mercredi, 18 septembre 2013

Une terrasse sur le Nil, de Nine Moati.

Une terrasse sur le Nil

L'ouvrage:
Tunis, 1932.
Sultana est pauvre, ayant perdu ses parents adoptifs. C'est alors que Raoul Smadja, riche Cairote, demande sa main. Cependant, il lui soumet un étrange contrat: dès qu'elle aura accouché de leur fils, ils ne partageront plus le même lit. La jeune fille, déjà amoureuse de Raoul, est atterrée, mais elle accepte. Elle sait qu'elle a une chance inespérée d'épouser un bon parti.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman. J'ai apprécié qu'il démarre très vite, qu'il n'y ait pas de fioritures, que le style soit fluide, que Sultana soit attachante. J'ai aussi aimé que cela se déroule en Égypte. Cela m'a quelque peu changé des romans français ou anglo-saxons. Il m'a plu de suivre l'évolution des personnages, surtout celle de Sultana qui, malgré des moments d'abattement bien compréhensibles, trouve toujours le moyen de retomber sur ses pattes, et de faire en sorte que son appétit de vivre prenne le dessus.

Cependant, certaines choses m'ont déplu. J'ai trouvé que l'intrigue se basait sur des éléments un peu faciles. Le «secret» de Raoul évoque de très mauvais romans à l'eau de rose. D'autre part, l'auteur fait attendre le lecteur bien trop longtemps avant de le dévoiler. J'espérais qu'il ne s'agissait pas de ce que j'avais deviné presque tout de suite... Malheureusement, c'était bien cela. Cela a rendu l'attente imposée par l'auteur d'autant plus dérisoire. Attendre pour découvrir un faux mystère... quelle chance!
D'autre part, la façon dont Sultana découvre le secret est un peu rocambolesque.
Par la suite, l'auteur fait durer une situation qui, on le découvre, aurait pu changer. D'ailleurs, en apprenant la vérité, Sultana se demande pourquoi cela n'a pas été fait. L'auteur aurait été bien en peine de répondre... Je trouve dommage qu'elle ait agencé son intrigue ainsi, car le tout ne tient pas très bien. Les personnages semblent éprouver de grands sentiments qui les consumeront s'ils n'y cèdent (surtout l'un d'entre eux), et on découvre que tout n'est pas aussi «compliqué»... L'auteur complique ce qu'elle aurait pu simplifier.
Accessoirement, j'ai été gênée par cette société où, apparemment, tout le monde pratique l'adultère sans que personne n'y trouve à redire.

Je n'ai pas apprécié que le prologue se passe en 1956, car on sait tout de suite comment se termine le roman. On ne sait pas pourquoi Sultana prend la décision dont on voit le résultat dans le prologue, mais on sait qu'elle en arrivera là.

J'ai trouvé deux erreurs de syntaxe: «La nuit, seule sur son divan, les questions affluaient.» Grammaticalement, il serait plus juste de dire: «La nuit, alors qu'elle était seule sur son divan, les questions affluaient.»
Enfin, «revivre une deuxième fois» est un pléonasme.
Je sais très bien qu'il est très difficile de voir toutes ses erreurs, surtout lorsqu'on est immergé dans son texte. Le correcteur, lui, aurait dû les voir.

Éditeur: Ramsay.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Catherine Frichet pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix nette et claire. Elle a lu ce roman sans trop en faire, sans verser dans le pathos. Elle a mis l'intonation adéquate. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

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vendredi, 6 septembre 2013

Une femme normale, d'Émilie Frèche.

Une femme normale

L'ouvrage:
Les personnes gravitant autour d'une femme qu'on appelle Elle parlent d'elle. Cela va de ses parents à son dentiste en passant par son avocat, la vendeuse du magasin où elle va souvent, son esthéticienne, etc.

Critique:
Ce qui m'a plu, dans ce roman, c'est qu'il montre à quel point nous connaissons les gens de manière fragmentaire. Ici, chacun a une opinion sur Elle. Chacun se base sur les événements, son propre ressenti, ses préjugés (chacun en a même si certains s'en défendent), son vécu, son éducation, mais aussi la façon dont Elle se comporte avec chacun. Si, au départ, on a l'impression de n'avoir qu'une vision parcellaire et trop diluée d'Elle, les pièces finissent par s'assembler, et le tout s'organise pour faire un portrait assez cohérent, malgré (ou peut-être à cause) les contradictions. En effet, rien n'est uniforme, rien n'est lisse, les contradictions renforcent la complexité du personnage. J'ai trouvé très fort de la part de l'auteur d'exprimer des points de vue si dissemblables avec tant de façons de voir différentes, et de parvenir à rendre le tout cohérent. Au final, l'opinion que le lecteur a d'Elle est également façonnée par son ressenti, son vécu, et ce qu'il apprend par les diverses personnes qui en parlent.

