Editeur : Sonatine

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi, 25 janvier 2021

La mer sans étoiles, d'Erin Morgenstern.

La mer sans étoiles

L'ouvrage:
Zachary Ezra Rawlins est en train d'écrire une thèse sur les jeux vidéo. Féru de lecture, il fréquente souvent la bibliothèque. Un jour, il emprunte «Doux chagrin», un mystérieux livre dont le nom de l'auteur n'est écrit nulle part. En le lisant, il découvre qu'un chapitre raconte un moment de son enfance. Très intrigué, il va tenter de comprendre...

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Au départ, j'ai douté, car les passages de «Doux chagrin» (ils alternent avec le présent de Zachary) me paraissaient difficiles à suivre, me semblant décousus. En fait, je n'ai eu aucun souci pour me retrouver dans ce qui, au départ, m'apparaissait comme un labyrinthe. Le mystère ne vient pas de ce que lecteur patauge, mais plutôt de l'aspect onirique du roman. Et cet aspect est extrêmement intéressant. Erin Morgenstern s'ingénie à jouer avec certains genres: conte (merveilleux, distorsion du temps, éléments récurrents...), légende (anecdotes semblant mythiques), suspense (plusieurs énigmes se posent), aventure, tout cela baigné d'onirisme. Pour son lecteur, elle ouvre certaines portes, afin qu'il réfléchisse aux possibilités qui se présentent à lui dans la vie, au quotidien, à sa façon d'appréhender tel événement. L'autrice parsème son roman de clins d'yeux (les uns explicites, les autres discrets) à «Alice au pays des merveilles». Il y a peut-être aussi une allusion à la série «Le cimetière des livres oubliés» de Carlos Ruiz Zafón.

À un moment, la romancière a dû penser que le lecteur allait tirer une conclusion hâtive concernant quelque chose. Alors, elle imagine un personnage qui tente de faire croire à Zachary que cette chose arrive justement. J'ai trouvé cela très bien fait, car j'avais justement peur que la chose en question soit la solution de l'énigme, et je me préparais à pester, car je déteste cette ficelle. J'ai donc bien ri de la manière dont l'autrice m'a rassurée sur ce point.

Pour moi, la fin appelle une suite. Mais c'est surtout parce que j'aimerais retrouver certains personnages, et qu'ils soient réunis. Je ne sais pas trop quelles aventures l'autrice pourrait leur faire vivre, mais il me plairait que Kat rencontre Dorian, par exemple, et que Zachary et eux soient les personnages principaux de la suite. Bien sûr, il semble que c'est ce qui va arriver, mais ce serait sympathique qu'Erin Morgenstern nous le montre.

Ce roman regorge de thèmes, de façons de penser, de magie (oups, Mirabelle me dirait que c'est un gros mot)... Je sais que ma chronique est trop fade pour lui rendre justice comme il le mérite, mais écrire davantage en profondeur signifierait trop en dévoiler. Donc si vous n'avez pas lu ce roman, laissez-vous tenter.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck pour les éditions Lizzie.

Emmanuel Dekoninck fait partie des comédiens qu'il me plaît de retrouver parce qu'il a toujours le ton adéquat. Pour ce livre, à mon avis, autre chose entre en jeu. Emmanuel Dekoninck a la voix parfaite pour interpréter ce type de romans où les genres sont mélangés, et où tout baigne dans une ambiance onirique. Donc, je pense que le choix de ce comédien pour ce roman a été plus que judicieux, car outre son grand talent, il a la voix pour.

Acheter « La mer sans étoiles » sur Amazon
Acheter « La mer sans étoiles » en téléchargement audio sur Amazon (Audible.fr)

jeudi, 12 novembre 2020

La nuit d'avant, de Wendy Walker.

La nuit d'avant

L'ouvrage:
Laura Lochner, vingt-huit ans, a été plaquée par SMS. Dévastée, elle quitte son travail à Wall Street, et part se réfugier chez sa soeur, Rosie. Celle-ci vit avec son mari (Joe) dans la ville où ils ont grandi: Bronston, dans le Connecticut. Laura tente de remonter la pente, et s'inscrit sur un site de rencontre. Bientôt, elle a un rendez-vous avec un certain Jonathan Fields. Le lendemain du rendez-vous, Rosie s'aperçoit que sa soeur n'est pas rentrée...

Critique:
Après avoir aimé «Emma dans la nuit», j'ai sauté sur l'occasion de lire «La nuit d'avant». Je n'ai pas été déçue. Les petits reproches que je ferai sont du pinaillage.

