Editeur : Quai Voltaire

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dimanche, 9 mars 2014

Les jeunes mariés, de Nell Freudenberger.

Les jeunes mariés

L'ouvrage:
Amina quitte le Bangladesh pour les États-Unis où elle va épouser George. Ils se sont rencontrés sur un site prévu à cet effet. Leur mariage est arrangé, même s'ils ont pris un peu de temps pour se connaître. Amina souhaite obtenir un diplôme d'enseignante, puis faire venir ses parents aux États-Unis.

Critique:
J'ai d'abord apprécié que l'auteur mette en regard deux cultures différentes, au travers du quotidien d'Amina aux États-Unis. Il aurait d'ailleurs été incongru que cet aspect n'ait pas été évoqué. Notre héroïne finit bien sûr par s'adapter à sa nouvelle culture, et cela fait qu'elle se voit un peu comme double ou déchirée: la Amina du Bangladesh et celle des États-Unis. Le contraste entre les deux cultures est, par exemple, très bien montré à travers la façon d'être des parents d'Amina et de la mère de George.
Et bien sûr, la jeune femme n'échappe pas aux préjugés et à l'inculture réunis: quelqu'un pense que son pays est au Moyen-Orient, et la rend quasiment responsable des attentats du 11 septembre...

La situation d'Amina et George n'est pas forcément simple. Ils ont passé une sorte de contrat, mais veulent se persuader qu'ils s'aiment. Chacun gère son vécu à sa manière, ce qui peut créer des remous bien compréhensibles.

Pendant les deux tiers du livre, j'ai aimé découvrir la vie de ces personnages, leurs motivations, la manière dont ils s'adaptent, leurs failles, leurs hésitations, leurs problèmes de communication (pas uniquement dus à la culture).
Si leurs actes ne m'ont pas toujours plu, c'est peut-être Kim qui m'a le plus agacée. Elle semble être éternellement insatisfaite. Malgré l'ouverture d'esprit dont elle semble faire preuve, elle fait des caprices, et ne parvient pas vraiment à s'adapter à quelque chose qu'elle a pourtant choisi.
Quant à George, il est plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord.

La fin (qui se dessine dès le début de la troisième partie) m'a gênée à plusieurs niveaux. D'abord justement parce que dès le début de la troisième partie, j'ai vu quelque chose arriver gros comme une maison, alors que pendant tout le reste du roman, l'auteur a su me surprendre et me passionner. Ensuite, j'ai trouvé que c'était un peu gros. La situation vis-à-vis d'un personnage avait été montrée comme acceptée voire désirée par Amina, et là, soudain, elle se rend compte que cela a changé. Par quel miracle?... J'aurais compris qu'Amina réalise pleinement certaines choses (choses que le lecteur sait déjà) par un autre biais. J'aurais même trouvé cela logique. Ou alors, il aurait fallu que le «déclencheur» soit amené de manière plus adéquate.
D'un autre côté, Amina finit, elle aussi, par faire figure d'insatisfaite: elle choisit quelque chose qui apparemment, lui tient beaucoup à coeur, puis se rend compte que cela ne lui plaît peut-être pas tant que cela... On peut aussi se demander jusqu'à quel point Amina est poussée par ses parents, jusqu'où va sa volonté et où commence la leur. L'auteur souhaite-t-elle dire au lecteur de se satisfaire de ce qu'il a, et de ne pas bâtir de châteaux en Espagne? Dans le cas d'Amina, c'est probable. Dans celui de Kim et de George, je ne sais pas trop. Malgré tout, j'aurais envie de savoir ce que deviennent ces personnages attachants qui se débattent entre leurs rêves, leurs contradictions, leur vie, et essaient de trouver le meilleur compromis.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Quai voltaire dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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jeudi, 7 avril 2011

Les cinq quartiers de l'orange, de Joanne Harris.

