre n'est pas respectée: plusieurs chapitres sont coupés en deux pistes.

Comme je l'ai dit à plusieurs reprises, je suis allergique à la musique dans les livres audio. Les éditions Lizzie en mettent parfois en début de chapitres. Ici, heureusement pour moi, il n'y en a pas. Par ailleurs, j'ai constaté que tous les livres de cet éditeur (du moins, c'est le cas pour ceux que j'ai lus, donc j'imagine que c'est ainsi pour tous) étaient présentés avec la même musique. Cela ne me déplaît pas. Je trouve que c'est une bonne idée. À terme, les lecteurs reconnaîtront l'éditeur avant d'entendre «Lizzie présente» grâce à cette musique récurrente. D'autre part, ce petit morceau ne me déplaît pas. Je reste allergique aux musiques en début de chapitres, bien sûr. ;-)

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samedi, 28 octobre 2017

Sans même un adieu, de Robert Goddard.

Sans même un adieu

L'ouvrage:
Londres, septembre 1923. Geoffrey Staddon découvre, dans le journal, que Consuela Caswell est accusée d'avoir empoisonné sa nièce et son mari, Victor, ce dernier en ayant réchappé de justesse. C'est un choc pour Geoffrey qui connaît les membres de cette famille. Il a réalisé les plans de leur maison (Clouds Frome), et a eu une liaison passionnée avec Consuela, qu'il a abandonnée douze ans plus tôt, alors qu'il avait juré de la sauver de son mariage arrangé. Persuadé que la jeune femme ne peut avoir commis un tel acte, l'architecte va tenter de prouver son innocence.

Critique:
Ce livre se lit assez facilement. Il est épais, et en général, les thrillers de cette grosseur traînent. Robert Goddard a bien placé quelques longueurs, mais elles restent acceptables. Concernant les rebondissements, on en voit forcément certains venir. Pour ma part, je ne les ai pas tous devinés, je suis donc contente que l'auteur ait réussi à me surprendre. Cependant, ces découvertes n'ont pas été d'énormes révélations.
L'ensemble est cohérent. L'auteur ne tente pas d'envoyer son lecteur sur diverses pistes pour les réfuter tout de suite après. Pendant une grande partie du roman, Geoffrey imagine que tel personnage est coupable. Cependant, certaines objections faites par ceux à qui il confie sa théorie sont plausibles.

Les personnages ne sont pas vraiment creusés, sauf Geoffrey qui se débat entre ses remords et son impulsivité. Si on le blâme pour ce qu'il a fait par le passé, si on soupire (en tout cas, cela a été mon cas) lorsqu'il se précipite pour confondre celui qu'il croit coupable alors qu'il n'a aucune preuve, on se demande aussi ce qu'on aurait fait à sa place.
Imery aussi m'a paru travaillé. Il ressent de l'empathie, ses émotions et ses sentiments ne paraissent pas décrits à la va-vite, il a un passé...

Deux choses m'ont vraiment déplu. L'une sera jugée secondaire par certains. Elle se passe quand Geoffrey et Rodrigo s'introduisent frauduleusement dans Clouds Frome. Cette cruauté gratuite était inutile et aurait pu être contournée.
D'autre part, je n'ai pas aimé ce qui arrive à la toute fin. Ce n'est ni bâclé ni incohérent, mais dans ce genre de thrillers, on s'attend à ce que certaines conventions non-écrites soient respectées. Même moi qui n'aime pas ce qui est formaté...

J'ai aimé lire ce roman sur le moment, mais en tapant cette chronique, je m'aperçois que je l'ai trouvé tiède. Il est parfait pour se vider la tête et ne pas trop réfléchir.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.
Julien Chatelet fait partie des comédiens que je retrouve toujours avec plaisir. En plus d'être très sympathique, il lit de manière vivante sans affectation. Par exemple, il ne prend pas une voix aiguë pour les rôles féminins, ce qui serait ridicule. Ici, il n'a pas démérité, mais un autre aspect de son interprétation m'a un peu déçue: il prononce presque tous les noms anglophones avec un accent. En fait, c'est surtout le «r» anglophone et le «h» marqué en début de mots que je ne trouve pas naturels là-dedans, probablement parce qu'ils n'existent pas en français. Je comprends que l'éditeur et le comédien aient trouvé incongru de prononcer «sir» comme «soeur» (personnellement, cela ne m'aurait pas dérangée), mais qu'y aurait-il eu de si perturbant à prononcer «Rosemary» à la française? Et Windrush sans le «r» anglophone? Et Henry à la française? Pour ce dernier mot, on me dira que collé à «sir», cela pouvait paraître étrange de le franciser. Peut-être, mais cela m'a écorché les oreilles, tout comme d'autres noms anglophones dont je ne ferai pas le catalogue. Étrangement, lorsque le comédien a dû prendre des accents portugais et italien pour des personnages, cela ne m'a pas beaucoup gênée. Bien sûr, il n'aurait pas fallu que cela dure trop longtemps.

