lundi, 27 janvier 2020

Le jeu des trente, de William Kotzwinkle.

Le jeu des trente

L'ouvrage:
Jimmy McShane est détective privé. Ce jour-là, son ami, Saul Feldman, diamantaire, lui fait savoir qu'il l'a recommandé à Temple Rennseler. Celle-ci n'est pas satisfaite de la manière dont la police enquête sur le meurtre de son père, Tomy. Ce dernier, antiquaire spécialisé en objets égyptiens, a été tué d'une injection de venin de serpent.

Critique:
Après avoir adoré «Midnight examiner», j'ai essayé quelques livres de William Kotzwinkle, mais j'ai été déçue. Je me suis finalement décidée pour «Le jeu des trente» parce que le résumé était intéressant, et parce que j'apprécie la façon de lire de celle qui l'a enregistré. Je pense qu'il y a une autre raison pour laquelle j'ai accepté d'essayer de le lire: j'ai arrêté de m'attendre à ce qu'un livre de cet auteur me fasse autant rire que «Midnight examiner». Je suis contente, car ce roman m'a plu. Il n'est pas aussi hilarant que «Midnight examiner», mais l'auteur glisse quelques notes d'humour, et elles sont toujours à propos. Par exemple, l'apparition de Viola est toujours synonyme d'amusement, même si cela se teinte de gravité. Le chapitre 1 aussi est cocasse. Tout cela n'est pas source de fous rires, mais de sourires. Comment ne pas glousser à la mention de la prophétie de l'omelette?

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. L'auteur aborde un thème que beaucoup d'auteurs ont déjà utilisé (Lisa Gardner gagne sûrement le pompon), et cela a commencé par m'agacer, mais je reconnais qu'il le fait avec à propos. Pas de pathos. Tout est (malheureusement pour certains personnages) très réaliste. À la fin, il laisse entrevoir que ceux qui ont souffert sont rejetés par ceux qui devraient leur apporter le plus de réconfort possible. Ça, je ne l'ai jamais lu dans aucun roman évoquant ce thème, et je suis triste de dire que là encore, William Kotzwinkle est très réaliste. C'est assez écoeurant.

Quant au nom du coupable de la mort de Tomy... À un moment, j'ai soupçonné le personnage ainsi que ce qui lui arrive (ceux qui ont lu le livre comprendront), mais j'espérais que ce ne serait pas la solution. Je n'en veux pas trop à l'auteur parce qu'il a tout préparé au long du roman, donnant beaucoup d'indices, mais aussi parce qu'il a tout expliqué sans incohérences. La seule qu'il puisse y avoir est celle que je reproche lorsque les auteurs s'engagent dans ce genre de choses... Étant donné que beaucoup le font, j'imagine que de la documentation soutient leurs affirmations. Il faudrait qu'un jour, j'aie le courage de me plonger là-dedans.

Je sais que William Kotzwinkle a écrit beaucoup de livres. J'espère qu'il y en a d'autres mettant Jimmy McShane en scène. Outre que je le trouve sympathique, j'imagine que dans une suite, le lecteur aurait des nouvelles de certains protagonistes de ce roman-ci.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Elvire de Montjou pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie la façon de lire de cette lectrice. En plus d'un jeu naturel (ni trop sobre ni exagéré), elle a une voix très agréable.

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vendredi, 26 décembre 2014

Liaisons étrangères, d'Alison Lurie.

Liaisons étrangères

L'ouvrage:
Le lecteur va suivre quelques mois de la vie à Londres de Fred et Vinie, deux professeurs d'université américains.

Critique:
La quatrième de couverture parle d'une critique féroce de l'Angleterre. Je pense qu'il ne faut pas résumer le roman à cela. pour moi, c'est plutôt une galerie de personnages qui (comme la majorité des gens) ont des préjugés sur tout un tas de choses, et les expriment. Certains d'entre eux (le couple ami de Fred) voyaient en l'Angleterre un pays de Cocagne, et ont été cruellement déçus. Voilà pourquoi ils crachent tout ce qu'ils peuvent sur leur pays d'adoption. Il est vrai que ces réflexions véhémentes font plutôt sourire. On a envie de dire au couple de tenter de s'adapter, de sortir de son raisonnement négatif, ou bien de rentrer aux États-Unis. D'une manière générale, les personnages de ce roman sont ainsi: englués dans des idées reçues forgées par la vie. Certains (surtout Fred et Vinie) sont assez ouverts d'esprit pour en sortir, mais cela se fait progressivement et douloureusement. En tout cas, il est vrai qu'Alison Lurie analyse très bien le comportement et la psychologie de ses personnages. À travers de multiples exemples et anecdotes, elle en brosse un portrait réaliste et fouillé.