Les Cinq Quartiers de l'orange

L'ouvrage:
Cacis, Reine-Claude, et Framboise d'Artigen ont grandi dans le petit village des Laveuses, sur les bords de la Loire, à environ quinze kilomètres d'Angers. Ils y a connu la deuxième guerre mondiale. C'est pendant ces années sombres qu'un drame se produisit aux Laveuses, et que Mirabelle, la mère des trois enfants, fut tenue pour responsable.

Bien des années plus tard, Framboise revient au village. Personne ne sait qui elle est grâce au fait que son nom de famille est différent. Sa mère lui a légué son album de recettes qui contient également des notes. Framboise ouvre une crêperie.

Critique:
Ce roman est un coup de coeur. L'ensemble m'a plu.
Au début, j'ai eu un peu de mal à apprécier la structure du livre, car habituellement, je n'adhère pas à cette façon de faire. Le présent et le passé de Framboise sont enchevêtrés. C'est quelque peu déroutant, mais au final, cela m'a fait plaisir de rassembler les pièces du puzzle. C'est aussi une ficelle un peu facile afin de créer du suspense. Je la pardonne à l'auteur, car j'ai trouvé le roman bien construit, mais aussi parce que j'ai apprécié tout le reste du livre.
D'autre part, les deux intrigues m'ont plu, donc, je n'étais pas dérangée de passer de l'une à l'autre.

On pourra s'étonner que j'aie autant apprécié ce roman, moi qui trouve que les auteurs galvaudent le sujet de la seconde guerre mondiale à force de l'évoquer. Mon engouement vient d'abord du fait que ce roman a été écrit avant cette surabondance de livres traitant du sujet. Ensuite, Joanne Harris l'aborde sous un angle assez nouveau pour moi. On a le point de vue d'enfants vivant dans un petit village. Ils ne se rendent pas vraiment compte (ou ne le veulent pas), de ce qu'ils font. Tout est assez abstrait pour eux. Même lorsqu'ils comprennent la portée de leurs actes, ils sont trop impliqués émotionnellement.
Outre la complexité de l'intrigue, l'auteur a parfaitement su rendre une certaine ambiance, renforcée par la description des paysages.

Framboise est complexe. Le lecteur comprendra ses motivations, aussi bien passées que présentes, mais il ne pourra s'empêcher d'éprouver de l'aversion pour l'enfant qu'elle fut. On admirera son caractère bien trempé, mais on aura du mal à admettre qu'elle aille aussi loin, qu'elle puisse agir de manière cruelle pour obtenir ce qu'elle veut. Lorsqu'elle le raconte, elle explique sa conduite (sans l'excuser), par le fait qu'elle ne se rendait pas compte de la portée de ses actes. J'ai du mal à le croire, étant donné l'intelligence aiguisée de la fillette.

Mirabelle est assez mystérieuse. Sa vie est grignotée par ses migraines, elle s'aperçoit trop tard qu'elle n'a pas su aimer ses enfants... C'est en partie ce qui la fait agir par la suite... C'est un personnage extrêmement intéressant.
Tous les autres personnages éveilleront l'intérêt du lecteur. Qu'on les aime ou pas, ils feront une forte impression.

N'oublions pas que ce roman est une ode à la bonne cuisine! Les secrets de Mirabelle sont tous dans son album, qu'ils soient culinaires ou qu'ils concernent sa vie privée. Ils restent mêlés en un inextricable écheveau.
La cuisine est aussi ce qui fait le succès de Framboise, et ce qui risque de la précipiter dans l'abîme.

Outre toutes ces raisons, autre chose d'indéfinissable fait que ce roman m'a touchée et charmée. Il est empreint d'un certain magnétisme auquel j'ai été sensible.
J'ai cependant cru découvrir quelques erreurs de syntaxe.

Éditeur: Quai Voltaire.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Il va de soi que mon appréciation de ce livre a été renforcé par le fait qu'il soit enregistré par cette lectrice. J'apprécie beaucoup sa voix et sa façon à la fois sobre et dynamique de lire à voix haute.

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lundi, 20 septembre 2010

De toutes les couleurs, d'Angéla Huth.