Certains qui crachent sur Elle cachent des faits qui seront ensuite révélés. Cependant, cela n'a pas vraiment changé l'opinion que je m'étais faite d'Elle. En effet, il me semble qu'elle a cherché ce qui lui arrive. Bien sûr, ceux qui cachent les faits que nous apprenons ensuite ne sont pas absolument francs, et eux aussi sont à blâmer. D'autre part, la manière dont elle gère cet élément est grandiloquente. Il est logique qu'elle en souffre, mais la façon dont elle tente d'y remédier semble frelatée.

L'auteur a peut-être voulu une héroïne un peu trop complexe pour être crédible. Cependant, cette complexité est en partie expliquée par son meilleur ami qui, semble-t-il, soit celui qui la connaît le mieux. Cela n'a pas amélioré mon opinion, même si cela a expliqué certaines choses.

Je trouve dommage que l'auteur n'ait pas fait davantage intervenir le deuxième mari. Il est vrai que cela n'était pas vraiment facile, mais étant donné qu'elle a réussi à faire s'exprimer toutes ces voix, elle aurait dû s'essayer à faire davantage parler le deuxième mari.

Elle gardera une part de mystère pour le lecteur. D'abord parce qu'on n'apprend son prénom qu'à la fin. Un prénom simple qui la ramène au rang de la femme normale, comme l'indique le titre, et comme elle le dit elle-même. Je ne sais pas si elle est si «normale» que cela, mais il est sûr que ses actes et ce qu'on pense d'elle est commun. On trouvera ce genre de choses (entente, discordance, opinions diverses) chez beaucoup de gens.

Il est logique que les membres de la famille proche d'Elle ait du mal à communiquer entre eux: ils pensent, mais n'osent pas se dire les choses, ou se les disent comme il ne faudrait pas. Les parents d'Elle me laissent perplexe. Par amour l'un pour l'autre, ils préfèrent se taire. Je comprends cet altruisme, mais je ne peux m'empêcher de mettre cela en regard avec d'autres cachotteries moins désintéressées (du moins, du côté du père).

Il me semble que la fin retombe un peu. L'auteur a voulu montrer la normalité, la simplicité, finalement, de son héroïne, son côté madame Tout le monde. Certes, mais peut-être en a-t-elle trop fait. Ou bien, le lecteur doit finir par se dire que l'héroïne préfère se faire passer pour simple en se disant anodine, alors qu'elle ne l'est pas.

Éditeur: Ramsay.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Francine Chappuis pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Il n'est pas très facile d'interpréter à voix haute, et seul, un livre ayant tant de points de vue. Francine Chappuis s'en est très bien sortie. Sa voix claire, sa lecture fluide, son intonation toujours adéquate m'ont fait entrer dans la peau de chaque personnage.

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vendredi, 21 décembre 2012

Shalimar, de Rebecca Ryman.

Shalimar

L'ouvrage:
Inde, 1890.
La famille Wincliff est désargentée. Depuis que Graham est mort lors d'une expédition, la vie est de plus en plus dure pour sa femme (Margaret), et ses enfants (David et Emma). Emma gagne quelque argent en donnant des cours à de jeunes enfants. Quant à David, il a la passion du jeu. Un jour, elle le mènera trop loin: il perdra la maison des Wincliff. Il y a bien une solution pour la garder, mais elle semble odieuse à Emma.

Critique:
J'ai lu ce roman en ayant un peu peur de tomber sur de l'eau de rose, du simili Steel, avec des personnages passe-partout et absolument pas crédible. Mes appréhensions se sont vite envolées.
D'abord, le roman est bien écrit. Le style est fluide et recherché. Ensuite, Rebecca Ryman sait à merveille décrire une ambiance, un pays, des attitudes, des personnages.

