D'un mauvais oeil

L'ouvrage:
Il y a trois ans, Hanna et Joe Schutt ont été agressés à coup de maillet, en pleine nuit. Vraisemblablement, le coupable serait Rud Petty, le petit ami de leur fille cadette, Dawn. Joe a succombé à ses blessures. Hanna a survécu, mais ne garde aucun souvenir de la funeste nuit. C'est alors que Rud Petty obtient un nouveau procès. Alors que la procureur presse Anna de témoigner, Dawn décide de revenir habiter avec sa mère.

Critique:
Ce roman est un thriller psychologique comme je les aime. L'énigme n'est pas ce qui importe le plus, même si, bien sûr, le lecteur finit par en avoir la solution. Elle est d'ailleurs tout à fait plausible. Tout au long du roman, Jessica Treadway la prépare. Certains lecteurs la devineront peut-être rapidement, mais ce n'est pas grave, car le plus important est la psychologie de ces personnages. L'énigme n'est qu'un déclencheur: elle pousse Hanna à «faire le ménage dans sa tête».

Chacun doit gérer le drame à sa manière. Chacun fait comme il peut. Hanna (la narratrice) est, comme elle le dit elle-même à la fin, assez effacée par rapport à d'autres. Elle fait attention aux réactions des autres. À travers des retours en arrière, on comprend qu'elle était souvent dans l'ombre de Joe. Il était plus assuré, savait toujours comment dire les choses. Hanna se sent souvent empotée, ne sait pas toujours faire passer ses sentiments. En outre, son instinct de mère lui commande de protéger celle de ses filles qui lui semble la moins armée pour la vie.

Jessica Treadway crée des personnages dont les rapports sont compliqués, notamment lorsque Dawn entre dans l'équation. Chacun a des rapports houleux avec elle. Anna s'interroge beaucoup sur ses enfants, sur ce qu'elle a mal fait, etc. L'auteur montre très bien jusqu'où peut aller l'amour (et ses complications) de parents pour des enfants, et inversement. Par exemple, Iris, la fille aînée, est complètement transformée par le drame, ses retombées, ce qu'elle en ressent, le mal qu'elle a à communiquer avec sa mère...

À travers l'un des personnages, Jessica Treadway brosse un portrait d'autant plus effrayant que ce genre de personnalités existe. C'est assez déstabilisant, car la personne en question semble à la fois machiavélique, malade, insensible, égoïste, irresponsable... Certains de ses adjectifs sont contradictoires. La personne est sûrement un mélange de tout cela. Pour ma part, je ne lui accorde aucune circonstance atténuante, même si elle est, en quelque sorte, complexe.

Au long du roman, Hanna a affaire à la procureur, qui tente de la pousser à témoigner dans un sens qui ne plaît pas à notre héroïne. Si le lecteur peut être vaguement exaspéré par cette insistance, il la comprend également. Gail se montre patiente et compréhensive, jusqu'à la fin.

Je ne parlerai pas de tous les personnages, mais il faut savoir que chacun est bien dépeint par la romancière. Son analyse est poussée et juste.

La toute fin est comme un tournant. Je ne peux pas trop en dire, mais je pense qu'elle n'est pas anodine.

J'ai l'impression que ma critique est fade, et ne rend pas assez justice à ce roman abouti, creusé, fin, réaliste, où la tension est savamment distillée... Cela tient en partie au fait que cet ouvrage fait partie de ceux à propos desquels il est impératif de ne pas trop en dire sous peine de gâcher certaines choses aux futurs lecteurs.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Préludes dans le cadre de l'opération Masse Critique, organisée par Babelio.

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