De toutes les couleurs

L'ouvrage:
Tout commence le jour des quarante ans d'Isabel Grant. Nous la découvrons, ainsi que les personnages qui gravitent autour d'elle: son mari (Dan), leur fille (Sylvie), leur femme de ménage (Gwen), l'amie d'Isabel (Carlotta).
Peu après, Dan apprend que son meilleur ami, Gilbert Beyley (dit Bert), revient de New York où il a passé plusieurs années.%%Tout ce monde va se côtoyer pendant quelques semaines.

Critique:
C'est un livre sympathique, un livre repose-cerveau. Il ne laissera pas un souvenir impérissable, mais plutôt agréable, même si certains événements semblent tirés par les cheveux.

Cette espèce de quadrille, d'amitié amoureuse, ou tout simplement de moment d'égarement entre certains personnages, tout cela est un peu gros. C'est plus crédible dans le cas de Bert que dans celui de Dan. Bert se rend compte de quelque chose qu'il n'avait pas vu auparavant. Pour lui, cela arrive à un moment précis, mais en fait, c'était déjà là.
Quant à Dan, c'est compréhensible, mais s'il est si attaché à sa femme qu'il le dit, si cela n'avait été qu'un moment d'égarement, il est tout de même peu crédible que cela soit survenu aussi brusquement, malgré les circonstances.

Les personnages masculins sont plus sympathiques que les personnages féminins.
Isabel semble charmante, attentive à tous, désireuse de bien agir... pourtant, je n'ai pas aimé ce personnage. J'ai l'impression que sous ce vernis, elle est égoïste (on ne peut absolument pas l'interrompre quand elle travaille), hautaine (à travers ce qu'elle dit, elle semble avoir une haute opinion d'elle-même), froide.
Et puis, le fait que son affaire de masques ait si bien marché au bout d'un an, voire moins, n'est pas crédible. Elle explique qu'elle a bénéficié du bouche à oreille, et c'est vrai que c'est ce qui marche le mieux, mais ce n'est pas ce qui fait prospérer une entreprise en si peu de temps.

Quant à Carlotta, Angéla Huth a souhaité nous montrer une femme frivole qui, justement, n'est pas si écervelée que cela. La démarche est louable, car elle signifie qu'il ne faut pas se fier aux apparences, ce que beaucoup de gens ont tendance à faire, mais j'ai trouvé cela peu crédible.

Le personnage de Gwen est sympathique. Seulement, le lecteur est un peu étonné d'apprendre que Gwen adore ce qu'elle fait. Elle aimerait le faire dans sa maison par désir d'habiter dans un endroit propre et bien rangé, je comprendrais tout à fait, mais elle adore le faire chez les autres, et surtout chez les Grant. Là encore, je comprends qu'elle s'entende bien avec eux, de là à adorer briquer et astiquer leur maison et leurs affaires...
Elle est aussi un peu crédule. Pour une femme de son âge, c'est un peu choquant.
Mais c'est tout de même un personnage positif, car elle n'a pas eu une vie facile, et est toujours souriante et aimable. Elle en est d'ailleurs récompensée par sa rencontre amicale, et par l'une des conséquences de son agression. Le lecteur sourit, d'ailleurs, en repensant à Gwen se disant qu'elle ne passera jamais une seule nuit dans une chambre du genre de la chambre d'amis des Grant.

Dan et Bert ont l'air un peu plus fouillés, plus creusés, plus sympathiques, plus humains qu'Isabel et Carlotta.

L'auteur choisit d'écrire du point de vue des personnages. Chacun prend tour à tour la parole, comme s'il écrivait son journal. Cette façon de faire est très intéressante, car on a vraiment l'impression d'être dans les pensées du personnage, de partager son intimité, un peu comme s'il se confiait au lecteur.
En outre, il est toujours amusant de lire les points de vue et les réflexions des personnages les uns sur les autres. Ici, on rit de lire que Sylvie et Carlotta pensent la même chose l'une de l'autre. Il est également fascinant de découvrir que A voit une facette de B, alors que C verra B sous un autre angle. Cela donne plus d'informations au lecteur de différentes sources. Cela donne des portraits plus complets.

Éditeur: Quai Voltaire.

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