L'intrigue est solide, même si on s'attend à certaines choses. Le titre n'est pas forcément bien choisi, parce que dès qu'on sait ce qu'est Shalimar, on ne peut s'empêcher de prévoir que certaines choses arriveront. De toute façon, le lecteur se surprend à attendre, voire à espérer que les événements se passent comme il l'entrevoit. C'est une force du roman. En général, quand tout est prévisible, tout perd de son charme, ici, c'est l'inverse.
Si on espère, on se demande aussi comment l'auteur va parvenir à satisfaire son lecteur tout en faisant en sorte que cela ne soit pas trop gros. Au début, ce n'est pas évident, mais le lecteur ne sera pas déçu: Rebecca Ryman trouve un subterfuge pour tout faire passer de manière convaincante. J'ai trouvé le tout bien amené. En outre, si j'attendais certaines choses, d'autres m'ont surprise. J'ai aimé ce savoureux mélange.
J'avoue avoir moins aimé les passages qui ne concernaient pas directement Emma, mais au final, l'ensemble du roman m'a plu.

Les personnages sont assez charismatiques, surtout Emma et Damien.
Emma pourrait faire penser à un stéréotype: la belle femme fière, qui a toutes les qualités, et qui est parfaitement invraisemblable. Heureusement, elle n'est pas ainsi. Elle a du caractère, fait toujours ce qu'elle croit être bien, mais elle se trompe parfois. Elle a des idées avant-gardistes pour son époque, ce qui la rend sympathique. Cela montre qu'elle réfléchit, qu'elle ne se laisse pas formater par un courant de pensée. J'ai bien aimé la scène où elle explique qu'elle comprend pourquoi les colonisés en veulent aux anglais, et ou les deux réactions observées sont tout aussi détestables: l'une franchement hostile, et l'autre plus sournoise, car c'est de l'intolérance sous couvert d'ouverture d'esprit, et c'est d'autant plus méprisable.

Deux personnages m'ont surprise: David et Ivana.
Au début, David me paraissait exempt de personnalité, mené par ses envies, ses caprices, son égoïsme. Il évoluera au long du livre.
Quant à Ivana, sa candeur, sa façon absolue de donner son coeur, sa gentillesse et sa douceur naturelle, tout cela en ont fait à mes yeux un personnage à la fois pur et mystérieux. Elle semble très différente d'Emma, et c'est cette diversité qui fait qu'on les appréciera.

Éditeur: Ramsay.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 23 mai 2011

Le piège de la botaniste, de Régis Hauser.

Le piège de la botaniste

L'ouvrage:
Juliette Deschamps (dite Julia) est dans sa voiture. Elle vient d'être braquée par un jeune homme en cavale, Denis. Sous la menace de son pistolet, il la contraint à l'emmener chez elle. C'est alors que commence une douloureuse cohabitation.

Critique:
L'idée de départ est bonne. En outre, le livre n'est pas lent à démarrer, il commence alors que Julia vient de se faire braquer. Rapidement, l'auteur entraîne son lecteur dans les pensées de son héroïne, et le précipite dans l'action. Tout cela est prometteur. Seulement, ça tourne au soufflé raté, du moins, pour moi.
Ma réaction est peut-être primaire, mais je ne peux pas m'identifier aux personnages (et donc, m'impliquer dans le livre), si je n'éprouve pas de sympathie pour eux. Et alors là, comment éprouver de la sympathie pour ces deux énergumènes! L'auteur nous décrit leur vie passée, montrant les grandes souffrances qu'ils ont connues, afin d'expliquer leur caractère, de les dédouaner, et de faire en sorte que le lecteur les excuse. Ils ont souffert, soit, mais si toutes les femmes ne pouvant avoir d'enfants devenaient aussi perverses que Julia!!! Il est plus logique de penser qu'elle était déjà perverse, et que sa frustration a été l'accélérateur de l'expression de cette perversité.

Le début prometteur est remplacé par de longs retours en arrière destinés à raconter la vie des personnages, et à les faire mieux connaître au lecteur. En fait, ce sont des longueurs. Cela aide le lecteur à cerner les personnages, il est vrai, mais c'est bien trop long. Le début n'est donc qu'un leurre. On croit qu'il n'y aura pas de temps morts, mais ils se cachent au long du livre.
Ensuite, on assiste à un défilé de scènes de tortures toutes plus raffinées les unes que les autres, et qui nous fait déplorer l'existence d'êtres humains aussi malfaisants, aussi noirs, aussi retors. Les personnages sont tellement écœurants qu'on finit par s'ennuyer à lire leurs assauts de perversité, et qu'on sort du livre aussi vite qu'on y est entré, devenant un spectateur distant, voire indifférent.

