Editeur : Payot et Rivages

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi, 27 août 2015

American rigolos, de Bill Bryson.

American rigolos

L'ouvrage:
Bill Bryson est journaliste américain. Après vingt ans passés en Angleterre, il est revenu vivre aux États-Unis. Ce livre est un recueil de chroniques écrites pendant les premières années après son retour.

Critique:
En général, je ne suis pas adepte de chroniques, car j'ai toujours peur de m'ennuyer. J'ai essayé ce livre parce que le résumé disait qu'il était drôle, et parce que j'aime beaucoup la lectrice qui l'a enregistré. Je n'ai pas regretté d'avoir donné une chance à Bill Bryson. Le résumé ne fait pas de publicité mensongère: ce livre est vraiment drôle. Son auteur semble d'ailleurs prôner l'humour dans beaucoup de situations.

Ces chroniques sont le fruit de son observation. Ayant vécu loin de son pays pendant longtemps, c'est comme s'il le redécouvrait. Il pose un regard neuf et amusé sur la société américaine. Il y va peut-être parfois un peu fort, mais il faut reconnaître qu'il voit juste et analyse bien les comportements qu'il décrit. Par exemple, il explique (dans plusieurs chroniques) que les Américains sont des assistés. Ils n'ont plus d'efforts à faire pour se déplacer, on leur invente pléthore d'objets pour leur faciliter la vie (le tourniquet à cravates me laisse perplexe tant il est un appel à la fainéantise), on ne leur montre pas assez que les États-Unis n'est pas le seul pays au monde (d'où leur absence de culture), etc. Bien sûr, Bill Bryson ne pouvait pas passer son chemin concernant la malbouffe. Il s'emploie donc à expliquer l'immense choix de nourriture «chimique» que proposent les supermarchés. Tout cela est écrit de manière vivante, fluide, drôle. Bill Bryson manie très bien l'ironie, entre autres. Beaucoup d'aspects de la vie aux États-Unis sont exposés avec, selon moi, bon sens.

L'auteur n'hésite pas à être lui-même victime de son humour. Il évoque sans ambages sa maladresse chronique, son amour des expériences hasardeuses voire dangereuses. En outre, il passe pour quelqu'un qui râle beaucoup.

D'autre part, l'auteur parvient à faire rire ou réfléchir en évoquant des événements quotidiens. Par exemple, le récit d'une des journées de la famille à la mer est assez amusant, alors que la chose est banale. La chronique évoquant la journée des présidents m'a interpellée, car j'ai aimé que le journaliste passe en revue certains présidents, surtout ceux qui s'illustrèrent par leur inertie. Le passage sur Hoover m'a bien plu: je me dis que le chroniqueur n'a pas tort.

Il y a quand même certaines chroniques qui m'ont paru un peu exagérées. Par exemple, Bill explique que son coiffeur ne lui fait jamais la coupe qu'il demande. Pour l'illustrer, il raconte une séance. Même si le récit est caustique, j'avais envie de lui dire qu'à sa place, il y a longtemps que j'aurais changé de coiffeur. Certains écoutent leurs clients, et font ce qu'ils demandent. J'ai également tiqué lorsque Bill (avec son humour coutumier) râle après les ordinateurs. Même s'il n'a pas tout à fait tort, il y a un peu de mauvaise foi dans ses assertions. Il fait partie de la multitude de gens qui, malheureusement, n'a pas été formée comme il le fallait à l'informatique. En effet, si beaucoup de gens ne s'en sortent pas, c'est parce que l'utilisation de l'outil informatique nécessite une formation qu'ils n'ont pas eue. Je pense que Bill Bryson est assez futé pour le savoir.

Le récit de la location de voiture peut paraître exagéré: assurances pour ceci et cela, suppléments pour d'autres choses (dont la possibilité de savoir où se trouve la voiture), etc. Cependant, je pense que tout est vrai.

Éditeur: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « American rigolos » sur Amazon

vendredi, 15 août 2014

L'enfant du silence, d'Abigail Padgett.

L'enfant du silence

L'ouvrage:
Une vieille indienne trouve un enfant de quatre ans dans une cabane. Il est attaché sur un matelas.
Bo Bradley, assistante sociale, s'occupe de ce cas. Elle se prend très vite d'affection pour l'enfant. Celui-ci étant en danger, la jeune femme fera tout pour le protéger.