Ces quelques mois sont comme un voyage initiatique pour nos deux professeurs. l'auteur donne assez d'indices au lecteur pour qu'il sache à quoi s'en tenir sur certaines choses bien avant nos héros. Par exemple, j'ai très vite apprécié Chuck, et trouvé Rosemary égoïste et frivole. Mais attention, n'ai-je pas, moi aussi, fait preuve de préjugés? Ne les ai-je pas jugés trop vite? Vous le saurez en lisant le roman.

La structure est classique. L'auteur alterne les chapitres où l'on voit Vinie et ceux où on voit Fred. Chaque chapitre commence par une citation ayant trait à leurs travaux. Parfois, ils se rencontrent, mais évoluent dans des sphères relativement opposées.
Le début m'a paru un peu lent, mais une fois que je suis rentrée dans le livre, j'ai savouré l'écriture d'Alison Lurie.

L'ambiance et la justesse de ce roman m'a fait penser à «Changement de décor», de David Lodge.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Note: Ce roman n'est plus disponible à la BSR.

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mercredi, 20 août 2014

Dans la lumière, de Barbara Kingsolver.

Dans la lumière

L'ouvrage:
Sud des Appalaches. Dellarobia Turnbow est la première à voir le phénomène: des milliers de papillons qui, normalement, ne devraient pas se trouver là. Cette apparition met le petit village en effervescence. Le monde s'y intéresse, des scientifiques viennent étudier cette venue incongrue... Quant à Dellarobia, les événements vont la forcer à se pencher davantage sur sa vie, et à se demander ce qu'elle veut vraiment.

Critique:
À l'instar d'«Un été prodigue», ce roman est au plus proche de la nature. Barbara Kingsolver explique comment un tel phénomène (la migration de papillons qui, habituellement, se rendent au Mexique), est possible. Si cela n'est jamais arrivé, le cadre existe,ce qui rend cette éventualité plausible. On en revient donc au fait que l'homme agit sans se préoccuper des conséquences. Il malmène la nature qui ne peut pas toujours s'adapter. Les explications données et le petit débat qui a lieu entre Tina (journaliste superficielle et presque caricaturale) et Ovide (le scientifique) m'ont fait penser à «Sweetwater», de Roxana Robinson, où l'auteur explique certaines choses et confronte deux opinions différentes.
J'ai apprécié apprendre des choses sur ces papillons jusqu'alors inconnus de moi, sur l'écosystème (même s'il y en a que je savais).

L'héroïne, Dellarobia, m'a souvent agacée. Pourtant, elle agit au mieux. D'abord, je l'ai trouvée méprisante envers sa condition, son mari (qui s'en satisfait), etc. Il me semblait qu'elle regardait tout le monde de haut, et humiliait son mari en connaissance de cause. Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu'elle n'a pas fait les choix qu'elle aurait souhaité faire. Ses regrets à ce sujet la font agir ainsi. C'est aussi cela qui lui fait éprouver une attirance pour Ovide. Ce n'est pas une véritable attirance, c'est juste un symptôme de son mal être, comme toutes les attirances passées qu'elle a éprouvées. Elle en est consciente, et évolue tout au long du roman. Elle trouve le courage d'admettre ses erreurs. Après tout, pourquoi ne pas aspirer à autre chose? Ce n'est pas parce qu'on souhaite une autre vie qu'on n'est pas quelqu'un de bien. Je suis d'ailleurs la première à m'insurger lorsque les personnages de livres (et les gens en général) laissent perdurer une situation qu'ils savent mauvaise. C'est pour cela que je ne m'explique pas vraiment mon antipathie à l'égard de Dellarobia. Je pense qu'elle vient surtout du fait que son mari est «un gentil», et que j'ai toujours de la peine quand on fait du mal aux «gentils». Cependant, elle lui en aurait fait davantage, à terme, en agissant autrement. Certains lecteurs seront d'ailleurs davantage agacés par le mari de notre héroïne que par elle...
D'autre part, je n'ai pu m'empêcher de la fustiger lorsqu'elle se rend compte de ce que Tina a fait de ses déclarations. J'ai pensé: «Tu n'arrêtes pas de penser que tu es plus futée que les autres, et tu n'as pas imaginé qu'une journaliste ferait son possible pour déformer tes propos et tes postures afin de faire du sensationnel!» Le fait qu'elle ait fait aveuglément confiance à Tina qu'elle connaissait à peine, et qui, de surcroît, était journaliste, m'a fait penser qu'elle était bien naïve malgré la haute opinion qu'elle semble avoir d'elle-même.
Néanmoins, j'aurais sûrement pesté si elle avait été parfaite... ;-)
Tout ça pour dire que je sais mon reproche totalement inique.