D'autre part, si la police fait son travail, elle est bien lente à agir.
Il est également un peu curieux que Georges, qui connaît bien Julia, n'ait pas pris toute la mesure de sa perversité et de toute l'horreur qu'elle devrait lui inspirer.

Je me suis demandée si la théorie de Julia quant aux hommes-végétaux (disons cela ainsi), était fondée sur des études outre les siennes, ou si elle sortait tout droit de l'imagination de l'auteur. On aurait tendance à dire que c'est inventé de toutes pièces, mais sait-on jamais?
Par ailleurs, cette théorie a déjà été exploitée (et bien mieux), par Serge Brussolo dans «Le carnaval de fer».

Bref, je ne recommande pas ce livre pendant lequel je me suis ennuyée.

Éditeur: Ramsay.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marina Sergeant pour la Ligue Braille.
Si le livre m'a déplu, j'ai apprécié la lecture fluide et vivante de Marina Sergeant. Elle lit sans trop en faire, tout en évitant parfaitement la monotonie.

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lundi, 12 janvier 2009

La nuit des nounours, d'Ed McBain.

La nuit des nounours

Note: Je n'ai pas trouvé comment s'écrivaient les noms propres, donc excusez-moi s'ils sont mal orthographiés.

L'ouvrage:
Lainy Commins attaque la société de jouets pour laquelle elle travaillait jadis pour plagiat. Elle a inventé Joyeux, l'ours en peluche qui louche, et dont les lunettes correctrices font qu'il ne louche plus. Son ancien patron, Ed Toland, a volé son idée en fabriquant Joyau, l'ours qui louche, et dont les lunettes correctrices font qu'il ne louche plus. Lainy se fait représenter par Mathiew Hope. L'issue de l'affaire est encore incertaine lorsque tout se complique: le fabriquant de jouets est assassiné. Tout accuse Lainy.

Critique:
Voici une autre aventure mettant en scène l'avocat Mathiew Hope. Je crois qu'elle se passe après celle que j'ai déjà chroniquée. Du coup, le premier reproche que je vais faire est justement en regard du compliment que j'avais fait à la précédente. J'étais contente que Mathiew ne sorte pas avec Patricia, et commence une histoire avec une autre jeune femme. Eh bien, c'était juste pour retarder son histoire avec Patricia. Quel dommage! J'aurais préféré le retrouver avec la personne avec qui il sort dans «Trois souris aveugles». Cette déception a fait que j'ai eu plus de mal à entrer dans le livre.
L'histoire entre Mathiew et Patricia m'a semblé banale. Je n'ai pas du tout pu entrer dans leur intrigue, et compatir au problème qu'ils traversaient.

La situation ressemble beaucoup à celle de «Trois souris aveugles». L'accusée a été vue à telle heure à tel endroit, elle avait un mobile (voire deux)... Le personnage se révélant être le coupable est le même (si l'on peut dire) que dans «Trois souris aveugles». L'auteur va jusqu'à introduire le même décalage d'une heure dans les deux romans! Certes, le mobile du coupable n'est pas le même, mais c'est presque la seule chose qui diffère.
Les longueurs sont légion dans ce roman dont le seul véritable intérêt, pour moi, a été la possibilité d'écouter un ouvrage lu par Bernard Delannoy, dont j'apprécie la voix et la lecture.
Autre avantage, tout de même: on comprend comment deux idées aboutissant au même résultat, et que le commun des mortel qualifierait de semblables, finissent par être déclarées différentes par un juge, avec explications et justifications à l'appui. Cette démonstration est intéressante, même si je reste opposée à la conclusion du juge, car si les procédés sont différents, le résultat est le même. Cela doit être avec ce genre de conclusion idiote que Régine Deforges a gagné son procès, alors que le début de "La bicyclette bleue" est manifestement un plagiat d'"Autant en emporte le vent". Peut-être que pour un juge, changer le nom et l'époque suffit.

Si «Trois souris aveugles» pouvait paraître un peu trop ordinaire au roman des rayons policiers, il y avait, me semble-t-il, plus de substance. L'auteur introduisait des thèmes intéressants, qui donnaient à réfléchir. Ici, la platitude vient d'abord de ce que l'auteur s'est auto-plagié, et ensuite du fait que le lecteur n'est pas vraiment convaincu. Bien sûr, le thème du plagiat et l'intrigue parallèle que vivent Toots et Warren sont intéressants, mais cela ne fait pas de ce roman un livre que je recommande.

Éditeur: Ramsay.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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