Pour information, la structure du livre n'a pas pu être respectée.

Je trouve dommage que l'éditeur n'ait pas demandé au comédien d'indiquer le titre original du roman, comme cela avait été fait pour «À sa place», d'Ann Morgan.

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jeudi, 6 juillet 2017

Au fond de l'eau, de Paula Hawkins.

Au fond de l'eau

L'ouvrage:
Julia Abbott (dite Jules) est forcée de revenir à Beckford, sa ville natale, qu'elle a fuie après une enfance et une adolescence difficiles. En effet, sa soeur, Nel, se serait suicidée en se noyant dans la rivière. Nel était fascinée par cette rivière et ses noyées depuis son adolescence. Elle écrivait un livre sur le sujet. Sa fille, Lena, est persuadée qu'elle ne s'est pas suicidée.

Critique:
Pour moi, les bons côtés du roman sont la diversité des points de vue et l'ambiance que l'auteur parvient à créer. Les légendes entourant cette rivière dans laquelle il semble que certaines se jettent immanquablement sont assez impressionnantes. On comprend vite que cela n'est pas si simpliste, mais l'emprise de la rivière reste. J'ai trouvé cela très bien fait.

Quant à la diversité des points de vue, elle me plaît toujours lorsqu'elle est bien utilisée. Ici, comme dans «La fille du train», elle est pertinente. Elle aide à mieux comprendre les personnages, plongeant le lecteur au coeur de leurs peurs, de ce qu'ils croient, de leurs actes. J'ai beaucoup apprécié Jules qui, malgré des moments de faiblesse, tente de gérer sa vie au mieux.
Lena m'a semblé un peu compliquée, mais souvent, ses raisonnements sont intéressants. Elle sent qu'elle a besoin de davantage de cadre, se sent coupable de certaines choses, vient de perdre des êtres chers... Tout cela fait un mélange qui aurait de quoi rendre n'importe qui irascible.
Je n'ai pas vraiment apprécié Nel. Je comprenais son besoin de vérité, mais beaucoup de choses chez elle m'agaçaient. Cela ne dessert pas le roman. C'est un personnage bien pensé, avec ses défauts et ses faiblesses.
Les autres protagonistes sont intéressants. Qu'on les apprécie ou pas, ils ont tous quelque chose à dire.

L'intrigue ne m'a pas autant passionnée. D'abord, j'avais très vite deviné ce que voulait dire Nel avec son «Au fond, est-ce que tu as aimé ça?». Ensuite, il est normal qu'un auteur retarde ses révélations, sinon, le livre ne va pas loin. Certes, mais j'ai trouvé que les ficelles utilisées ici étaient très grosses. À propos de la mort de Cathy, on a d'abord un garçonnet apeuré qui hésite à dire ce qu'il sait, des diversions, etc. Certains auteurs s'en tirent bien mieux, car l'attente du lecteur est comblée par des éléments qui font qu'il oublie qu'il attend. Ici, cela n'a pas été le cas. De plus, concernant la mort de Cathy, la solution n'a pas été à la hauteur de mon attente. J'ai trouvé la raison bancale. Que Cathy soit morte ou non, ce qu'elle voulait éviter reste possible. Bien sûr, certaines choses sont plus difficiles à prouver, mais cela ne valait pas une mort. L'auteur a essayé de l'expliquer en s'attardant sur les circonstances, mais je n'y ai pas cru. C'était beaucoup trop gros.
Enfin, pour moi, il reste un point non éclairci: comment le bracelet de Nel s'est-il retrouvé ailleurs qu'au bras de sa propriétaire? Ici, c'est peut-être moi qui ai manqué l'explication.
Certains trouveront peut-être que la mort de Nel est aussi mal «justifiée» que celle de Cathy. Pour ma part, j'ai trouvé cela plus convaincant, mieux expliqué par des circonstances plus crédibles.

Je suis convaincue qu'il vaut mieux lire ce roman en audio. Pour moi, la performance des comédiens est un plus. Elle démarque l'ouvrage, accentue l'ambiance, rend bien l'état d'esprit des personnages.