J'ai apprécié le personnage d'Esther. J'ai commencé par la voir avec les yeux de Dellarobia, et à me dire qu'elle était presque la caricature de la belle-mère. Malgré son exaspération, notre héroïne capte les signaux de détresse d'Esther et y répond. Cela fait que son opinion ainsi que celle du lecteur se nuancera. Ce qu'on finit par apprendre au sujet d'Esther expliquera pourquoi elle est si clairvoyante concernant sa belle-fille. Quant à son attitude générale, elle finit par s'assouplir quelque peu, surtout à partir du moment où elle tient tête à son mari.

Preston est un personnage très attachant. Il a un peu l'air d'un sage. Son attitude face au comportement de ses parents, mais aussi face à cette migration de papillons est responsable.

En un style fluide où la rudesse côtoie la poésie, la romancière évoque paysages et gens, décrivant très bien la vie de la nature et celle de ses protagonistes. Mettant en regard la souffrance des hommes et celle de la nature, elle invite son lecteur à réfléchir. Sont montrés des mondes en mouvement dont les rencontres provoquent l'étonnement des protagonistes. Par exemple, Esther, femme pratique, femme de terrain, ne comprend pas vraiment pourquoi des personnes comme Ovide sont payées pour faire de la recherche. Dans un tout autre registre, Dellarobia se rend compte de la raison pour laquelle sa fille ne traite pas son téléphone jouet comme un vrai téléphone, etc.
Le récit des différentes étapes qui constituèrent le Noël des Turnbow, cette année-là, cristallise ce mélange des mondes, à l'instar du repas qu'ils partagent, plus tard, avec Ovide et Juliette.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 13 septembre 2013

Dans les limbes, de Jack O'Connell.

Dans les limbes

L'ouvrage:
Voilà un an que Danny, le fils de Sweeney est dans le coma. Ce dernier vient de faire entrer Danny dans la clinique du docteur Peck. Celui-ci promet des résultats positifs. Pour payer l'hospitalisation de son fils, Sweeney accepte de se charger de la pharmacie de la clinique. Lorsqu'il rend visite au garçonnet, il lui lit des extraits de «Limbo comics», sa BD préférée.
Mais dans la clinique, le danger guette Danny, Sweeney l'apprendra vite. Il devra se méfier de tous.

Critique:
Voilà un formidable roman, envoûtant, mystérieux, aux multiples facettes, un roman qu'on n'oublie pas sitôt le livre achevé. Si c'est une espèce de parcours initiatique pour Sweeney, cela l'est également pour le lecteur. On y apprend notamment à accepter ce qu'on ne peut changer.

Sous une apparence banale, ce roman est très riche. Il mêle habilement les genres: énigme, roman noir, science-fiction. On me dira que certaines choses sont prévisibles, comme par exemple, la folie de Peck que l'on devine très vite. Certes, mais le livre ne souffre pas de temps morts, et Peck n'en est qu'un infime élément.

Au premier abord, ce roman semble un peu compliqué. Il entremêle la vie de Sweeney, les agissements du docteur, les frasques de Buzz, et les aventures des «monstres» de «Limbo comics». Au tout début, j'ai eu un peu de mal à assembler les pièces, je n'aime pas trop passer d'un personnage à l'autre selon les chapitres. Dans certains livres, on s'y habitue tout de suite, pour celui-là, j'ai mis un peu te temps. Passé ce petit désagrément, j'ai apprécié cette structure. Tout s'imbrique très bien, et l'aspect labyrinthique du roman fait qu'on entre mieux dans cette ambiance presque magique, tenant presque du merveilleux.
Certains «délires» m'ont rappelé Serge Brussolo. Jack O'Connell ne va pas aussi loin, mais on retrouve des choses que Brussolo aurait pu créer.

