dimanche, 25 décembre 2011

Ma vie selon moi, tome 1: Le jour où tout a commencé, de Sylvaine Jaoui.

Le jour où tout a commencé

L'ouvrage:
C'est la dernière semaine des vacances d'été. Justine, seize ans, compte bien en profiter. Elle va commencer par découvrir qui est son nouveau voisin. Il se trouve que c'est Thibault de Lamétrine , un adolescent. Les parents (le père, c'est l'ambassadeur), ont loué cet appartement pour leur fils qui a besoin de stabilité pour cause de baccalauréat, cette année, et sont partis à Beyrouth. Justine est sûre que Thibault est l'homme de sa vie... du moins, qu'il sera sa première fois.
Ce matin-là, alors que sa meilleure amie, Léa, lui tire les cartes, Nicolas (son cousin qui habite deux étages au-dessus), débarque, et réclame un petit-déjeuner digne de ce nom.
Une journée ordinaire dans la vie d'une adolescente se dessine.

Critique:
Commençons par le reproche mineur que j'ai à faire. Je ne comprends pas pourquoi l'auteur a choisi d'écrire le prénom de chaque intervenant avant sa prise de parole. Les propositions incises («dit Truc», «annonça Bidule», «se moqua Machin») me semblent plus naturelles. En tout cas, j'ai trouvé que cette façon de faire entraînait des lourdeurs.

À part cela, ce livre frais et divertissant m'a plu. J'ai d'abord apprécié son réalisme. Cette bande d'adolescents, leurs peines de coeur, leur amitié, leur joyeux remue-ménage, tout m'a paru plus vraisemblable que ce que j'ai pu rencontrer dans certains autres romans. Ils ne passent pas leur temps à boire, fumer, se rebeller contre le monde entier, ce qui les rendrait assez fats et fades, à mon avis. Pour autant, ils ne sont pas de parfaits enfants sages. Par exemple, Justine et sa mère s'accrochent sur des sujets ô combien ordinaires, ce qui renforce le réalisme du roman. Chacune a de bonnes raisons de râler, à certains moments, et elles ne s'en privent pas.
On retrouve cet équilibre dans les relations entre Justine et son petit frère, le surdoué Théo. La jeune fille l'adore, mais ne le supporte pas. Elle est révoltée à l'idée de devoir le garder une journée, et se voit détruite par sa perte, imaginant les pires scénarios lorsqu'elle ne le retrouve pas. Il l'agace souvent, mais elle ne lui résiste pas longtemps. Telle est la complexité des rapports entre frères et soeurs.

L'auteur évite encore le cliché lorsqu'elle évoque les professeurs. Ils ne sont pas tous issus d'une engeance particulièrement sadiques dont le but est de détruire les têtes blondes à qui ils doivent transmettre leur savoir. Sylvaine Jaoui évoque des professeurs au comportement révoltant, d'autres bizarres, d'autres que les élèves adorent... il y en a pour tous les goûts.

Les personnages sont sympathiques, et certains gardent une part de mystère, comme Jim et Thibault. Je pense qu'ils seront approfondis dans les tomes suivants, et qu'on n'a pas fini d'en découvrir quant à leur personnalité...
Léa et Justine, c'est le binôme qu'on rencontre souvent dans la vie. On a tous notre Léa ou notre Justine. Elles se devinent, se complètent, se consolent, tentent de protéger l'autre... Quant à leurs amours, elles reflètent parfaitement celles d'adolescentes de leur âge: éprises d'untel mais attirées par tel autre sans vouloir vraiment se l'avouer...
D'une manière générale, la petite bande d'amis est très soudée, ce que je trouve très sympathique.
Je trouve un peu dommage que les filles ne parviennent pas à se débarrasser d'Ingrid, personnage un peu lourd de la bande. Bien sûr, on rira lorsque la peste commettra ses bourdes de langage, ne comprendra pas l'humour cinglant de Justine, et surtout quand les garçons la défendront, persuadés que Léa et Justine sont méchantes avec elle, mais à la longue, c'est un peu lassant. Je ne serais pas chagrinée qu'elle disparaisse du paysage dans les tomes suivants.
J'aime beaucoup l'histoire d'amitié entre notre héroïne et la girafe.

Ce qui caractérise le plus ce roman, c'est son humour omniprésent: situations amusantes (entre autres, la façon dont Justine rencontre Thibault), répliques savoureuses, anecdotes caustiques, personnages hauts en couleur (comment oublier Eugénie?).
Une mention spéciale aux propos que Léa finit par adresser à la patronne du restaurant du Paradisio, dite le Mikado. Je suis convaincue que Léa a raison pour beaucoup de cas de ce genre: sous prétexte de bons produits, certains escrocs doivent en profiter pour vendre leur marchandise avec de scandaleuses marges.

J'ai été touchée par ce livre, parce que j'y ai retrouvé ma période lycée. J'étais ainsi, j'agissais comme nos deux héroïnes. Cela m'a rendue un peu nostalgique, tout en me faisant davantage apprécier le roman.
Vous sourirez, rirez, serez ému aux larmes... en tout cas, cela fut mon cas.