Service presse des éditions Audiolib.
Les chapitres exprimant le point de vue de certains personnages (Jules, Lena, Erin, Sean et Josh) sont à la première personne du singulier, ceux montrant le point de vue d'autres sont à la troisième personne. L'éditeur audio a fait le choix (judicieux, à mon avis) de procéder comme suit: Ingrid Donnadieu interprète les chapitres du point de vue de Jules, Lola Naymark lit ceux du point de vue de Lena, Clémentine Domptail se charge de ceux d'Erin, et Julien Chatelet lit ceux de Sean et Josh. Marie-Eve Dufresne lit tous les chapitres dont le narrateur est omniscient.
Je connais peu Marie-Eve Dufresne: sa voix claire et son jeu naturel m'ont convaincue. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.
J'ai été ravie de retrouver Ingrid Donnadieu et Julien Chatelet dont le talent n'est plus à prouver. Ils n'avaient pas la partie facile. Julien Chatelet avait deux rôles. Il a su les différencier de manière subtile. Il n'est donc pas tombé dans le piège du surjeu. Quant à Ingrid Donnadieu, elle devait jouer la colère, le désarroi... elle l'a fait sans exagération.
Je connaissais très peu Lola Naymark. Elle est très bien entrée dans la peau de Lena.
Je n'avais pas été convaincue par Clémentine Domptail lisant «Ça peut pas rater»: je trouvais qu'elle n'était pas dans le ton. Je l'ai préférée dans le rôle d'Erin. Pour moi, elle a su interpréter ce personnage comme il le fallait. Peut-être est-elle plus à l'aise dans des lectures plutôt graves.

D'habitude, je râle quand les comédiens prononcent des noms propres étrangers avec un accent. Ici, il est évident qu'ils étaient obligés de prononcer Djoulse pour Jules, puisqu'en français, Jules est un prénom masculin. De ce fait, ils ont aussi prononcé Djoulia, par souci de cohérence. Heureusement, ils l'ont fait sans affectation.

L'éditeur audio a respecté la structure du roman.

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jeudi, 24 novembre 2016

Hortense, de jacques Expert

Hortense

L'ouvrage:
2015. Voilà vingt-deux ans qu'Hortense Delalande, deux ans et demi à l'époque, a été enlevée à sa mère, Sophie. Le ravisseur est le père de l'enfant: Sylvain Dufaillet. Sophie a tout fait pour retrouver Hortense. À présent, elle mène une vie terne et monotone. Un jour, dans la rue, une jeune femme la bouscule par inadvertance. Sophie est persuadée de reconnaître Hortense. Elle décide de suivre la jeune femme (qui, apprend-elle, s'appelle Emmanuelle) et de tenter de vérifier ses soupçons.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman parce que la fin m'a déçue. Jacques Expert a construit un livre qui m'a rappelé certains romans de Sebastian Fitzek. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose, mais je dis ça pour expliquer que pour moi, il a pris le même genre de risques que Fitzek.

Le roman est à plusieurs voix. Certains chapitres sont racontés par Sophie, d'autres par Emmanuelle. À cela s'ajoutent les dépositions de personnes qui furent concernées, de près ou de loin, par l'affaire. Cela m'a plu parce qu'on a différents points de vue. Chacun voit les choses avec ses paramètres, son vécu, sa connaissance des autres personnes impliquées, son interprétation des événements. C'est intéressant, bien construit, et chaque point de vue se défend. Je pense surtout aux témoignages de ceux qui côtoyèrent Sophie (amis, police, juges), pendant sa quête.

Pour moi, l'auteur parvient à faire douter son lecteur jusqu'à la fin sur l'identité de la jeune femme: c'est une bonne chose. On n'a que la certitude de Sophie, et outre le fait que ses propos laissent parfois transparaître une certaine instabilité bien compréhensible, on sait que celui qui veut voir quelque chose le verra forcément. Donc, on garde toujours à l'esprit que même si elle est de bonne foi, Sophie est partiale, souhaitant de toutes ses forces retrouver sa fille. Ensuite, les «coïncidences» que crée l'auteur peuvent paraître des preuves, mais lorsqu'on les examine de près, elles ne prouvent rien, car elles sont trop minces. Emmanuelle aime le poulet grillé: comme beaucoup de monde. Le prénom de l'amie de son père nous fera faire la même association que Sophie, mais c'est un prénom courant. Il y a aussi la réaction du père d'Emmanuelle quand il découvre que sa fille fréquente beaucoup Sophie... Ce ne sont pas les seuls éléments. Ces «coïncidences» sont habilement trouvées et placées. De plus, il est intéressant de les expliquer soit par le fait qu'Emmanuelle est Hortense, soit comme des hasards.
Je regrette que lorsque c'est Emmanuelle qui raconte, les chapitres soient intitulés «Hortense». Que la jeune femme soit Hortense ou non, l'auteur aurait dû nommer ces chapitres du prénom qu'elle se donne à ce moment-là, comme le fait Helen Klein Ross dans «What was mine». Ce qui compte, c'est ce que pense la jeune femme au moment où elle raconte. Était-ce une subtilité pour pousser l'inconscient du lecteur à pencher pour une solution plutôt qu'une autre?