Critique:
J'ai trouvé ce roman inégal. Au début, j'ai aimé découvrir le personnage de Bo et l'intrigue à laquelle elle est mêlée. La trame est classique: l'affaire éveille en elle des souvenirs qu'elle n'a jamais digérés, ce qui fait qu'elle va se pencher sur son passé. L'auteur insère des scènes d'action étant donné que l'enfant est traqué. Au début, tout cela est bien amené parce qu'on ne sait pas d'où viennent les coups, et parce qu'Abigail Padgett entoure cela de suffisamment de mystère.
J'ai également apprécié le personnage d'Annie Garcia, l'indienne. Elle fait figure de sage.
Malgré cela, au bout d'un moment, j'ai trouvé que les choses s'essoufflaient.

Bo est atypique, certes, mais elle finit par devenir typique du genre. Elle aime son métier, le fait avec son coeur, pour elle, l'enfant n'est pas seulement un cas. L'auteur ajoute un élément à son personnage: elle est cyclothymique. Cela lui donne peut-être davantage d'épaisseur, mais sans la démarquer vraiment.

Ensuite, j'ai trouvé la solution assez fade. Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais, mais cela ne m'a pas vraiment plu. D'abord, il me semble qu'en pinaillant, on peut trouver une incohérence. Ensuite, pour moi, ce genre de «solution» fait un peu bâclée. L'auteur n'a pas vraiment développé la psychologie de certains personnages, et cette façon de tourner les choses a déjà été utilisée.

Un polar ayant certains aspect sympathiques, mais dont les côtés trop prévisibles gâchent un peu le tout.

Éditeur: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « L'enfant du silence » sur Amazon

lundi, 21 décembre 2009

La peau de Sharon, de Ken Wood (sous le pseudonyme de Marc Lamunière).

La peau de Sharon

L'ouvrage:
George et Sharon Slater se sont mariés par intérêt. Il est avocat, et a besoin d'une belle femme ayant des manières à montrer dans les dîners mondains; elle est carriériste. Seulement, Sharon s'est vite rendue compte que quelque chose n'allait pas. Après qu'elle a refusé les jeux sexuels sado-maso de George, sa vie se transforme en cauchemar. Elle retrouve, par exemple, une de ses barbies d'enfant couverte de sang, son écureuil préféré mort dans sa chambre... Lorsqu'elle montre cela à son mari, il ouvre de grands yeux, et nie avoir organisé ces mises en scène. Il insinue que c'est elle. Elle est sûre que George la manipule, tente de la faire passer pour une folle. Elle pressent qu'il va la tuer, et faire passer sa mort pour un suicide. Sharon doit sauver sa peau. Elle s'en va.

Critique:
Ce thriller est percutant par plusieurs côtés. D'abord, le lecteur nage complètement. Il suit Sharon qui s'en va, puis ne comprend plus rien. Pourquoi est-elle suivie? Il comprend bien que ses poursuivants ne lui veulent pas de bien, mais il ne comprend pas pourquoi tant de monde s'acharne sur elle. Car ses poursuivants se multiplient, et parmi ceux qui souhaitent sa mort, nous rencontrons des politiciens...
Le lecteur est perplexe, car quand il retrouve Sharon, et découvre ses pensées et le récit de sa vie passée, il n'y a rien concernant ces politiciens. De ce fait, il est impossible au lecteur d'assembler les morceaux du puzzle. Cette tactique de l'auteur est très ingénieuse. Je me suis même demandée s'il n'avait pas écrit n'importe quoi juste pour nous embrouiller! ;-) Rassurez-vous, tout s'explique!

En outre, tous les ingrédients du thriller y sont: mystère, suspense, personnages effrayants, situations terrifiantes, violence, tueurs sans états d'âme... Ce roman foisonne de rebondissements tous bien agencés qui font que le lecteur, en plus d'être perdu, n'a pas le temps de souffler. Bon, il y a aussi quelques longueurs, mais elles passent bien. Il est vrai qu'au bout d'un moment, on en a un peu assez que Sharon soit tout le temps poursuivie, mais l'auteur sait se renouveler juste au moment où le lecteur trouve qu'il commence à s'essouffler.
Quant à la violence, ces meurtres gratuits, ces carnages... j'ai trouvé pue c'était des éléments inutiles. Pourquoi ne laissent-ils pas les gens après les avoir interrogés? Mais là encore, l'auteur ajoute un élément qui donne un sens à ces violences, et qui resserre le piège autour de Sharon. De multiples situations font que Sharon est cernée de tous côtés. Par exemple, elle aurait pu éviter le shérif dictateur, il aurait suffi qu'elle s'arrêtât dans une autre ville... Donc, au long de l'intrigue, l'auteur créé de nouvelles embûches qui renforcent la complexité du roman.

