Editeur : Presses de la renaissance

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jeudi, 2 août 2018

Parole donnée, de Patrick Henderickx.

Parole donnée

L'ouvrage:
1992. Patrick Henderickx vient de sortir de prison. Il s'est juré de ne plus retomber dans le milieu des truands. Il parvient à peine à joindre les deux bouts. C'est alors que le policier à qui il a eu affaire auparavant, et avec qui il est devenu ami lui propose de l'aider à «sauver des jeunes».

Critique:
L'auteur raconte son parcours après la prison. Ayant été victime de pédophilie dans son enfance, il commencera par s'attacher à aider des enfants et des adolescents qui ont eu un parcours «difficile». Le plus souvent, il agit instinctivement. Il se trompe parfois, mais son vécu et son empathie le font aller dans la bonne direction. Il explique le «regard de travers» que les jeunes et lui attirent souvent. Malheureusement, personne n'est à l'abri des préjugés. Lui-même raconte comment il s'y est laissé prendre.

Plusieurs fois, au cours de son récit, il insiste sur le fait que beaucoup disent (ou disaient, lorsqu'il était plus jeune) que la pédophilie, ça n'existait pas. Un moyen assez effrayant de laisser perpétrer ces actes barbares et nuisibles. Quant à lui, il ne peut pas continuer de vivre tant que ces horreurs se poursuivent. Voilà pourquoi il décide de prendre le taureau par les cornes... On a beau savoir que cela existe, le lire est toujours déstabilisant. Lorsque Patrick Henderickx s'attaque à la pédophilie, et raconte son combat sans pathos ni complaisance, on a l'impression d'aller au bout de l'horreur, de la cruauté, et à l'instar de l'auteur, on a envie de tuer tous les pédophiles... Avoir lu des romans et des faits divers, être informé ne prémunit pas, cela ne prémunira jamais, contre de telles abominations.

Le récit de patrick Henderickx est dur, mais il ne fait que rendre compte de faits qu'il tente de changer au lieu de se lamenter. Bien sûr, il ne peut pas sauver le monde entier, mais il essaie d'aider les gens en détresse, et plus particulièrement les enfants. En outre, les récits horrifiants sont entrecoupés de moments de répit où l'auteur raconte des victoires. Ce livre est fort en émotion, en sentiments (positifs et négatifs).

Le narrateur raconte aussi comment est née l'amitié entre celui qu'il appelle Pierrot (le policier) et lui. Cette histoire, à la fois étrange et empreinte d'humanité, ne manquera pas d'étonner et d'émouvoir le lecteur.

Il n'est pas facile d'écrire une chronique sur ce genre de livres sans avoir l'air soit pâmée (ce qui ôterait toute envie à une personne sensée de le lire), soit froide (ce qui donnerait quelque chose de convenu). Je ne suis pas sûre de m'en être vraiment sortie, mais je vous conseille ce livre. Patrick Henderickx, lui, vous conseillerait sûrement, ainsi qu'à moi, d'agir pour l'aider à éradiquer la pédophilie. En effet, c'est ce que lui-même a fini par faire.

Éditeur: Presses de la renaissance.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 27 août 2012

Le voyage d'Anton, de Mariana Loupan.

Le voyage d'Anton

L'ouvrage:
Anton a un syndrome neurologique qui affecte sa motricité et sa parole. Sa mère raconte comment il est perçu par les autres. Personne ne semble vouloir ou pouvoir soigner Anton. C'est alors que la famille obtient une réponse inattendue.

Critique:
Ce dont souffre Anton étant très rare, la famille tâtonne. Mais les médecins aussi. En soi, ce ne serait pas grave si les scientifiques faisaient preuve d'ouverture d'esprit. Mariana Loupan raconte comment certains les recevait après les avoir fait attendre plus d'une heure, et leur disait au bout de dix minutes que les radios d'Anton prouvaient qu'il n'était pas apte à évoluer dans notre monde. On me dira que des gens qui ne connaissent pas le petit garçon vont juger à partir des paramètres qu'ils ont. Soit, mais c'est vrai pour une personne moyenne. Ici, nous avons affaire à des scientifiques. Ils sont censés prôner l'évolution! D'autre part, quand on est médecin, on est supposé se préoccuper de la personne qu'on a en face de soi.