Dès le départ, l'autrice nous présente une équation compliquée. Laura n'est pas uniquement une jeune femme souffrant parce que celui qu'elle aime l'a quittée. Elle a un passé, et celui-ci fait que le lecteur ne peut pas lui faire absolument confiance. Cette ficelle paraît facile, seulement, elle est bien utilisée, parce que je n'ai pas passé mon temps à me demander si Laura était digne de confiance. Certes, je me suis posé des questions, mais j'étais prise par le récit, et le suivre m'empêchait de m'interroger.
Ensuite, je suis contente, car Wendy Walker m'a bernée en usant de vieilles ficelles. En fait, elle a mêlé deux ficelles du même type (celles dont on pense qu'elles ont été tellement surexploitées que ce serait une honte de les employer) et elle a laissé le lecteur (du moins moi) se tromper. Il y a une des ficelles à laquelle j'ai crue tout en n'aimant pas ce qu'elle impliquait, et cette ficelle était un faux indice. Quant à l'autre (celle qui montrait où était la solution), je ne l'ai absolument pas vue venir, alors que la romancière a semé plusieurs indices la concernant. Et après cela, j'ai râlé après certains personnages qui, à mon avis, ne comprenaient pas assez vite. Oui, mais il faut quand même que je précise que j'avais compris seulement trente secondes avant l'un d'eux. ;-)
Lorsque j'ai remonté le fil des indices, je n'ai trouvé aucune incohérence. J'ai même pensé que j'aurais dû deviner plus tôt.

J'ai éprouvé à la fois de la compassion et de l'agacement quant à Laura. Je trouvais qu'elle traînait beaucoup de casseroles, et je doutais parfois de ses efforts pour s'en débarrasser. Cependant, dès son enfance, elle s'est débattue dans des relations familiales compliquées.
Je ne peux pas trop dire ce que je pense des autres personnages, car j'orienterais trop le lecteur sur le degré d'appréciation que mérite chacun.

Wendy Walker a pris le temps de finir son roman. Il n'est pas bâclé. En bonne pinailleuse, j'aurais aimé qu'elle fasse un autre chapitre disant comment se passent les choses après. J'aurais même apprécié qu'elle nous apprenne que «le méchant» a succombé à une maladie quelconque ou à autre chose d'extrêmement douloureux. ;-)

Éditeur: Sonatine.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Gremaud Mettraux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé cette lectrice dont le ton est toujours adéquat: ni trop sobre, ni affecté. Malheureusement pour moi, ici, elle a prononcé certains noms propres (celui de l'auteur, de la ville...) en prenant un accent anglophone. Je trouve toujours cela anti naturel (imaginez cela dans une conversation de tous les jours).

Acheter « La nuit d'avant » sur Amazon

jeudi, 11 juin 2020

Les sept morts d'Evelyn Hardcastle, de Stuart Turton.

Les sept morts d'Evelyn Hardcastle

L'ouvrage:
Il erre dans la forêt. Il ne se souvient que d'une chose: Anna a été assassinée, il doit trouver le meurtrier. On lui a donné une boussole. Il se demande si ce ne serait pas l'assassin qui la lui aurait donnée. Il finit par être retrouvé. On lui apprend qu'il était au domaine de Black Eath à l'occasion d'une fête donnée par les propriétaires. On l'y ramène, et on lui promet qu'on va faire son possible pour retrouver Anna, ou son meurtrier, si elle a été tuée. C'est un peu plus tard qu'il apprend qu'il n'est pas là par hasard.

Critique:
J'ai un sentiment mitigé quant à ce roman. J'ai trouvé l'idée bonne, mais pour moi, l'intrigue était beaucoup trop lente. Il me semble que l'auteur voulait écrire un récit haletant, et qu'il a réussi à créer des scènes de ce genre, mais certains passages m'ont semblé un peu poussifs. J'ai apprécié la résolution de l'énigme, car je ne l'avais pas devinée, et j'ai trouvé que l'auteur avait bien joué.

Des questions cruciales se posent concernant le personnage principal qui est également le narrateur. On peut comprendre son cheminement: d'abord, il était là pour une raison très précise; petit à petit, il s'est rendu compte que les paramètres changeaient... Il finit par penser que la manière dont il a évolué est bénéfique. Je me suis demandé comment j'aurais réagi à sa place. Je n'ai pas réussi à répondre. J'imagine que je n'aurais pas évolué de la même façon que lui, mais je n'en sais rien.
Quant à Anna, il me semble qu'on n'a pas assez d'indices sur elle. Bien sûr, il est aisé de comprendre qu'étant donné le contexte, elle a évolué dans le même sens que le narrateur. Là encore, j'ignore comment j'aurais réagi à sa place, et je trouve intéressant de me le demander.