Les personnages sont intéressants. Leur psychologie est creusée, surtout celle de Sharon. Elle n'est pas simplement une gentille personne à qui tout le monde en veut. Elle a aussi ses zones d'ombre, ses failles... elle a même un douloureux secret...
George, Pam, Lil, Ruth... tous ces personnages sont intéressants, mais je n'en dirai pas plus, à vous de les découvrir!

En général, dans un roman, les chapitres ont une taille à peu près égale. Là encore, l'auteur sort des sentiers battus: certains chapitres de ce thriller sont très courts, et d'autres très longs. Ce n'est pas un reproche, c'est une bonne chose, car ce petit détail contribue aussi à dérouter le lecteur en le sortant de la routine.

Éditeur: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Edgar Raeber pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « La peau de Sharon » sur Amazon

lundi, 14 mai 2007

Prochain arrêt le paradis, de Melissa Bank.

Prochain arrêt le paradis L'ouvrage:
La famille Applebaum se rend à la barmitzva de Rebecca. Sophie, douze ans, sait qu'elle va s'ennuyer mortellement. C'est décidé: Sophie, elle, n'aura pas de barmitzva. Et elle ne prendra pas de cours d'hébreu.
Son père lui demande d'essayer tout de même les cours d'hébreu. Si elle n'aime pas, au bout d'un moment, elle n'ira plus. Sophie cède. Elle passe presque tous les cours à discuter dans les toilettes avec une fille qui sèche.

Ensuite, Sophie va à l'université. Elle a une très bonne amie avec qui elle discute, sort, etc. Cette amie a un copain, puis un autre...

Puis Sophie cherche un travail. Elle voudrait être secrétaire dans une maison d'éditions. Malheureusement, elle ne tape pas très vite à la machine. Nous assistons à son combat pour passer de neuf mots à la minute à quarante-cinq mots à la minute. Elle trouve un travail...

Critique:
C'est le deuxième livre de Melissa Bank que je lis. Ce qui m'avait déplu dans "Manuel de chasse et de pêche à l'usage des filles" a été réemployé ici par la romancière. C'est-à-dire qu'à chaque chapitre, on saute dans le temps. Dans le chapitre 1, Sophie a douze ans, dans le 2, elle a dix-huit ans, puis vingt-deux, etc. Pendant tout un chapitre, nous sommes plongés dans un moment de sa vie, puis au chapitre suivant, nous sautons quelques années, et tout a changé. Nous sommes obligés de deviner ce qui s'est passé. Je n'aime pas cette façon d'écrire. Il me semble que c'est superficiel. On ne voit pas vraiment les personnages évoluer. De ce fait, ils ont l'air sans épaisseur, du moins à mes yeux.

Ici, au début, nous nous attachons à la famille de Sophie. Son petit frère, Robert, nous fait rire, à essayer de convaincre ses parents d'arrêter de fumer. Sa mère évoque un peu celle de Bridget Jones. Son grand frère, Jack, nous est sympathique. Ensuite, il me semble que les personnages sont moins forts, On les voit, figés, à certaines périodes de leurs vies, et ils ne me convainquent pas vraiment. Pourtant, Melissa Bank décrit ici les aléas de la vie: la jeune fille cherchant un travail, ayant un petit ami, puis se séparant de son petit ami, tombant amoureuse d'un autre homme, se disputant avec une amie... Les situations décrites sont très réalistes. Par exemple, Robert a une petite amie fanatique, donc détestable. Jack n'arrive pas à se fixer avec une fille, et certaines de ses histoires d'amour sont orageuses.
Malgré cette vraisemblance, malgré des personnages ressemblant à monsieur et madame tout le monde, qui, de ce fait, devraient inciter le lecteur à s'identifier à eux, je n'ai pas tellement aimé ce livre. Je pense que c'est à cause du fait qu'on voit des périodes de vie, avec plusieurs années entre ces périodes. Il est également pénible que Sophie ait un petit ami différent à chaque chapitre. On comprend qu'elle ne trouve pas l'âme soeur en un claquement de doigts, mais on dirait qu'elle change de copains comme de chaussettes. Cette impression est due à cette succession de moments éloignés dans le temps, mais on dirait qu'elle a pas mal de chéris quand même...

La fin est sympathique... C'est une note d'espoir. Sophie nous a montré quelques tranches de sa vie, et à la fin, elle fait le point. Sa constatation fait plaisir.

