Editeur : Sarbacane

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jeudi, 25 octobre 2018

La fourmi rouge, d'Émilie Chazerand.

La fourmi rouge

L'ouvrage:
Vania Strudel, quinze ans, vit avec son père (Gottfried) qui est taxidermiste. Son meilleur ami (Pierre-Rachid, dit Pirach) habite dans le même immeuble qu'elle. Elle fait parfois du papy-sitting pour Rachel, une autre voisine, dont elle «garde» le père, Abraham. L'adolescente entre en Seconde. C'est alors qu'elle reçoit un mail d'un expéditeur anonyme qui l'exhorte à cesser de se retenir de vivre, à oser être elle-même, à cesser d'être insignifiante.

Critique:
Ce livre est un coup de coeur. Émilie Chazerand a l'art de dépeindre des situations cocasses ou embarrassantes, de caser des répliques savoureuses au bon moment, de décrire des personnages auxquels on s'attache. Il n'y a aucun temps mort, aucun remplissage.

La jeune héroïne m'a un peu rappelé ce que j'étais quand j'avais son âge. Je n'étais pas harcelée par de méchantes filles et ignorée par d'autres, mais je n'étais pas vraiment populaire. À part cela, je n'étais pas aussi mûre qu'elle. Tour à tour agaçante (comme lors de sa dispute avec son père), drôle (lorsqu'elle pointe du doigt la bêtise de Charlotte, qu'elle bave devant Grégoire, qu'elle donne une petite leçon à Pirach, qu'elle se moque d'elle-même...), et attendrissante (lorsqu'elle raconte ce qui s'est passé avec sa mère), Vania est un personnage auquel on s'identifiera très facilement, et qui conquerra forcément les lecteurs. Elle s'accepte, assume ses failles, même si elle rechigne à en combler certaines, le tout avec un humour toujours à propos.
Ceux qui gravitent autour d'elle sont attachants. Son père est sûrement celui qui m'a le plus touchée parce qu'outre le fait qu'elle est injuste envers lui après son premier jour de lycée, on voit qu'il n'a pas eu une vie facile, et veut toujours faire plaisir, notamment à son ingrate de fille. ;-)
J'ai également beaucoup apprécié Pirach (même si presque dès le début, il s'attire les foudres de sa meilleure amie et celles du lecteur) ainsi que ses parents.
Rachel semble trop courir après le mâle, mais elle n'est pas antipathique.
Victoire est sympathique. Vania l'évoque dès le début, mais on découvre sa personnalité plus tard, lorsqu'elle a de longues conversations avec son amie. Je me suis demandé si la maladie dont elle souffre existait vraiment. D'après Wikipédia, cela existe, et en français (Vania ne donne le nom qu'en anglais) cela s'appelle la triméthylaminurie. Victoire semble moins adepte de l'autodérision et de l'humour corrosif que l'héroïne. C'est finalement elle qui tirera une leçon pertinente de ce qui leur arrive.

Ce livre, en plus d'être rédigé d'une plume vivante et fluide, pose certaines questions, parle de tolérance (pas seulement à travers Victoire). Vania se cherche, cherche sa place, et elle se rend compte qu'elle n'est pas la seule. Émilie Chazerand incite son lecteur à profiter des bons moments (même lorsqu'il s'agit d'être méchante et de faire mordre la poussière (et la balayette) à la pouffiasse qui se moque de vous et vous martyrise depuis des années). Elle n'est pas une fervente adepte du pardon à tout prix, ce qui m'a plu. Son roman est très réaliste. J'ai beaucoup souri, ai eu quelques rires, et aussi de petites larmes d'émotion.
Et vous, saurez-vous qui a envoyé le mail de la vérité? J'ai lu une chronique dont la rédactrice avait trouvé dès le départ. Quant à moi, je ne l'ai deviné que lorsqu'un personnage s'est «révélé», si j'ose dire.

Je suis contente: pour une fois, je ne suis pas la seule à dire du mal d'un livre que tout le monde a aimé. J'applaudis Émilie Chazerand avec les autres!