Certains diront que l'idée de départ (ce qui arrive au narrateur) n'est pas si bonne que je le dis, parce qu'elle a déjà été plusieurs fois exploitée. Je l'ai trouvée bonne parce qu'à mon avis, le romancier a su en tirer parti. Je dois aussi reconnaître que cette idée me plaît, et que j'imagine parfois ce que je ferais si j'y étais confrontée, tout en sachant que cela ne m'arrivera jamais.

Malgré les passages lents, je recommande ce roman pour ses idées, son personnage principal, et la résolution de son énigme.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurent Natrella pour les éditions Lizzie.

Je ne connaissais pas du tout ce comédien. Son jeu m'a plu. Il n'avait pas la partie facile, car il devait interpréter une galerie de personnages. Pour moi, il les a joués sans surjouer. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

Acheter « Les sept morts d'Evelyn Hardcastle » sur Amazon
Acheter « Les sept morts d'Evelyn Hardcastle » en audio sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

lundi, 10 février 2020

Une autre histoire, de Sarah Naughton.

Une autre histoire

L'ouvrage:
Londres. Abraham (dit Abe) McKenzie a sauté du Quatrième étage de l'immeuble (une église reconvertie) où il habitait. Il est dans le coma. Sa soeur, Mag, qui ne l'a pas vu depuis de nombreuses années, et qui est avocate à Las Vegas, se rend à son chevet. Elle y rencontre Jodi, la petite amie d'Abe.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Sarah Naughton utilise pourtant certaines ficelles qui, en général, me déplaisent. Par exemple, au début, il y a un chapitre évoquant quelque chose qui arrive bien plus tard dans le roman. Ici, il est assez habilement construit pour ne pas être un prologue qui ne sert à rien. Bien sûr, au bout d'un moment, on imagine qu'il se rapporte à tel élément, mais normalement, on ne le replace que très peu de temps avant l'événement dont il parle.

L'autre ficelle, ce sont des chapitres dont on ne sait pas de quel point de vue ils sont racontés (Celui d'une petite fille, mais qui est-ce?), et dont on devine rapidement qu'ils sont arrivés avant l'action centrale du roman. Concernant ces chapitres, j'ai su gré à l'autrice de ne pas trop traîner avant de nous dire qui ils concernent. Elle ne fait pas attendre le lecteur jusqu'à peu de pages avant la fin, et cela ne détruit absolument pas le suspense concernant l'action centrale.

J'ai apprécié la construction de l'énigme. Mag veut forcément savoir ce qui a poussé son frère au suicide, elle cherche, fouille, et fait fatalement des découvertes. J'ai trouvé tout cela bien amené. J'ai également pensé que la romancière s'en sortait bien entre faux indices et demi-vérités. Pour moi, tout est crédible et cohérent, et quand je me lançais sur des fausses pistes, je gardais en tête qu'elles pouvaient être fausses, parce que Sarah Naughton ne les pointait pas exagérément du doigt. Ce n'étaient que des hypothèses à ne pas rejeter tout de suite.

L'écrivain aborde avec justesse le thème de l'enfance meurtrie et ce qui en découle. Je n'ai pas trop apprécié ce qu'est devenu l'un des personnages, mais je l'ai compris. En outre, ce protagoniste finit par se remettre en question.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Lizzie. Ne connaissant pas bien le comédiennes, j'ai déduit la distribution. S'il y a une erreur, je suis désolée, et je la corrigerai si on me la signale. Clémentine Domptail lit les chapitres racontés par Mag, Lila Tamasit interprète ceux du point de vue de Mira, Caroline Tillette lit ceux relatés par Jodi et ceux du point de vue de la petite fille, Jean-Christophe Lebert interprète ceux du point de vue de Rob, et Xavier Bord lit celui narré par Abe.

Je me souviens avoir été sévère avec Clémentine Domptail concernant sa lecture de «Ça peut pas rater», puis avoir préféré sa prestation dans «Au fond de l'eau». Ici, j'ai beaucoup apprécié son jeu. Elle exprime les sentiments de Mag sans exagérer. En outre, elle fait partie des très rares personnes qui prononcent correctement le mot «moeurs».

Je ne connaissais pas du tout Caroline Tillette. J'ai apprécié sa lecture. Elle aussi a joué sans surjouer. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

J'avais un a priori négatif concernant la lecture de Lila Tamasit, car j'ai écouté un extrait d'un livre qu'elle a enregistré, et je l'ai trouvée trop sobre. Dans «Une autre histoire», elle a balayé mes craintes. Soit j'ai mal choisi mon extrait, soit c'était un accident de parcours... en tout cas, je retrouverai également cette comédienne avec plaisir sur d'autres livres. Tant mieux pour moi, car elle a enregistré au moins deux pavés qui me tentent.