Remarques annexes:
Comment Nicolas pouvait-il avoir faim à ce point, après avoir passé l'après-midi à manger chez Eugénie? Encore un mystère de l'adolescence. ;-)
La scène cocasse où Justine et Léa visionnent «Pretty woman» m'a donné envie de regarder à nouveau ce film.

Note: Il semble que les chapitres de ce roman (ainsi que ceux des tomes suivants) soient déjà parus sous la forme de livres de poche de 160 pages.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Rageot dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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lundi, 6 juin 2005

Cadeau mortel pour Noël, de plusieurs auteurs.

Cadeau mortel pour Noël

L'ouvrage:
Ce sont douze nouvelles policières, écrites par douze auteurs différents. Au début, il est expliqué que les auteurs ont essayé de trouver un thème commun. Ils ont choisi Noël. Pour corser un peu le tout, ils ont décidé que dans chacune de ces nouvelles devraient se retrouver sept éléments précis. Chaque auteur doit les insérer dans son énigme.

Critique:
Globalement, ces nouvelles m'ont plu. Il y en a une ou deux qui sont un peu bateau, et j'ai même trouvé qui avait tué dans celle d'Evelyne Brisou-Pellen ("Du sang sur la neige"), mais elles ont toutes un certain charme, une ambiance particulière et attrayante. Chaque nouvelle, bien sûr, joue le jeu, et on retrouve bien les sept éléments imposés. On pourrait accuser certains auteurs de ne pas les avoir introduits de manière très fine, comme par exemple dans "L'habit rouge", où l'évocation de l'île déserte est assez simpliste. L'auteur de la première nouvelle ("Réveillon chez Magali") a trouvé un moyen très simple d'introduire les sept éléments, mais c'est un peu agaçant, car le lecteur devine que chaque invité aura un indice qui est l'un de ces éléments. D'autres, comme l'auteur de "Zone d'ombre", ne s'en sortent pas trop mal. Mais si la recherche de ces éléments peut être amusante pour le lecteur, elle peut aussi être un peu agaçante. On se dit parfois: "Bon, là, il a fait 40 détours pour pouvoir mettre cet élément-là.", et c'est un peu lourd. Donc, les sept éléments obligatoires sont peut-être de trop. Ou alors, peut-être que peu d'auteurs ont su les mettre en finesse dans leur nouvelle. Cependant, cela n'enlève rien au fait que ces nouvelles sont agréables à lire.

J'ai un petit faible pour deux d'entre elles: la deuxième, ("Lettres au père Noël") et la onzième ("Zone d'ombre").
La deuxième ressemble à un conte, peut-être à cause de la petite fille, Fanny, qui croit très fort que son père va revenir. C'est une histoire simple, mais très mignonne. Et la fin arrache une petite larme aux coeurs sensibles.
Quant à "Zone d'ombre", je trouve que le mystère est bien exploité, l'énigme est bien ficelée. Le thème de quelqu'un qui fait des rêves qui lui rappelle quelque chose qu'il a vécu puis oublié m'intéresse beaucoup, et me fascine. Ce thème est peut-être un peu simple, un peu rebattu, mais il reste intéressant, et l'auteur de la nouvelle l'exploite bien. En outre, le personnage du père est attachant.

"Comment j'ai tué mon grand-père" se termine en queue de poisson. L'idée de départ est bonne, mais à la fin, on a envie de dire "et alors?... et après?"
La chute de "L'habit rouge" rend la nouvelle vraisemblable.
La douzième ("Embûche de Noël") est surtout amusante. Ici, les sept éléments obligatoires passent bien.
"Meurtre à répétition" peut déranger certains lecteurs qui ne s'attendent pas à du surréalisme, ou, disons, à de la science fiction. Finalement, elle passe bien, malgré cette surprise initiale.
"Minuit en rouge et noir", "Pas de cadeau pour le père Noël", "Mauvaises fréquentations" et "L'ange de la mort" sont assez classiques, mais leurs chutes sont bonnes, et elles se distinguent par d'autres choses.
"Pas de cadeau pour le père Noël" utilise un décor particulier, un huis clos qui oppresse le lecteur. Cela rend la nouvelle très dense.
"L'ange de la mort" paraît très classique, mais sa chute est recherchée.
"Mauvaises fréquentations" a une chute assez surprenante, et il y a une jolie histoire d'amour.

J'ai moins aimé "Du sang sur la neige" et "Réveillon chez Magali". D'abord, j'ai trouvé qui avait tué dans "Du sang sur la neige". Je n'ai pas trouvé le mobile, mais le fait d'avoir trouvé l'assassin m'a déplu. Ensuite, même si l'ambiance est oppressante, la nouvelle me semble écrite à la va-vite...
Quant à "Réveillon chez Magali", elle m'a paru un peu simple, même la chute. Cependant, elle est assez réaliste. Elle dépeint avec cynisme le comportement hystérique de rapaces qui veulent fondre sur un héritage.

En tout cas, on passe un bon moment avec ce recueil. C'est très bien pour se détendre.

Attention: les auteurs de ces nouvelles ayant écrit des livres pour la jeunesse, le livre est classé en jeunesse. Personnellement, je ne l'aurais peut-être pas classé comme ça.

Éditeur: Rageot.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.

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