L'auteur évoque également le comportement frileux des écoles où son mari (Jonathan) et elle veulent inscrire leur fils. Là encore, je peux comprendre qu'on puisse se sentir perdu et démuni, ne sachant trop comment s'y prendre avec Anton, surtout quand on a une classe entière à gérer. Cependant, le garçonnet s'est heurté à plusieurs refus d'essayer de le comprendre.
Je savais que la France était en retard sur certaines choses, mais je trouve aberrants ces refus catégoriques d'évoluer et de voir les personnes. Pourtant, le facteur humain devrait être le plus important, surtout pour certains métiers comme médecins et enseignants.

J'ai beaucoup apprécié que Mariana explique la manière dont Anton avait été pris en charge à Jérusalem. Cela montre d'abord que tout le monde n'est pas fermé, mais aussi, cela donne des pistes de réflexion. Je me doutais de certaines approches.

Outre le parcours d'Anton, l'auteur raconte une famille soudée, lumineuse. En effet, chacun apporte sa pierre à l'édifice. Elle ne dépeint pas un tableau idyllique, ne montre pas un Anton parfait que tout le monde rejette, ni une famille parfaite qui fait toujours ce qu'il faut. Non. Ils ont leurs moments d'abattement, d'énervement, de rage. Mais solidarité et ouverture d'esprit dominent.
Mariana Loupan évoque également la charge que pourrait être Anton pour Léa, sa soeur. Pour elle, il ne va pas de soi que Léa doive s'occuper d'Anton. J'ai préféré cette franchise à ce qui est dit dans «House rules» où Théo dit simplement qu'il était évident qu'il le ferait, mais qu'il aurait aimé qu'on lui demandât son avis.

Éditeur Presses de la renaissance.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 15 septembre 2005

En l'absence des anges, d'Elizabeth Glaser et Laura Palmer.

En l'absence des anges L'ouvrage:
Elizabeth est enceinte. Sa grossesse se passe mal. Elle fait deux hémorragies, dont la dernière, juste après l'accouchement, nécessite une transfusion sanguine. On lui en donne trois litres. Nous sommes au début des années 80...
Six ans plus tard, sa fille, Arielle souffre de terribles maux d'estomac. On lui fait tous les examens possibles et imaginables: rien. On finit par trouver ce qu'elle a: elle est séropositive. Elizabeth a attrapé le virus suite à la transfusion dont elle eut besoin à la naissance d'Arielle. Arielle l'a attrapé en têtant sa mère, et Jake, son petit frère, l'a attrapé dans le ventre d'Elizabeth.

Critique:
Elizabeth nous raconte l'histoire bouleversante de son combat contre la maladie, et aussi contre l'ignorance des gens. A cette époque, le SIDA est mal connu, et les gens développent une espèce de psychose, ce qui peut se comprendre. On blâme les amis de la famille qui ont trop peur, et qui ne veulent plus les voir. Mais on se demande également ce qu'on aurait fait à leur place, étant si peu informé. On espère qu'on aurait été ouvert d'esprit, comme certains amis de cette famille l'ont été, mais on n'en n'est pas du tout sûr...
On découvre également un gouvernement qui ne veut pas s'intéresser à ce problème, qui ne veut pas aider la recherche.
On voit aussi les limites de la médecine: le SIDA vient d'être découvert, et on ne sait pas trop comment le combattre. Elizabeth doit faire des pieds et des mains pour que sa fille puisse être soignée à l'AZT.
On suit Paul et Elizabeth dans leurs efforts surhumains pour préserver leurs enfants, l'angoisse quand les T4 baissent...

Un jour, Elizabeth prend son courage à deux mains: elle va voir le président Reagan pour lui expliquer qu'il doit financer la recherche contre le SIDA.
Ensuite, elle décide de créer une fondation pour aider la recherche.

Le livre est bien sûr, très poignant, et très captivant. On découvre l'horreur de vies qui basculent, l'incompréhension des gens, l'ostracisme... avec parfois, quelques notes d'espoir, et des amis fidèles qui aident et soutiennent la famille jusqu'au bout. On suit le calvaire de cette famille, on est totalement pris par l'histoire, on vibre au rythme des vies des parents et des deux enfants.

Je vous conseille ce livre qui montre une certaine réalité. Même si aujourd'hui, nous en savons plus sur le SIDA, ce livre nous en apprendra toujours sur la maladie, mais aussi sur le courage et la persévérance d'Elizabeth et de sa famille.

Accessoirement, on apprend qu'Elizabeth est la femme de Paul Glaser, celui qui jouait le rôle de Starsky dans "Starsky et Hutch".

Éditeur: Presses de la renaissance.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Alix Cooper pour la Bibliothèque Braille Romande.

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