J'ai été ravie de retrouver Jean-Christophe Lebert dont j'apprécie le jeu depuis plusieurs années. Ici, il n'a pas démérité.

Je ne connaissais pas du tout Xavier Bord. Il ne lit qu'un chapitre, donc j'avais peu de matière à entendre. À première écoute, son jeu est naturel. J'espère pouvoir l'entendre sur un livre entier.

Je pense que l'éditeur aurait dû recruter une lectrice supplémentaire pour enregistrer les chapitres du point de vue de la petite fille. Si je dis pourquoi je pense cela, je risque de donner trop d'indices sur un pan de l'histoire. Je dirai donc que l'éditeur a été confronté au problème inverse (si je puis le tourner ainsi) dans «Les jours de ton absence», et que là, il a judicieusement choisi de ne pas faire intervenir un autre lecteur. Cela aurait donné le même type d'indices que ceux donnés par le fait qu'il n'y ait pas une lectrice qui lirait uniquement les chapitres dédiés à la petite fille dans «Une autre histoire».

Acheter « Une autre histoire » sur Amazon
Acheter « Une autre histoire » en audio sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

vendredi, 10 janvier 2020

La disparition d'Adèle Bedeau, de Graeme Macrae Burnet.

La disparition d'Adèle Bedeau

L'ouvrage:
Saint-Louis, petite ville près de la frontière Suisse.
Manfred Baumann est un habitué du restaurant de la Cloche. Un jour, il constate qu'Adèle, la serveuse, n'est pas là. Pour une raison inexpliquée, elle n'est pas venue travailler. Les jours se suivent, et elle ne réapparaît pas...

Critique:
Ce roman m'a plu. La quatrième de couverture indique que cela ressemble à du Simenon. Moi qui suis plutôt tiède envers les écrits de ce romancier, j'ai (encore une fois) eu raison d'écouter mon instinct plutôt que cette indication. Certes, il y a une ambiance à la Simenon, mais j'ai trouvé les personnages (surtout les deux principaux) davantage creusés. L'auteur prend le temps de les présenter, de les montrer dans diverses situations, d'évoquer leur passé. Manfred m'a paru difficile à réellement cerner. Je me suis demandé s'il n'y avait pas un brin d'autisme dans son comportement. Il s'accroche à une routine, semble à l'écart, a parfois des pensées un peu étranges. Bien sûr, quelque chose influe sur sa façon d'être, mais je ne suis pas sûre que cette chose soit la seule. Je ne sais pas trop quoi penser concernant la faute passée (si j'ose le tourner ainsi) de Manfred. Je n'ai pas réussi à savoir s'il était «perturbé» ou si autre chose (de la confusion, de l'égarement, une perte de contrôle) l'a fait agir ainsi...

Quant à Gorski, j'ai apprécié ce que nous apprend l'auteur. Gorski m'a amusée parce qu'il pensait qu'il devait peut-être revoir ses méthodes, mais ne s'y résolvait pas. J'ai été surprise de tomber sur un inspecteur qui n'accordait aucun crédit à l'intuition. Souvent, les policiers des romans se fient à leur intuition.
Je n'ai pas vraiment compris pourquoi il a épousé Céline. Bien sûr, on peut se l'expliquer, mais j'imaginais que Gorski aurait été plus perspicace quant au fait qu'ils ne s'entendraient pas, étant donné leurs débuts.

Pour moi, le récit ne souffre d'aucun temps mort, d'aucune incohérence. Quant à savoir ce qui est arrivé à Adèle... ;-)

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Florian Wormser.

Je connais peu ce comédien, mais j'ai beaucoup apprécié le peu que j'ai lu. Donc je savais que sa lecture me plairait, ce qui a été le cas. Il ne fait pas d'horribles effets de voix pour les rôles féminins (ce qui serait absolument désastreux, étant donné le timbre et le léger voile de sa voix). Il rend bien les sentiments des personnages. Par exemple, lorsque Gorski se rend chez le grand-père de Manfred, le comédien joue sans faille le mépris teinté de condescendance, mais aussi d'une note d'indulgence, du vieil homme envers le policier.

Pour information, la structure du livre est respectée.

Acheter « La disparition d'Adèle Bedeau » sur Amazon
Acheter « La disparition d'Adèle Bedeau » en téléchargement audio sur Amazon (Audible.fr)

- page 1 de 4