Je ne sais pas si je donnerai une autre chance à Melissa Bank, car apparemment, elle construit tous ses romans de la même façon. Mais si vous n'êtes pas gênés par cela, vous ne trouverez pas que cette façon de faire a un côté superficiel, et le livre vous plaira.

Éditeur: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sandrine Strobino pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Prochain arrêt le paradis » sur Amazon

lundi, 20 février 2006

Un été prodigue, de Barbara Kingsolver.

Un été prodigue L'auteur:
Barbara Kingsolver a écrit d'autres romans, qui ont tous été couronnés de succès. Pour avoir lu "L'arbre aux haricots" et "Des cochons au paradis" (qui en est la suite), je peux affirmer que je pense ce succès mérité. Le lecteur gagne à connaître cette romancière à l'écriture juste, qui ne se contente pas de petits romans sans consistance qu'on oubliera vite.
Elle a également écrit "Les yeux dans les arbres" que je compte lire bientôt.
Quant à ses essais, je n'en n'ai lu aucun.

L'ouvrage:
Deanna Wolfe travaille pour l'office des forêts. Dans la montagne des Appalaches, elle étudie la faune. Elle est coupée du monde, et elle en est très heureuse. C'est une amoureuse de la nature, et elle se sent très bien ainsi. Son espace va être envahi, sa tranquillité sera troublée par la venue d'Eddie Bondo, un jeune chasseur. Outre qu'il dérange Deanna, il veut chasser les coyotes, et elle est absolument contre cela.

Lusa et Cole ont eu le coup de foudre. Ils se sont mariés, et Lusa est venue vivre au milieu de la grande famille de son mari. A la mort accidentelle de Cole, Lusa héritera de la ferme familiale, étant sa femme. Elle se sent rejetée par la famille de Cole. Elle sent qu'elle devra prouver qu'elle aussi est attachée à cette terre, à cette ferme.

Garnett Walker essaie de faire pousser une nouvelle variété de châtaigners.
Nannie Rawley est sa voisine. Elle cultive des pommes biologiques.
Au cours de l'été raconté dans le roman, ils vont se disputer à propos de religion, de pesticides, d'eux-mêmes...

Critique:
J'ai adoré ce roman! Il se lit très bien, et on y apprend une foule de choses sur la nature. Les relations humaines y sont analysées avec justesse.

Deanna, l'amoureuse de la nature, des animaux, de la vie à la montagne est un personnage passionnant. Sa théorie qu'il ne faut pas tuer les prédateurs est très intéressante. En outre, elle nous apprend beaucoup sur les animaux.
On s'identifie assez à elle, (ainsi qu'à Lusa, d'ailleurs).

Lusa se sent rejetée, et agit en conséquences. Plus tard, elle apprend ce qu'onlui "reproche" vraiment, et c'est beaucoup plus compliqué, et donc plus intéressant,que ce qu'elle croit au premier abord. En outre, on imagine déjà toute la famille de Cole se liguant contre elle. Or, il n'en n'est rien. Certains d'entre eux aiment bien Lusa, d'autres ne la comprennent pas bien, et d'autres la rejettent.
Par ailleurs, Lusa refuse de cultiver du tabac, ce qui se fait dans la famille de Cole. Elle a une idée toute autre, une idée révolutionnaire, qui lui attirera également les critiques de certains.
Enfin, si Deanna nous apprend beaucoup sur la faune, Lusa nous en apprend sur la flore, ainsi que Nannie et Garnett, d'ailleurs.

Garnett peut paraître acariâtre et aigri. On peut croire qu'il fait tout pour empoisonner la vie de Nannie. Pourtant, il n'est pas si mauvais. Nannie le sait bien, puisqu'elle cherche toujours le dialogue avec lui.

Nannie a beaucoup souffert, dans sa vie. Elle est humble, respectueuse de la vie, de la nature, des gens. Elle se révèle très sage lors des échanges entre Garnett et elle.

Au cours de cet été, tous les personnages vont vivre des événements qui décideront du reste de leur vie. La vie de Deanna prendra un tournant inattendu. Lusa va découvrir certaines choses sur elle-même et sur la vie, grâce à Jewel et à ses enfants. Quant à Garnett, il finira par faire tomber ses barrières, sa carapace. Cela se voit surtout dans une scène très amusante: lorsqu'il est jaloux de l'homme qu'il voit depuis plusieurs jours chez Nannie...

Ce roman de Barbara Kingsolver est une ode à la nature, un chant d'espoir et d'amour. Je le recommande absolument!

Éditeur: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « Un été prodigue » sur Amazon