Le romancier fait un peu la même chose concernant Sophie. Il nous montre un personnage tourmenté, emporté, aux idées tranchées... Certes, mais c'est son caractère. On peut la blâmer d'envoyer tout le monde au diable quand elle trouve que l'enquête n'avance pas, mais on peut aussi penser que c'est une mère, et sa réaction se comprend.

D'autre part, l'auteur emploie certaines ficelles un peu grosses, notamment dans la structure du récit. Il est normal, voire indispensable, que Sophie raconte ce qui lui est arrivé par le menu, mais pourquoi insérer des retours en arrière? Le récit commence alors que Sophie pense reconnaître Hortense, puis il y a des retours en arrière. La réponse est simple: il faut appâter le lecteur. Pour ma part, j'aurais préféré un récit chronologique, avec certains retours en arrière (par exemple, ceux à propos de la vie de Sophie et Hortense lorsqu'elles étaient ensemble), mais plus tard. Bien sûr, un début chronologique appâterait moins le lecteur, mais je pense que je l'aurais davantage apprécié, ignorant où l'auteur voulait aller. Ici, je voyais bien que c'était pour nous faire un peu mariner, même si les retours en arrière sont intéressants. D'ailleurs, à un moment, les choses semblent un peu figées, on n'avance pas, Sophie hésite, etc. Cela m'a un peu agacée.

Quant à la fin, elle est brutale et rapide. J'ai compris l'écrivain, il voulait donner une forte impression, et en dire le moins possible. Certes, mais cela fait qu'il laisse certaines questions sans réponses.

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Comment Sophie a-t-elle pu mettre l'enlèvement d'Hortense en scène? Comment se fait-il qu'on n'ait jamais retrouvé Sylvain? Cette question est en partie expliquée, mais je ne suis qu'à moitié convaincue. Pourquoi la police n'a-t-elle jamais trouvé le cadavre d'Hortense? Sans forcément enquêter sur Sophie, ils auraient dû entrer dans la chambre pour prendre des empreintes, etc. Même si Sophie cachait le cadavre pour les laisser opérer, il y aurait eu des traces... Pourquoi Sophie a-t-elle tué sa fille? Sûrement parce qu'elle a piqué une colère qui a mal tourné, mais j'aurais voulu en savoir plus. D'autre part, à un moment, j'ai envisagé ce qu'on découvre à la fin, surtout parce que Sophie insiste sur le fait qu'elle ne comprend pas son imprudence: elle a ouvert la porte, ce soir-là, alors qu'elle savait qu'elle n'aurait pas dû, puisqu'elle était menacée par Sylvain. Mais j'ai pensé que l'auteur n'avait pas pu faire cela, car c'était trop gros, et qu'il aurait trop d'explications à donner, puis j'ai pensé que s'il l'avait fait, il donnerait ces explications.

C'est toutes ces questions sans réponses qui, pour moi, rendent le tout bancal. En fait, la majorité du récit me paraît bonne, malgré les petites aspérités évoquées, mais j'ai la sensation que Jacques Expert a souhaité trop en faire, et s'est lancé un défi qu'il n'a pas tout à fait relevé. Il louvoyait dans des eaux troubles: il fallait que cela reste vraisemblable, qu'il y ait des indices trompeurs, mais qu'ils ne court-circuitent pas trop les choses, qu'il y ait aussi des indices orientant vers la vérité... J'ai la sensation que le tout ne tient pas très bien, que c'est un peu branlant. Je recommande tout de même ce roman pour les points de vue intéressants, et le doute qui subsiste jusqu'à la fin.

Remarque annexe:
Il y a une minuscule incohérence qui vient sûrement d'un manque de relecture. Emmanuelle dit que sa mère s'appelait Nathalie, puis plus tard, elle dit qu'elle s'appelait Pauline.

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La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anouk Adrien.
Je connais très peu cette comédienne: je l'ai entendue une fois audiodécrire un film. Sa voix est agréable. Elle a pris le parti de la modifier un peu selon que Sophie ou Emmanuelle parlait. Elle change le timbre, mais en plus, sa voix est empreinte d'enjouement pour Emmanuelle, et d'austérité pour Sophie. J'ai apprécié cela. Parfois, elle en fait peut-être un peu trop, mais cela peut se défendre. Par exemple, lorsque Sophie évoque ses années de bonheur avec Hortense, elle est passionnée, il est donc normal que la lectrice le montre. Ici, j'ai trouvé cela un peu mièvre, mais c'était peut-être voulu, connaissant Sophie.
À un moment, Emmanuelle fredonne «Aujourd'hui peut-être», de Fernand Sardou. J'ai trouvé dommage que la comédienne chante un air inexact.

J'ai été déçue de constater que la structure du livre n'était pas respectée. Il y a neuf pistes pour plus de cinquante chapitres.

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