Éditeur: Sarbacane.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Maude Morel pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Je connais peu cette lectrice bénévole. J'ai apprécié son interprétation. Il y a un passage qu'il vaut mieux lire en audio, et que Maude Morel a très bien rendu: c'est toute la partie où notre héroïne a une incisive en moins. Elle zozote, et c'est très amusant, surtout lorsqu'elle est fâchée ou tente d'être sérieuse.

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lundi, 12 septembre 2016

Les petites reines, de Clémentine Beauvais.

Les petites reines

L'ouvrage:
Bourg-en-Bresse.
Cette année, Mireille Laplanche est boudin de bronze du lycée. Elle qui, d'habitude, est boudin d'or, y voit un petit progrès. Si elle accepte avec flegme ce qu'elle ne peut changer, ce n'est pas le cas d'Astrid et Akima qui sont boudins d'or et d'argent. Cela fait que les trois adolescentes se rencontrent, échangent leurs soucis, et finissent par échafauder un projet fou.

Critique:
J'ai beaucoup aimé «Comme des images», le roman précédent de Clémentine Beauvais. Je n'ai malheureusement pas pris le temps de le chroniquer, à l'époque. L'auteur dit les choses avec causticité et gravité. Ses exemples sont frappants, les événements qu'elle décrit montrent, par exemple, les dangers des réseaux sociaux, avec brio. Si «Comme des images» était à la fois choquant et désespéré, justement de par sa pertinence, «Les petites reines» est un peu plus léger. L'auteur traite de sujets graves, mais le côté désespéré est moins présent.

J'ai d'abord apprécié le style de Clémentine Beauvais, la manière dont son héroïne dit les choses. Avec verve, par des images précises et claires, des répliques justes et fines, un style direct, sans mâcher ses mots, mais en les enveloppant de rire, la romancière raconte ces jeunes filles et les personnages qui gravitent autour d'elles. Les surnoms que la narratrice donne à certains personnages contribuent également au comique.

Ceux qui me connaissent s'attendront sûrement à ce que je m'énerve quant au «coup de foudre». Ici, il n'est pas agaçant. D'abord, il est compréhensible qu'une adolescente éprouve une certaine attirance au premier regard. Ensuite, ce coup de foudre n'est pas réciproque. Enfin, l'auteur l'utilise pour faire rire le lecteur. Ici, il est donc placé intelligemment.

Si le projet des adolescentes paraît insensé, on finit par penser: après tout, pourquoi pas? Pourquoi rester chez soi à ressasser? Pourquoi ne pas essayer de faire quelque chose, même si cela paraît totalement rocambolesque? Mieux vaut tenter sans forcément y arriver plutôt que de regretter de n'avoir rien fait.
La réalisation de ce projet mènera nos trois héroïnes à se confronter à certaines choses, à en comprendre d'autres... Ce sera comme une sorte de parcours initiatique sur plusieurs points. À mesure que le livre avance, le style reste alerte, et le rire fait quelques incursions dans le récit (la scène où Malo et Mireille se rencontrent, alors que celle-ci veut aller aux toilettes, est assez cocasse), la verve de Mireille laisse davantage place à un style un peu plus sérieux. Je l'ai un peu regretté, mais je l'ai compris: cela montrait l'évolution des personnages, surtout celle de Mireille.

À la fin, certaines choses auraient peut-être mérité des précisions, mais cela ne gâche en rien la lecture.

Éditeur: Sarbacane.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Acke-Fable pour la Ligue Braille.
La lectrice est très bien entrée dans la peau des personnages, mais surtout, dans le style de Clémentine Beauvais, tout comme elle l'a fait en enregistrant «Comme des images». «Les petites reines» ne doit pas être lu de manière trop sobre, ce qui détruirait complètement le travail de la romancière. Adoptant la légèreté et la gravité nécessaires, la lectrice nous fait ressentir la vie de ces personnages.

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