Il est amusant de jouer au petit jeu de pistes de l'auteur: en effet, on cherchera les correspondances entre la réalité et Limbo Comics. Certaines choses peuvent paraître un peu grosses (le docteur fou, les monstres...), mais je pense que cela montre que les choses peuvent être vues selon différents angles: il n'y a pas une seule réalité, une seule perception.

En début d'ouvrage, il y a une sorte d'avant-propos de l'auteur qui explique la genèse du roman. C'est, bien sûr, très intéressant. Je vous conseille de le lire après avoir lu le roman (ce que j'ai fait). Je pense qu'il vaut mieux connaître le roman pour apprécier pleinement cette anecdote.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Stéphanie Colin puis Nina Pantic pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte des noms des lectrices, je leur présente donc mes excuses si ceux-ci sont mal écrits.
Je trouve dommage que la lectrice qui a commencé le roman ne l'ait pas terminé. Je me doute bien que l'association a fait lire la suite par une autre lectrice car elle n'avait pas le choix, mais je suis déçue de ce changement de lectrice au milieu du chapitre 18.

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vendredi, 30 septembre 2011

Nouvelles du paradis, de David Lodge.

Nouvelles du paradis

L'ouvrage:
David Lodge nous conte ici le périple de plusieurs passagers d'un avion en partance pour Hawaii. Le lecteur les suivra tout au long de l'histoire. Parmi eux, Bernard Walsh, et son père, Jack. Ils se rendent à Hawaii, car Ursula, la soeur de Jack, est en train de mourir d'un cancer, et souhaite revoir son frère.

Critique:
Voici un roman de David Lodge plus grave, moins truculent que ceux qui se passent dans un milieu universitaire. Souvent, le sérieux et l'humour se côtoient chez cet auteur. Mais ici, l'humour m'a semblé moins présent, ou en tout cas, moins subtile que dans certains autres de ses romans.
Bien sûr, on retiendra la déconvenue de certains personnages lorsqu'ils découvrent Hawaii. On n'oubliera pas non plus la scène de l'aéroport avec la médaille de Jack. Le lecteur sourira peut-être également de la candeur de Bernard quant à certaines choses. Il sera, en outre, partagé entre le rire et l'exaspération quant à l'histoire de Cécilie et Russ, surtout à cause de l'attitude de Cécilie qui voudrait divorcer, mais ne veut pas perdre ses vacances à Hawaii. Il y a peut-être une tentative d'humour avec la recherche de Shildrake. Ça devient un peu caricatural, et c'est peut-être là pour amuser le lecteur, mais je n'ai pas trouvé ça très drôle.

Un aspect intéressant du roman est l'éveil (si j'ose dire) de Bernard. Ce voyage va être comme un parcours initiatique pour lui. Si certains se demandent en quoi Hawaii est un paradis, Bernard aurait sûrement une réponse. Il y a fait plusieurs découvertes: secrets de famille, amour. On pourrait même dire qu'il s'est «trouvé» lui-même. C'est sûrement à lui que le voyage aura le plus profité, même si Jack et Ursula en retirent un certain bénéfice.

À un moment, le lecteur découvre un secret de famille: quelque chose de sombre qui détruisit au moins une vie. C'est assez inhabituel de la part de Lodge. On ne s'attend pas à cette gravité, et on en est d'autant plus surpris.

En général, les personnages de Lodge sont creusés, on s'identifie à eux. Ici, je ne me suis pas vraiment impliquée dans l'histoire. Je regardais les protagonistes s'agiter sans parvenir à prendre vraiment part à leur émoi. J'ai parfois été touchée par Bernard et Ursula, mais c'était par intermittence. L'auteur décrit pourtant des situations que nous connaissons, dont le réalisme devrait toucher le lecteur. Mais pour moi, cela manquait de spontanéité... j'ai trouvé tout cela un peu froid, comme si l'auteur n'y croyait pas vraiment.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Doutaz-Pingeon pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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